LUI
Pardonnez-moi, mon révérend père , ce petit détail; je crois que loin de le désapprouver , vous admirerez comme moi, qu’un jeune prince, dans les fâcheuses circonstances où il se trouvoit, prêt à partir pour un exil très-rude, et peut-être sans espérance de retour, fût si attentif à de simples devoirs de bienséance, et aussi peu embarrassé, que s'il ne se fût agi après cela que d’aller faire un tour à sa maison
e campagne,
Le regulo , qui s’attendoit toujours à quelque favorable retour du côté de l'Empereur, alla au tribunal des princes pour s'informer si Sa Majesté ne s’éloit point radoucie. Il eut pour toute réponse que l'Empereur avoit vu son mémoire, et qu’il n’avoit qu'à parür et sans délai. Sur cela Île regulo ne prenant plus conseil que de lui-même, crut que pour apaiser l'Empereur, il devoit lui livrer ceux qui étoient devenus l’objet de sa colère et de son indignation , afin qu’il en fit telle justice qu’il lui plairoit, C’est une coutume établie chez les Mant-cheoux, de livrer leurs enfans à l'Empereur, quand ilse plaint de leur conduite. Aussitôt qu'il fut de retour à son hôtel , il envoya chercher ses fils et ses officiers; il fit apporter des chaînes, et d’un signe de main, ilordonna qu’on les mit au prince Jean, qui les reçut sans dire un seul mot. Il indiqua de même le prince Paul. L'ofiiciers'approcha pour lelier; maisce prince repoussant de la main les Chaînes, dit d’un ton ferme qu'il n'avoit offensé ni le ciel, ni la terre, ni l'Empereur, nison père, et qu'il prioit du moins qu'on lui dit pour quelle raison on vouloit l’enchaîner. Son père ne répondit rien, et se contentant de baisser les yeux., son silence faisoit assez connoître l'embarras où il se trouvoit ; sur quoi le prince Jean prenant la parole : « Ne voyez - vous pas, lui dit-il, que tout notre » Crime est d’avoir embrassé la religion chrétienne? » C'est cela même, reprit le prince Paul, que je
es ed fo Æ je À À nt nb hui
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e petit dé- , Vous ad- , dans les rêt à partir espérance rs de bienne se fût sa maison
ielque fala au tri- Tajesté ne onse que Ë FA o ne preque pour ceux qui son indilui plait-cheoux , se plaint ur à son liciers ; il ain, ilorreçut sans nce Paul.
ce repousrme qu'il mpereur, 1 dit pour re ne réles yeux., 15 Où il se a parole:
out notre rétienne?
; que je
»» Voulois qu’on me dit clairement; je recevrai vo- » lontiers ces chaînes pour une si bonne cause : » et de la même main qu'il les avoit rejetées, il Les reprit, et aida à se les mettre. Le prince François, qui, dès sa jeunesse, avoit un commencement de surdité , n’entendit pas bien ce qui se disoit; mais jugeant du traitement qu’on lui préparoit par ce qu'il voyoit, il n’attendit pas qu'on vint à lui; il sortit de sa place, et alla se présenter aux officiers, qui, sans autre ordre, le lièrent comme ses deux frères.
A la fin de cette scène le regulo se leva, et retourna au palais de l'Empereur pour y rendre compte de ce qu'il venoit de faire. Avant que de partir, il ordonna à un de ses officiers infidèles d'aller gens tous les hôtels de ses enfans, et d’enjoindre à leurs domestiques qu’ils eussent à détruire promptement les chapelles et les oratoires, et À ramasser les images, les croix , les chapelets pour les reporter à l’église,
Pendant que le regulo étoit au palais, les trois
princes chrétiens , qui restèrent avec leurs gardes , ne doutoient pas qu'on ne les conduisit bientôt an tribunal des princes pour ÿ subir linterrogatoire. Rien ne leur faisoit plus de plaisir : car long-temps auparavant, qu'on jouissoit d’une paix profonde, ils avoient résolu de présenter à ce même tribunal un mémorial, pour y rendre compte de leur religion , dont on parloit si différemment sans la connoître ; ils prétendoient en démontrer la vérité aux autres princes, leur faire sentir la nécessité où ils étoient de s’y soumettre , et leur remettre devant les yeux, que puisqu'on l’avoit examinée et approuvée tant de fois au tribunal des rites , il seroit injuste d'inquiéter ceux qui l’embrassoient, Les Missionnaires quiavoient su cette résolution , S'y opposèrent, dans la crainte qu'elle ne fût prise pour une insulte » Et qu à ce sujet il ne s’élevät une persécution qui auroit pu ébranker les nouveaux néophytes , encore foibles dans la foi,
Les princes entrèrent pour lors dans ces raisons de prudence; mais ils crurent qu’elles cessoient dans les circonstances présentes, et que le temps étoit venu de rendre un témoignage public aux vérités de la religion. Le prince Jean et le prince Paul s’entretenoient de la sorte, tandis que le prince François, qui se promenoit dans la salle, montrant ses chaînes
ses domestiques et à ceux de son père : « Vous » voyez ces fers, leur disoit- il, je les estime plus » que toutes les richesses de l'univers; gardez-vous » bien de me plaindre, ou d'appréhender pour vous » le même sort : le plus grand bonheur qui puisse » vous arriver, c’est d’être enchaïînés, et de souf- » frir comme nous pour la cause de Jésus - Christ. » On nous a condamnés à l'exil :'Ah ! plût à Dieu » que ce fût à la mort ! Quel plaisir seroit-ce pour » nous, de voir abréger le chemin du ciel, d’être » tout d'un coup délivrés des misères de cette vie ; » et transportés dans ce lieu de délices où Dieu » même emploie toute sa puissance à récompenser » ses Saints!»
Il parloit encore, lorsqu'un de ses domestiques , envoyé par la princesse son épouse, vint l’avertir de l'ordre qu’avoit donné le regulo d'enlever les images, les croix et les autres symboles de la piété chrétienne, Il ne répondit qu’en récitant d’un ton ferme le premier précepte du Décalogue : Vous adorerez le Seÿgneur votre Dieu, et ne servirez que lui seul.« Qu’on » ne touche à rien, ajouta-t-il; avant que ces chaînes »,tombent par ma mort, ou que j'en sois délivré » d’une autre manière, moi-même je mettrai ordre » à tout, »
Le prince Jean - Baptiste, qui étoit présent, fit une réponse un peu plus dure : il en fut repris doucement par le prince Jean son oncle : « Faites atten- » tion, Jui dit-il, que nous devons plus que jamais » ménager la foiblesse de nos domestiques chrétiens;
ces raisons soient dans mps étoit vérités de ul s’entre- François, es chaînes >»: « Vous time plus irdez-vous pour vous
ui puisse pers S - Christ.
üt à Dieu t-ce pour el, d’être cette vie, où Dieu ompenser
estiques , avertir de s Images, irétienne, 1e le prepz le Ser- Z.« Qu'on 5 chaînes s délivré rai ordre
sent, fit pris doues atten- 1e jamais hrétiens;
» 1] faut si peu de chose pour affoiblir leur courage, » surtout lorsqu'ils voient leurs maîtres couverts de » Chaînes; ce ne sont encore que de jeunes arbres » qu'on vient de transplanter ; le moindre vent peut » les abattre. »
Cependant le regulo, qui étoit allé au palais afin de demander à qui l'Empereur souhaitoit qu’il remit ses enfans pour en faire justice, ne fut pas recu comme il lespéroit, Le président l'ayant entendu : ne parut pas content de sa démarche, soit que , connoissant [a fermeté de ces trois illustres néophytes, il vit bien qu'ils ne reculeroient pas, et qu'on s’engageroit avec eux dans une dispute de laquelle il seroit difficile de sortir avec avantage; soit qu'il craignit que l'Empereur ne poussät l'affaire trop loin, et qu'ensuite venant à s’en repentir , il ne le rendit responsable de sa trop grande sévérité; soit par quelqu'autre motif que j ignore, il ne voulüt jamais se charger d’en faire le rapport à Sa Majesté : « Tout » est fini, lui dit-il; vous êtes instruit de la sen- » tence qui a été portée, il ne vous reste plus d'autre » part à prendre que celui d’obéir, et de vous cor- » riger vous et vas enfans, » Comme on lui ajouta, qu'en cas d’amendement ils seroient tous avancés, mais qu’autrement ils seroient punis sévèrement, il ne s’agissoit plus que de savoir de quoi il falloit se corriger, et c’est ce qu'on ne voulut jamais lui dire.
Le regulo ne se voyant pas plus avancé par une démarche qui avoit tant coûté à sa tendresse , retourna à son hôtel, et fit ôter les chaînes à ses enfans sans leur dire un seul mot. Le prince Xavier, son aîné , prit cette occasion de lui représenter de nouveau ce qu’il lui avoit déjà dit tant de fois , que de toutes les familles de Pekin » 11 n’y en avoit aucune qui eût reçu de Dieu des faveurs plus singulières ; que le traitement qu’on lui faisoit ne devot pas lui paroitre une disgrâce ; mais qu'il devoit le regarder
comme un effet de la miséricorde infinie de Dieu, qui cherchoit à le sauver par la voie des souffrances. Animé qu’il étoit de ce feu divin, qu'il venoit de re cevoir au baptême, il continua de dire à son père les choses les plus touchantes.
Le prince Jean, les larmes aux yeux, regrettoit la perte de ses chaînes, et l’occasion qu’il avoit manquée de souffrir le martyre. Îl vouloit parler, mais sa foiblesse et les sanglots lui coupèrent la parole. Le prince Paul, son cadet, y suppléa : « À ce trait, » dit-il, ne reconnoissez-vous pas le monde qui a » été jusqu'ici votre idole ? Quoi de plus ingrat ! il » oublie les plus longs et les plus importans services, » Quoi de plus injuste ! ce n’est nullement la raison > qui le conduit, Quoi enfin de plus trompeur ! il » na que des apparences qui éblouissent. Mais nous » donnât-il des biens réels » Quelle en est la solidité ?
Tout ce quila, et ce qu'il peut donner, n’est
qu'une vapeur qui se dissipe à l'instant, et dont à
la fin il ne reste qu'un souvenir inutile. Dieu , au
contraire , est grand, libéral dans ses dons, magnifique dans ses promesses , et fidèle à les exécuter. Voulez-vous tout à coup goûter une paix que rien ne puisse altérer > et vous remplir d’une force supérieure à tous les événemens ? attachez - vous uniquement à Dieu, adorez-le, servez-le de la manière dont il veut être adoré et servi > en un mot, faites-vous Chrétien. Vous avez avoné tant de fois que cette religion est bonne ; dites-moi > y en
a-t-1l quelqu’autre qui soit capable de donner ce
zèle et cette ardeur que Vous nous voyez, qui nous
fait pleurer et gémir depuis si long-temps sur le danger où vous êtes de vous perdre éternellement ?
Eh! que vous servira-t-il d’avoir eu ce grand
nombre d’enfans que vous aimez avec tant de ten-
dresse , s’il arrive que vous soyez éternellement séparé d’eux, pour n’avoir pas voulu reconnoître et servir le même Maître ? »
Pra Ps bd
de Dieu, uffrances, 1oit de re- | son père
regrettoit voit manr, Mais sa arole. Le ce trait, ide qui a ingrat ! il Services, la raison mpeur ! il ais nous solidité ?
er, n’est et dont à Dieu , au ns, Ma S EXÉéCUpaix que ne force 2 = VOUS le la maan mot, t de fois > y en nner ce qui nous s sur le lement ?
e grand de tenlement nnoître
ÉDIFIANTES ET CURJEUSES. 59
Le regulo se voyant ainsi assailli de tous côtés , porta les deux mains à la tête, et s'appuyant contre la muraille , il y demeura attaché sans répondre un seul mot. Cette posture fit connoître À ses enfans qu'il ne les écoutoit pas volontiers , et que le temps de sa conversion n'étoit pas encore venu , ce qui les obligea de se retirer.
S'il a été dit de saint Augustin , gue le fils de tant de larmes ne pouvoit pas périr , n’avons nous pas raison d'espérer que Dieu accordera enfin la conversion de ce bon vieillard aux larmes > AUX prières , aux jeûnes, aux austérités et aux aumônes de ses enfans ? Nonobstant l’effort de cette persécution domestique , qui ne pouvoit être ignorée de personne , neuf femmes de la même maison , toutes bien instruites, et sur le point de suivre leurs ma! tresses en exil, vinrent à l'église de la Sainte-Vierge demander et recevoir le baptême.
Cependant presque tous les parens du vieux regulo lui conseillèrent de ne plus avoir recours aux mé moriaux ni aux apologies; qu’il lui falloit tenter une autre voie plus capable de fléchir la colère de l'Empereur; c’étoit d'aller encore au palais, d’implorer sa clémence et d’y rester dans une posture humiliée, jusqu’à ce qu’il eût reçu quelque réponse ; qu’on ne manqueroit pas d’avertir secrètement Sa Majesté de l'état d’humiliation où il se tiendroit ; que sans doute , touché de son grand âge ; de ses longs services et des marques de son repentir , l'Empereur prendroit des sentimens de bonté et de douceur à son égard , et que le pardon ne tarderoit pas à venir,
Le regulo n’étoit pas élotgné de prendre ce parti; ses enfans chrétiens l'éppréhendoient fort , sans oser néanmoins ouvrir ka bouche pour l’en détourner; ils se contentoient de conjurer la tempête par leurs continuelles prières : car ils désespéroient de sa conver-
6o LETTRES
sion, s’il obtenoit quelque adoucissement à sa peine qui lui rendit la liberté de demeurer à la cour. Dieu: permit qu’un ami du regulo en qui il avoit une entière confiance, désapprouvät fort ce dessein, comme indigne de son âge, de son rang , de sa réputation , et de ses services ; ainsi il ne fut plus question de retourner au palais.
Comme il n’y avoit point eu de défense de visiter cette famille avant son départ , presque tous leurs proches, leurs alliés et leurs amis s'acquittèrent de ce devoir. C'étoit un flux et reflux contuinuel de seigneurs qui inondoient le quartier. Nous n’osâmes pas aller les voir, parce qne nous étions instruits qu’il y avoit des gens postés pour épier tous ceux qui entre roient dans leurs maisons. Le part que je pris fut de leur écrire une lettre en langue tartare, sans la signer, où je tâchois de les fortifier en leur inspirant les sentimens qu’ils devoient prendre dans des con- Jonctures si tristes. Je l’adressai au prince Jean, et je la lui envoyai par un catéchiste qui lui portoit de ma part quelques présens de dévotion. Ce catéchiste avoit un talent rare de bien parler de Dieu , et il étoit accoutumé à voir de grands seigneurs. Il savoit que ces princes étoient Chrétiens ; mais il ne les avoit jamais vus; il les visita l'un après l’autre, Quand il vint me rendre compte de la commission dont je l’avois chargé, je trouvai un homme transporté hors de lui-même. « Ah ! mon père, s’écria-t-il dans »” uneespèce d'enthousiasme , chez quelles personnes ” m'avez-vous envoyé ? Eh ! quelles paroles de con- » solation pouvois-je porter À des gens qui ne res- »pirent que les croix et les souffrances ? J'ai vu des » Saints qui parlent de Dieu avec une éloquence » loute divine ; je n’ai eu autre chose à faire qu’à les » Écouter et à admirer la vivacité de leur foi ; ils ne » tiennent à aucune des choses de la terre ; ce qui les » touche uniquement , c’est que dans le Lieu de leur
t à sa peine cour. Dieu it une enin, comme éputation , ion de re-
> de visiter tous leurs ttèrent de uel de seisûmes pas its qu'il y quientrepris fut de ans la siinspirant des con- Jean, et ortoit de catéchiste eu , et il Il savoit les avoit Quand il , dont je orté hors -1l dans ersonnes s de con- | ne resai vu des oquence qu'à les 1;ils ne e qui les de leur
ÉDIFIANTES ET CURIEUSFS, Gt
» exil, ils n'auront point de Missionnaires pour leur » administrer les sacremens. Vous ne sauriez croire » avec quel sang-froid ils m'ont entretenu de leur » départ : non , si je n’avois pas vu moi-même ces » seigneurs, je n’aurois jamais ajouté foi à tout ce » qu'on auroit pu me dire de leur courage et de » leur vertu. »
Ce même jour, le prince François dépêcha un de ses eunuques aux Missionnaires pour leur demander la permission de catéchiser et de baptiser dans le lieu de son exil, où il ne prétendoit pas, disoit-il, aller inutilement; et il les prioit de lui envoyer de toutes les églises le plus qu’on pourroit trouver de petites images, de croix ét de chapelets, Que ne doit-on pas attendre du zèle de ce ‘vent néophyte , qui part pour une terre étrar gère, aaimé dela Plus ardente charité pour le salut de ceux qu'il y trouvera ? Un de nos pères lui ayani témoigné combien il étoit touché de ce qu’il étoit devenu un peu sourd: il lui répondit qu'au contraire, 1l remercioit le Seigneur de lui avoir envoyé cette infirmité ; parce que, comme elle le rendoit inutile pour le monde, elle lui laissoit une liberté entière de penserà Dieu , et de ne servir que lui.
Le lendemain , le regulo envoya chercher la princesse Françoise, épouse du prince Joseph, Pendant son absence, il dépècha un de ses officiers infidèles avec ordre de visiter sa maison , et de pénétrer même jusque dans la chambre de la princesse , d’y ramasser tout ce qu'il y trouveroit de croix, de chapelets et d'images, et de les brûler au milieu de la cour. Cet ordre sacrilége fut exécuté ponctuellement : tout étoit déjàconsumé, lorsque la princesse retourna son hôtel. A la vue de ce monceau de cendres , elle pensa tomber en défaillance , et elle exprima sa douleur par les cris les plus lamentables ; ce qui fit croire aux Voisins qu’une douleur si excessive ne pouvoit être
que l'effet du déplaisir que lui causoit l'exil; elle ne se consola que quand ses beaux-frères chrétiens lui eurent promis de la dédommager de sa perte, en partageant avec elle ce qu’ils avoient. Ils firent en même temps réflexion que le regulo pourroit ordonner une semblable visite dans leurs maisons ; et pour ne point exposer les croix et les images qui leur restoient , à êlre profanées par des mains idolâtres, ils renvoyèrent les plus grandes à l’église , et ne gardèrent que les plus petites , ou celles qui pouvoient aisément se cacher. Après quoi ils allèrent tous ensemble exhorter de nouveau leur père à embrasser le christianisme ; mais ils ne purent rien gagner sur son esprit. Cette journée finit par le baptême dé trois domestiques d’un de ses enfans, catéchumènes. Le jour suivant, il y en eut éncore quelques-uns de baptisés , et d’autres qui se purifièrent dans le sacrement de la pénitence. |
Le 13, le regulo et tous ses enfans devant aller à la sépulture de leurs ancêtres, et étant obligés de passer près de l’église des pères portugais, qui étoit sur leur chemin , le prince Paul , le prince Jean, et le prince Michel partirent de grand matin , vinrent à l'église , y entendirent la messe , et reçurent Notre- Seigneur ; le deuxième fils du second fils du regulo y reçut le baptême, et fut nommé Jean - Baptiste comme son cousin ; son père étoit toujours catéchumène ; il souhaïtoit fort d’être baptisé avant que de partir ; mais le soin de ses affaires domestiques,
ue les autres négligeoient , l'engagea dans tant de élais , qu'il en perdit l’occasion.
Ce même juur , vingt dames suivantes des maisons de ces princes vinrent se confesser : enfin tous ceux qui avoient la liberté de sortir , quelque embarras qu'ils eussent d’ailleurs, trouvoient le temps de venir à l'église. Il ÿ eut même une princesse qui , dans la crainte qu'aucun des Missionnaires ne pût aller chez
; elle ne tiens lui , en parnn même nner une ne point oient , à royèrent | que les itse caexhorter anisme ; it. Cette estiques suivant , et d’aule la pé-
ant aller oligés de qui étoit Jean, et vinrent it Notre- 1 regulo Baptiste rs caté— jant que stiques , tant de
maisons US ceux mbarras de venir
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elle , se rendit à l’église des femmes avec ses suivantes , aimant mieux s’exposer à la censure et à la malignité des discours publics, que de partir sans le secours des sacremens..
Le 14, un père portugais alla de grand matin chez le prince Xavier : 1l étoit incommodé , de même que la princesse Thérèse, L'un et l’autre entendirent la messe , et y communièrerit, ainsi que le prince Pierre leur second fils, la princesse Agnès leur belle-fille * et plusieurs autres personnes qui devoient partir le lendemain pour leur exil.
Au même temps, le père Joseph Suarez , vieillard Vénérable , qui travaille depuis si long-‘emps dans cette vigne du Seigneur , se rendit à la chapelle de la Sainte-Trinité chez le prince Paul , où toutes les princesses du quartier l’attendoient ; il fut souvent interrompu pendant la messe par les larmes et les soupirs de ces illustres dames. Quand il les eut communiées , il leur fit un petit discours propre au temps etaux circonstances présentes, dans lequel il les anima à souffrir généreusement leur exil pour Jésus-Christ. Ïl leur montra surtout que leurs peines étoient passagères , mais que la récompense qui leur étoit destinée n’auroit jamais de fin ; que Dieu traitoit ainsi ses fidèles serviteurs , pour les détacher des biens périssables de la terre , et qwelles devoient sans cesse le remercier de ce qu’il les avoit choisies préférable ment à tant d’autres, pour servir de modèles aux personnes de leur sexe.
Après qu'il eut achevé, elles se prosternèrent toutes jusqu'à terre pour lui faire leurs remercimens , et elles le supplièrent de les recommander souvent au Seigneur, surtout quand il célébreroit les saints mystères. Le père le leur promit , en leur demandant à son tour le secours de leurs prières auxquelles il avoit une vraie confiance, Il les leur demanda principalement , lorsqu’elles apprendroient la nouvelle de
2 PRES NE ES Es sta mr
64 LETTRES sa mort: « Car enfin, ajouta-t-il, à mon âge , elle » ne doit pas être éloignée ; je ne m’attends plus à » vous revoir que dans l'éternité. » À ce mot les sanglots et les soupirs recommencèrent ; le père, qui en fut attendri , sortit aussitôt de la chapelle. Comme il traversoit la grande cour , il y trouva le prince Jean , le prince Paul , et le prince Michel , qui l’attendoient pour lui dire les derniers adieux. Saisis de douleur , ils ne purent s'exprimer que par leurs soupirs, et par un silence beaucoup plus éloquent et plus expressif que les discours les plus animés. Rien n’a pu arracher des larmes à ces généreux néophytes , que la séparation de leur pasteur. Le père qui voyoit renverser en un instant l'ouvrage de tant d'années , et s’évanouir les espérances qu’il fondoit sur les exemples de tant d'illustres Chrétiens, pouvoit-il n’y être pas sensible ? Il n’y a que ceux qui ont à cœur le salut des âmes, qui sentent ce qu'il en coûte dans ces sortes d'occasions ; ceux qui y sont indifférens ne le comprennent pas de même.
Le 15, le regulo partit pour se rendre au lieu de son exil , avec ses enfans , ses petits-fils , ses arrièrepetits-fils , au nombre de trente-sept, sans compter les princesses, femmes ou filles, qui égaloient presque ce nombre , et environ trois cents domestiques de l'un et de l’autre sexe, dont la plus grande partie avoient reçu le baptême. Plusieurs autres étoient encore catéchumènes : faute de temps , ils ont été obligés d’attendre qu'ils fussent arrivés au terme de leur voyage poux se faire baptiser.
Je ne finirois point si je voulois entrer dans le détail de ce qui concerne les dames chrétiennes , et vous raconter ce qui s’est passé avant et après leur baptême. Elles ne cédoient en rien aux princes leurs époux , soit pour la vivacité de leur foi , soit pour la rigueur de leurs austérités , soit pour “re de
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ge , elle ds plus à mot les le père, chapelle.
rouva le Michel , ; adieux.
que par lus éloplus ani- Éénéreux teur. Le vrage de ces qu’il s Chréd'y a que 1 sentent S ; ceux
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dans le nnes , et >rès leur ces leurs oit pour rdeur de leur
leur zèle à instruire des vérités de la religion les personnes de leur sexe. Deux jours avant leur départ, le bruit se répandit qu'il y avoit ordre de visiter exactement tous les équipages au Passage de la grande muraille. Sur cet avis, ces illustres dames cachèrent tout ce qu’elles pouvoient de leurs meubles de dévotion, dans les doublures de leurs habits, dans les chevets de lit, et dans les autres choses qu'elles croyoient n'être point sujettes à la visite. Deux d’entre elles qui ne pouvoient cacher aisément les cilices dont elles usoient » paroissoient fort afiligées de ne pouvoir les emporter ; leur confesseur les consola en leur faisant dire que les fatigues dy voyage qu'elles entreprenoient pendant les ardeurs de la canicule , et les montagnes affreuses qu’elles auroient à traverser , leur tiendroient lieu de cilice et qu'il leur suflisoit d'endurer toutes ces peines avec Patience et résignation à la volonté de Dieu.
Que n’aurois-je pas encore à vous dire des domestiques de ces princes ! quoiqu’ils n’aient pas eu les mêmes difficultés à vaincre an miséricorde. «'u Seigneur n'ont pas moins éclaté avant et après ieur conversion , du moins dans plusieurs dont je pourrois rapporter une infinité de traits édifians. Mais aussi comment n’auroient-ils pas été touchés » lorsqu'ils comparoient leurs maîtres infidèles À ces mêmes maitres devenus chrétiens , et qu'ils voyoient le changement extraordinaire que la grâce avoit fait dans leurs personnes ? On sait ce que peut l'exemple pour nous porter au bien ; Cane a HE plus de force quand il se trouve dans des personnes du premier rang et d’un mérite rare. Les princes et les princesses qui l’ont donné aux autres , ne l'ont pas eu pour eux - mêmes. Aussi ne douté-je point que Dieu ne choisisse parmi eux ces redoutables témoins , qu au Jour de ses vengeances il opposera aux grands
€ la terre , lesquels nés dans le sein du christia=
nisme, comblés de grâces , environnés de bons exemples ,’ne pensent à rien moins qu'à l'affaire de leur salut, et qui se trouvent, à l'heure de la mort, presque sans autre mérite que celui de n'avoir pas fait tout le mal qu'ils pouvoient faire. ,
Le jour même que ces illustres exilés arrivèrent au terme qui leur étoit marqué, le prince François- : Xavier passa à une meilleure vie à l’âge de cinquante - neuf ans. Quand il partit , il se sentit fort oppressé d’un asthme quil avoit depuis quelques années. Nous apprimes la nouvelle de sa mort au retour des porteurs de chaise dont il s’étoit servi. Quoique ce fussent des infidèles , ils ne cessoient de louer sa patience , et la douceur avec laquelle il les avoit traités. Le prince Paul écrivit au père Suarez la lettre suivante :
« Je suis en peine de la santé des pères Suarez, » Fridelli, Kegler, Parennin, Slavicek, Bouvet , » et de tous vos autres pères. Il n’y a qu’un peu plus » d’un mois que je vous ai quittés , ei ce temps m'a » déjà paru une année. Par la grâce de Dieu , il nè » nous est arrivé aucun accident durant notre voyage. » Le seizième de la sixième lune à deux heures après » midi, Dieu appela à lui notre frère François- » Xavier. Un vomissement de sang lui ayant ôté » l'usage de la parole , il ne lui étoit pas possible de » réciter les prières ordinaires ; mais nous voyant » à ses côtés, il nous faisoit signe de la tête qu'il » entendoit celles que nous récitions pour lui ; » c’étoient les prières des agonisans. Cinq jours au- » paravant, il lui avoit pris un vomissement sem- » blable, et pour lors il nous pria instamment de » ‘dire les prières que les Chrétiens ont accoutumé » de réciter pour ceux qui sont à l’article de la » mort : il fit son acte de contrition , et nous té- » moigna par ses larmes la douleur qu’il ressentoit » de ses péchés. Selon que je puis juger, je crois
;, de bons l'affaire de e la mort, avoir pas
arrivèrent
François- :
e de cinsentit fort quelques a mort aû toit servi.
ssoient de uelle il les ère Suarez
es Suarez, , Bouvet , n peu plus temps m'a )ieu , il ne re VOYAGE.
ures après Françoisayont Ôté possible de Jus voyant | tête qu'il pour lui ; q jours aument semimment de accoutumé ticle de la t nous té- | ressentoit r, je crois
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 67 » que Dieu lui a fait miséricorde : je prie cependant » tous vos pères de dire la messe À l’antél privi- » légié, et de réciter les autres prières de l'Eglise » pour notre frère François - Xavier : ce sera un » double bienfait, s'ils veulent bien lui accorder » leurs suffrages , aussitôt que vous les aurez infor » més de sa mort,
» Quoique j'aie peu souffert dans ce voyage , ce- » pendant comme il s’est fait avec beaucoup de pré- » Cipitation , je crains bien d’avoir commis plu » sieurs fautes : je supplie tous les pères de prier » Dieu qu'il me les pardonne , qu'il me fasse la » grâce de bien garder ses commandemens, et qu'il » me donne la force de vaincre les ennemis de mon » Salut. J’aurois bien d'autres choses à dire que le
» pinceau ne peut achever; vous en pourrez juger » par celles que j'ai dites. »
PAUL, dixième de la famille, à écrit ; cacheté le 23 de la sixième lune. P. S. MICHEL vous salue aussi.
LA nonvelle de cette mort nous causa plus de joie que de douleur , parce qu’il nous parut qu’elle devoit être très-précieuse aux yeux de Dieu, Quel bonheur, disions -nous , pour ce prince ! Après trois ans de préparation , il est baptisé le 6 de juillet ; le 14 il reçoit le corps de Notre - Seigneur ; il part de 15 pour le lieu de son exil ; il en bénit Dieu; ä souffre avec une patience héroïque les fatigues d’un voyage pénible , dans une saison affreuse » et attaqué d’une maladie mortelle ; il ne cesse de pleurer ses péchés ; enfin le 4 du mois d'août , jour de son arrivée au terme de son exil , il sort de cetté vie mortelle , pour aller recevoir dans le ciel » @insi qu'il y a lieu de l’espérer , la récompense de ses souilrances et de ses vertus,
Je me flatte, mon révérend père , que vous n’ou-
6ê LETTRES
blierez pas dans vos saints sacrifices de prier le Seigneur pour cette mission désolée , pour cette famille en particuiier , et pour moi qui en ai plus besoin jue personne , et qui suis avec beaucoup de respect, etc.
Du père Parennin, missionnaire de la Compagnie de Jésus, au père***, de la même Corripagnie.
A Pekin, ce 20 juillet 1725.
MoN RÉVÉREND PÈRE, La paix de N,5.
JE ue doute point que vous n'ayez été édifié du détail que je vous envoyai l’année dernière , sur le progrès que la religion a fait dans une nombreuse famille du sang impérial, et sur la générosité toute chrétienne avec laquelle ces princes, encore nouveaux dans la foi, se sont vus dépouillés de leur. dignité, et condamnés à un pénible exil. Mais peutêtre êtes-vous en peine de savoir s'ils se sont soutenus dans la même ferveur qu'ils ont fait paroître au commencement de leur disgrâce, et si la continuité de leurs souffrances n’a point à la fin ébranlé leur courage. Non, mon révérend père, la vertu de ces illustres néophytes n’a point chancelé ; leurs maux qui croissent chaque jour, ne servent qu'à augmenter leur patience, et ils nous donnent de continuels exemples d’une constance et d’une fermeté héroïque. Je ne vous rapporterai que ce que j'ai appris, soit des Chrétiens qui sont venus du lieu de leur exil, soit de quelques lettres que ‘es seigneurs
er le Seite famille us besoin » de res-
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m'ont écrites; mais j'ignore plusieurs traits particuliers de vertu, que leur humilité a pris grand soin de nous cacher. Au reste, il est bon de vous avertir, 1.0 qu’en parlant du lieu de leur exil, que les Chinois nomment Yeou-ouée , je ne me servirai que du nom tartare Fourdane, lequel signi£e en général place de guerre et qui est bâtie dans les passages de la grande muraille , ou ailleurs dans des gorges de montagnes pour fermer aux ennemis l'entrée de l’Empire ; 2.9 que quand je parlerai du vieux regulo , père des princes chrétiens, je l’appellerai désormais de son nom honorable Sourniama, et non pas Sou-nou , dont je me suis servi dans ma première lettre. Sounou est son petit nom qui n’est employé que par l'Empereur , ou par ceux qui parlent de lui à Sa Majesté. Ses enfans ont aussi des noms tartares ; mais comme je ne parlerai guère que de ceux qui sont Chrétiens, je continuerai à leur donner ke nom du saint qu’ils ont reçu au baptême.
Les Mant-cheoux entretiennent dans Fourdane quarante mille hommes de garnison avecun général, et grand nombre d'officiers subalternes. Ce général est en même temps gouverneur de la ville et de toutes les petites places d’alentour, où il ÿ à garmson. On compte dans Fourdane cinquante mille habitans. Ce sont tous ou des ouvriers ou des négocians qui commercent avec les Montgoux. La police y est administrée par les mandarins de lettres.
Il y a encore deux choses que je vous prie d’observer : la première, que parmi les domestiques qui suivirent ces princes dans leur exil, il y en avoit de deux sortes; les uns, proprement esclaves de leur maison ; les autres, Tartares ou Chinois tartarisés, que l'Empereur donne en grand ou petit nombre, à proportion de la dignité dont il honore les princes de son sang. Ces derniers font l'équipage du regulo, et on les appelle communément les gens de sa porte.
1 y a parmi eux des mandarins considérables, des vice-rois et des tsong-tou. Quoiquils ne soient-pas esclaves comme les premiers, ils sont presque également soumis aux volontés du regulo, tant qu'il conserve, sa dignité; ils passent après sa mort au service de ses enfans, s’ils sont honorés.de la même dignité. Si le père, pendant sa vie, vient à déchoir de son rang, ou si le conservant jusqu’à sa mort, il ne passe point à d’autres de ses enfans, cette espèce de domestiques est mise en réserve, et ils sont donnés à quelqu’autre prince du sang lorsqu'on fait sa maison, et qu’on l'élève à la même dignité.
La deuxième, que c’est une coutume établie parmi les Mant-cheoux, que lorsqu'un domestique prend la fuite, en quelque endroit que soit son maitre, soit en son palais, soit à la guerre, ou même en exil, celui-ci est obligé d’en informer le tribunal , et de désigner le nom, l’âge, la figure et les traits du visage du fugitif, sans quoi il seroit responsable des mauvaises actions dont il se rendroit coupable, Le tribunal chargé de cette sorte d'affaire, fait les perquisitions les plus exactes des déserteurs set les punit sévèrement. On leur imprime à la joue une marque ineffaçable , et on les rend à leurs maîtres,
Ce petit éclaircissement m’a paru nécessaire pour l'intelligence de ce que j'ai à vous dire dans la suite de cette lettre. Aussitôt donc que ces illustres exilés furent arrivés à Fourdane, chacun d'eux songea à se loger avec sa famille. Les habitans du lieu persuadés que ces princes étoient fort riches, et abusant de la nécessité pressante où ils se trouvoient, mirent le louage de leurs maisons à un prix excessif, en sorte que le prince Paul, et un de ses frères, jugeant bien qu'ils feroient-là un long séjour, prirent le parti d'acheter un terrain, et de se bâtir des maisons, plutôt que de se mettre en si gros frais pour un simple louage. Un licencié, habitant de Fourdaue, quiavoir
bles, des oient-pas que égatant qu'il mort au la même à déchoir , mort, 1l te espèce at donnés a maison,
lie parnm ue prend 1 maitre, nême en tribunal , les traits ponsable joupable.
, fait les s,et les joue une maitres.
re pour s la suite res exilés songea à ieu pertabusant , mirent essif, en , jugeant rirent le maisons , in simple quiavoir
reçu autrefois des grâces de Sourniama, [ni offrit sa maison. Le prince accepta son offre, et l’acheta dans la suite,
Cependant toute communication avec Pekin étoit absolument interdite à Sourniama. L'Empereur lui avoit défendu d’y envoyer aucun de ses domestiques; ce n'étoit que de là néanmoins que lui et les princes ses enfans pouvoient tirer les secours nécessaires À leur subsistance. Le licencié fut touché de voir des personnes de son rang éloignées de leur patrie, dans un délaissement générak, sans amis, sans support, Comme il n'étoit pas leur domestique, il crut pouvoir sans aucun risque faire le voyage de Pekin , et procurer quelque assistance à ces princes abandonnés.
L'Empereur, qui a partout des espions, fut bientôt informé, et du plaisir que le licencié avoit fait à Sourniama, en lui vendant sa maison, et de son arrivée à Pekin. Il y eut ordre de l'arrêter : on le mit en prison, on l’appliqua à la question, et la vivlence des tourmens tira de lui les lettres adressées aux princes amis de Sourniama, dont il étoit le porteur. On mit aussitôt la main sur ces princes , et on les conduisit en prison avec l'intendant de Sourniama , domestique de sa porte, qu’il avoit laissé à Pekin pour veiller au soin de ses affaires, et lui fournir peu à peu l'argent qui lui étoit nécessaire.
Les réponses que firent les prisonniers dans les interrogatoires qu'ils subirent, en impliquèrent p'usieurs autres dans la même affaire. Ils furent emprisonnés sur le champ, et on donna ordre au général de Fourdane de se rendre incessamment à la cour.
Cet ordre auquel il n’étoit pas naturel de s’attendre, et les emprisonnemens qui le précédèrent, etfrayèrent les domestiques de Sourniama. Plusieurs d'entr'eux renoncèrent au soin de ses affaires pour ne penser qu'à leur propre sûreté; d’autres s’enriclürent aux dépens de leurs maîtres qui les avoient
72 LETTRES comblés de bienfaits, et qui les. honoroiïent encore de leur confiance ; tels furent quelques domestiques
de la porte, qui chargés de percevoir les revenus des :
terres et des maisons de ces seigneurs, refusèrent de
s’en dessaisir , sous le spécieux prétexte que ces biens
seroient infailliblemnent confisqués, qu’on leur demanderoit roiwLie des fonds et des rentes échues depuis le dépari de Sourniama, et qu'après ce compte rendu on les feroit domestiques d’une autre maison.
Cependant le général de Fourdane arriva à Pekin. Il étoit créature de Souritana, et c’étoit à sa protection qu'il devoit sa fortune ; aussi eut-il pour son bienfaiteur tous les égards que le devoir de sa charge et la fidélité à son prince lui permirent. Dès qu'il parut à la cour, l'Empereur le fit venir en sa présence, et eut avec lui de longs entretiens, dont on n’auroit rien appris , si le temps n’en eût découvert une parte.
Il fut bientôt renvoyé à son poste, Quand il 2pprocha de Fourdane, tous les officiers de la place vinrent au-devant de lui selon la coutume. Sourriama s’y trouva aussi; mais le général fit semblant de ne pas l’apercevoir, et affecta de détourner l tête. Ce fut pour le vieillard un triste augure des nouveaux malheurs dont il étoit menacé, En effet, le lendemain il lui vint de la part du général un ordre qui lui prescrivoit de sortir de la ville, lui, sa famille et tous ses gen , et d'aller demeurer au milieu d’une campagne qu'il lui assigna à deux lienes de la place, avec défense d’y remettre le pied.
Cette nouvelle que nous n’apprimes que d’une manière confuse, nous aflligea sensiblement, et nou commençâmes à croire comme beaucoup d’antres, que le dessein étoit di lis » ces prince: languir et se consumer pen à per da ce désert, Tout ce qu nous pümes faire dans de si tristes couionctures,
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fut de redoubler auprès de Di, : nos prières, afin de leur obtenir la force de supp er patiemment de si rudes épreuves.
Je cherchoïis inutilement le moyen de faire passer quelques mots de consolation à ces illustres afligés ; tous les passages m’étoient fermés. Si quelque domestique fidèle se hasardoit de venir à Pekin, il Le faisoit très - secrètement, et nous n’en avions nulle connoissance, Enfin, vers les fêtes de Noël, six mois après le départ de ces princes, deux hommes inconnus, qui se disoient Chrétiens, vinrent dans notre maison , et demandèrent à me parler. Je les fis entrer dans ma chambre ; le plus ancien me fit signe de faire retirer un domestique qui étoit présent. Il me dit quil s’appeloit Marc Ki; qu'il étoit le chef de cinq ou six familles chrétienne: établies à Fourdane; que les princes exilés n’osant envoyer ici aucun domestique , il s’étoit chargé de venir de leur part me saluer moi et les autres pères, et nous assurer qu'ils jouissoient d’une parfaite santé , et qu’ils étoient contens de leur sort.
Vous jugerez aisément , mon révérend père, quelle fut l'impression de joie que ce discours produisit dans mon cœur. Je regardois ce zélé Chrétien
mmean ange du ciel que Dieu avoit placé là pour être | onsolation de ses serviteurs ; je 2 priai de me fa, le détail de ce qui s’étoit passé à Fourdane depuis l'arr:,ée des princes jusqu'à son départ; il acquiesça volontiers à ma prière, et je ne puis mieux faire que de vous rapporter simplement ce qu’il me raconta. Îl commença d’abord par l’histo + de sa vie, afin de me donner une connoïssance plus en..1e de ce qui le regardoit, et de ce qui concernoit ies princes,
« J'ai porté, dit-il, le: armes toute ma vie. Au » retour de la de: uerre contre les Eluths, les » fatigues que j'avois essuyées, et on grand âge me
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».portèrent à demander la permission de me démettre » de mon emploi en faveur d’un fils qui est aussi » chrétien. Cette grâce me fut accordée, Nous de- ”Meurons ensemble à Fourdane , et nous y vivons » de la paye annuelle de mon fils, et du riz qu'il » reçoit chaque lune : je fais d’ailleurs un petit com- »merce, dont le gain supplée à ce qui nous manque, » Nous avons là plusieurs Chrétiens, dont les uns » Sont gens de métier, et les autres soldats. Ceux-ci » m'ont dit qu’ils ont reçu de vous le baptême il y a » plus de vingians, au passage de la grande muraille
appelé Tcham-hia-keou, où ils étoient en gar-
LA
nison. J’assemble ces Chrétiens dans ma maison
et je les avertis des jours d’abstinence et de jeûne ;
tous aspirent au bonheur de voir un Missionnaire x » afin de pouvoir entendre une messe » et de par- » ticiper aux sacremens : la plupart n’en ont point » vu depuis douze ans.
» Quand j'appris qu’une foule de princes exilés » arrivoient à Fourdane , dont plusieurs avoient » embrassé la foi, j'appelai tous les Chrétiens , et » je leur défendis de rôder autour des maisons de » ces seigneurs , et de s'informer s’il y avoit parmi » eux des Chrétiens. Je leur fis entendre que cette » Curiosité qui pourroit être louable en toute autre » Conjoncture, deviendroit funeste et à ces princes » et à eux-mêmes, surtout dans les commencemens >» d’un nouveau règne si contraire au christianisme. » Je les priai de se reposer sur moi du soin de » cette sorte d’information , en les assurant que je » ne leur laïisserois rien ignorer de ce qui viendroit » à ma connoissance, Ils convinrent que cette pré- » Caution étoit sage , et ils s’y conformèrent.
» Aussitôt que les princes furent arrivés ils se » logèrent séparément, les uns dans des maisons , » les autres dans des hôtelleries que leurs domese
» les jours de fête ; nous faisons ensemble la prière, »
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tiques avoient eu soin de retenir. Je m’adressai à un de nos Chrétiens, homme sage, que sa profession de barbier autorisoit à parcourir les rues sans donner aucun ombrage. Je lui recommandai de tournoyer autour des maisons de ces nouveaux venus, en faisant du bruit de sa sonnette, et supposé, comme je n'en doutois pas, que quelqu'un l'appelât, d’user de toute son adresse pour découvrir s’il étoit Chrétien.
» En effet, il fut bientôt appelé par un de ces princes , qui tout couvert encore de la poussière du voyage , vouloit se faire raser les cheveux. Comme ce prince est populaire, il fit diverses questions au barbier tandis qu’il le rasoit. I lui demanda d’abord s’il étoit de Fourdane , et comment 1l n’alloit pas à Pekin , où des gens de sa profession trouvoient bien plus à gagner que dans un lieu aussi misérable que Fourdane. Il répondit u’il étoit de la province de Chen-Si, qui avoit HN quelques années à Pekin , mais qu’il n'y faisoit pas fortune à cause de la quantité de gens de sa profession qui s’y trouvent. En quel quartier demeuriez-vous, dit le prince, et qu'y avez-vous trouvé de remarquable ? Je demeurois, dit le barbier , près de la porte de Chun-Tchi-men , et jy ai vu avec plaisir une église bâtie à l’européenne qui est proche de cette porte. Etes-vous entré dans cette église , reprit le prince , et connoissez-vous ceux qui y logent? Que font-ils là ? J'y suis entré plusieurs fois , répondit le barbier ; ce sont des Européens qui y résident, et qui prêchent la loi de Dieu; mais, répliqua le prince, quel étoit votre dessein ? Vouliez-vous vous faire Chrétien ? Je le suis dès ma jeunesse , dit le barbier. À cette parole le prince se leva, et l’embrassant tendrement , eh! que ne vous ex pliquiezvous plutôt, lui dit-il; je suis Chrétien comme
» Vous ; Paul est mon nom de baptême. I] s’informa » ensuite de tous ceux qui étoient Chrétiens dans » ce lieu-là , et de moi en particulier qu ils regardent » comme le chef; il me fit donner quelques ins- » tructions, et ajouta que je pouvois m'adresser à » François Tcheou , domestique de la porte du » prince Jean. Je le fis, et je rendis secrètement » à ces illustres exilés tous les services dont j “tois » capable.
» Tout fut assez paisible jusqu’au retour du gé- » néral, qui apporta l’ordre de les chasser de la » ville , et de les confiner dans un désert. On leur » assigna une plaine de sable appelée Sin-pou-tse , » C’est=à-dire , nouveau hameau, parce que sur un » petit tertre qui s'y trouve , de pauvres gens venus » d'assez loin y ont bâti sept ou huit cabanes, pour » cultiver quelques morceaux de terre qui sont au- » delà du sable, » Ce fut un spectacle bien touchant de voir la » triste situation de ces princes, Les pluies conti- » nuelles avoient ruiné leur équipage : les uns » avoient été forcés de payer d'avance pour un an » le loyer de leurs maisons , parce qu'on en use » ainsi avec les exilés ; les autres avoient presque » achevé d'en bâtir à leurs propres dépens, et ce- » pendant on les obligeoit de tout abandonner. Il » leur fallut sortir brusquement , les uns à pied, les » autres à cheval , les femmes et les enfans sur de » méchantes charrettes, pour se transporter dans » un désert où l'on ne trouvoit, ni pâturages pour » les bestiaux , ni bois pour le chauffage. Tout in- » fertile et sablonneux qu'étoit ce terroir , les pro- » priétaires leur vendirent très-cher l'emplacefnent » nécessaire pour y construire des cabanes : car on » ne peut guère appeler autrement des maisons » faites de bois et de terre, et couvertes de chaume; » encore fallut-il faire venir ces matériaux d’ailleurs,
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ÉLIFIANTES ET CURIEUSES, 77
et ces nouveaux frais absorbèrent le pez d'argent qui leur restoit.
» Pendant que ceux qui étoient témoins d’un traitement si dur, murmuroient hautement, les princes étoient les seuls qui ne laissoient échapper aucune plainte ; ils paroissoient aussi tranquilles ue s'ils eussent été dans l'abondance : je parle ds Chrétiens, car je n’avois aucun commerce avec les autres.
» Pour moi j'étois vivement touché de me voir gêné dans les services que je voulois leur rendre. Le général de Fourdane avoit fait afficher des placards à toutes les portes de la ville, qui portoient défense à tous les Mant-cheoux, Montgoux et Chinois tartarisés , d’aller à Sin-pou-tse, sous peine d être livrés au tribunal des crimes à Pekin, et d’être jugés et pnnis comme rebelles, Cet ordre arrêla tout court ceux qui étoient portés d’inclination à assister ces princes infortunés. [ls n’étoient secourus que par quelques domestiques qui venoient secrètement à la ville, pour acheter les choses les plus nécessaires, et qui s’en retournoient très-promptement.
» Enfin, après quelque temps, je risquai d'aller les voir. Depuis que j'ai quitté la profession des armes , on me regarde assez communément comme un homme du simple peuple ; d’ailleurs je sais le métier de colleur , et François Tcheou étant encore à Fourdane , m’avoit donné à coller une image qu’il vouloit placer dans un oratoire. Ce fut pour moi un prétexte de l'aller trouver pour apprendre de lui ce qui se passoit, et ce que je pourrois faire en faveur de ces seigneurs. Je ne trouvai pas un seul homme dans toute ma route ; mais quand j'approchai d’un espèce de village qui étoit celui où les princes sont relégués , un jeune homme à cheval qui étoit placé comme en
sentinelle , vint à moi, m’arrêta, et me demanda d'où je venois, où j'allois et si j'ignorois les défenses qui avoient été faites. Je répondis que J'étois colleur , et qu'ayant appris qu’on bâtissoit dans ce village , j'étois venu y chercher de l'occupation. Si tu es ouvrier , dit-il, montre - moi tes instrumens. Ce n’est pas la coutume , répondis-je , d'en porter avant que d’avoir vu ce qu’il y a à faire, et d’être convenu du prix. Comme il m'examinoit avec attention, il s’aperçut que j'avois dans le sein un rouleau de papier ; il M manda ce que c’étoit : c’est une peinture , lui répondis-je, I] la voulut voir, et aussitôt il s’écria : ah ! c'est la Sainte-Vierge ; tu es donc Chrétien ? à qui veux-tu parler ? Quand je lui eus répondu que c'étoit à François Tcheou : Suis-moi , dit-il , je te conduirai chez lui : effectivement il me montra sa porte , et alla avertir son père de l’arrivée d'un Chrétien, Je sus ensuite que c’étoit le prince Michel , fils du prince Paul , et que ces jeunes princes faisoient tour à tour une espèce de garde hors du village , pour se précautionner contre la surprise des espions et d’autres gens sans aveu , qui voudroient observer leurs démarches,
» François Tcheou ne se posséda pas de joie quand il me vit. Nous passämes le reste du jour et une partie de la nuit à délibérer ensemble ; et enfin nous convinmes que j'irois à Pekin avec ce jeune homme que vous voyez, qui est Chrétien et mon parent. Les princes Paul et François me vinrent voir chez ce domestique , et s’opposèrent à notre résolution , dans la crainte que cette démarchene leur attirât quelquenouvelle persécution, » Mais Tcheou les rassura, Soyeztranquilles , leur dit-11, je me charge de tous lès événemens, Le pis qui puisse arriver, c’est que mon dessein soit dé-
demanda s les dédis que bâussoit de l’octre - mot réponce qu’il Comme cut que ; il dere , lui | s’écria :
irétien ?
‘épondu , dit-il, Lt 11 me de l’ar- » c'étoit que ces espèce tionner es gens ars dé-
de joie lu jour ble ; et avec ce hrétien o1s nre osèrent tte décution, 6, leur , Le pis oit dé-
ut Lan
” Couvert; en ce Cas j'irai hardiment trouver le gé- » néral, etje lui dirai que n’étant pas exilé nommé- » “ment, et ne Vous ayant suivi qu'en qualité d'homme » de la porte, j'ai cru ne rien faire contre les ordres » de l'Empereur, en envoyant, à votre insçu, cher- » Cher chez moi de qe vivre, puisqu’enfin je ne » Suis pas condamné À mourir de faim. A cela, les » seigneurs ‘eurent rien à répondre, et le laissèrent » Suivre son projet. Je partis donc, et grâces à Dieu "
‘» Je Suis arrivé 1c1, comme vous voyez, sans aucun » actident, »
Voilà à peu près tout ce que je pus apprendre de ce Zélé Chrétien; il meremit une lettre du prince François, laquelle contenoit la liste de différentes choses qu'il me demandoit pour entretenir sa piété et celle de ses frères, et entr’autres des crucifix et plusieurs estampes de dévotion. Je lui donnai sur le champ tout ce qui m'en restoit entre les mains , etil se re- Ura pour ailer terminer d’autres affaires beaucoup plus difficiles dont il s’étoit chargé,
Pendant qu'on chassoit les princes de Fourdane, Ha-peylé, régulo du troisième ordre » Propre neveu de Sourniama , augmenta le nombre de ses persécuteurs, Poussé par une inimitié de famille > il fit savoir à l'Empereur que, Contre ses ordres, le neuvième fils de Sourniama avoit laissé sa femme à Pekin, sous prétexte de quelques incommodités. Sur quoi le général de Fourdane reçut ordre de charger de chaînes ce neuvième fils, et de l'enfermer dans une étroite prison. L'Empereur chargea ensuite cet indigne délateur de faire partir incessamment la dame et les princesses, épouses des princes Louis et Joseph , qui avoient été envoyés à la guerre , ainsi que je l'ai marqué dans ma première lettre.
Le cinquième fils de Sourniama étoit mort depuis long-temps avec la dignité de comte; sa veuve n’avoit Pas Cru être obligée de suivre son beau-père, et
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étoit restée à Pekin. On l’obligea de partir avec les autres. Ce neveu dénaturé exécuta ces ordres avec une extrême dureté. Il précipita leur départ, et à peine leur laissa-t-il un équipage; il ôta leurs suivantes, et substitua en leur place d’autres vieilles femmes inconnues, et incapables de leur rendre le moindre service durant Île voyage; encore eurentelles ordre de s'en revenir aussitôt que les princesses seroient arrivées à Sin-pou-tse. Le barbare qui visita leurs ballots, ne leur laissa pas même emporter l’argent et les habits nécessaires pour se rendre au lieu de leur exil. La seule épouse du prince Joseph étoit Chrétienne, Les deux autres ont, dans leur infortune, ouvert les yeux aux lumières de la foi, comme je le dirai dans la suite.
Après cette triste expédition, le regulo prit le titre de chef de la famille. IL fit assembler tous les domestiques qui gardoient les hôtels des princes, et il leur défendit, sous les peines les plus sévères, d'aller aux églises, ou de recevoir des visites des Chrétiens. Ces menaces refroidissent la piété de quelques-uns, et les autres ne viennent à l’église qu'avec de grandes précautions.
Le tribunal des princes eut ordre de son côté, de dresser un état des domestiques, des terres et des maisons de Sourniama et de ses enfans; ce qui fit croire que leurs biens alloient être aujugés au fisc, Ceux de leurs domestiques qui avoient fait paroître
eu de bonne volonté, en devinrent plus insolens. Ce fut dans de si fâcheuses circonstances que Marc- Ki arriva. Il n’en trouva presque aucun qui fût disposé à fournir aux besoins de leurs maîtres, et le pouvoir m:.. juoit à d’autres qui avoient encore pour eux quelque reste d'affection. Le prince Jean avoit laissé miile taëls en garde à son beau-père , qui étoit un mandarin des plus distingués , comptant trouver cette somme ioujours prête au premier besoin qu'il en
avec les ires avec art, et à eurs Sui= s vieilles rendre le eurent- )rincesses qui visita orter l’arre au lieu eph étoit nfortune, name je le
o prit le us les doces, etil 5, d'aller hrétiens.
ques-uns , e grandes
on côté, res et des e qui fit s au fisc.
. paroître insolens.
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ÉDIFIANTÉS ET CURIEUSES. &r
en auroit. Le mandarin qui regardoit cebesoin comme éloigné, l’employa à des usages particuliers. Cependant Marc-Ki arrive, et rend à ce mandarin Ja lettre du prince. Il mandoit que des dépenses imprévues l'obligecient d’avoir recours à lui plutôt qu'il n’avoit
cru, etqu'il le supplioit de remettre au porteur de
son billet, homme sûr et fidèle, le dépôt qu'il lui avoit confié. Le mandarin se trouvant fort embarrassé , lui fit dire d'attendre encore quelques jours, jusqu’à ce qu’il eût emprunté une somme qu’il vouloit lui donner.
Pendant ce temps-là, ses domestiques surent le tirer d'intrigue par une indigne supercherie, dont is usèrent pour éloigner ce vieillard qui étoit si fort à charge à leur maître, Ils subornèrent quelques gens de la lie du peuple: ceux-ci, selon les instructions qu’on leur donna, se rendirent un jour de fête à l’église des pères portugais, où ils savoient que Marc devoit être. Ils dirent qu'ils étoient envoyés par le dix-septième regulo, frère de l'Empereur, pour arrêter un certain homme nommé Ki, arrivé tout récemment de Fourdane. Les Chrétiens qui se trouvèrent à la porte, donnèrent d'autant plus aisément dans ce piége, qu’en effet le dix-septième regulo , par ordre de l'Empereur, avoit déjà fait arrêter beaucoup de monde, [ls répondirent qu'il n’étoit pas à l'église, mais qu'on alloit s'informer de sa demeure : leur dessein étoit de donner à Marc le temps de s éva der, et c’est justement ce que prétendoient les domestiques du mandarin, qui ne se donnèrent plus de mouvemens, dès qu'ils virent que leur ruse avoit réussi, En effet, aux premières nouvelles qui vinrent à ce bon vieillard qu'on le recherchoit, il fat saisi d'une telle frayeur qu'il prit aussitôt la fuite avec son compagnon, encore plus pauvre qu'il r’étoit venu, et laissant à Pekir tout ce qu'on lui avoit donné pour les princes.