‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 9 sur 63 · AE · texte numérisé non relu

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ÉDIFIAN TES ET CURIEUSES. . 87 enfin ayant repris mes esprits, je dis assez bas que j'étois le médecin appelé Tem. Alors je vis paroître un homme qui m'aida à descendre de , al (car j'étois tran :1 de { nid età demi-mort) qui me fit entrer dans sa maison. Je reconnu: ie prince Jean-Bapu:ste, lequel, en m'embrassant : ah! mon ami, me dit-il, doù,venez-vous? Avant toute chose, je le priai d'envoyer chercher mon valet, que j'avois laissé sur un tertre peu éloigné. Il envoya de ses gens, qui l’eurent bientôt trouvé; et en même temps 1l fit avertir ses frères chrétiens

. de mon arrivée, Ils se hâtèrent de : ils m’em-

brassèrent, en me disant que j'é ange venu du ciel pour les consoler. Enfin puis vous exprimer quelle fut la joie récipre 1e de cette entrevue : 1ls ne pouvoient assez reiercièr Dieu de celie neige épaisse qui m’avoit si fort incommodé, et do Je me plaignois: c’est une faveur de la Provi e, me disoient-ils, qui a voulu vous rendre invisible à ceux qu'il eût été dangereux, et pour vous et pour nous, de rencontrer. Ils sempressèrent de me faire souper , et tout ce que des gens qui souhaitoient de me bien régaler purent faire, me fit connoître le malheureux état où ils étoient réduits. Cependant il n’en paroissoit rien, ni dans leurs discours, ni sur leur visage: au milieu d’une extrême disette , ils avoient l'air gai et content. Deux jours entiers suffirent à peine à répondre à toutes les questions qu’ils me firent.

» Quand je les vis dans leurs habits de grand deuil, je ne doutai point que Sourniama leur père ne fût mort: je leur demanuai s’il avoit enfin ouvert les yeux à la vérité, Hélas! me répondirent-ils en soupirant, le regulo notre père, et sa seconde femme mère du prince François, sont morts l’un et l'aatre, mais d’une manière bien différente, A la onzième lune dernière, la princesse se sentit

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fort mal, et jugea ellgæ- même que sa dernière heure approchoit. Elle étoit chréüenne dans le cœur, et elle en auroit fait, il y.a long-temps, une profession ouverte , si le regulo son mari ne s’étoit point opposé constamment à son dessein, Elle lui demanda la permission de se faire transporter chez son fils, sous prétexte qu’elle y seroit mieux soignée par sa belle-fille qu elle aimoit tendrement. Le regulo y consentit. Dès quelle y fut arrivée elle demanda le baptême; tous ses entretiens étoient de Dieu , et de la vive douleur qu’elle ressentoit de lavoir offensé. Comme elle étoit parfaitement instruite de nos saintes vérités, après lui avoir fait faire des actes de contrition et d'amour de Dieu, le prince Paul la baptisa. Dès ce moment, elle parut sf tranquille, qu’on eùt dit qu’elle n’attendoit que cette grâce pour sortir de cette vie. Le regulo qui sut le danger. où elle étoit, vint la voir, quoiqu'il fût malade lui-même ; mais elle ferma les yeux, et ne voulut ni le regarder ni lui répondre, ce qui l’obligea de se reurer. Elle, parla ensuite avec un grand sens, et enjoignit à son fils le prince François d'écrire aux pères de Pekin, et de les prier de sa part d'offrir le saint sacrifice pour le repos de son âme : elle lui donna même à cette intention trente taëls, qu’on n’eut garde de recevoir, et qui furent employés aux frais de ses ohsèques. Nous ne la quittâmes point, afin de Faider à finir saintement ses jours. Enfin le quinzième de la même lune, c’est-à-dire, le 29 décembre 1724, que nous environnions son lit tous à genoux, et récitant les prières des agonisans , elle expira doucement et rendit son âme au Seigneur.

» Le regulo notre père avoit plusieurs maladies compliquées , et entr’autres depuis long-temps il étoit tourmenté d’une toux sèche, qui jointe à l’âge, au chagrin et à la vie dure qu’il menoit dans

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ce désert, diminua insensiblement ses forces, et ruina entièrement le reste de santé dont il jouissoit. Nous allions chez lui à tout moment , mais nous n'étions pas admis jusque dans sa chambre, et nous n'y pouvions pénétrer qu'il ne nous y appelât. Enfin le 19 de la onzième lune (le 2 janvier 1 725), il nous fit entrer , et il commença une longue apologie de sa conduite pour nous persuader que son exil étoit injuste,

» L'Empereur, dit-il, m'a fait quatre reproches également faux, et qui n’ont aucun fondement. Le premier, que mes ancêtres étoient les ennemis de sa famille : quelle inique supposition! Ergatou Peylé, mon grand père, endossa la cuirasse À l'âge de dix-septans, et mourut à vingt-trois les armes à la main pour la famille de l'Empereur. Toumen Peylé, mon père, a combattu toute sa vie pour ses intérêts; el moi qui n’avois pas hérité de leur dignité, j'y suis parvenu par de longs et de dangereux services : est-ce ainsi qu’en agissent les ennemis de la famille impériale ? Le second , C'est qu'à la mort du beau-père de son neuvième frère , je soupirai, et témoignai de la tristesse : il est vrai, c'étoit mon parent et mon ami; nous avions été ensemble chefs de bannière et camarades de casaque; mais nous n'avions ni liaisons ni desseins contraires au service de l'Empereur. Le troisième , c'est que quand il se fâcha contre ceux de mes enfans qu'il envoya à la guerre, je ne me donnai aucun mouvement, je n’allai point m'’hnmilier au palais, et demander grâce : eh! quelle est donc la destinée des Mant-cheoux ? n’est-ce pas de porter les armes ? Si j'eusse alors fait la moindre démarche , quel reproche n’auroit-il pas eu droit de me faire, et qu’aurois-je pu lui répondre? Le quatrième , c’est que mes enfans se sont faits chrétiens, et que jc ne Les ai point punis, Je les ai mal-

90 LETTRES > traités plusieurs fois pour ce sujet; mais ne voyant

» Tien dans la loi chrétienne qui fût contraire à la

» droite raison, devois-je sévir contre des enfans >» que je chérissois, et que je ne croyois pas cou- >» pables? A près ce discours il nous fit retirer, et peu >» d'heures après, étouffé par un catarre, il ex- >» Pira entre les bras d’un domestique infidèle : les > Cris de ce domestique nous annoncèrent sa mort. »» Que de larmes nous répandimes ! que. nous pous- >» Sâmes de cris et de gémissemens inutiles! .....

> Comme je vis qu'ils s’attendrissoient je changeai » de discours. Le lendemain matin le second fils du >> défunt vint me voir. Il me fit ses plaintes de ce que »» je n’avois pas donné avis à ses parens de mon dé- »» part. Je m'en suis bien donné de garde, lui ré- »» pondis-je; leur mésintelligence auroit trahi mon » dessein ,'et rompu mon voyage. En voulant servir » tout le monde, je n’aurois servi personne. Il parut » Content de ma réponse. En partant de Pekin, ce » Prince avoit permis à son fils de recevoir le bap- » tême, et promettoit de le recevoir aussi lui-même » à Fourdane, dès qu’il se verroit débarrassé des »» affaires qui agitoient son esprit. Je l'ai trouvé tel » qu’il étoit parti; de fausses craintes et de vaines » €spérances le retiennent encore dans l’infidélité. Il » me conseilla de ne point partir en plein jour , et » de m’en retourner le plutôt que je pourrois. Ce- >» pendant sur le soir j'allai chezle prince Jean pour » lui dire adieu, et recevoir ses ordres. Il me reçut » avec sa bonté ordinaire; et pour me faire honneur > il rassembla toute sa famille, voulant, disoit-il, »» leur faire voir un ami chrétien venu tout récem- » ment de Pekin.

»» Comme je devois partir le lendemain matin, >> 11 m'offrit de l'argent pour les frais de mon voyage, »» €t me pressa de l'accepter : mais je le refusai cons +» tamment, Il me fit en le quittant une petite exhor-

LA

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. gt >» tation que j'aurai toujours présente à l'esprit : les >» paroles des saints sont des traits de feu , qui pé- >» nètrent jusque dans le fond de l’âme. Ne perdez >» pas, me dit-il d’un air aimable, le fruit de la cha- »> Tité que vous avez pour nous, en négligeant cer- » tains défauts qui, quoique légers, peuvent être »» d'une conséquence dangereuse pour le salut. Je >» M'aperçois que vous ne vous êtes pas encore cor- » rigé de votre humeur impatiente, et de vos viva- » Cités naturelles. Je crains qu'un orgueil secret ne » Vous domine encore, et n’infecte de son venin vos »» actions les plus vertueuses : faites-y attention; mais » Surtout profitez de la facilité que vous avez d’ap-

=» procher des sacremens; la privation de ce secours

» €St la seule chose qui nous chagrine dans notre »» exil. Ne négligez donc peint un moyen si utile de » Vous sanctilier, et faites-moi l'amitié d'assister » Souvent au saint sacrifice de l’autel À mon inten- » Uon. Je fus tellement attendri à ces dernières pa- » roles, que je le quittai sans presque pouvoir parler; > je ne les oublierai jamais ; elles ont fait de trop >> fortes impressions dan$ mon cœur. ., Voilà, mon révérend père, un précis de ce que me raconta ce charitable médecin. &

Sept ou huit jours après sa visite le père uarez m'envoya une lettre que le prince François m’écrivoit de sa propre main en langue mant-cheou : en voici la traduction.

« Je vous regarde comme mon père spiritnel, Il »» ÿ a près d’un an que je suis privé du'plaisir de » Vous voir, et de recevoir vos salutaires instruc- >; tions. Toutes sortes de malheurs sont venus nous »» assaillir depuis ce temps-là; mais celui que j'ai le >» plus de peine à supporter, c’est de me voir frus- »» tré de mes espérances, et de la chose que je dé- » Sirois le plus. Grâces À Dieu nous sommes en assez »» bonne santé. Je ne sais si je m’abuse, mais je me

» flatte toujours que nous verrons finir notre exil. Je Pa » ne le souhaite que pour revoir nos pères en Jésus- une >» Christ et tâcher de profiter de leurs instructions et tier >» de leurs exemples. Vous avez eu la bonté de m’en- k « | » Voyer des médailles, des reliquaires, des bagues : » 6 » nous les avons reçus avec joie et avec reconnois- À » | >> Sance; si Vous en avez encore, ne nous en laissez à » 0 >> pas manquer, je vous prie, surtout de ceux où il : » C » ya des indulgences attachées; joignez-y des es- » » tampes de saint Michel, de l'Ange gardien, de » le » Saint Jean, etc. ,, »

Pour l'intelligence de cette lettre , il est bon d’ob- I server , 1.° que quand ce prince partit pour son exil, ù. et I: loin d’être afligé de sa disgrâce, il en témoigna au | dire contraire de la joie dans l'espérance d'enseigner les " ue vérités de la foi aux peuples de Fourdane, et d'en L) ir gagner un grand nombre à Jésus-Christ; mais depuis “ forr qu'il se vit relégué dans un désert, il soupiroit sans i L cesse, et se sentoit comme étouffé de différens mou- Fi repe vemens, et de zèle pour la conversion de tant de . dite peuples qui vivent dans l'infidélité , et de douleur de | plus s'en voir si près sans pou#oir les entretenir de nos = en à saintes vérités. J’en ai une peine, disoit-il quelque- a ordr fois, qui me presse et m’agite nuit et jour. Je vous . deq le demande, mon révérend père, trouveroit-on en prin Europe beaucoup de grands seigneurs animés du quoi même zèle , et également portés à concourir au salut “ quel des âmes ? Je

2.0 Les bagues dont ce prince parle, n’étoient que L.. la dé de cuivre. Dans le chaton de chaque bague, on avoit | avoie enchassé sur un fond rouge un crucifix doré, qui leurs étoit couvert d’un cristal convexe. J'en avois envoyé exil. deux douzaines qui m'étoient venues d'Europe au À artic prince Jean, pour les pariager entre les dames chré- L Il tiennes. Comme ce nombre n’étoit pas suffisant, il 4 de la chargea la princesse Thérèse, sa belle-sœur , de les L. dane

distribuer selon qu’elle jugeroit à propos. Le prince À signi

Paul ayant appris qu’une des Princesses ‘avoit recu une de ces bagués , et que Sa suivante, ancienne chrétienne , en avoit été privée , lui en fit des reproches : « Vous ne faites pas réflexion , lui dit-il, que vous » êtes sa cadette au service de Dieu : quoique par » la naissance elle vous soit béaucoup inférieure , et » qu’elle vous doive l’obéissance ei la soumission , » Cependant son ancienneté dans le christianisme » lui donne sur vous une sorte de supériorité dans » les choses qui concernent le culte de Dieu >etc'est » Ici une occasion où vous devez lui céder. »

La dame, sans rien dire, tira sa bague à l'instant, et la donna à sa suivante, Tous les princes applaudirent à sa modestie etàson humilité, Ce trait, quel-

ue peu considérable qu’il paroisse, ne laisse pas de Rire connoître la grande idée que ces princes se sont formée de notre sainte religion.

Le 13 de mai, je fus agréablement surpris de voir

reparoître le médecin qui étoit déjà de retour. Il me

dit que les trois princes étoient arrivés à Sin-pou-tse plusieurs jours avant lui; que le général de Fourdane en avoit donné avis à la cour > €t qu’on attendoit les ordres de l’Empereur.Il me donna ensuite des lettres de quelques-uns de ces princes, et une entr’autres du prince Paul. Il me anti des difficultés qui marquoient la délicatesse de sa conscience, et sur lesquelles il me demandoit une prompte décision.

Je souhaitois fort de savoir comment s'étoit faite la dégradation de ces princes, de quelle manière ils avoient reçu ce coup accablant, et quelles étoient leurs occupations ordinaires dans le lieu de leur exil. Le médecin me satisfit pleinement sur ces trois articles,

Il me dit d’abord que des mandarins venus exprès de la cour, avoient rassemblé tous les princes à Fourdane, et que les ayant fait mettre à genoux ils leur signifièrent l’ordre de l'Empereur qui les dépouil-

loit du rang et des prérogatives de princes du sang : qu'aussitôt après on leur Ôta la ceinture jaune, et

u’on les renvoya à leur village confondus avec le simple peuple.

En second lieu, que les princes qui sont chrétiens, témoignèrént beaucoup de joie de se voir débarrassés d’une dignité qui leur devenoit onéreuse, et qui les, génoit dans la pratique des devoirs du christianisme. En effet, depuis leur dégradation , ils jouissent d’une plus grande liberté. Comme ils sont au rang du peuple, le général se croit déchargé de toute inspection sur leurs démarches; et les mandarins du peuple n'ayant point reçu d'ordre exprès de veiller à leur conduite, prennent volontiers ce prétexte de les laisser tranquilles, jugeant bien que ces princes; comme il arrive quelquefois, pourroient être un jour rétablis dans leurs premiers honneurs, et se souviendroient de la manière dont ils auroient été traités : ainsi personne ne les inquiète maintenant. Il leur est seulement défendu de sortir du désert où ils sont relégués.

Il me dit en troisième lieu, que ces princes s’assemblent plusieurs fois, tantôt chez l’un, tantôt chez l'autre; qu’ils lisent ensemble des livres de piété ; qu'ils recitent en commun leurs prières , et qu'ils s’exhortent mutuellement à la pratique des vertus chré-

tiennes, et surtout à la constance dans les différentes

afllictions dont leur foi est éprouvée. Les dames de leur côté se comportent de la même manière. On les entend de la rue chanter à pleine voix les prières ordinaires de l'Eglise. Il m’ajouta que quand le prince Louis arriva, la princesse sa femme fut si surprise de son changement, et si touchée des discours qu'il lui tint sur la religion, qu’elle prit le dessein d’être chrétienne, et qu'actuellement elle se fait instruire, et se dispose au baptême; que la veuve du cinquième prince, qui avoit fait paroître à Pekin tant d'éloignement pour le christianisme, demandoit aussi avec

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‘instance le baptême ; enfin, qu’il avoit été infiniment édifié de leur douceur et de leur patience , et qu’il n’avoit pu voir sans admiration > qu'au milicu de tant de souffrances, il ne leur échappäât ni plaintes, ni murs mures. Après avoir ainsi satisfait ma curiosité, il me

uitta pour retourner à Sin-pou-tse, où il étoit pressé:

à se rendre.

Peu de jours après son départ, j'appris qu’on avoit fait la recherche des biens de Sourniama ; que la liste des gens de sa porte étoit dressée > et que la sentence du tribunal des princes, qui ne pouvoit pas manquer d’être confirmée par l'Empereur, portoit qu'ils seroient mis en réserve; qu'on avoit pareillement dressé un état de leurs maisons et de leurs terres; qu’elles couroient risque d’être confisquées :. mais que comme ces biens sont élvignés, et que pour observer les formalités, on avoit à prendre le témoignage d'un grand nombre d'officiers, cette affaire devoit traîner en longueur.

Presque en même temps un bruit sourd se ré pandit, qu’un ordre étoit parti de la cour pour faire conduire à Pekin les princes Louis et Joseph chargés chacun de neuf chaînes, Ce fut pour moi un nouveau Sujet d'inquiétude. ‘Tout ce que je pus faire, fut de m'adresser au Dieu de toute consolation , et de le prier de fortifier et de soutenir de sa main puissante ces illustres aflligés.

Le 2 de juin je fus un peu consolé, lorsque sur :2 soir je vis entrer dans ma chambre le médecin, Il étoit si fatigué d’avoir couru nvit et jour, qu’à peine pouvoit - il se soutenir, Après m'avoir remis deux lettres de ces seigneurs, il m'instruisit en peu de mots de leur situation présente.

« Je suis arrivé, me dit-il, à Sin-pou-tse un jour » plutôt que je ne l'avois promis. Vos lettres ont » comblé de joie ces généreux Chrétiens; elles ont » été lues avec avidité. Mais à peine avoient-ils

achevé, qu’on vit arriver un officier. de la part du général, qui enjoignoit aux trois princes venus ré-

cemment de la guerre, (le quatrième, le sixième

et le douzième), de se rendre à Fourdane, pour y recevoir les ordres de l'Empereur. Ces trois sei-

gneurs montèrent à cheval sans faire paroïtre la

moindre émotion, et suivirent l’oflicier.

» Les princes leurs frères envoyèrent à leur suite rlusieurs domestiques à cheval , pour être promptement informés de ce que portoient ces nouveaux ordres. L’un d'eux revint à bridé abattue, pour nous dire que ses maîtres étant entrés dans le tri bunal , le général les avoit fait mettre à genoux, et portant d’abord la parole au quatrième prince : Vous avez eu permission , lui a-t-il dit, de revenir de la guerre pour porter le deuil de votre père: pourquoi n’y êtes-vous pas retourné aussitôt que le deuil a été fini ? Partez incessamment, et ne revenez pas que la guerre ne soit terminée : pour lors vous vous rendrez à Sin-pou-tsé. Puis s’adressant aux princes Louis et Joseph: J'ai ordre, leur a-t-il dit, de vous mettre à chacun neuf chaines, et de vous envoyer à Pekin pour y être enfermés, et confiés à la garde du troisième regulo, frère de l'Empereur. Les autres dorhestiques vinrent les uns après les autres apporter la même nouvelle, et préparer des charrettes pour transporter leurs maitres , lesquels accablés de la pesanteur de leurs fers, ne pouvoient pas monter à cheval. Le dernier que je vis arriver étoit domestique du prince Joseph; il l'envoyoit au prince Jean son frère, avec ordre de lui dire qu'il ne plaignit pas son sort; que ses souffrances étoient légères, et que la plus grande marque d’amitié qu'il pût lui donner , étoit de prier Dieu d'augmenter ses peines. .

» Le prince Jean parut d’abord interdit de l'éton- » nement

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» Mais je le prierai, avec toute l’ardeur dont je suis » Capable, de lui donner la. force de les Supporter, » Il semble, continua le médecin > Que cet enchai-

nement de disgrâces devoit consterner ces sei- » gneurs; mais j'étois afligé plus qu'eux tous, et ils » Mme Consoloient par la fermeté de leur courage, » €t par leur parfaite résignation aux ordres du Sei- » gneur. Je dois retourner demain à Sin-pou-tse , » me dit-il en prenant congé de moi, les momens » Sont chers, et je n’ai pas le loisir de vous en dire » davantage; mais on rappelle à Pekin tous les do- » Mestiques de leur porte, et ils pourront aisément » Vous informer de tout ce que ces princes ont à » souffrir, et des vertus qu'ils font éclater au milieu: » de tant de souffrances. ,, Dès qu'il m'eût quitté ,. je lus la lettre que m'écrivoit le prince Jean : elle éloit conçue en ces termes :

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