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ne quittent ordinairement l'Europe qu'après avoir fait le sacrifice de leur repos et de leur vie, Un intérêt plus pressant , celui de notre sainte religion, causoit nos alarmes. Nous savions qu’à Ling-tsingtcheou et dans les environs , il y avoit beaucoup de Chrétiens. Si malheureusement quelques-uns , oubliant leur devoir ou entrainés par force , eussent suivi les rebelles , tout étoit perdu. Le bruit courut d’abord que trois familles chrétiennes s’étoient mises du côté de Ouang-lun. En même temps le choutagin écrivit à l’'Émpereur que la conspiration ne venoit que des mauvaises religions qui avoient séduit les peuples. Il parloit, sans la nommer , d’une secte qu'on appelle pei- lin - hiao , secte détestable , répandue dans tout l’Empire , toujours prête à se révolter , parce que son dogme principal , est qu’elle donnéra un empereur à la Chine. Ouang-lun étoit pei-lin-kiao , et c'est par le moyen de cette secte et des espérances qu’il donnoit, qu’il s’étoit formé un parti dangereux.
La divine Providence qui console les siens , nous rassura bientôt, et nous donna en même temps des preuves touchantes de la plus sensible protection, Les âmes fidèles y verront peut-être des espèces de miracles.
Dès qu’à Ling-tsing-tcheou Ouang-lun eût pris le parti de mettre tout à feu et à sang, il se répandit dans la ville avec tous ses gens. Ce fut un carnage horrible dans toutes les rues et dans les maisons. Ils n'épargnèrent que les hommes qui pouvoient porter les armes, et les femmes qui étoient d'âge à servir leurs passions brutales , ou à leur préparer du riz à manger. Soixante et dix femmes chrétiennes , dans la consternation où elles étoient , fuyoient au hasard. Une jeune Chrétienne, aveugle de naissance, leur dit: Où allez-vous ? Avez - vous oublié que nous avons ici une chapelle dédiée à la Sainte-Vierge ?
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c'est à qu'il faut nous rendre. Notre bonne mère sera pour nous un refuge assuré. \ n’en fallut pas davantage pour réveiller la confiance de cette troupe alarmée. Elles entrèrent toutes dans la chapelle, et en fermèrent les portes. Là , prosternées jusqu'à tèrre , elles conjuroient sans cesse la Sainte-Vierge d’avoir pitié d’elles. Plusieurs fois les conjurés aprochèrent de la chapelle avec de grands cris, tuant N droite et à gauche tout ce qui rencontroient ; mais comme si une main invisible les eût repoussés , ils s’éloignèrent tout à coup sans savoir pourquoi.
Une femme chrétienne ne fut pas assez heureuse pour se trouver avec les autres; elle fut enlevée avec sa belle - mère , qui étoit encore idolâtre. On les mit ensemble pour préparer du riz. La fille dit à sa mère : O ma chère mère, où sommes - nous ? Qu'allons-nous devenir ? Sa mère lui dit: Ayez courage, ma fille, ceci ne durera pas. J'ai ouï dire que l'Empereur envoyoit des braves pour nous délivrer ; la scène changera bientôt de face. Elle parla trop haut. Un soldat de Ouang-lun étoit à la porte ; ayant entendu ce qui se disoit, il entra brusquement, et fendit la tête à cette femme d’un coup de sabre, La Chrétienne se crut perdue : elle se jeta aux pieds du soldat, le conjurant d’avoir pitié d'elle. Le soidat se trouva changé tout à coup ; il la traita honnêtement ct lui permit de se retirer.
Quand la révolte du Chan-tong fut totalement éteinte , un bon catéchiste de Ling-tsing-tcheou même vint me voir, conduisant par la main un de ses petits-fils d'environ huit à neuf ans. Quoiqu'il soit déjà d’un certain âge, 1l est encore plein de santé et de force. Il s'appelle Ovang - ko - s0 - me ( Cosme ). Je lui demandai comment lui et toute sa famille s'étoient tirés d’un danger si pressant. Il me raconta ingénument tout ce qui s’étoit passé par rapport à lui. « Dès que je sus, me dit-il, que les
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révoltés mettoient tout à feu et à sang, je cachai les femines et les jeunes gens entre deux murailles, et moi et mes fils nous montâmes sur le toit de la maison, Nous n’étions pas sans armes ; mais que pouvions-nous contre tant de milliers d'hommes furieux ? Nous mimes toute notre confiance en Dieu. Je portai un crucilfix sur le revers du toit. Là , prosternés aux pieds de notre divin Sauveur , nous le conjurions avec larmes de nous protéger. J'entendis tout à coup un bruit horrible; c'étoient des rebelles
ui enfonçoient la porté de ma maison. A l'instant je sautai à bas du toit, le sabre à la main. Je désarmai celui qui s’étoit avancé. La pensée me vint de le tuer; mais je me souvins que j'étois Chrétien , et qu’il falloit pardonner. Je me contentai de le pousser rudement hors de la porte, que je fermai sur lui.
» Mon premier soin fut d'aller rassurer les femmes et les jeunes gens que j'avois cachés entre les deux murailles ; mais je fus bien surpris de n’y trouver personne. La peur les avoit saisis, et 1ls avoient quitté brusquement leur retraite pour s'enfuir. Je me mis aussitôt à leur suite avec le reste de ma famille. Nous les atteignimes à quelque distance de Ling-tsing-tcheou , du côté .de l’orient où les rebelles n’avoient point encore pénétré. La peur donnoit des jambes aux plus foibles. En peu d'heures nous fûmes tous à six lieues de Laing-tsing-tcheou. Nous nous arrêtämes chez un bon Chrétien qui nous reçut avec beaucoup de charité. Ce pauvre enfant
ue vous voyez, n'avoit pas mangé depuis deux jours. Quand les troupes de l'Empereur eurent ré tabli l'ordre, nous revinmes tranquillement dans notre maison. Quoique tout fût ouvert, on n’avoit touché à rien, pas même à de l'argent qui sautoit aux yeux. Je visitai ensuite les Chrétiens de Lingtsing-tcheou et des lieux circonvoisins. Quelle Providence !
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Providence ! Il n’y en à pas un seul qui ait été enveloppé dans le malheur commun.
Il me raconta encore d'autres partic';:'1és qui me consolèrent beaucoup.
Cependant l'Empereur donna un édit terrible, pari ordre de rechercher avec la dernière rigueur
es mauvaises sectes de l’Empire. Son intention n’étoit sûrement pas d'y comprendre notre sainte religion ; mais il étoit bien à craindre que plusieurs mandarins des provinces ne compromissent les Chrétiens, et ne les arrêtassent, du moins pour en tirer de l'argent. Le Scigneur n’abandonna point encore les siens dans cette occasion : il inspira sans doute à l'Empereur de dire deux mots qui montroient de la bonne volonté pour les Missionnaires. C’en fut assez : aucun mandarin ne remua.
Tout ceci se passa aux mois de septembre et d’octobre 1774. Au mois de novembre, on avertit l'Empereur de la mort du père Benoist, Il donna cent taëls pour son enterrement, ce qui revient à sept cent cinquante livres de notre monnoie. Ce premier bienfait fut suivi d’un second bien plus considérable. L'Empereur, pour se délasser un moment du tracas des affaires, va tous les deux ou trois jours voir les nôtres , qui sont occupés au palais. Alors il oublie presque qu’il est le plus grand prince du monde; il leur parle d’un air de bonté qui charme. Il voulut qu'ils lui racontassent en détail comment le père Benoist étoit mort. Puis en présence de quelques eunuques et de quelques mandarins , il ajouta ces paroles , que les Chinois achèteroient au poids de l'or : Benoist étoit un brave homme ( Huo-gin ) ; :£ a été plein de zèle pour mon service (Tang -tchaye, Kin-cheu ).
Quelque temps après, dans la crainte peut - être que les affaires de Ouang-lun ne nous inquiétassent,
et peut-être encore pour faire savoir aux grands sa T, XIV. 34
façon de penser sur notre compte ; il dit aux nôtres: Vous priez pour les morts , je le sais ; votre intention est bonne. Vous ne vous assemblez que pour demander à Dieu qu'il leur donne un lieu de rafraichissement.
Ce mot ne paroît rien, mais ce mot dit beaucoup : c’est que les Pei-lin-kiao s’assemblent aussi
our les morts, et que c’est dans ces assemblées surtout qu’ils complottent contre l'état.
Croiriez-vous , cher ami, qu’on a fait tout l’imaginable pour prévenir ce grand prince contre notre Éhère et infortunée mission? On a été jusqu'à lui faire présenter un écrit dans lequel on accusoit hautement le père Benoist et le père Lefèvre d’avoir trempé dans le prétendu assassinat du roi de Portugal. Peut-être qu'un prince moins éclairé eût été frappé de tout ce qu'on osoit dire contre nous. H n’y fit pas seulement attention. Un coup d'œil suffit à un grand homme pour voir le vrai. Il voulut que nous sussions qu'il ne s'étoit point laissé tromper ; il permit la lecture de cet écrit au père Benoist , sans demander ni éclaircissement ni justification.
Quelqu'un disoit : Si l'Empereur de Chine eût été empereur d'Occident, les Missionnaires ne craindroient pas de manquer de successeurs. Un autre Chinois disoit encore quelque chose de plus fort : je n’ose le répéter. Mais je l'ai dit; je ne veux ni me plaindre , ni être plaint. Il faut boire le calice jusqu’à la lie. Heureux , si, nous élevant jusqu'aux sentimens généreux de l'Apôtre des Indes et du Japon , notre grand saint Xavier, nous disons avec lui: Amplius, Domine , amplius !
Cependant, pour dire le vrai , il seroit difficile d'ajouter à nos malheurs. Au mois de février de cette année 1775 , il nous en est arrivé un qui nous à percé jusqu'au vif. Peut-être est-il la suite et le
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pendant des autres. Je n’ose juger les hommes si méchans. Voici le fait.
Il ÿ avoit au collége une magnitique église bâtie à Y'européenne, Ce monument auguste de la piété et du zèle des princes chrétiens, dominoit cette superbe ville , et annonçoit à sa façon la gloire du vrai Dieu. L’Orient n’avoit rien de si beau , ni de si touchant, Le jour de la fête de sainte Catherine de Ricci , grande tante du respectable et saint vieil: lard du même nom qu'on dit être au château Saint- Ange, le père Sucro, chinois , alla dire la dernière messe qui se dit à sept heures, parce que l'usage des Chinois est de diner à huit. Pendant la messe , il se trouva mal, [l sortoit de dessous l'autel une odeur forte qui l’incommoda au point qu'il eut bien de la peine à finir le saint sacrifice. 11 en avertit le sacristain : on chercha de tous côtés, et on n'aperçut rien. Le père Sucro alla déjeûner. À huit heures et un quart, on vint le chercher pour baptiser un idolâtre converti, Il ne sentit plus l’odeur qui l’avoit incommodé , apparemment, parce qu'il n’approcha pas de l'autel. A peine étoit-il rentré dans sa chambre, qu’on cria dans la cour: Le feu est à l'église. \\ crut d’abord qu'on se trompoit d’endroit, Cependant il sortit , et à l'instant il vit des tourbillons de flammes qui s’é- Jançoient de toutes les fenêtres de l’église. Le père procureur de la maison voulut du moins sauver le saint sacrement, Il s’avança vers les flammes ; mais il en fut repoussé. Comme il tomboit À la renverse, des domestiques qui le suivoient, le retirèrent par les habits. Il tenta une autre voie, mais il ne fut pas plus heureux, Le feu étoit si violent, et il avoit pris en tant d’endroits à la fois, qu’en une heure de temps , ce vaste édifice fut consumé,
( Nota. Nous avons déjà parlé de cet incendie, mais avec beaucoup moins de détail ).
Le sous-gouverneur de la ville se rendit aussitôt
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au collége avec huit mille hommes. On y accourut de toutes parts. La foule devint si grande qu'on ne pouvoit plus en approcher, même de loin. Ce ne fut qu’à dix heures et un quart, que nous apprimes confusément cette triste nouvelle. Nous étions au réfectoire : aussitôt toute la communauté se leva de table, pour aller devant le saint sacrement. Je me mis en route, dès qu'il fut possible de percer la foule. De loin, je cherchois des yeux cette belle église , que j'avois vue si souvent avec tant de plaisir. Je l'avoue, si mon cœur a jamais souffert, ce fut dans ce moment. N’apercevant qu'une fumée noire, je ne pus retenir mes larmes devant ce monde d'idolâtres : les forces me manquèrent, et tout ce que je pus faire, ce fut de gagner la chambre d’un de nos Missionnaires, où hors d’état de consoler les autres, j'eus moi-même besoin de consolation.
De retour à la maison , il nous vintbien des pensées. Toute la nuit nous fimes la garde autour de notre église; mais nos soins étoient bien peu de chose. Notre résidence et celle du Tong-tang auroient
robablement eu le sort du collége , si la Providence n’étoit encore venue cette fois à notre secours. Elle ne se fit point attendre. Celui qui tient entre ses mains le cœur des rois, toucha celui de l'Empereur. 11 parut sensible à nos malheurs , et il eut soin qu’on le sût dans tout l'Empire. Dès le lendemain , il donna ordre au tribunal des ministres de s'informer de ce
ue son aïeul , l'empereur Cang-hi, avoit fait pour le collége, lorsqu'il donna à son église la forme qu’elle avoit ci-devant. Il se trouva qu'il avoit prêté à nos pèresun Ouan , c'est-à-dire, dix mille oncesd'argent; ce qui revient ici à soixante-quinze mille livres de
notre monnaie. En Chine, les anciens usages font
loi. L'Empereur en donna autant. Cette grâce n’étoit que le prélude d’une autre bien plus considérable.
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Il y avoit dans l'église de Nan-tang trois grandes et magnifiques inscriptions. Je crois vous en avoir arlé dans ma lettre de 1769, à l’occasion de Ma- Joseph, cetillustre confesseur de Jésus-Christ. L’empereur Cang-hi les avoit écrites lui-même de son pinceau rouge. C’est un de ces présens rares dont on ne connoît bien le prix qu’en voyant de ses yeux quel cas en font les Chinois. Nous avons vu une de ces inscriptions impériales en trois caractères seulement. C’est un mot gracieux de Cang-hi au père Parennin. Elle est exposée dans l'endroit le plus honorable de la salle où nous recevons les grands. J'ai vu un prince du sang n'oser s'asseoir au-dessous: il se retira par respect dans un coin.
Selon les mœurs du pays ; perdre de tels présens, c’est toujours une faute: il faut s’en accuser auprès de Empereur. Nos pères du collége le firent dans un écrit qu'ils présentèrent à Sa Majesté. L'Empereur les reçut avec cet air de bonté qu'il sait si bien prendre quand il veut: ii leur pardonna, comme on pardonne une faute qu’on sait bien être involontaire. Ensuite, pour réparer leur perte, il donna ordre à son ancien maître qu'il a fait ministre de l'Empire, de préparer de belles inscriptions pour la nouvelle église. Je veux les écrire moi-même, ajouta lEmpereur ; Je les écrirai de mon pinceau rouge. Cette . nouvelle se répandit aussitôt partout. On vint de tous côtés au collége, féliciter nos pères du Nantang. 1 y eut même de nos Chrétiens en place qui ne pouvoient presque s'empêcher de regarder comme une espèce de bonheur l'accident qui étoit arrivée Depuis ce temps-là, nous sommes tranquilles : on rebâtit l’église. Elle sera magnifique. Nos pères du collége ne voyant plus de successeurs après eux , ne craignent pas de se mettre à l'étroit. Ils veulent offrir à Dieu , en finissant, ce qu'ils ne gardoient que pour le faire connoître et aimer.
Quoique nous tächions de ne rien laisser échapper au-dehors de nos désastres » Cependant nos néophytes savent tout, Ils sont désolés. Ils font quelque chose de plus; par attention Pour nous et pour l’honneur de la religion , ils évitent de parler de nos malheurs et des leurs. Les choses vont leur train, Il nous est encore venu des provinces près de deux cents Chrétiens pour les fêtes de Pâques. Ils ont montré une ferveur qui nous a d'autant plus touchés À que nous ne pouvions nous empêcher de penser que dans fa suite 1l n’en sera peut-être pas ainsi.
Par le moyen de deux catéchistes nouveaux , nous étions venus à bout de porter dans nos familles chrétiennes plus d'instruction qu'il n’y en avoit cidevant. Nos néophytes se formoient : nous avions eu la consolation d'ouvrir une nouvelle mission dans la Tartarie. Elle eût été bientôt florissante : nous comptions étendre jusqu’au Hai-long-kiang qui sépare les domaines de l'Empereur de ceux de la Russie, J'ai eu Fhonneur de voir deux rois dans ces contrées, L’un est venn dans notre église : j'ai rendu visite à l’autre , avec l’ancien de notre maison, Ils sont tous deux d’une bonté qui permettroit d'espérer
beaucoup. Vaine espérance ! si l’on ne se presse de nous remplacer.
Quels hommes que les Loppin , les Roi, les Beuth , les Forgeot et tant d’autres que notre province seule a fournis à la Chine! Nous les vimes partir il y a longues années: nous ne pouvions assez admirer leur piété, leur zèle, leur détachement, leur recueïllement, cet esprit intérieur, cet esprit d’oraison qui les tenoit sans cesse dans la présence de Dieu, et qui les rendoit si souples sous sa main. J'ai eu le bonheur de les suivre , Sans avoir leur vertu. J’ai ! , depuis que je suis ici, que bien loin de se dément , ils sont allés en croissant, Après avoir
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 535 fourni une: carrière méritoire et bien glorieuse à la religion , ils sont morts en saints.
11 y a sans doute de saintes gens et de bons Missionnaires parmi les religieux et les prêtres qui ont voulu partager les travaux de la Compagnie : qu'on ne tarde donc pas d'en envoyer.
O Dieu! combien d'âmes vont se replonger dans les ténèbres de l’idolâtrie ! Combien n’en sortiront pas! Qui sait ce qui s'est passé au Paraguay ; peut gémir par avance sur Loules les autres missions étrangères. Ici, Dieu aidant , les choses pourront encore se soutenir quelques années , parce que, vu les circonstances et le local , on ne voudra pas nous interdire ; parce qu’il est plus difficile quon ne pense , de nous remplacer ; parce qu'il est moralement impossible de toucher à notre état, c’est-àdire , à notre façon de vivre et d'être au palais. Mais enfin , nous ne sommes pas immortels : Pekin tombera enfin, et suivra le malheureux sort des autres missions.
Je finis de bâtir une belle congrégation ; jen envoie le plan à Paris. Il est de six pieds de haut, quatre de large ; il comprend encore l'église et tout le terrain que parcourt la procession du saint sa-
crement le jour de la Fête-Dieu : c’est un beau morceau.
Je salue de tout mon cœur n0S chers amis : ils doivent à notre amitié de redoubler de prières pour nos pauvres missions. L'an passé, je n'eus pas la consolation de recevoir de leurs chères nouvelles : çans doute que leurs lettres ont été perdues ou in terceptées : il faut nous accoutumer à ne vouloir que ce que le bon Dieu veut. Je me recommande à vos
saints sacrifices et aux leurs.
De M. Fr. Bourgeois, missionnaire en Chine, à D. l'abbé de Charvet, prévt de l'insigne coldégiale de Pont-à-Mousson,
À Pekin, le 15 septembre 1778.
MONSIEUR
L'AN passé, je ne reçus point de vos chères nouvelles : elles eurent le sort de toutes les autres, Aucune ne vint, Test cependant pour nous une vraie consolation de savoir où en sont tant de braves gens que nous avons quittés. Peut-être cette année-ci se-
rons-nous plus heureux, Quoi qu'il en soit, la volonté de Dieu surtout.
TE PROS Re Se M A RS ES
On imprime en France toutes sortes de livres sur la Chine. Vous voudriez savoir qui a raison. J’écrirois, el vous n’en seriez probablement pas plusavancé, Mes pensées ne seroient pas celles des autres. Je ne : vois qu'un moyen de s’en tirer, c’est de lire le pour et le contre , et ensuite de former soi-même son jugement. La vérité a ses couleurs , et à la longue elle se montre. Il ÿ a des choses dont tout le monde convient, et qui peuvent servir à fixer certaines idées , moyennant lesquelles on va à d’autres.
M. Bertin a vu, je ne sais comment , la copie d'une lettre que j'écrivis à M. l'abbé Gallois qui avoit fait le voyage de Chine avec moi, Il fut étonné de ce que je dis de Nankin dans cette lettre; il a souhaité avoir là-dessus une explication. Je la joins ici; elle
est tel verrie répan jai v J'aime vez a je rac cautic Pour ne le on e:
qu'il nus Chin n’avc pauv pas d cipes gem mon si n les ; est :
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est telle que je l'ai envoyée (1). J'ai cru que vous la verriez volontiers, et je ne suis pas fâché qu'elle se répande , afin qu'on sache ce que j'ai dit, ou ce que j'ai voulu dire. Vous me connoissez , cher abbé , jaimerois mieux mourir que de tromper : Vous pouvez ajouter une créance pleine et entière à ce que je raconte comme l'ayant vu. J'ai pris toutes les précautions possibles pour ne point me méprendre. Pour ce qui est de raisonnement ou de critique , je ne le garantis pas de même. On juge souvent comme on est affecté ; et tel a peut-être des préventions qu’il ne connoît pas. En général les nouveaux venus sont pour l’Europe, et les anciens, pour la Chine ; mais tout cela ce sont des bagatelles. Nous n'avons pas passé les mers , pour nous noyer ensuite dans ces misères. O cher abbé , que l’état de notre pauvre Europe nous aflige ! Si nous ne la voyons pas de trop loin , il nous semble que les bons principes, l'honnêteté et la religion même s’altèrent étrangement. Nous n’osons répéter ce que les gens du monde et du grand monde nous en.mandent. Ah ! si nous pouvions du moins nous consoler , en jetant les yeux sur notre infortunée Chine! mais non : elle est aveugle, elle est fière de son étendue, de son ancienneté, de ses livres , de ses lois, de ses coutumes; et plus que tout cela, elle est abimée dans toutes sortes de désordres. Hélas ! nous en sauvons peu ; mais c’est un miracle que nous en sauvions un seul,
Le Roi, digne successeur de saint Louis, et de Louis XIV qui aima tant la Chine, a pris sous son auguste protection notre chèremission. Nous sommes touchés de son zèle , et infiniment reconnoissans de ses bontés. J’ai l'honneur d’être, etc.
rm élire
(x) Cette leitre se trouve dans les Mémoires de la Ghine , imprimés par ordre de M. Ber:in.
ELEC
De M. Dufresne , missionnaire du séminaire des Missions étrangères, à M.**
En Chine, dans la province du Ss-fchoum , le 12 octobre 1779,
MONSIEUR
LA lettre que vous m'avez écrite, m'est heureusement parvenue ; mais je ne sais combien d'années elle a employées à faire le voyage: car elle est sans date d'année , de mois et de jour. Vous êtes maintenant, dites-vous, en théologie , et vous balancez si vous ne prendrez point la charge de M. votre père. Lorsque ma lettre vous arrivera , vous aurez sans doute fait votre choix ; ainsi je n’ai rien à vous dire là-dessus, Je souhaite seulement que vous ayez fait celui que Dieu exige de vous. Vous me parlez de la belle maison que M. votre père a fait bâur, de ses jardins qu’il a agrandis, en sorte qu'on ne s’y reconnoit plus; je ne vous conseille pas de mettre tout cela dans votre cœur: demeurez dans la maison, à la bonne heure ; mais qne la maison ne demeure pas dans vous: promenez-vous dans le jardin ; mais que le jardin ne se promène pas dans vous. Vous entendez assez ce que je veux dire par ces tours de phrase; c'est-à-dire , qu’il ne faut pas y mettre vos affections. Tournez-les vers la maison encore plus superbe du ciel , vers les jardins encore plus vastes de l'éternité, Votre maison sera un jour démolie, les fleurs de votre jardin se faneront , les arbres seront arra-
chés ; nelle
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chés ; mais les tabernacles du ciel subsisteront éternellenent,
Il se convertit ici à la foi chaque année un assez grand sombre de gentils ; il sen convertiroit encore davanuge, s'il y avoit un plus grand nombre d'ouvriers. Il y a eu cette année des persécutions dans plusieurs parties de cette province. Dans les unes , elles ont été légères, et les Chrétiens renvoyés sans avoir éé beaucoup maltraités : dans ies autres , elles ont étéassez violentes, et les Chrétiens ont éprouvé
d'assez rudes tourmens. La famine a été extrême dans
plusieurs provinces de cet Empire. Nous n’en avons appris aucun détail ; mais ce que nous avons eu sous les yeux , nous fait assez sentir ce qui s’est passé ailleurs. [est mort ici de faim un nombre prodigieux de PA Ed hommes, femmes et enfans, surtout dans a partie orientale de la province , où la famine paroit avoir élé extrême. Si ce fléau a enlevé d’un côté un grand nombre de citoyens à la terre, 1l en a donné d’un autre un grand nombre au ciel, On a baptisé beaucoup d’enfans infidèles : on envoyoit partout des néophytes tant hommes que femmes , pour administrer ce sacrement à ceux qui étoient dans un vrai danger de mort. Dans la partie orientale où la famine a fait les plus grands ravages , on en a baptisé vingt mille; dans cette partie où la famine étoit moins cruelle, on n’en a baptisé que dix mille,
Les Chrétiens d'Europe qui font des aumônes pour contribuer à cette bonne œuvre, soit directement, en les déterminant formellement pour cela, soit indirectement, en les accordant pour la subsistance des Missionnaires, ont maintenant autant d’intercesseurs dans le ciel auprès de Dien. Ce doit être une grande consolation pour eux, et un motif pour le: autres riches de consacrer à une si bonne œuvre au moins quelque chose de leur supertlu.
DESERT D me ie s pe pages
Au retour de nos courriers de Canton, il eit entré cette année un Missionnaire européen. Il a ‘té reconnu à une douane : on a aussitôt enchaîné le sateau, pour ne pas le laisser passer outre. Alors le commis est entré en composition avec nos gens, pour ne pas les conduire devant le mandarin. Ceux-ci, pour se tirer de cette mauvaise affaire, ont donné tout l’argent qu’ils avoient pour lors en espèces. Le commis a encore emporté une assez grande quantité d'effets, et après cela, les a laissé partir. L'argent et là valeur des effets, c'est presque tout ce qui étoit destiné à l'entretien des Missionnaires qui sont ici; mai; la Providence ne nous a pas abandonnés: nous avors trouvé à emprunter, et plusieurs riches Chrétiens nous ont fait des aumônes.
La perte que nous avons faite, ne se bome pas à l'argent : le Missionnaire est arrivé attaqué d’une dangereuse maladie dont il est mort un mois et quelques jours après. St nomen Domini benedictum.
M. de Saint-Martin a manqué d’être pris cette année par les satellites. Ils sont arrivés au nombre de huit ou neuf dans une maison où il étoit allé visiter un malade, très-peu de temps après qu’il en étoit sorti.
Voilà, Monsieur, les principales nouvelles de ce pays, ou du moins de ce canton. Il ne me reste plus qu'à vous dire que si vous vivez dans le monde, vous êtes exposé à bien des dangers. Vous avez besoin d’une grande vigilance sur vous-même, du secours de la prière et de la fréquentation des sacremens. Vigilate et orate. La vie est courte et passe comme Vombre; les biens, les honneurs et les plaisirs du monde passent avec la même rapidité. Tout n’est que vanité ici bas: Wanitas vanitatum. Que notre cœur s'attache à Dieu seul ; qu’il ne soupire qu'après l’éternité, voilà le réel et le solide. Je recommande à vos prières et à celles des bonnes âmes que vous connois-
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de ce te plus onde , besoin ecours emense :-omme irs du estque e cœur l'étere à vos nnois-
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 541 sez , la conversion des infdèles, le maintien de la foi, b baptème des enfans : je m'y recommande aussi d. moi-nême , ainsi que tous les autres Missionnaires. 1
À J'ai l'honneur d’être, etc.
SR SRE
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oo LETTRE
De M. Lamathe, missionnaire à la Chine, à \ À M. Du Gad. q À