‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 102 sur 106 · DE A · texte numérisé non relu

DE A

Ce 12 juin 1780.

MoNSIEUR, td

Nous n’avons reçu par la dernière mousson au- | hr | V cune lettre de France: sans doute que le fléau de la À ï guerre trouble notre chère patrie, et que c'est là LE É la seule raison qui nous prive de vos intéressantes | nouvelles. |

Malgré tout ce qui est arrivé de fâcheux depuis Al

quelques années, nous allons toujours noire train , | f et nos missions se font avec autant de zèle que si nous 1 jouissions de la paix la plus profonde , et que nous 14 fussions dans l'état le plus florissant. Après tout, pourrions-nous , devrions-nous du moins changer de conduite ? C’est pour Dieu que nous travaillons; il vit et règne toujours: spectateur de nos travaux, il ne les laissera pas sans récompense. Les hommes peuvent pervertir les hommes; mais ils ne peuvent rien sur le cœur de Dieu , et leurs jugemens dépravés ne le changeront pas. Voilà le grand motif de ma consolation, de ma joie dans nos tribulations, et de ma persévérance dans mes travaux. Îls seroient bien diminués, si l'ennemi du salut nous laissoit tranquilles ; mais où ne s'étend pas sa rage? Un Missionnaire, un

Chrétien effraient le gouvernement politique; or s’en défie comme de l'ennemi le plus dangereux de l'état, et avec qui il ne faut faire ni paix ni trève : de làcette source intarissable de persécutions. Presque ts les ans j'aurois pu vous en marquer quelques-unes: je vous ai déjà parlé de celle qui s’étoit élevée sar la fameuse montagne , de dix mille familles. Je vous ai mandé que les Chrétiens en avoient été chassésavec la dernière inhumanité, dans le cours de mui 1778, temps auquel il est trop tard pour aller défricher ou même semer de nouvelles terres déjà défrichées; qu’on leur avoit laissé le choix de l’apostasie ou de la transmigration , et que, fidèles à leur devoir, ils avoient presque tous mieux aimé perdre leurs biens, que la précieuse qualité de Chrétiens. Leurs tribulatons auroient fini là, si le chef le plus soumis à la volonté de Dieu, n’avoit pas eu la témérité d'aller à l'Empereur même demander la justice qu’on lui refusoit dans ses tribunaux , depuis plus de trente ans qu'il soutenoit le procès contre les infidèles qui vouloient usurper des montagnes qu'il avoit mises en valeur avec des soins et des travaux infinis.

Les tribunaux de la capitale ayant recu l’ardre de faire justice, et ayant délégué des juges extraordinaires dans la province où nous sommes pour connoître de cette affaire, les plaideurs chrétiens n’ont gagné autre chose que des tribulations. Arrêtés de nouveau et conduits à la capitale, il a fallu y souffrir les rigueurs d’une étroite prison et de la plus affrense indigence : car on ne leur fournissoit guère que la moitié de ce qui leur auroit été nécessaire pour l’entretien d’une vie misérable.

Renfermés dans ces cachots, on a essayé de les tenter par la cupidité, en leur faisant entendre que, s'ils vouloient être dociles aux ordres de leurs supérieurs, et abandonner cette nouvelle loi venue d'Éurope, on leur feroit justice sur le temporel; qu’on

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condamneroit leurs adversaires comme usurpateurs; mais que s'ils le refusoient, ils perdroient leurs montagnes et leur liberté, Dieu leur a fait la grâce de ne pas se laisser prendre à ce piége dangereux. Deux seulement, qui n étoient guère fidèles aux lois et aux pratiques du christianisme, y ont été pris; ils ont abjuré , et n’en ont pas été moins dépossédés. Les autres se sont montrés devant les grands mandarins de la capitale tels qu’ils avoient paru dans la ville de leur district, inébranlables dans leur foi, On dit mème que leur chef Luc Tching-y a parlé avec une fermeté digne des Chrétiens de la primitive Eglise. En conséquence , ils ont été condamnés, 1.° comme usurpateurs des montagnes impériales, tandis qu'on innocente le vendeur, et qu'on le récompense même; 2.° comme attachés opintâtrément à une loi européenne, proscrite par l'Empereur. On a fait confirmer la sentence à Pekin, et on l’a mise en exécution vers le commencement de septembre 1779, qu'on Jes a fait partir pour les endroits respectifs de leur bannissement, Six sont morts en prison ou en chemin. Ceux qui restent, pourront, après trois ans de bannissement, retourner dans leurs familles, Leur condamnation a été suivie d’un édit du chef du tribunal des crimes de notre capitale. Lans cet édit fort long et tout tissu de faussetés, au sujet du procès, il fait de sévères défenses d'entrer ou de persévérer dans notre sainte religion ; ordonne de faire de nouvelles recherches et plus exactes, surtout dans notre Cou-tching, où il apprend qu'il y a toujours des Chrétiens, parce que ceux mêmes qui promettent de ne l’être plus, manquent à leurs promesses, etc. ; qu’à présent il faut les forcer à apostasier sincèrement et de bonne foi; que s’ils refusent, il n’y a qu’à les lui envoyer pour en faire justice , etc. etc. Mais cet édit n’a point eu de suites; on l’a affiché saus aller plus loin, on l’a laissé tomber, et on lui

a répondu comme auparavant qu’il n’y avoit plus de * Chrétiens. Ce n’est pas qu’à notre petit tribunal on ignore qu'il yena; mais on les a arrêtés tant de fois sans jamais les trouver en faute, et on a pris tant de leurs livres dans la lecture desquels on a pu se convaincre pleinement de la sainteté de la loi chrétienne, que bien loin de croire qu’il y ait à craindre de la conduite et des assemblées de nos néophytes, ils ont la bonne foi, au moins de temps en temps, de convenir qu’il seroit à souhaiter jou la tranquillité de l'Empire, que toute la Chine füt véritablement chrétienne, On dit qu'à notre ville un des principaux tribunalistes seroit en état de prêcher la doctrine si belle des dix commandemens, aussi-bien qu’un catéchiste bien instruit. Ces connoïssances le tranquillisent sur le compte des Chrétiens, dont il empêche autant qu'il peut les recherches inutiles, Que n’y a-t-il dans chaque tribunal un ou deux hommes de ce caractère! presque toutes les persécutions cesseroient, et la religion s’étendroit. Cette tranquillité dont on m'a laissé jouir, m'a mis en état de faire mes visites à l'ordinaire, et de procurer aux Chrétiens les secours spirituels qu’ils attendent de nous. Les baptêmes vont toujours leur train , et il n’y a pas d'année où je n’en aie plusieurs d’adultes, même dans les endroits où l’on voit de ses yeux les tracasseries qui sont faites aux Chrétiens. Je ne puis cependant désavouer que la crainte en arrête un grand nombre, qui embrasseroient volontiers notre sainte loi s’ils le pouvoient sans danger. Que l’amour de la croix est difficile à persuader ! ne l’éprouvons-nous pas nous mêmes? C’est un don de Dieu: demandez-le lui, je vous en conjure, et pour eux et pour moi. Je me recommande instamment à vos saints sacrifices, etc.

P. $. Recevez les assurances de respect de notre

vénérable Doyen et de mon collègue, M. Ko, et permettez

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perméttez que M. Lefebvre trouve ici celles de ma respectueuse reconnoissance, Pressé d'aller à une grande journée secourir un malade, je n’ai pas le temps de lui écrire,

mm EXTRAIT

D'une lettre de M. Dollières, missionnaïre à Pekin, à M. son frère , curé de Lexie, près Longwi.

Le 15 octobre 1780.

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