‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 11 sur 106 · PRÉFACE. XXXVI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXXVI

cents lieues de la capitale. Il n’y a point vu, il n’y a pas du moins entretenu tes mandarins et les lettrés; on lui a à peine permis de sortir du quartier assigné pour les Européens ; 1l ne sait point cette langue si difficile à parler et à entendre; et cependant il prononce en homme qui auroit voyagé dans toutes les provinces de la Chine, lu les principaux ouvrages, visité les palais, les tribunaux, les académies ; entretenu les gouverneurs , les magistrats, les lettrés : :l décide sur la population de ce vaste pays qu'il ne connoît pas, sur l’agriculture, sur le gouvernement, sur les auteurs et leurs productions, sur les arts et les usages. Il parle enfin de tout, et avec autant et plus d'assurance que ceux qui y ont passé vingt,

quarante ans de leur vie; qui l’ont parcouru tout entier, qui en ont levé la carte; qui ont suivi l'Empereur dans ses voyages; qui ont siégé dans les tribunaux, conversé habituellement avec les mandarins et les lettrés, étudié la langue, les mœu.s, le caractère d’une nation qu’ils avoient tant d'intérêt de bien connoître, obtenu la communication des archives, néddtré dans les palais : c’est à eux que M, de Sonnerat donne sans cesse

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le démenti, avec un dédain ou une légéreté qui n’est rien moins que persuasive.

C'étoient des missionnaires, dès-lors ils ne sont pas dignes de foi. Ce n'est pas ainsi que pensoient , 1l n'y a pas si long-temps, les personnages les plus savans de l'Europe:

ils daignoient les consulter, leur envoyer leurs ouvrages, et mettre quelque prix, quelque honneur même à leur correspondance.

Il est cependant très-permis à M. de Sonnerat de les contredire; mais ne serait-il pas alors convenable de prouver qu'ils ont tort, et peut-on le croire lui-même, quand il avance que l’histoire générale de la Chine, traduite sur les annales originales, est toute controuvée ; que c’est une ruse des Missionnaires ; que c’est par une suite de leur proforde et étonnante politique, qu'ils ont composé cette histoire ? Si le fait est vrai, il n’est guère vraisemblable. Un point de cette importance méritoit d'autant plus d’être, prouvé, que personne ne s'étoit avisé, avant M. de Sonnerat, de l’insinuer, ni de le soutenir. Ce net pas que les Missionnaires qu'il en accuse, aient manqué à la Chine,

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