PRÉFACE. XXXIX
comme ailleurs, d’observateurs attentifs à relever tout ce qu'ils disoient, tout ce qu'ils faisoient, tout ce qu'ils écrivoient. Est-il même possible qu ‘on ait imaginé cet enchatnement de faits, cette suite de dynasties , ces guerres, ces révolutions, ce grand et vaste tableau de l'Empire, le plus ancien et le plus étendu , et que M. de Sonnerat ait été le seul à s’apercevoir que tout cela étoit le fruit d’une politique qui se joue de la
vérité, et se plaît à tromper, à surprendre la crédulité de l'univers entier ?
Parmi tant d’autres Missionnaires zélés , savans , mais quelquefois prévenus, souvent même ennemis, nous osons le dire, de ceux qu'attaque M. de Sonnerat, aucun ni à Pekin, ni dans les provinces de la Chine, ni même en Europe, aucun n’auroit-il eu le courage de se récrier contre une pareille et si monstrueuse imposture ?
Je dis la même chose et fais la méme réponse au sujet des œuvres de Confucius :
ce qui est de lui, assure M, de Sonnerat, n'est qu'un recueil de maximes triviales, de pitoyables rapsodies. Ce que nous en connoissons en Europe, n’est pas de ce philo-
xl PRÉFACE.
sophe , et tous les manuscrits que les Missionnaires nous ont envoyés pour être des traductions de ses ouvrages, ont été faits par eux. Cette assertion est bien positive :
mais quelque respect qu'on doive avoir pour l'autorité de M. de Sonnerat, doit-on, peuton le croire uniquement sur sa parole ?
At-il lu les originaux du philosophe chinois? Les a-t-l comparés avec ce que nous en avons ici? S'il est fondé à soutenir ce qu'il avance si affirmativement , il ne lui est pas bien difficile de nous en expliquer les raisons : devoit-il donc se contenter de dire que Confucius est une espèce de radoteur, et que ces maximes si sages, si raisonnables que vous admirez, partent d’une autre main que de la sienne? Ce point de critique étoit digne de sa sagacité, et il devoit non pas dire, mais démontrer un fait de cette nature, surtout après nous avoir annoncé qu'il ne seroit point partial, et que la Chine méritoit plus qu'aucune nation, l'attention de l’ohservateur et l’examen du philosophe. Mais comment a:t-il pu espérer que ses lecteurs s'en rapporteroïient à un observateur qui n’a rien vu, et à un philosophe qui ne prouve rien ?
su]
Misdes faits 1ve :
pour Jeutole ?
10is ?
s en qu'il | pas raldire eur, nnaautre Crievoit it de r anque on , n du Jérer à un
ho:
PRÉFACE. xlj
M. de Sonnerat prête aussi aux auteurs des relations un enthousiasme qu'ils n’ont pas pour les Chinois. Il leur fait parler un langage qu'ils n’ont pas tenu ; c’est une occasion de les réfuter, de les décréditer. IL n'y a que lui qui connoisse la Chine, qui en juge sans partialité, qui l’ait assez bien vue, sans cependant la voir, pour apprécier cette nation et déterminer nos opinions sur ses mœurs, son gouvernement, ses manufactures et ses connoissances.
Les Missionnaires, dit-il, ont fait passer les Chinois pour de grands astronomes ; et néanmoins il n’y en a pas un seul qui nous en ait donné cette idée. Ils ont mandé en Europe, il est vrai, qu'ils ont trouvé à la Chine des observatoires, des instrumens d'astronomie, quelques méthodes, quelques connoissances de cette science, un tribunal chargé de spéculer le ciel, et de rendre compte à l'Empereur et au public de ses observations ; mais ils ont ajouté que cette science , ainsi que la géographie, y étoient encore dans l'enfance; que ceux qui s'y adonnoïent, n’en avoient que des connois-
xli PRÉFACE.
sances élémentaires ; qu'ils ne suivoient
qu'une routine, et n'avoient point de règles sûres ni de système fixe.
Le père Parennin, dans une de ses lettres à M. de Mairan , rend compte du peu de progrès que les Chinois avoient fait dans l'astronomie , même depuis l'arrivée des Missionnaires, et du peu d'espérance qu'il avoit qu'on réussit jamais à leur inspirer cette persévérance, cette ardeur si nécessaire pour conduire cette science à une certaine perfection : est-ce là faire passer les Chinois pour de grands astronomes ?
M. de Sonnerat a bien plus raison, quand il nous parle de leur goût pour l'astrologie ; mais bien loin de favoriser cette fantaisie bizarre, et cependant assez commune partout, les Missionnaires ont travaillé à leur en faire sentir la vanité, la folie et l’mutilité. Nous ne craignons pas d’assurer qu'il est impossible à M. de Sonnerat de citer l'endroit des ouvrages du père Duhalde, où on lui fait dire que les Européens ne manquoient jamais de remplir les almanachs qu'ils composoient, de prédictions astrolo-
voient règles
es letlu peu t dans e des e qu'il Ispirer nécesà une passer S?
quand logie ; ntaisie e para leur l'mur qu'il > citer halde, ens ne anachs strolo-
PRÉFACE. xliij giques , adaptées au goût des princes et de la nation. Une pareille impuia on ne paroit point grave à M. de Sonnerat, et c'est sans doute pour cela qu'il se dispense d'en apporter la preuve, et de citer la page et le tome où il prétend avoir lu ce qu'il avance d’après lui-même, et non certainement
d’après le père Duhalde.
Les Missionnaires nous ont dit aussi que les Chinois connoissoient les arts utiles et même quelques-uns des arts d'agrément , qu’ils ont trouvé chez eux des manufactures de porcelaine et d’étoffes, des imprimeries, des fonderies, des canaux, des navigateurs, des vernis, de l’industrie, de l'adresse , mais toujours lente, routinière et aussi peu susceptible d’émulation que d'invention ; que ce peuple avoit un gouvernement , une police, un grand respect pour les bienséances , beaucoup d’attachement à ses anciens usages, de l'estime pour les sciences et surtout pour la morale, dont il faisoit sa principale étude; que les talens, l'étude, instruction y étoient nécessaires pour parvenir aux dignités, et que les grandes for-
xliv PRÉFACE.
tunes y étoient ordinairement la récompense des grands services rendus à l’état ; qu'enfin, il ne falloit pas confondre cet Empire avec ceux de l'Asie, et que bien que le pouvoir du souverain y fût absolu, il n'étoit cependant pas tout à fait arbitraires que le prince n’y étoit pas despote, ni les sujets esclaves : c'en est assez pour fâcher M. de Sonnerat. Tout est condamnable dans cette nation; elle a tort d’obéir à un Monarque qui peut abuser de son autorité ; de lui payer des impôts; de souffrir qu’il ait des gardes, des palais, une grande représentation : elle a tort de se défier des étrangers, et de ne pas voler au-devant d’un joug qu'ils pourroient aisément lui imposer; mais ce qu'on ne doit pas surtout lui pardonner, c’est de n'avoir pas fait un meilleur accueil à M. de Sonnerat, de ne l'avoir pas traité avec les égards et la distinction que méritoient sans doute ses talens et son zèle pour les sciences.
Nous n’étencrons pas plus loin nos ré-
flexions sur ce Voyage ; nous pourrions y.
relever encore beaucoup d'erreurs et d’ana-
COMétat ; e cet bien solu , raires ni les âcher nable à un Drité 3 le rer des evant li 1mrtout it un le ne à dis alens
)S ré
ons Y.
l’ana-
PRÉFACE. xlv
chronismes, par exemple , sur la population dont il est impossible que M. de Sonnerat puisse nous donner une idée sûre et juste.
1} voit tout avec les yeux d’un Européen, et il n'a pas même tout vu; il n’est point entré dans ces maisons dont il parle cependant :
parce que les maisons, à la Chine, n'ont point d'étages, il en conclut qu’elles contiennent peu de monde. Mais à la Chine, toutes les maisons , les palais exceptés, ne sont composées que de très-peu de pièces; le vestibule, la sälle des hôtes, d’un côté l'appartement des hommes, de l’autre celui des femmes, qui consistent chacun en une seule pièce; en sorte que cette maison si petite, si basse, renferme souvent, comme celle de nos paysans, plus de personnes que nos hôtels les plus vastes et les plus imposans.
IL ajoute qu’à l’occasion des disputes qui s'élevèrent entre les Missionnaires sur ‘le nom chinois qu'on devoit donner à Dieu, ils furent tous renvoyés à Macao comme des brouillons dangereux, et que peu detemps après on en fit venir quelques-uns à raison
xlvj PRÉFACE.
de leurs connoissances astronomiques. M. de Sonnerat se trompe encore. L'empereur Cang-hi continua toute sa vie d'aimer et de protéger les Missionnaires; ce fut son successeur , fort entêté de, sa religion et trèsprévenu contre la nôtre, qui la proscrivit, chassa les Missionnaires , et s’empara de leurs églises. Il conserva cependant ceux qui résidoient à Pekin, continua de les employer dans son palais , et ieur laissa le libre exercice de leur culte. Nous ne dirons rien de ces bourreaux qui précèdent les mandarins : ce sont des gardes qui les escortent, et qu'il paroît plaisant d'appeler bourreaux. En voilà bien assez sur cet ouvrage ; quelqu’estimable qu’en puisse être l'auteur, nous n'avons pu nous dispenser pour l'honneur de la vérité, d’avertir le public de lire ce voyage avec une sorte de précaution, et de ne croire ce qui y est avancé, qu'après un mür examen.
M. de Sonnerat au reste n’est pas le seul qui ne s’en rapporte point au récit des Missionnaires , quoique, ayant long-temps séjourné dans ces régions ; ils doivent natu-
M. de
)ereur et de
1 SUC- L trèscrivit, ra de ‘ceux >s eMe libre 1s rien andartent, reaux.
quel- , nous >nneur ire ce et de rès un
le seul it des -temps t natu-
di pe a : PR no à A u
en LENS
PRÉFACE. xlvij
rellement en mieux connoïtre les mœurs, les lois et les usages. C’est assez le ton dominant , depuis quelque temps , d’infirmer leur témoignage, et de préférer celui des voyageurs même qui n'ont point parcouru les pays dont ils parlent, qui n’en ont vu que les confins, et n’ont pu s’entretenir avec
les nationaux que par signes, ou par interprètes.
Pour fixer ses idées sur ce que dit M. de Sonnerat de la Chine, et sur ce que l’on doit penser de cet empire, nous renvoyons au tome LIII de l'Histoire universelle , traduite de l'anglais par une Société de Gens de lettres, 2mprimée à Paris chez Moutard, rue des Mathurins. On y trouvera un excellent morceau sur la Chine. Les auteurs ont lu tous les ouvrages qui ont paru sur cette contrée ; ils pèsent , ils discutent, ils examinent; et entraînés par la raison et la vérité , ils donnent presque toujours la préférence au témoignage de ceux qui y ont demeuré long-temps , et ont parcouru les différentes provinces de ce vaste Empire.
xlvii PRÉFACE.
On verra aussi en même temps que ces auteurs n’ont rien moins que de la partialité ÉI pour les Missionnaires, dont cependant ils ne dédaignent pas l'autorité dans les points où ils paroissent avoir la vérité pour eux.
s aulalité nt ils Joints ux.