‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 18 sur 106 · THÉOLOGIE MORALE · texte numérisé non relu

THÉOLOGIE MORALE

Mais en quoi les auteurs ecclésiastiques des premiers siècles peuvent être utiles, c’est pour la discipline. Car je ne vois rien qui empêche de la suivre en formant un christianisme tout neuf et dans des pays où on ne peut dire qu’il faille s’accommoder à la foiblesse qui reste d’une longue corruption. Je crois voir donc que l’on devroit étudier exactement le livre des Constitutions apostoliques, qui est au premier volume des Conciles et ailleurs. Quoiqu'il porte un titre incertain, il est toutefois constamment ancien et du temps des persécutions, etil n’y a qu'à le hre

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pour en connoître l'utilité. On y verra toute la morate et la discipline de l'Eglise; toutes les précautions avec lesquelles on éprouvoit les catéchumènes; la discrétion dont on usoit dans l'administration de la pénitence ; quelles étoient les fonctions des diacres, l’ordre des assemblées ecclésiastiques, !: re des familles chrétiennes, et tout le reste que j ài marqué succinctement dans les Mœurs des Chrétiens. Les apologies de saint Justin, d'Athénagore, de Tertullien; les lettres de saint Cyprien , les épitres canoniques de saint Grégoire-Thauwaturge, de saint Denis et de saint Pierre, tous deux évêques d’Alexandrie; en un mot, tout ce qui nous reste des trois premiers siècles, semble avoir été conservé par une providence particulière, pour être lesmodèles sur lesquels on doit à jamais former les Eglises naissantes et réformer les anciennes. Je sais que vous avez de grandes mesures à garder avec les religieux portugais, et d’autres qui, n'étant guère instruits dans l'antiquité, pourroient blâmer des pratiques très-saintes, et vous en faire des crimes à Rome; mais je crois qu'il est toujours bon de vous proposer ces grands originaux pour en approcher le plus qu’il sera possible, Cette connoissance de l’ancienne discipline suffira presque pour la théologie morale; car dans les ouvrages que j'ai marqués, on verra la plupart des grands principes, et surtout on y apprendra à se servir de l’Ecriture, et à l’appliquer pour décider les cas particuliers. On trouvera encore un grand nombre de principes solidement établis sur l’Écriture-Sainte, dans les œuvres morales de saint Basile, principalement dans ses peütes règles. Or, il me semble que le meilleur en cette matière est d’avoir des principes , et non pas de vouloir descendre dans les cas particuliers, comme ont fait nos théologiens modernes. Leur méthode a plusieurs inconvéniens. Il est impossible de prévoir tous les cas. Il en arrive tuus les jours de nouveaux qui

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embarrassent ceux qui ne les trouvent point dans leurs livres, et donnent occasion d'écrire et d'étudier à l'infini, et de ramasser un grand nombre de cas extraordinaires, qui ne sont plus en usage, sinon de salir les imaginations de ceux qui les étudient, les remplir d'idées affreuses, etlesendurcirau mal. Enfin, cette application à des cas particuliers rétrécit l’esprit, comme la trop longue attention à de petits objets accourcit la vue, en sorte que l’on tombe dans des maximes trop humaines et dans des scrupules judaïques fort éloignés de la noblesse de la loi de Dieu, que l'on perd de vue insensiblement. Les anciens avoient donc raison d'écrire très-peu sur cetle ma— tière, c’est-à-dire, seulement des canons pénitentaux; encore n’étoient-ils connus que des prêtres , et gardés sous un grand secret.

Je vois bien qu'il vous seroit plus commode de vous envoyer des traités tont faits; un pour la théologie spéculative où les mystères fussent expliqués nettement, et appuyés des preuves les plus solides de Y'Ecriture et des Conciles avec les réponses aux principales objections des hérétiqu n autre, pour la théologie morae , à peu près sem lable ; mais de tels traités (1) nous manquent qu'à présent. Les meil-

eurs évêques de France le: deman entpour l'instruc-

tion de leurs séminaires. On en it la proposition à plusieurs docteurs, et aucun ne l’a encore exécutée.

J'espère toutefois que Dieu procurera de notre temps ce secours à son Eglise.

(1) Avant M de Fleury, il y avoit de ces traités ; n prévenu contre la théologie scolastique, ou il a oublié les citer, ou il n'a pas duiyné en faire mention ; et depuis M. de Fleury, il en a encore paru plusieurs qui réunissent à peu près tous les avantages que désire ce savant autet et dans lesquels on trouve de la méthode, de la n beau oup de recherches savantes et lumineuses.

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