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études sont bien difficiles, quand tout est nouveau. J'en ai fait l'expérience en étudiant l’histoire de la Chine dans l’abrégé du père Marüni, Tous les noms me paroissoient semblables; je confondois les personnes avec les lieux ; tout m'échappoit sitôt que je l'avois lu. Il faut bien du temps et de la patience avant que des idées toutes nouvelles aient fait une forte impression dans le cerveau. Mais aussi quand la doctrine est liée à des faits qui frappent l'imagination , les idées sont bien plus durables. Des faits, pourvu qu'ils soient suivis et qu'on en voie la liaison , sont bien plus agréables que des vérités abstraites.
La suite de l’histoire générale et la connoissance sommaire des pays qui nous sont le plus connus, servira encore à soutenir les raisonnemens métaphysiques sur les motifs de la crédibilité, en fournissant les exemples et les preuves particulières. Vous montrerez à vos néophytes que ce n’est point en l'air que nous comptons cinq ou six mille ans depuis la création du monde , mais sur une suite d'auteurs non interrompue , dont les livres ne sont point secrets, mais répandus entre les mains de tout le monde ; que nous connoissons chacun des historiens anciens, son nom, son pays, son temps; et que, bien que les langues dont ils se servoient soient mortes, nous avons plusieurs savans qui les entendent et lisent ces auteurs en original. Vous leur montrerez notre bonne foi en ce que nous reconnoissons que les lettres, les sciences et la véritable religion n’ont pas commencé en France ; que nous avouons avoir reçu les sciences des Grecs et des Romains qui ne subsistent plus, et que nous ne commençons notre histoire que depuis environ deux mille ans, au lieu que l'histoire romaine et la grecque remontent bien au-delà. Peut-être trouvera-t-on plus utile, au moins dans les commencemens , de leur proposer notre histoire en remontant, icur disant d’abord ce que nous savons du dernier
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siècle, puis du précédent, et ainsi en remontant toujours jusqu’au temps de Jésus-Christ , et au-dessus à proportion, Cette méthode est plus propre à persuader la vérité de nos histoires, parce qu'il est plus vraisemblable que l’on en ait de nouvelles que d’anciennes ; mais 1l en faudra toujours revenir à l'autre méthode qui va en descendant, pour leur mettre en l'esprit l’ordre des temps.
Cette même suite d'histoire fournira des preuves de la nouveauté du monde, pour montrer non-seulement qu’il n’est pas éternel, mais qu'il est beaucoup moins ancien que ne le font les Indiens, et cel: par le progrès visible des arts, des lettres, des sciences, que l’on voit commencer par les pays que l’Ecriture nous marque pour les premiers habités; savoir , la Chaldée , l Egypte et la Syrie, et de là s'étendre par tout le reste du monde. Que si dans notre chronologie vous vous trouvez embarrassé à cause des histoires de la Chine dont vos Indiens ont sans doute une grande opinion, vous pouvez suivre la chronologie des Septante, qui vous donnera sept ou huit cents ans (1) de plus, et vous mettra fort au large. Elle a été depuis peu fort bien expliquée par le père Pezeron de l’ordre de Citeaux.
Quant à la théologie, l'exemple du Catéc ris me fait voir combien l’histoire y peut être üu, puisque le Catéchisme n’est que l’abrégé de la théologie. Le théologien doit donc savoir plus exactement que le simple fidèle, l’histoire de la religion , tant sous l’ancien que sous le nouveau testament. Quant à l’histoire de l’ancien testament, il n’y a rien à chercher hors de l’Ecriture. Tant de gros volumes sur ce sujet, n’ont rien ajouté au texte de
(1) La différence de ces deux chronolegies est, suivant Riccioli, de 1450 ans, dont 850 après le déluge. Riccioli, Chronologia reformata.
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Pour l’histoire ecclésiastique du nouveau testament, il faut, en attendant mieux, vous contenter de ceux qui ont sbrégé Baronius , du moins pour le VIL.e siècle et les suivans : car pour les six premiers, ce sera rlutôt fait de lire Eusèbe et les autres historiens originaux. Mais de quelque auteur qu'on se serve, il me paroît nécessaire de connoître la fondation et la succession des principales Eglises, la propagation de l’évangile, les persécutions, et même en particulier, les actes les plus authentiques des principaux martyrs, par où on peut juger des autres; les hérésies les plus fameuses et qui ont eu le plus de suite; les Pères de l'Eglise les plus illustres, et dont nous avons les écrits ; les Conciles universels et particuliers les plus célèbres. Sans avoir une teinture au moins légère de ces faits, je ne vois pas qu’il soit possible de savoir ni théologie, ni discipline ecclésiastique. La plupart de ces faits nous sont familiers dès l'enfance. Il n’y a pas de femme qui n’ait oui parler, dans toute s. vie, au moins au sermon, de saint Augustin, de saint Jérôme, de Jérusalem et d’Antioche ; mais à un Indien, ces noms sont aussi étrangers, qu'à nous ceux de Bartrouhen et Padmanata. En général, j'estime que sur la plupart des hommes la connoissance des faits, et la longue attention sur les mêmes objets, font plus d'effet que les raisonnemens subuils et suivis. Les Indiens et particulièrement les Siamois, sur les relations que j'en ai vues, paroissent peu exercés à raisonner sur les matières abstraites etqui regardent la religion , et être plus attachés à leur créance par habitude de jeunesse, que par une persuasion solide, en sorte que ce seroit becucoup gagner que de les accoutumer à penser autrement; ce qui ne se peut faire qu'en leur remplissant la mémoire d’autres faits, et les en
entretenant pendant un temps considérable. Je sais ue la conviction par de bons raisonnemens seroit plus solide; mais quand où ne peut faire ce que l'on désireroit, il faut se réduire à ce que l’on peut. Après avoir traité tous les points du mémoire qui m'a été envoyé, j'ai cru qu’il ne seroit pas inutile de proposer quelques moyens de réfuter les principaux sophismes des idolâtres.
Toutes Religions sont bonnes.
1] y a une apparence d'équité à ne condamner personne , et laisser à chacun la liberté de ses opinions. Dans le fond ce n’estque paresse d'examiner, et désespoir de trouver la vérité. On veut faire compensation d'erreurs ; souffrir celles des autres, pour avoir droit de garder la sienne. Là revient la tolérance mutuelle des protestans , et c’estle grand chemin du pyrrhonisme, Je ne crois pas que l’impudence et la stupidité puissentaller jusqu’à approuver toute sorte d'opinions sur la religion , puisqu'il faudroit en accorder de contradictoires. Si toutes les religions sont bonnes , celle qui condamne toutes les autres, comme le christianisme, ne sera pas bonne. Ceux qui n’ont aucune religion comme les Caffres, etquelques peuples de l'Amérique, seront seuls dans l'erreur.
Il faut distinguer dans les mœurs des hommes, ce qui est indifférent et ce qui ne l'est pas. Ce qui est de leur institution est indifférent, comme le langage , la forme des habits, des meubles, des bâtimens. Il a été libre aux hommes d'établir tels signes qu’il leur a plu pour exprimer leurs pensées, de choisir telles étoffes , telle couleur et telle figure de vêtemens qu'ils ont voulu. Encore, qui l’examineroit bien, trouveroit souvent qu’ils ont été déterminés par la qualité des pays chauds ou froids; par la nature des.plantes et des animaux qui s’y trouvent, etc.
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Mais que tout cela soit indifférent , à la bonne heure ; on peut mettre en ce rang les manières d'exprimer le respect, le deuil ou la joie publique; les formes de rendre la justice; les lois et le gouvernement. Mais ce qui regarde le fond des mœurs , est le mème chez tous les hommes, Tous conviennent qu'il faut tenir ce qu'on promet; qu'il faut dire la vérité; qu'il ne faut point faire aux autres ce que nous ne voulons pas qu'ils nous fassent; qu'il ne faut point faire de mal à qui ne nous en fait point , et être reconnoissant du bien que l’on nous fait; qu'il faut aider les autres dans leurs besoins ; qu’un mari et une femme doivent s'aimer et se secourir; qu'ils doivent aimer leurs enfans, les nourrir et les élever tant qu’ils sont petits; que les enfans doivent les honorer et les servir. Ces maximes et plusieurs autres que l’on pourroit rechercher, se trouveront dans le cœur de toutes les nations , avec celle qui en est une suite : que ceux qui ne les suivent pas, sont méchans et méritent d’être punis, C'est sur ces bles qu'est fondé le commerce entre les nations les plus éloignées, cé qui prouve qu’elles ne se sont pas accordées pour lés établir; mais que, chacune de leur côté, elles les ont t#onvées chez elles. En un mot, c’est la loi naturelle gravée dans le cœur de tous les hommes, et inséparable de la lumière de la raison.
Et il ne faut pas être troublé de ce que l'induction n'est pas absolument générale, et qu'il se trouve quelques nations particulières qui font profession de cruauté , de tromperie et de quelque autre vice: car il s’en trouve aussi qui sont accoutumées à manger la chair humaine, ou à pervertir l’ordre de la génération, Ce que je ne crois pas qu'aucun homme sensé regarde comme indifférent, Comme il ÿ a des hommes particuliers, extravagans où méchans , l'extravagance ou la malice peuvent aussi gagner toute une famniile ou toute une nation, Mais il faut voir de quoi con-
viennent la plupart des hommes, principalement uand ils jugent des autres, et qu'ils n’y ont point d'intérêt. Il faut ensuite prouver que la religion appartient à cette loi naturelle qui est la même en tous les hommes. La religion est une partie de la justice. S'il faut être rec mnoissant d’un bienfait particulier , à plus forte raison de tous , et du fondement de tous, qui est l’être. Il faut donc revenir à prouver un Dieu créateur et conservateur de tout, un être souverainement parfait, tout-puissant , tout sage et tout bon; et l’on aura prouvé la nécessité de l’honorer et de lui obéir. C’est sur ce point d’un Dieu unique , indépendant, souverain, qu’il faut principalement insister. Car encore que ces mots ne soient pas inconnus aux Indiens, il semble qu'ils n’en sentent pas la force, puisqu'ils parlent comme si nous avions notre Dieu et eux le leur, et qu’ils comptent plusieurs hommes devenus dieux successivement. [l y a apparence que le commerce avec les Mahométans, les Chrétiens et les Juifs les a accoutumés à parler d’un Dieu toutpuissant, quoiqu ils n’aient sur la divinité que des idées confuses. Ce qui montre que les Siamois n’ont pas d'idée claire de la divinité, c’est qu'ils reconnoisseht que ceux qu'ils nomment dieux, commencent et finissent; que le Sommonokodam est né en un certain temps, qu'il est mort et añéanti, au moins réduit en un état'où il ne se mêle plus de rien, et n’agit plus sur les hommes et sur le reste dt monde. Avant donc la naissance du Sommonokodam , ou plutôt avant qu’il fût devenu dieu , il n’y avoit point de dieu. S'il y en avoit un autre, avoit-il commencé ? On peut les pousser ainsi j'isqu'à ce q..s reconnoissent un être éternel. Comme la religion de Siam est venue des Indes, il y a apparence que ce sont dans le fondles mêmes principes et les mêmes fables;
du moins j'y vois une grande conformité.
Or, les bramines donnent un corps et une figure humaine
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ÉDIFIANTES ET CURLEUSES. 22
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humaine à leur souverain dieu, soit Vistnou, soit Esouara; ils lui donnent aussi une femme et des enfans , le font sujet à la colère et aux autres passions ;
à peu près comme les Grecs parloient de letir Ju- I P L] L] L2 P L2 L piter qui étoit le souverain dieu, qui toutefois ne
pouvoit résister au destin, et avoit souvent que relle avec les autres dieux. Il ne faut donc pas s’ar= rêler aux termes généraux d'un grand dieu souverain , tout-puissant; voyez quelle idée y répond, et si elle se soutieñt partout. J’admire entr’autres le raisonnement des Siamois qui veulent que la puissance de leur dieu s’étende jusqu'à pouvoir s’anéantir luimême.
IF semble plutôt que les Indiens et les Chinois, à proprement parler, ne connoissent point de dieu ; ils veulent que tout soit par nécessité, et que, comme il' y a des lois nécessaires pour les mouvemens des Corps, il y en ait aussi pour la punition ou la récompense des esprits suivant leur mérite; en sorte que le bon et le mauvais usage de la liberté attire par une Suite nécessaire et une espèce de fatalité , le bonheur où le malheur. Si cela est, il faut reprendre avec eux la religion dès les premiers fondemens.
Fravaillez donc à montrer qu'il y a un Etre nécessaire qui subsiste par lui-même, immuable et infini, qui est purement et simplement, sans aucune addition, sans différence de temps ni de lieu , puisque tout ce qui s'ajoute à l’idée de l'être » Marque un être borné , comme dire, qu'il a été, qu'il sera, ou qu'il ne sera plus, ou qu'il est éténdu jusqu’à certains termes. Prenons garde que les mots ne nous trompent. fnfini est un terme négatif, parce que nous ne sommes accoutumés à considérer que des choses finies; mais ; à proprement parier , c’est le fini qui emport négan tion de durée, on d'étendue, on de vertu au-delà de son terme ; et infini ét le positif qui esi purement et simplement sans limitation. Cet Etre infini est
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corps ou esprit; NOUS x avons d'idées que de ces deux substances. S'il est corps, il n’y a donc que des corps , ou plutôt qu'un seul corps, sans division et sans mouvement. Car d’où lui viendroit le mouvement, et comment se pourroit-il mouvoir, S'il étoit infini et remplissant tout ? On ne pourroit dire aussi qu'il ÿ eût plusieurs corps ; puisque chacun seroit borné , du moins à l'égard de l’autre, et par conséquent aucun ne seroit infini, contre la supposition. L'Etre infini est donc esprit, et c’est ce que nous soutenons. Or, nous convenons qu'un esprit infini peut mouvoir les corps, et même les faire de rien, puisqu’étant infini, il doit avoir toutes les perfecuions, et par conséquent une puissance infinie. Si l’on dit qu'outre l'esprit infini, 1l y a aussi la matière quil
peut mouvoir et arranger; quoiqu'il ne l'ait pas faite ; je demanderai pourquoi cette matière n’est pas im mense aussi bien qu éternelle. Si on la suppose im-
mense , on revient à la première supposition que j'ai détruite, en montrant qu’il n’y auroitqu'un seul corps, et qu’il seroit immobile, Si on la suppose bornée et divisée en plusieurs corps, comme l'expérience le fait voir, qui a pu lui donner ces bornes , si elle est indépendante quant à l'être et à la substance? Mais il y a grande apparence que ceïlx à qui vous avez affaire, ne sont pas capables, pour la plupart, de ces raisonnemens métaphysiques. Revenons donc à des preuves plus sensibles d’une première cause. L'exemple d'un palais qui ne se bâut pas tout seul; quand vous avez serré quelque chose dans un coffre, si vons ne la trouvez pas, vous êtes surpris; elle ne s'en est pas allée toute seule ;nous cherchons la cause du moindreaccident ; faire observer la structure merveilleuse des corps natsrels , cela s'est-il fait par hasard ? est-e un homme qui l'a fait ° À l'égad des Siamois , vous avez besoin particulièrement de distinguer les genres de causes , pour
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ÉDIFIANTES ET CURIÉUSES, 35 détruire l'équivoque de leur cause méritôire, Les hommes, disent-ils, sont punis et récompensés par leurs mérites, comme si le mérite étoit une cause ef ficiente , ou agissante ; et après cela ils ne cherchent
lus de Dieu pour punir ou récompenser. Montrez- Lui la différence de la cause efficiente et de la finale , dont le motif est une espèce, Un ouvrier bâtit une maison par l'espérance du gain; direz-vous que c'est l'intérêt qui a bâti cette maison ? En ferez-vous un personnage subsistant, qui puisse remuer du bois et des pierres ? Ce criminel a été puni à cause de son crime ; est-ce son crime qui a pris son épée pour lui couper la tête? Ne voyez-vous pas que son crime a été le motif qui a porté le juge à le condamner et le bourreau à l’exécuter » Comme le gain a été le motif qui a excité le maçon à bâtir ? Travaillez à leur faire entendre la chose , sans vous mettre en peine de leur apprendre les noms de cause elliciente , finale ou matérielle, Si vous pouvez une fois établir l'idée d’un esprit infini et agissant , en un mot, d’un Dieu créateur , il ne sera pas difficile d'établir la nécessité d’une seule religior. Tout l’univers n’a qu’un seul maître, il ne faut donc is dire votre Dieu et le nôtre ; le maître doit être servi, non
au gré de ses esclaves, mais au sien, C'est À lui À leur faire la loi. Mais, dira-t-on, il est assez grand pour être servi par divers peuples en diverses ma nières ; il est À croire qu'il se plaît à cette diversité ;
puisqu'il la souffre, comme il se plait à la diversité de leurs figures, de leurs couleurs , de leurs mœurs
et de leurs langages. Tout cela n’est que des conjectures , et par ce principe de la tolérance, on con-
clüroit que Dieu approuve tous les crimes; car il
pourroit absolument les empêcher, Il faut donc re=
venir aux preuves effectives de sa volonté , et il est question de savoir s’il a parlé aux hommes pour la leur apprendre, et de connoître sa paroie, Je crois