‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 27 sur 106 · SABRE EUE · texte numérisé non relu

SABRE EUE

les avoir autrefois reçues. Il y a encore d’autres suites de ce principei S'il n’y aque le mérite qui distingue les esprits ; tous, sont égaux naturellement , ou du moins de même nsture ; le même sera ange ; homme, démon, selon notre manière de parler. Il pourra même arriver à devenir Dieu, selon quelles Indiens entendent que l’est Sommonokodam, et les autres qui l'ont.été.et le seront. Donc, c’est par accident que les esprits deviennent âmes et sont unis à des corps; pour peine ôu pour récompense de leurs œuvres. Donc il n’y a que l'âme à considérer; c’est l'âme seule qui est l’homme; le corps: n'est. que le vêtement ou la prison. Je ne vois pas que les Indiens disent que les corps n'aient été faits que pour punir les esprits. Au contraire, je vois qu’ils compient pour récompense , d'animer des corps célestes , comme le soleil, les astres , le premier ciel,-d’où vientle Xangti des Chinois (1), qui’est comme le souverain esprit. Je vois encore que les Indiens comptent pour récompense ; de devenir rois ouwrayas , et même de passer en de certains animaux, comme des éléphans. Mais de fond du principe est toujours le même::un certain nombre d’esprits qui, selon leurs mérites ou démérites, deviennent heureux ou malheureux ,-et; après avoir expié leurs crimes par. de longs tourmens, peuvent devenir heureux. Je ne yois pas qu'ils disent que œeux qui sont arrivés au souverain degré de honheur , puissent tomber. à elfitz Oulon prétend fonder cette doctrine de la métempsycôse sur le raisonnement , ou sur l'expérience. D'expérience , on ne peut en alléguer de certaine. Tout homme: sincère ayouera qu’il ne se souvient de rien avant ‘cette vie , et qu'il ne se souvient pas même (1) La métempsycose est une doctrine peu suivie à la Chine. Tous les lettrés chinois la rejettent, ( Voyez les Lettres des Missionnaires de lu Chine. }

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du commencement de cette.vie; et-c'est ce qi avoit fait inventer aux anciens le fleuve Léthé dont on faisoit boire aux âmes avant que de les renvoyer dans des corps. Quand donc Pythagore , ou Sommonokodam, ou qui on voudra, ont dit qu’ils avoient été autrefois un tel homme etun tel animal, ils n’ont pas dû être crus sur leur parole, et il étoit justede leur en demander des preuvés. Et pourquoï:quelques par: ticuliers seulement s’en seroient-ils souvenus? Et si la loi de la métempsycose toit générale pour'tons les hommes, la rémimiscence devroit êtré aussi générale ; d'autant plus que l’on prétend que les âmes sont envoyées en d’autres corps, pour’ être punies ou récompensées. Or, la punition ‘est inutile, si le coupable ne sait pourquoi il soutfre, On ne sé‘venge qu’à demi, si on ne le fait connoître. {l'en 'est de même dé. la récompense: Que si, pour ‘prouver la réminiscence;:on à recours aûx notions quisont en nous des principes de toutes les sciences} comme Platon prétend s’en servir dans le Ménon ÿen ce cas il faudra revenir à ce qui a été dit,quetous les hommes: ont à la vérité ces principes ;:et'que:c’est en quoi consiste le fond'de la raison, :Mais’il n’est pas nécessaire qu'ils les aient appris dans üne.autre vie, puisque l’on demanderoit par quels ôyens ils les atroient appris, et ainsi à l'infini El n’y a non plus aucune expérience ‘qui nous obligerà: attacher des esprits aux astres ni aux cieux. Nous voyons bien que léurs mouvemens ont été réglés par:quelque esprit très-sage et très-puissant; mais que chacun ait le sien qui y soit attaché, c’est ce que norsne voyons point, Leurs mouvémens ressemblent bien plusà:ceux des horloges et des autres machines artificielles, toujours uniformes, suivant l'impression qui leur est donnée, qu'à ces mouvemens des animaux, si irréguliers, suivant les objets qui les attirent oules repoussent. Quantaux bêtes, loin d’être obligés d’avouer

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ÉDIFIANTES ET CÜRIEUSES. ‘55

qu’elles ont des âmes semblables saux inôtresÿ 1 sus sommes forcés d’avouer qu’elles n’en ont pasidc: : cs, etque, s'il ya en elles autre chose que le: corss., du moins il n'ya ni raison, ni intelligence; de quiinérite d’être examiné à part. Il faut done convenir.qu'il n’y a point d'expérience certaine sur laquelle’ on puisse appuyer l'opinion du passage desâmes.de corps en corps. Il n’yen a point non plus de raisonnement démonstratif. Les hommes, dit-on:, souffrent: dès qu’ils entrent en cette vie; doncils ent péché'auparavant. C’est une conjecture, non une preuve, comme s'ilne pouvoit y avoir d'autre cause de ces souffrances. Tous les hommes reconnoissentique l'on, punit les pères en la personne de leurs enfans. Pourquoi-donce n’en sera-t-1} paside même pour toutle genrehumain, ce qui.est.em effet notre doctriné dupéché originel? De plus; je mie qu'il soit toujours injéste de fairérsoutfrir celui:qui' n’a point péché , pourvu qu’on le: récompense ensuité de sa souffrance, Tous les hommes travaillent, c’est-à dire , souffrent du bien:et.du mal dans l'espérance d'un bien # venir. Le laboureus qui a souffert le froid et le chaud, ila faim; da soif etila lassitude ; n'a point regret de son travail, quand il recueille une grande moisson, Moins on ia mérité de souffrir, plus il y a de vertu; etje.ne crois pasqu'aucun homme de bon sens puisse mettre au mêmerang un.criminel qui souffre le supplice dû à son: crime, <tun homme de bien qui veut bien souffrir des peines aussi rigoureuses. Nous louons encore celui qui paye pour un autre, et qui somffre pour un autre; c'est une espèce d’excéllente vertu. Ainsi, le principe n’est pes vrai en général, que la peine:suive toujours le mérite comme par une nécessité fatale, et que tout malheureux soit méchant. : . :

Il fant encore démêler l’équivoque de bien et de mal. Le vrai bien de chaque Mois , est ce qui la rend meilleure ; son mal est.ce qui la rend pire. Dont le

bien essentiel d’un esprit, est l'amour de la vérité et de ladroiture : son mal est de s’en éloigner. D’être attaché à un corps; à l’occasion duquel:l esprit sente de la douleur , est bien! une espèce de mal pour l'esprit, puisque c’est un séntiment fâcheux ;. mais ce mal', loin de le rendre mauvais, est une preuve et un exercice de vertu:,:c’est-à-dire, qu’il est l’occasion d’un vrai bien; car! celui qui souffre, doit se conformer à son état présent qu’il ne peut changer, l’agréer et céder à cette nécessité. S’il le fait, ilsera louable, Personne ne dit qu'un:homme soit méchant et haïssable, parce qu’il est malade et qu’il souffre de cruelles douleurs; on le plaint seulement comme malheureux ; on le:loue même, s’il est patient; et:si l’on veut deviner ‘une vie précédente où il ait:-mérité. ce qu’il souffre , ce n’est plus sun :sentiment: ordinaire : c’est un détour recherché et un raffinement. propre à éteindre tonte estime. de la patience ;: toute: compassion et tout sentiment d'humanité. Que si le vrai bien de l’homme sur la terre, n'est que la connoissance de la vérité et l’exercice.de la vertu, 1lest facile de montrer combien est grossière l'imagination dés bramines qui passent plusieurs années sans:changer de posture ; et souffrent volontairement de cruels tourmens pour devenir rois ou grands seigneurs dans une autre vie, en même temps qu'ils font profession de mépriser les richesses et les honneurs (de la terre; c'est-à-dire que dès À présent ils se rendent malheureux , afin de devenir un jour malheureux d’une autre manière ; et même méchans: car la vertu est bien plus difficile dans la grande fortune que dans la médiocre... On ne voit rien de semblable dans l’ancien paganisme; il y avoit peu de ces tristes et affreuses Superstitions : ce n’étoit que pompe, spectacles et plaisirs.

Des âmes des bétes.

La question des âmes des bêtes n’est pas seulement

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sente l'esis ce re et sion aforréer able, haiselles eux ; t dequ'il c'est re à pasbien ince e: de brar de UT une 1 de tres euitre plus Eros me; ns :

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 57 de physique à l'égard des Indiens, mais de théologie, puisqu'il est de la foi chrétienne que l’homme est d'une autre nature que les bêtes ; fait à l’image de Dieu qui les lui;a soumises, et: lui a permis de s’en servir à toute:sorte d'usage, même ‘de les tuer: pour s'en nourrir. Il est donc nécessaire de leur persuader qu’elles n’ont pas d’âmes raisonnables et immortelles,

et de ruiner ainst:la métempsycose par le fondement.

Ce seroit sans doute le plus court de montrer qw’it n’y a dans les bêtes: que le corps, et que tous leurs mouvemens les plus merveilleux se peuvent expliquer par des raisons mécaniques. Du moins, quand il y auroit quelqu'un de leurs mouvemens que nous ne pourrions pas expliquer: il faudroit avouer simplement notre ignorance , plutôt que de nous payer de mots que nous n'entendons pas. Or, qui peut dire qu'il entend bien ce que c’est qu’une âme matérielle , qui n’est ni esprit ni corps; mais partie d’un corps, unesubstance incomplète , une forme substantielle ? qui peut résoudre nettement les objections que l’on fait sur les formes partielles, la forme cadavérique , les deux:ou trois âmes subordonnées en un même sujet et toutes les autres suites de cette doc: trine ? Pour moi, j'aimerois mieux: reconnoître:de bonne foi que je ne connois pas tout ce qui se:passe dans les bêtes ; mais cette ignorance ne me fera jamais assurer ce que je ne comprends pas, encore moins admettre en elles une âmersemblable à ‘la mienne , puisque je n'y vois aucun des signes qui me la font reconnoître dans les autres hommes ; ce seroit donc le chemin le plus-court de réduire les Indiens à cette négative : je n’ai aucune raison de croire que les bêtes aient des âmes platôt que .les horloges et les autres machines artificielles; mais cela n’est pas à espérer, Leurs anciennes-préventions des éloignent trop de cette pensée, Ils sont:trop ignorans de l'anatomie , pour comprendre les ressorts qui peuvent

faire tant de mouvemens si différens, et il est impossible de les instruire qu’en tuant des bêtes > au moins si l’on veut venir jusqu’à voir le chemin du chyle et la circulation + sang; c'est-à-dire, qu'il fandroit les avoir :persuadés avant que de pouvoir commencer la preuve. Je ne crois pas'toutefois que les Missionnaires doivent négliger de s’instruire de l'anatomie autant qu'il leur sera possible : ce n’est pas à leur égard une simple curiosité y Puisque’ de là dépend la résolution de cette question de l’âme des bêtes, si importante dans les Indes. Mais quand on viendra à en:tirer les conséquences , ils doivent prendre garde à ne pas: paroître trop'entétés de la nouvelle philosophie, à cause des Espagnols et autres Européens à qui elle pourrvit être suspecté , faute de l'entendre.

Je crois donc qu'il faut se contenter d'établir s0lidément la distinction de l'homme.et de la bête, qui suffit pour votre dessein ; et voici-comimne J'Y voudrois procéder. Nous ne devons raisonner que suivant ce que nous connoissons, et nous connoissons mieux ce iqui-est. en. nous; que:cequi.est dehors ( Aug. Z 10, de-Trin.:c. d ). de sens en moi des penséés , des connoissances, des volontés. Je reconnoisaussi que j'ai un corps étendu, figuré et capable dé mouvement. Je vois autour demo: d’autres corps entièrement semblables au niien. J'en vois d’entièréntent différens, comme lés astres ;:lés fleuves, les pierres. J’en vois partiesemblables , partie différens , comme ceux des: bêtes. Quant aux animaux dont les Corps sont tout à:fat semblables au mien, je vois

uen leur parlant, ils me répondent à propos , c'est-à-dire, qu'ils'me -font entendre -des pensées semblables aux : miennes et liées avec les miennes ; et cela par des signes qui n’ontancun: rapport naturel avec :nos pensées; :et. qui par conséquent doivent avoir été inventés ou concertés par ces animaux sem+

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