ROME AE
est infiniment parfaite, l’homme n’est pas capable de la comprendre , et rien ne peut lui être comparé, Cependant je me sers de la comparaison suivante , toute défectueuse qu’elle est. Une monnaie d’or en vaut dix d'argent, et mille de cuivre. Pourquoi cela ? c’est que l'or étant un métal beaucoup plus pur et plus beau que le cuivre et l'argent, on ne peut égaler son prix qu'en multipliant les autres métaux, De même quoique la nature de Dieu soit parfaitement simple, elle renferme la nature; les qualités et les perféctions de tous les êtres. Sa puissance est sans bornes; et tout immense, tout immatériel qu'il est, quelle difficulté y a-t-il qu’il ait créé tout ce qui est matière ? La raison est d’un génre bien différent ; ce n’est qu’une simple qualité qui ne subsiste point par elle-même, comment pourroit-elle contenir en soi les substances et surtout les spirituelles? La raison est pour les choses, les choses ne sont point pour la raison, La raison est moins noble que l’homme; c’est pour cela que Kong-tzé à dit que l’homme pouvoit donner de l'étendue à la raison; maïs que la raison ne pouvoit rien faire de semblable à l'égard de l’homme. Que si vous entendez par le mot raison , un être, un principe qui renferme en soi tout ce qu’il y a de perfection du: l'univers et qui a créé toutes choses, je dirai alors que c’est Dieu? Mais pourquoi l’appelezvous raison ? Pourquoi l’appelez-vous Tar-Hr ?
Le L. Si cela est, quelle idée a donc eu Kongté , en parlant du Tai-kr P
Le D. Dansla merveilleuse construction du monde, Dieu a employé la matière première qu'il avoit créées mais l’origine de tont , sans origine elle-même, ne fut jamais ni le Tai-#4ri, ni la raison. Je sais que Kong-tzé a parlé du Taï-ki. J'ai lu ce qu'il en dit: mais je n'ose pas, sans une méditation suflisante, m'expliquer là-dessus. Je pourrai peut-être dans la suite en dire ma pensée dans un écrit.
94 : LETTRES Le L. Depuis les premiérs..temps jusqu’aujourd’hui, les empereurs et les mandarins en Chine, n'ont eu d’autres objets de leur culte ; que le ciel et la terre qu'ils.ont toujours regardés comme les auteurs et les.conservateurs de leurs. vies. Cest pour cela qu'on a établiles cérémonies des. deux solstices, et que dans ce temps-là on leur, fait des oblations. Or, si le ciel. et la terre étoient des productions du T'ai-ki, dès-lots le. Tai-ki servit la première origine de toutes choses , et les anciens sages, eMmpereursetautres, auroient commencé par lui décerner des honneurs et des sacrifices ; mais cela ne s’ést jamais fait , et ne,se fait point encore, Ainsi, tout ce que l’on dit du. Taï-ki est! sans.doute faux. Vous avez réfuté, cette doctrine, Monsieur , avec toute la solidité possible, vous pensez! sur cela comme les anciens: prises Le D. Vous-convenez-de ce point; mais il me paroit diflicile d'expliquer ce que vous venez de dire du culte que l'on rend en Chine au ciel et à la terre. Voilà deux êtres, et il n’y a qu’un Dieu. Le Dieu que nons adorons'en. Europe ;. c’est ce qu’en: Chine on appelle Chang-ti, mais absolument différent de cette idole qué les Tuo-ssée révèrent sous le nom de Fu-koang , et qu'ils disent être le maître souverain. Yu-Koang,n'étoit qu’un bonze qui a passé ses jours dansla montagne de Vou-tang. Il n’avoitrien au-dessus de l’homme ; et comment un homme peutil être le souverain Seigneur duiciel? Nous entendons par ce: nom Dieu, ce que l’on entend dans les anciens livres classiques de la Chine, par celui de Chang-ti Dans le livre qui a pour titre Tckong-yong , on fait ainsi parler Kong-tré : Les cérémonies et les oblations des deux solstices sont établies pour honorer le Chang-u. Sur ce passage , le docteur Fcheou dit que si Kong-tzé ne nommoit point la terre, ce
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ÉDIFIANTES ÆT GURIEUSES, 99
n'a été que pour abréger la phrase. Pour moi je pense que Kong-tzé s’expliquant clairement d’une seule chose, on ne doit point lui attribuer d’avoir voulu parler de deux choses, et que ce que Tcheou avance de la phrase abrégée ; n’est nullement recevable, Dans le chapitre Tcheou-tong du livre -Cer, on lit ces mots : Ouang étoit attentif et diligent. Quels mérites n'a-t-il pas acquis par son application ? son. fils. Tcheng-ouang ; et Kan-ouang son L petit-fils , n’ont-ils pas régné glorieusement ? Ils | révérotent Chang-ti... On voit. däns le même chapitre: | La terre produit des richesses sans. fin; l'homme sur le point d'ennecueillir les fruits, peut-il ne pas reconnoitre les bienfaits de Chang-ti? Il estécrit dans le chapitre Chang-song du même livre: Le sage Tang-ouang s’est avancéde jour en jour dans la piôté, Dans peu,il'est parvenu au véritable bonheur. Le Chang-ti recevoit.ses hommages.Le chapitre Yu dit encore: Ouan-ouang avoit une grande attention:à ous ses devoirs. Ilétoit extrémement pieux ; il voudoit plaire au Chang-ti. On lit dans le livre F: Le Ti est venu de l'orient. Or le Ti n’est point.ce que nous appelons cie/, Ce ciel que nous voyons, renferme toutes les parties du monde, comment pour- | roit-il ‘être venu d’une-de ces parties ? Le livre: Y | L s'exprime en céstèrmes : 7/4 victime est sans dé- | faut , le Chang-ti ?a pour agréable. Il est encore A dit: L'Einpereur cultive la terre de ses propres | mains; les fruits qu'elle donne.sont pour étre-of: Jerts au Chang-ti. Dans. le chapitre Tang-chi du ’ livre Chu, on fat ainsi parler Tang-ouang : Kie-
ouang de la dynastie des KIA étoit un mauvais
prince; la crainte du Chang-tim'a obligé à le punir.
Îl est dit dans: le même chapitre: Le Chang-ti esf l'unique maître: C’est lui qui est l'auteur des biens de tous les hommes ; maïs au milieu de cette multitude innombrable qui jouit de ses bienfaits, l'Empes
pr rer cr ere
reur seul est capable de porter la vertu à son plus haut point. Le chapitre King-teng du même livre rapporte ces paroles du Tchou-kong : C’est par un ordre exprès émané du trône du Ti que Ou-ouang a gouverné le monde, Le Chang-ti a un trône ; ne devons-nous pas juger de là que le ciel visible n’est pas le Chang-ti ? mais quiconque lira les anciens livres, jugera par leur lecture , si je ne me trompe ; qu’il n’y a de différence entre le: sont ie et Dieu. que celle du nom.
Le:L. On voit plusieurs personnes qui aiment l'antiquité; mais cela se réduit communément à la curiosité de voir d'anciens :monumens , ou de lire d'anciennes écritures. Où ‘en trouvera-t-on qui ; comme vous , Monsieur , s’attachent à l’ancienue doctrine , se fassent un plaisir de l’enseigner aux autres, et tâchent de les y ramener ? Néanmoins quelque satisfait que je sois de vos instructions , je ne laisse pas d’avoir encore des difficultés. En beau coup d’endroits de nos anciens livres, on marque un grand respect pour le ciel. C’est pour cela que le docteur Tcheou nomme le 7% ciel, et le ciel raison. Le docteur Tching entre dans un plus grand détail : pour exprimer, dit-il, ce qu'il y a de visible et de matériel , on l'appelle Tien (ciel }; pour marquer son souverain domaine , on l'appelle 77 ( Seigneur ); pour distinguer sa-nature et ses propriétés ; on le nomme zen ( vertu du ciel ); voilà ce qui fait dire : Honorez le ciel et la terre. Je ne sais point si cette explication est selon la vérité.
Le D. Faites-y bien attention, Monsieur , on peut donner au Chang-ti le nom de cie en ce sens, que
Tien ( ciel), suivant l’analyse de ce caractère , si-
goifie Fé-sa ( seul grand ) ; mais pour.ce qu'on appele raison, on ne peut pas dire que ce soit le souverain maître de toutes choses. Je l'ai prouvé fort au long. Le terme Chang-ti est très-clair , il n’a pas besoin
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