‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 41 sur 106 · IV. ENTRETIEN · texte numérisé non relu

IV. ENTRETIEN

On raïsonne mal sur les esprits et sur l'âme de l'homme. L'Univers n’est pas une seule substance.

LE LETTRÉ CHINoïrs.

Hs » de retour chez moi, je rappelai dans mon esprit la belle doctrine que vous veniez de m’apprendre, et je me persuadai toujours plus de sa vérité et de sa solidité. Je ne comprends pas comment certains lettrés de Chine portent l’incrédalité jusqu’à ne pas reconnoitre qu’il y ait des esprits.

Le Doct, eur. En lisant les livres classiques de Chine, on y trouve partout que les anciens empereurs et leurs vassaux regardoient comme un de leurs principaux devoirs , de faire des oblations aux esprits. Aussi les révéroient-ils comme s'ils en avoient été environnés. S'il étoit vrai qu'il n’y éât point

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d'esprits, comment est-ce que ces premiers sages auroient donné dans de si grandes erreurs ? Dans le livre Chu on fait ainsi parler l’empereur Pan-kong : Si je gouverne mal , moi prince, toutes mes fautes sont marquées. Tching-tang , chef de ma dynastie m'en punira, et me fera entendre ce reproche : Malheureux , est-ce ainsi que tu déshonores mon nom ! Ce prince ajoute : $: mes officiers causent du trouble par leur mauvaise conduite , et qu'ils ne pensent qu'à entasser des richesses , leurs ancètres des accuseront devant Yching -tang; punissez , diront-ils, 205 descendans criminels. Dans le chapitre Eh du » Tson-y parle en ces termes à l'empereur Tcheou : Seigneur , puisque le Ciel à résolu de détruire notre malheureuse famille , quel est l'homme sage , quel est méme le devin qui ose vous annoncer ét vous promettre du bonheur ? Ce n’est pas que les empereurs nos pères nous aient refusé leur protection; c’est vous seul, prince, qui, par vos désordres, avez attiré notre malheur. Pan-kong descendoit de Fcing nan Il faisoit , depuis cet empereur , la neuvième génération , et de l’un à l’autre , il s’étoit écoulé quatre cents ans. Cependant , il lui faisoit encore LM oblations ; 1l le craignoit encore. Il reconnoissoit ,en lui un pouvoir de le punir. Il s’excitoit lui-même , il exhortoit ses sujets , comme si Tchingtang eût encore régné sur la terre. Tson-y, plus récent que Pan-kong , dit que les anciens empereurs de sa famille peuvent après leur mort protéger leurs descendans, N'est - il pas visible qu’il croyoit leurs âmes immortelles ? ; 1

Dans le chapitre Kin-teng , du même livre Cu, Tcheou-kong s'exprime ainsi : Je suis bon , obéissant à mon père ; j'ai beaucoup d'habileté , je sais répérer les esprits. A dit encore : Sé je n'avois pas de la droïture, comment oseroïs -je me présenter depant les princes mes ancêtres ? Dans le chapitre

Chao-kao , 1 est dit : Puisque le ciel a détruit le dynastie des Yn, les empereurs de cette maison qui sont en grand nombre dans le ciel, ont sans doute abandonné leur postérité. Dans le livre Ch:, on lit ces mots: Ouen-ouang est dans le ciel, il y est glorieux et triomphant. Tchou-kong, Chao-kong ; quels hommes ! Toute la Chine les regarde comme des sages (1). Seroit-il permis de traiter leurs paroles de mensonge ? Or, ils disent que Tching-tang et Ouen-ouang, après leur mort, sont dans le ciel ; qu’ils en descendent et qu'ils y montent, qu'ils ont le pouvoir d’aider les vivans; n'est-ce pas dire que l'âme de l’homme ne meurt point ? Cependant l’erreur se répand ; on met tout en œuvre pour tromper le monde ; les reproches , les injures sont inutiles. Que feront donc les gens de lettres, amateurs de la vérité? Il faut employer la raison pour réfuter le mensonge ; il faut mettre en évidence la nature des esprits, par-là on peut en venir à bout.

Le L. Tous ceux qui raisonnent sur les esprits ont chacun leur opinion particulière. Les uns prétendent qu'absolument il n'y en a point ; d’autres disent que , quand on croit qu'il y ena, il en existe, mais qu'il n’y en a point , quand on ne le croit pas. Certains parlent ainsi : Si vous dites qu'il yen a, runs vous trompez; si vous dites qu’il n’y en à pc:"!. vous vous trompéz encore. Dire qu’il yena, et qui n’y en a point, voilà le vrai.

Le D. Ces iroïs opinions vont également à rejeter les esprits. Ceux qui les suivent, ne font pas attention au mauvais parti qu'ils prennent. Ils veulent attaquer les disciples de Fo et de Lao , et ils ne

(1) L’Auteur rapporte l'opinion des anciens chinois sur les esprits, non pour approuver le culte qu'on leur rendoit, mais pour en tirer une preuve de leur existence et de l’immortalité de l’âme. |

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