À LT CS M DS
RASE HORS CR Es de
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 127 Ainsi, puisqu'il n’y a rien dans l'univers qui ne soit fait de ces ae matières premières , il ne doit rien y avoir qui ne soit esprit. Pour moi, j'ai toujours oui parler des esprits et de l’homme à peu près comme vous m'en parlez.
Le D. Ce quiest vapeur, l'appeler esprit , âme, c’est confondre absolument les noms des choses. Quand on veut donner des notions claires, il faut user des mots propres. Les livres classiques parlent de vapeur, ils parlent aussi d’esprits. Ces noms ne sont assurément point semblables. Les notions ne le sont pas non plus. De tout temps, on a fait des oblations aux esprits, je n’ai pas oui dire qu'on en ait fait à la vapeur. Pourquoi ces nouveaux raisonneurs brouillentils ainsi les termes? Ils prétendent que cette vapeur d’âme se dissipe peu à peu; ils montrent par-là le ridicule de leur système en disant une absurdité. Je leur demande en quel temps l’âme est-elle tout à fait détruite ? quelle espèce de maladie cause cette entière destruction? Les âmes de tant d'animaux qui meurent d’une mort violente, se dissipeni-elles tout à coup ou peu à peu? d'où vient qu’il n’en apparoît aucune ? Ces ignorans décident sur ce qui se passe après la mort, chose où ils n’entendent rien; pourquoi donc en parler? Dans le livre Tékong-yong, Kong-tzé dit : Les esprits sont le fond des choses, et l'on ne doit point les en séparer. On peut parier ainsi en ce sens, qui est celui de Kong-izé, que la vertu des esprits se fait sentir aux choses. Mais ce philosophe n’a jamais prétendu que les esprits fussent les choses mêmes, |
Au reste les esprits qui sont attachés aux choses, ny sont point comme l’âme est dans l’homme. L'âme de l’homme fait partie de lui-même , et de son union avec le corps , il n’en résulte qu’une nature. C'est de là que l’homme est capable de raisonner et qu’il est du genre des êtres spirituels. Les esprits re sont dans
les choses que comme le pilote dans le vaisseau qu’il gouverne; il en est entièrement distingué. Chacun a son espèce particulière. Ainsi, c’est une erreur gros= sière de penser qu'un esprit rende spirituelle la chose où il se trouve. Pour parler juste, on doit dire que quand Dieu donne aux esprits des êtres matériels à gouverner et à conduire, dès-lors les esprits , comme dit Kong-izé, font sentir leurs vertus aux êtres qui leur sont confiés. Lorsqu'un grand prince fait éclater sa sagesse dans tout son empire, conclut-on de là que tout ce qui est dans l'empire, soit sage et éclairé? Prétendre qu’il n’y a rien dans l’univers qui n'ait un esprit, et par-là rien qui ne soit spirituel, c’est spiritualiser les arbres, les plantes , les métaux , les pierres. Quoi de plus absurde! Du temps de l’empereur Ouen-ouang , les peuples donnoient aux palais et aux jardins de ce prince les noms de sage et de spirituel. Cela ne doit point surprendre. Chacun sait que ses sujets vouloient marquer par-là leur vénération et leur reconnoissance pour leur souverain. Si quelqu'un s’avisoit aujourd’hui d'employer ces termes à l'égard du palais et des jardins de Kié- Tcheou qui étoitun mauvais prince, ne diroit-on pas que ce seroit un homme sans discernement!
Pour marquer les différens genres des choses, les dacteurs chinois distinguent le purement matériel, comme les métaux, les pierres; le vzvant, comme les arbres, les plantes; le sensitif, comme les animaux ; enfin, le spirituel, tel qu'est l'homme. Les piilosophes d'Europe vont encore à un plus grand détail, c'est ce que vons pouvez remarquer sur le tableau ei-contre. Vous n’y verrez cependant pas touteslesespèces particulières de chaque chose : elles sont en trop grand mombre pour être marquées dans la dermière exactitude. On se contente de meitre per ordre les seuf genres principaux auxquels tout aboutit.
Arbre
= je Pr SET Pie Dec DE EPS T — RE Rp Ra lg 2 En a eg fo
au qu’il lacun à ir gTOS= a chose ire que ériels à comme res qui it écla- -on de sage et 7 eTs Qui irituel, 1étaux ;, le l’em- Lux pasage et Chacun eur vé- Lverain.
ver ces le Kié- -on pas
ses, les itériel , comme es anire. Les grand sur le ant pas e : elles arquées » metre els tout
Arbre
RC CO
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. ; 129 Arbre de porphyre.
Toutes ces choses ainsi rangées ogt chacune leur espèce propre. D’un côté est le spirituel, et de l’autre le matériel. Que si un étranger comme moi écrivoit à ses amis d'Europe qu’en Chine certains lettrés prétendent que les oiseaux et les quacrupèdes, les arbres et les plantes, les métaux et les pierres, sont spirituels aussi bien que les hommes, dans quel étonnement ne les jetterois-je pas ?
Le L. Quoique certaines gens en Chine soutiennent que la nature de la bête et la nature de l'homme sont semblables , cependant ils mettent cette différence entre l’une et l’autre, que la nature dé l'homme est droite, et celle de la bête, oblique; et quand ils disent que la bête est spirituelle aussi bien que l’homme, ils avouent aussi que la spiritualité de l'homme est grande , et que celle de la bête est fort petite : d’où ils concluent la diversité des deux espèces.
Le D. La droiture et l’obliquité, la grandeur ou la petitesse ne suffisent pas pour différencier es espèces. Ces sortes de qualités accidentelles ne peuv'er à que faire distinguer dans une même espèce diflérens individus. Qu’une montagne soit droite ou non, qu'elle soit grande ou petite, c’est toujours une montagne. Parmi les hommes , il y en a qui ont beaucoup d'intelligence, il ÿ en à qui en ont peu, Les uns ont l'esprit juste et le cœur droit ; d’autres , tout au contraire, Cela prouve-t-il une diversité d’espèces ? Que si, pour celle du petit au grand, ou de l'oblique au droit, l'espèce changeoïit , combien n'y auroït-il pas d’espèces d'hommes? La seule vue de cette carte fait comprendre que les différences spé cifiques d’une chose emportent nécessairement une entière opposition entr’elles, Parmi les substances,
la corporelle fait une espèce, l’incorporelle en fait T, XIV. 9
une autre. Parmi les corps, le vivant est une espèce, le non vivant en est une autre. L'homme parmi les animaux est spécifié par la puissance de raisonner : il n’y a donc aucun autre animal qui soit raisonnable. Mais qu'il y ait des hommes qui raisonnent juste, et d’autres qui raisonnent de travers; que certains poussent le raisonnement plus loin que d’autres, cela ne fait pas qu’ils ne soient point tous hommes. Ceite différence du plus ou du moins ne change point l'espèce. Ainsi, dire que tous les animaux sont spirituels, quelque petite, ou quelque oblique qu'on fasse leur spiritualité, c’est dire qu’ils sont tous de la mêm espèce que l’homme. Convient-il, et n'est-ce pa :° tromper grossièrement, de prendre une qualit : :trinsèque pour le fond des choses? En voyant u..e “lepsydre qui marque exactement les heures, pen:e-t-on que la matière dont elle est composée soit spirituelle? Qu’un général d'armée, habile dans l’art de conduire des troupes, ait vaincu l’ennemi, ses soldats, durant le combat, ont obéi à ses ordres ; ils ont avancé, ils se sont retirés à propos, ils ont dressé des embuscades, ils ont attaqué de front, la bataille est gagnée : qui dira jamais que chaque soldat soit fort entendu dans l’art de la guerre? N'est-ce pas là plutôt la gloire du chef qui a commandé? Quand on sait distinguer les différentes espèces des choses, et que, par un éxamen sérieux de leurs qualités naturelles, de leurs divérs mouvemens, on connoît à quoi chaque chose se porte , de quoi chaque chose est capable, il est aisé de conclure que les animaux sont gouvernés par des intelligences qui les font servir aux desseins de Dieu. Nous voyons en effet des animaux faire des choses au-dessus de leur portée , et qui passent toutes leurs connoissances. Ce n’est point d'eux que vient une conduite si réglée et si suivie. Au lieu que l’homme se gouverne par luimême ; il prend son parti suivant les occasions et les
RSS
Fes CT 2 De ON TU
re se
FR
: [EPS LE RS CR ES ESS SENS der ire Se et ie do
spèce ; mi les onner :
nnable.
aste, et -ertains autres, pommes.
Je point nt Spi- : qu'on us de la n'est-ce ne quavoyant heures, mposée ile dans nnemi , ordres ; ils ont ront, la que sol- N'est-ce mandé ?
ces des urs quaon con- | chaque les aniqui les yons en s de leur nces. Ce réglée et par luins et les
circonstances; il est entièrement libre , et il emploie sa liberté sen ses différens désirs.
Le L. Quoique l’on dise que le même air soit la forme universelle qui fait agir tous les êtres, cependant tous les êtres n’ont pas la même figure ; et c’est de là que vient la différence des espèces. Un corp: , qu'est-ce autre chose qu’une éconce remplie et entourée d'air? L'air fait les choses ce qu’elles sont, et les choses: elles-mêmes déterminent leurs espèces. Un poisson dans la mer est environné et rempli de la même eau; la même eau remplit une baleine et une sole ; mais la baleine et la sole n’ont pas la même figure, et par-R elles ne sont pas de la même espèce. Ainsi pour connoître les différentes espèces des choses qui composent l'univers, il ne faut que regarder leurs figures. >
Le D. Par la diversité des figures, on peut bien distinguer les choses, mais non pas les différentes espèces des choses. Tout au plus peut-on par-là différencier les espèces des figures ; la figure d’une chose n'est point la chose même. Ne mettre la différence des choses que dans la figure , au lieu de la faire con sister dans la nature, n’est-ce pas donner la même nature au bœuf et à l’homme ? Ainsi parloit autrefois le docteur Kao; et parler aujourd’hui de même, ce n'est qu'être son étho, Deux statues d'argile, dont l’une représente un tigre et l’âutre un homme, ne diffèrent assurément que par la figure; mais que la seule figure distingue un homme et un tigre vivans, cela se peut-il dire? On voit souvent des choses d’une figure différente et cependant de la même espèce : les deux statues dont je viens de parler en sont un exemple. Les figures d'homme et de tigre ne sont pas les mêmes; c’est néanmoins d’une même espèce d'argile qu’elles sont faites. |
Quant à ce qui regarde l'air, si l’on prétend que c'est quelque chose de spirituel, et qu’il anime tout Q..
ce qui est vivant , il s’ensuit de là que rien ne sauroit mourir. La mort, selon cette opMion, ne peut être causée que par un manque d'air, En L" Endet l'air manque-t-il ? Par où y a-t-il à craindre de manquer d’air ? Une chose que nous disons être morte, n'est-elle pas remplie d’air en dedans ? N’en est-elle pas environnée ep dehors? Ce n'est donc pas préctsément l'air qui anime ce qui est vivant. Qu'un homme assez ignorant pour ne savoir pas que l'air
est un des quatre élémens , le confonde avec les es-
prits et avec l’âme de l’homme, je n’en suis pas fort surpris; mais, pour peu qu’on soit instruit, ne saiton pas que l'air est un corps dont il n'est pas si difficile d'assigner la nature et les propriétés? L'air mêlé avec l’eau, le feu et la terre, composent tout ce qui es matière. Notre âme, partie essentielle de nousmêmes, et seule cause vivifiante de notre corps, suffit pour nous faire vivre de Pair que nous respirons à tous les instans. L'homme, les oiseaux, les quadrupèdes vivent au milieu de l’air, pour trouver toujours dans cet élément froid de quoi tempérer le feu qu'ils ont dans l’intérieur. De là vient s1:4 nous respirons sans cesse, pour pouvoir tori5, par un double mouvement, pousser au dehor: fair chaud, et en recevoir un plus frais au dedans. 1: poisson n'a nul besoin de respirer l’air , il vit dans l’eau : cetélément est bien capable de le rafraichir.
Pour les esprits, ils n’entrent point dans la composition des choses: ils font eux-mêmes une espèce particulière qui est celle des substances immatérielles, Ils sont délégués par l'ordre du Créateur pour gouverner les autres créatures sur lesquelles ils n'ont point. une autorité absolue. C’est ce qui a fait dire à Kong-tzé : Honorez les esprits, maïs de loin. Les esprits ne peuvent point nous donner du bonheur, des richesses, ni effacer nos péchés. Ce pouvoir est réservé à Dieu seul. Les ignorans de ce siècle qui
F fl
vont cc
ne pre Cette la mêr à qui s certait c'est ri savent Le les me prème chaqu toutes substa gneur de sor être. { ànep la bea violer résido pour :
trouve l’'hom:
par la qu'ell que l’:
crains ce que Le extra s’acco grade:
(1) ] Chine on s’éc
saU—
eut Éoit AN = rte, -elle ÉCIa’un l'air s eSfort sait difmêlé qui OUS— sufrons drutou- > feu resr un aud , nn'a Lélé-
0M-pèce elles,
ouent dire loin.
eur, ir est e qui
ÉDIFIANTES Eï CURIEUSES. 15 vont offrir leurs vœux et leu:s prières aux esprits, ne prennent point la bon:ie voie pour être exaucés, Cette expression de Kong-t76, maïs de loir , porte la même idée que celle-ci: $7 vous offensez :e Ciel à qui vor s adresserez-vôus ? S'expliquer con me font certains leur, en disant qu’il n'y a point d'esprits, c'est réduire kong-tzé au rang de ces docteurs qui ne savent qu'embrouiller,
Le L. Nos anciens philosophes reconnoissant dans les merveilles que contient l'univers , une raison suprème et invariable qui règne partout, ont cru que chaque créa participoit à sa manière, ‘et que toutes ensemhie ne faisvient avec elle qu’une seule substance (1): ils disoient donc que Chang-ti, Seigneur du ciel, se trouvoit dans chaque chose, et que de son union avec elles il ne résultoit qu’un même être. C’est par ce motif a Îs exhortoient les hommes à ne pas s'abandonne: su vice, pour ne; : défigurer la beauté qui s'étoit communiquée à eu ne point violer l'équité, pour 1e pas offenser la raison qui résidoit en eux; à ne nuire à aucune chose du monde, pour ne pas manquer de respect au Chang-ti qui se trouvoit en tout. Îls disoient encore que la nature de l’homme et de toute autre chose, ne périssoit point par la mort, ou par la division" des parties; mais qu'elle retournoit se transformer en Dieu, c’est-à-dire, que l’âme de l’homme ne meurt point. Cependant je crainsque cette doctrinene s'accorde pastoutà faitavec ce que vous enseignez touchant le Seigneur du ciel.
Le D. Je n'ai jamais out parler d’une doctrine plus extraordinaire et moins suivie que celle-là. Comment s’accorderoit-elle avec la mienne? N'est-ce pas dégrader la majesté du CAang-ti ? Il est rapporté dans
mnt one
(1) La déraison est par tout la même ; et l’on voit qu’à la
Chine il y avoit des Spinosistes avant Spinosa , et que, quand A dd à | y et que, quan
où s écarte de la vérité, on tombe dans les mêmes absurditést
Lé