‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 45 sur 106 · ESS · texte numérisé non relu

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identités simplement de nom entre des choses qui sont très-différentes, comme lieu céleste, lieu terrestre. Il y a des identités de réunion, par lesquelles plusieurs choses rassemblées n’en font qu’une; comme plusieurs brebis ne font qu’un troupeau; grand nombre de soldats ne font qu’une armée. Il y a des identités de propriétés: par exemple, entre une racine , une source et le cœur. Le propre de la racine est de fournir du suc à toute la plante; le propre de la source est de donner de l’eau à tout le ruisseau; le propre du cœur est de distribuer le sang par tout le corps. Ces trois premières sortes d’identités sont fort imparfaites, et se rencontrent entre des choses de nature toute opposée. Il y a des identités de genres qui font que les espèces différentes conviennent dans un même principe générique ; comme les olseaux et les quadrupèdes conviennent dans les genres de cognoscitif et de sensitif. \ y a des iden-

tités d'espèces par où les individus participent à une

même nature spécifique ; comme le cheval À et le cheval B sont l’un et l’autre cheval. Pierre et Paul sont tous deux hommes, Ces deux sortes de nouvelles identités rapprochent les choses de beaucoup plus près que les trois premières. Enfin, il y a des identités de substance par lesquelles une chose , soit qu'on la regarde sous différens rapports, soit qu’on lui donne divers noms, reste toujours en soi la même. Par exemple, Ex-tang-hium et Ti-yao sont un même homme. Toutes les parties d’un tout n’ont rien de différent, et sont substances du tout luimême, Cette dernière sorte d'identité est la parfaite et la vraie. Ceux qui prétendent que toutes les créatures ne sont qu'une même chose, dans lequel de ces trois ordres d’identités veulent-ils mettre celle

qu'ils leur attribuent?

Le L. Ils la mettent dans l’ordre des identités des substances; et voici comme ils s'expliquent : le sage | ne

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ne fait véritablement qu’une même chose avec le monde entier. Le vulgaire seul divise cette substance, en employant ces termes de 07, de moi. Ce n'est pas à dire que cette identité vienne de l'idée que se forme le sage. Elle a son origine dans la bonté du cœur humain, laquelle n’est point réser-

vée au sage seul, et que le vulgaire ne peut jamais dét, uire. °

Le D. Lorsque les anciens philosophes ont dit que nous ne faisions tous qu’un, ils vouloient seulement par là réunir les peuples, et les exciter à une mutuelle charité. On ne peut point dire que toutes les créatures soient une même chose, si ce n’est en ce sens seul, qu’elles ont toutes un même Créateur ; mais la justice qu’on sé rend l’un à l’autre, la charité qu'on se doit, supposent deux personnes distinctes. Si toutes les créatures ne sont qu'une même Substance , où sera le nombre de deux ? On ne trouvera de la distinction tout au plus qu'entre de vaines images incapables de s'aimer et de se respecter mutellement. Ne dit-on pas que la charité consiste à traiter son prochain comme soi-même ; que la justice exige de rendre à autrui ce qui lui appartient ? voilà

OnC un autrui, un prochain; voilà un soi - même, Si l’on ôte cette différence, ne détruit - on pas ces deux vertus? Supposons pour un moment que toutes les créatures sont en effet identifiées avec un homme ; cet homme en s’aimant uniquement soi-même, en se Procurant toutes sortes de satisfactions , exerceroit une pleine charité, une parfaité justice; mais peuton croire qu’un scélérat qui ne pense qu'à soi, qui ne fait pas la moindre attention à tout le reste du genre humain, mérite les noms de juste et de charitable ? Les anciens livres , en se servant des termes d'autrui, de soi-même, désignent - ils simplement

eux corps? Ne marquent-ils pas au contraire très- JT, XIF, 10

146 LETTRES clairement une vraie distinction de nature et de pérsonnes ?

La perfection de la charité consiste dans son étendue. Plus elle est restreinte ; moins elle est parfaite. L'amour de soi-même est commun ,; même aux choses inanimées : l’eau cherche toujours un heu bas et humide, pour pouvoir par-là se réunir et se conserver. Le feu veut un lieu sec, et s'élève sans cessé pour trouver sa sphère , et s’entretenir dans tout son entier, L'amour pour ceux à qui on a donné la vie, est très-vif dans les animaux ; que ne font-ils pas pour nourrir leurs petits? Aimer sa famille, le dernier des hoitimes en est capable. Combien de fatigues, quels dängers, quels crimes même quelquefois pour lui procurer le nécessaire ! Aimer sa patrie , le vulgaire ‘mére s'en pique. Ne voit-on pas chaque jour des armées entières prodiguer leur vie pour repousser l'ennemi? Mais une charité que rien ne borne, qui embrasse l'univers entier, c'est là la vertu du sage. Comment est-ce que le sage distingue autrui de soimêine, de sa famille paruculière, d’une autre famille ? comment distingue-t-il son propre pays d'un pays étranger? c’est que regardant tous les hommes comme ayant un même créateur, un même père qui est Dieu, il se croit obligé de les aimer tous. Pourquoi n’imite-t-1l pas l'homme sans règle dont toute l'attention ne va qu'à s'aimer et se satisfaire soi-même ?

Le L. Si l'opinion de ceux qui disent que toutes les créatures ne sont qu’une même chose, détruit la charité et la justice, comnient est-ce qu'on lit dans le livre Tckong-yong, qu'un des devoirs du prince est de se rire soi-même dans ses plus petits officiers, et de ne point se distinguer d’eux ?

Le D. C’est là une façon de parler qui, bien comprise, n’a rien de mauvais. Que si l'on veut prendre cetté rélles on à la lettre, on choque absolument le

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bon sens. Le livre Tchong-yong enjoint au prince de se regarder lui-même dans ses officiers, et de ne se point distinguer deux, parce que les officiers, même les plus bas, sont hommes aussi bien que le prince ; mais comment peut-on confondre un prince et ses officiers avec les plantes, les arbres, la terre, les pierres, et de tout cela ne faire qu'une même chose ? J'ai vu dans Mong-tzé qu'un homme, pour aimer et faire du bien à un chien ou à un cheval, ne doit point pour cela passer pour charitable. Mais si le cheval, le chien et toutes les autres créatures ne sont qu’une même chose avec l’homme , tout attachement À quoi que ce soit, devient dès - lors une véritable charité. Autrefois le docteur Ts6-15 enseignoit que l’homme devoit aimer son prochain comme soi-même, et il trouva bien des contrad’ ‘ons. Au- Jjourd’hui, l’on prétend que l'argile et la boue sont des sujets dignes de notre charité , et cette doctrine trouve des partisans ; quelle bizarrerie ! Dieu a créé l'univers; il l’a rempli d'un nombre presque infini de créatures qui toutes ont entre elles des rapports et des différences. Les unes conviennent en. genres et diffèrent en espèces;.les autres conviennent dans

d'espèce , et ne diffèrent que par leur propre entité.

Une même chose a encore de vraies différences. L'on prétend aujourd’hui réduire tontes les créatures à n'en faire qu'une; n'est-ce pas renverser l’ordre établi par le Créateur? La multiplicité et la diversité des choses en font la beauté, Un curieux qui cherche des pierres précieuses, ne se contente pas d’un fort petit nombre. Un antiquaire ramasse des antiquités le plus qu’il peut, Un festin pour être ex-

‘quis , doit présenter toutes sortes de mets. Si tout à

coup les couleurs se réduisoient toutes À la rouge, nos yeux en seroient offusqués , au lieu que la diversité du rouge, du vert, du bleu, du blanc, du noir, soulage et récrée la vue. Une musique qui se rédui-

roit à un seul ton répété sans cesse , séroit insupportable , au lieu que la combinaison des différens tons rangés avec art, compose une harmonie qu'on entend toujours avec un nouveau plaisir.

L'ordre étant tel pour tout ce qui tombe sous les sens, ce qui n’y tombe pas, n’en suit pas un autre. J'ai déjà montré qu’il y avoit parmi les créatures une diversité d'espèces et de natures, et qu’on ne devoit point distinguer les objets seulement par la figure extérieure. Un lion de marbre et un lion vivant ont la même figure; ils ne sont pas de la même espèce. Un homme et un lion tous deux de marbre, sont de la même espèce ; ils sont faits du même marbre, mais ils n’ont pas la même figure. Les maitres dont j'ai

risautrefois les leçons, en expliquant les diverses propriétés des espèces et des entités particulières , disoient que dans le rang des composés substantiels, tout ce qui fait une même entité , fait aussi une même espèce; mais que plusieurs choses d’une même espèce, ne font point une même entité. Ils disoient encore que les actions d’une des parties d’un tout physique, étoient attribuées au tout lui-même et désignoient en même temps la partie qui les a faites. Que la main droite, par exemple, fasse l’aumône , exerce la charité, c’est l’homme qu’on appelle charitable. Que la main. gauche fasse un vol, on n’en charge pas seulement la main gauche, mais encore la droite, le corps tout entier, et tout l’homme est appelé voleur. Sur ce principe, si toutes les créatures ne sont qu’une seule et même chose, les actions de chaque homme en particulier sont communes à tous. Ain, lorsqu'un scélérat fait un crime, l’homme de bien devient criminel, et parce que Ououang étoit un prince plein de bonté, on doit aussi regarder Tcheou comme un bon prince : l’homme vertueux n’est pas distingué du scélérat ; Tcheou n’est point autre que Ou-ouang; tout leur est donc

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