V. ENTRETIEN
Lo métempsycose est une réverte, et la crainte de
tuer les animaux, une puérilité. Quels sont les vrais motifs de jeéner.
LE LETTRÉ CHiNors.
L ÿ a trois opinions touchant le sort de l’homme. Les uns disent que tout commençant pour lui à sa naissance , tout doit aussi finir pour lui à sa mort. Les autres, raisonnant sur le passé, le présent et l'avenir , prétendent que tout ce que nous recevons de biens et de maux dans la vie présente, est une suite de ce que nous avons fait dans la vie passée, etque dans la vie future, nous serons traités suivant ce que nous faisons dans la vie présente. Pour vous, Monsieur, vous dites que cette vie n’est pour l’homme qu’un court passage , qui le conduit à une vie future d’une éternelle durée ; d’où vous concluez que nous devons à présent nous appliquer de toutes nos forces à la vertu, pour nous procurer dans l'avenir une heureuse éternité. Ainsi, l'avenir est le terme; le présent est la voie. Ce que l’on dit d’une vie future me paroît solide ; mais ce qu'on ajoute d’une vie passée , d’où tire-t-il son origine ?
Le D. Il parut autrefois dans l'Occident, un célèbre philosophe , nommé Pythagore, C'étoit un trèsgrand génie , mais dont la sincérité n’est pas bien assurée. Ce philosophe , chagrin de voir les peuples de son temps donner dans le désordre sans crainte
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et sans pudeur, se servit de l'estime qu’on avoit pour lui, et inventa un système extraordinaire pour ramener les méchans. Il se mit donc à prêcher que les hommes qui s’abandonnoient aux vices durant celte vie, ne manqueroient pas après la mort d'expier dans une vie nouvelle leurs crimes passés; qu’ainsi ou ils renaîtroient pauvres et misérables , ou ils seroient changés en diverses sortes d'animaux ; que les hommes cruels et féroces seroient changés
‘en tigres, en léopards; les orgueilleux en lions; les
impudiques en chiens , en pourceaux; les gourmands en bœufs, en ânes ; les voleurs en renards, en loups, en éperviers; enfin, que chaque homme vicIeux re prendroit une forme d'animal convenable à son vice. Des gens sages ont excusé Pythagore en disant que son intention étoit bonne, mais qu’il s’étoit mal exprimé. On ne manque pas de solides raisons pour ramener les méchans; pourquoi laisser la vérité et employer le mensonge?
Le philosophe étant mort, quelques-uns de ses disciples retinrent cette opinion. L'erreur peu à peu passa dans les royaumes étrangers , et parvint dans l'Inde jusqu’au Ching-ton. Fo né dans ce pays-là , et pensant alors à faire une secte, emprunta de Pÿthagore la métempsycose , à quoi il ajouta les six
* articles de sa doctrine, et toute cette suite de rêve-
ries qu’on donne aujourd’hui pour des livres sacrés. Peu d’années après, quelques Chinois étant allés au Ching-ton, rapportèrent en Chine le fotisme. Voilà l'origine et le progrès de la métempsycose qui, n'étant appuyée sur äucun fondement , n’est pas digne de la moindre croyance. Le Ching-ton n'est qu'un petit pays nullement comparable à la Chine. On n'y trouve aujourd’hui ni science, ni politesse ; la vertu n’y est point en recommandation. Est-ce donc sur les fables qui en viennent, que doit se régler le monde entier ?
Le L. En voyant la carte générale de tous leg royaumes du monde, que vous avez mise au jour, où tout correspond si exactement aux degrés célestes, et plus encore en faisant attention au long voyage que vous avez fait en venant d'Europe , on doit ju-ger que vous êtes parfaitement instruit de ce qui regarde la patrie de Fo. Sa nation est sans doute , comme vous le dites , vile et méprisable. Les fotistes de Chine sont trompés par la lecture des livres de leur secte : ils s’imaginent que le royaume de Foest un pays admirable; certains même vont jusqu’à souhaiter la mort pour aller, par une heureuse métempsycose, commencer une nouvelle vie dans ces régions fortunées. Cela est risible. Nous autres Chinois, nous voyageons peu dans les pays éloignés ; comment pourrions-nous les bien connoître? Mais enfin , que la patrie de Fo soit un pays de peu d’étendue, que sa nation soit abjecte, pourvu que sa doctrine soit raisonnable, on peut la suivre; tout le reste n'apporte à cela aucun empêchement,
Le D. Les absurdités qui suivent de l'opinion de
la métempsycose , sont sans nombre; je n’en rapporte que quelques-unes des principales, En premier lieu, l'âme d’un homme qui, par la métempsycose, auroit passé dans un autre corps ou d'homme ou de bête, n’auroit pas perdu sa nature d'âme, et elle devroit se ressouvenir de ce qu’elle a fait dans son premier corps. Cependant nous ne nous souvenons de rien, et je n’ai point oui dire que personne ait jamais eu de pareil souvenir. N'est-ce pas là une preuve qu’un homme aujourd'hui vivant n'a point eu de vie précédente ?
Le L. Les livres de Fo et de Lao rapportent plu. sieurs exemples de ces sortes de souvenirs. Il faut donc qu'il y en ait eu.
Le D. Que le démon, dans le dessein de trom= per les mortels et de les attirer à son parti, ait POS=
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