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sédé quelque homme ou quelque bête , et lui aït fait dire: Je suis un tel du temps passé; telle chose arriva autrefois de cette manière, etc., pour autoriser par-là le mensonge , cela peut être; mais pourquoi les exemples qu’on rapporte de gens qui se sont souvenus d’une vie précédente , sont-ils tous de quelques fotistes, ou depuis que la secte de Fo est entrée en Chine? Dans tous les pays du monde , il naît et il meurt une quantité innombrable d'hommes et d'animaux. Autrefois c’étoit comme aujourd’hui. Pourquoi n'est-ce que depuis Fo et parmi ses disciples, que l’on trouve de ces sortes de souvenirs, tandis que dans un si grand nombre de royaumes, en tant d'écoles différentes, où il a paru de si célèbres docteurs, des savans d’une mémoire si prodigieuse, il n’y a jamais eu un seul homme qui se soit souvenu de la moindre chose d’une vie passée ? Quoi! tout le reste du monde oublie jusqu’à son père et sa mère, jusqu’à son propre nom, et les seuls fotistes, avec quelques animaux, se souviennent de tout et sont en état de le raconter? Ces sortes de rêveries peuvent bien amuser la vile populace; mais des docteurs , des gens qui font usage de leur raison, ne peuvent les entendre sans mépris et sans indignation. :
Le L. Les fotistes disent que quand l’âme d’un homme a passé dans le corps d’une bête, ce corps est bien animé par cette âme ; mais que faute de rapport avec ce corps qui lui est comme étranger , l’âme se trouve embarrassée, et ne peut point agir librement.
Le D. Mais quand l’âme d’un homme a passé dans un autre corps d'homme , ce corps et cette âme ont du rapport entr'eux : pourquoi l’âme ne se souvient-elle pas de la vie précédente? J'ai déjà fait voir que l’âme de l’homme est un esprit. L'esprit a des opérations qui lui sont propres, en quoi il ne
dépend en rien du corps. Ainsi, quoique Fâme d'un homme soit dans un corps de bête, elle est toujours maitresse de ses actes particuliers : qu'y a-t-il qui l'empêche de les produire en toute liberté? Si Dieu avoit établi dans le monde ces diverses transmigrations , C’auroit été sans doute pour animer les bons, et pour retenir les méchrans. Mais puisque, dans cette vie, nous ne nous ressouvenons point de ce que nous avons fait de bien ou de mal dans cette vie passée , par où pouvons-nous juger que ce qui nous arrive à présent de bonheur ou de malheur, est une suite de nos actions antérieures; et comment pouvons-nous par-là être animés ou retenus ? Cette métempsycose n’est donc bonne à rien.
En second lieu , lorsque Dieu , au commencement du monde , créa les hommes et les bêtes , il ne détermina point assurément de changer en bêtes les hommes criminels ; au contraire , il donna à chaque espèce l'âme qui lui convenoit. Mais, si les bêtes d'aujourd'hui sont animées par des âmes d'hommes, il y a donc une différence entière entre les âmes des bêtes d'autrefois , et celles des bêtes d'à présent : celles-ci sont spirituelles, et celles-là étoient purement sensitives. Qui jamais a oui parler d’une telle différence? N’a-t-on pas toujours cru que les âmes en tous les temps étoient de la même espèce ?
En troisième lieu, les philosophes ont toujours distingué trois sortes d’âmes : la végétative, qui n’a d'autre vertu que de faire vivre et croître : c’est l’âme des plantes; la sensitive, qui non-seulement fait vivre et croître, mais encore qui anime tous les sens, les yeux pour voir, les oreilles pour entendre, la bouche pour goûter, les narines pour flairer, et le €orps tout entier pour sentir : c’est l'âme des bêtes; enfin , l’âme raisonnable, qui renferme les qualités des autres, et qui, outre cela, fait penser , distinguer, tirer des eonséquences: c’est l’âme de l’homme,
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ÉDIFIAN f$ ET CURIEUSES. 155
Que si l’on prétend que l’âme de la bête et l’âme de l’homme ne sont point différentes, il n'y a donc plus dans l'univers que deux sortes d’âmes : n’est-ce pas là renverser les idées communes ? La nature des choses ne se distingue pas seulement par la figure , mais principalement par l’âme. L'âme détermine la nature , la nature détermine l'espèce , l'espèce détermine la figure. Ainsi, la ressemblance ou la diversité d'espèces vient de la nature, et suivant que l’espèce est semblable ou différente » la figure l’est de même : or , la figure des bêtes est fort différente de celle de l’homme; on doit donc conclure que leurs espèces , leurs natures , leurs âmes le sont aussi, Toute la philosophie consiste à juger de l’intérieur par l'extérieur : ce qu'on vcit, fait connoître ce qu'on ne voit pas. Un homme veut connoître l’âme des plantes ; il voit que les plantes vivent , croissent , et rien de plus ; qu’elles n’ont ni connoissance ni seniiment : il Juge qu’elles n’ont qu’une âme végétative, Il veut savoir quelle est l’âme des bêtes ; il voit dans les bêtes du sentiment et certaines connoissances , mais il ne remarque en elles aucun raisonnement réfléchi : il conclut qu’elles n'ont qu'une âme sensitive, Il veut enfin avoir une idée de l’âme de l’homme; il reconnoit dans l’homme, et dans l’homme seul , une puissance de raisonner sur tout ; il sait dès - lors que l’homme seul a une âme raisonnable : voilà ce que dicte le bon sens. Qu'après cela , les fotistes viennent nous dire que les âmes des bêtes ne sont pas différentes de celles des hommes, n'est-ce pas une absurdité ? J’ai souvent oui dire qu’en suivant Fo, on s'égaroit. Mais qui dira jamais qu’on s’égare en suivant le bon sens ? En quatrième lieu , la figure extérieure et les qualités de l’homme, étant si différentes de celles de la bête, il faut aussi que leurs âmes ne soient Point semblables, Un menuisier > pour faire une
chaise ou une table , doit se servir de bois. Un coutelier, pour faire un couteau , doit employer le fer et l'acier, A choses d'espèces différentes , il faut des matériaux de différentes espèces. Mais , si la figure extérieure et les âmes des bâtes n’ont aucune conformité avec celles des hommes, comment les fotistes prétendent - ils que les âmes des hommes entrent dans des corps de bêtes pour recommencer une nouvelle vie ? C'est là une pure réverie. Sur quoi même avance-t-on que l’âme d'un homme passe dans un autre corps honte Tout homme a une âme qui ne convient qu'à son propre corps ; le corps d'un autre homme n’est point fait pour elle, beaucoup moins le corps d’une bête. Une épée s’ajuste bien à son fourreau , un couteau s’enchâsse bien dans sa gaine ; mais comment pourroit-on faire convenir à un couteau le fourreau d’une épée ?
En cinquième lieu , ce qui fait dire aux fotistes que les hommes criminels sont transformés en bêtes dans une nouvelle vie , c’est parce que dans une vie précédente, disent-ils, ils se sont souillés de mille crimes, et ont vécu en bêtes. Dieu , sans doute ‘ poursuit les méchans , il ne les laisse pas impunis ; mais si toute la vengeance qu’il en tire se réduit à les changer en bêtes , ce n’est pas Ià un châtiment, c’est plutôt favoriser leurs passions. Le débauché en cette vie éteint autant qu'il peut les lumières de sa raison, pour s'abandonner plus librement à ses penchans ; la figure et le nom d'homme sont encore pour lui un frein qu'il ne souffre qu’avec peine. Dans une telle disposition , s’il entend prêcher qu'après la mort il sera transformé , et que rien alors n’arrêtera ses désirs , quel sujet de joie ! Un homme féroce et cruel , qui se plait au meurtre , au massacre , ne voudroit-il pas avoir des dents de loup , et des ongles de tigre, pour pouvoir jour et nuit se repaître de
sang et de carnage ? Un orgucilleux enivré du plaisir
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de dominer , incapable de céder à personne , ne se-
roit-il pas charmé de devenir aussi redoutable qu’un lion ; pour pouvoir tyranniser tous les autres ani-
maux ? Un homme de rapines , accoutumé au vol,
à la tromperie, auroit-1l du chagrin d'être trans-
formé en renard , et d’avoir dans ce nouvel état toute
occasion d'employer les ruses et les fourberies? Tous
ces hommes indignes, non - seulement ne crain-
droient point ces transformations comme des châti-
mens , mais ils les recevroient au contraire comme des bienfaits. Dieu infiniment juste | saura bien les punir , et ce n’est pas ainsi qu'il les punira. Dirat-on que l'homme , d’une nature noble comme il est, en se voyant changé en bête , se regardera sans doute comme bien puni ? Pour moi, je dis au contraire qu'un scélérat, qui n’a jamais eu aucune es time de la nature de l'homme, qui a toujours méprisé toutes les règles que la raison humaine prescrit , pour ne suivre que des inclinations de bête sous une figure extérieure d'homme , se voyant toutà coup délivré de cette figure incommode , et se trouvant mêlé avec les bêtes sans crainte et sans honte, se regarderoit comme parvenu au comble de ses souhaits. Ainsi, Je système ridicule de la métempsycose , bien loin de servir à animer les bons, et à retenir les méchans, ne peut être que très-pernicieux au monde,
En sixième lieu , les métempsycosistes défendent expressément de tuer aucun animal, dans la crainte où 1ls sont que le cheval ou le bœuf qu’on tueroit ne se trouvât être par hasard ou leur père ou leur mère. Mais , si leur crainte est bien fondée, si leur doute est raisonnable |, comment ne défendent - ils Fe aussi d’enharnacher un bœuf, et de lui faire la-
ourer la terre ou traîner un charict? Comment permettent-ils de monter à cheval, et de voyager en cet équipage ? Il me paroît que le crime n’est guère moins grand de tuer son père , ou de l'obliger
à tirer la ch wrue , de lui mettre un bât sur le dos, et, le fouer À} la main , de lui faire parcourir les rüés Ft les earrelours, Maïs il est d'une nécessité absolue de travailler la terre ; on me peut pas se passer de se servir des animaux, C'est donc une chose tout À fait frivole que la défense de tuer aucun animal , et la métempsycose d’un homme en bête t'est qu'une pure imagination,
Le L. Qu'un homme après la mort soit changé en bête , cela me paroït en effet une pure rêverie qui ne peut tromper que la populace : un homme sage sait juger autrement. Quoi ! le cheval que je monte seroit peut-être mon père où ma mère vs cosés , ou quelqu'un de mes parens les plus proches ; ce seroit peut-être mon ancien prince , ou l’un de mes meilleurs amis? Dans cette crainte » Se servir des animaux, c’est renverser toutes sortes de devoirs ; ne s'en servir pas, pourquoi les nourrir, et comment agir? Ainsi, cette manière de métempsycose me peut pas se soutenir. Mais que l’âme d’un homme “ñort rentre dans un autre corps d'homme , c’est toujours la même espèce , et je ne vois en cela aucun inconvénieut,
Le D. Prétendre que l’homme , après la mort . puisse être changé en bête , c’est tntétdire tout usage des animaux ; croiré que l’âme d’un homme mort peut rentrer dans lé éorps d’un autre homme, c’est mettre des difficultés insurmontables aux mariages , c’est abolir la coutume d’avoir des domestiques. Comment céla ? Vous recherchez une personne en mariage ; qui sait si cette personne n’est pas votre mère qui reparoît dans un autre corps ét sous un autre nom? Vous vous servez d’un valet, vous le querellez , vous lui dites des injures , vous le maltraitez ; qui sait si ce valet n’est pas votre frère, un de vos pParens , votre ‘‘cince , votre maître , ou votre intime ami qui a repris «1e nouvelle vie? N'est - ce pas là
tent dut l’un cess foti tout la b sem fût.
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hangé ie qui > sage honte npsyches ; in de ir des OÏFS ; com— ycose mme c’est ucuñ
ort , sage mort c’est ges , D ma— nère utre jue- 1EZ ; vos time
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renverser toutes sortes de devoirs ? Concluons donc que , si la métempsycose d’un homme en bête est opposée à la raison , celle d’un homme dans un autre homme ne l’est pas moins. Cela se sent, et paroît démontré.
Le L. Vous avez dit ci- devant que l’âme de l’homme est immortelle : ainsi, les âme de tous les hommes morts subsistent encore ; mais, s’il n’y a point de métempsycose , comment le monde peut-il contenir une si prodigieuse multitude d'âmes ?
Le D. Il faut bien ignorer l'étendue du ciel et de la terre , pour penser qu’ils puissent être si aisément remplis : et c’est ne pas connoître la nature des esprits que de croire qu’ils remplissent les lieux où ils sont. Les choses matérielles occupent un espace, et peuvent l’occuper tout entier ; mais les esprits , dégagés de la matière , ne sont point ainsi dans les lieux ; tous les esprits possibles pourroient être contenus dans un point. Jugez, Monsieur , si les âmes du temps passé , seront jamais capables d’embarrasser l'univers, et si c'est là une raison pour croire la nécessité de la métempsycose,
Le L. L'opinion de la métempsycose vient des fotistes. Parmi nos lettrés , peu la suivent. Après tout, cette défense de tuer les animaux marque de la bonté; Dieu qui est la bonté même devroit , ce semble , faire la même défense.
Le D. Sil étoit vrai que l’homme après la mort fût changé en bête, ce seroit défendre le meurtre du plus petit animal comme celui de l’homme luimême , puisque la diversité de corps et de figure n'empêcheroit pas que l’un et l’autre ne fût homme. Cependant je vois une espèce de sectateurs de Fo, qui se contentent de ne point tuer les animaux le premier et le quinzième de la lune , et qui, ces deux jours-là seulement, s’abstiennent de manger de la chair ; cela n’est pas conséquent, Que diriez - vous
d'un scélérat qui chaque jour tueroit les passans quil pourroit surprendre , et se repaîtroit de leur chair, mais qui, par bonté .. s'absuiendroit de ces crimes le premier et le quinzième jour de la lune ? quelle bonté ! Vingt-huit jours d'homicides et d’antropophagies, deux jours seulement d’abstinence. Il n’y a pas là de quoi diminuer beaucoup sa méchanceté , et il ne l’augmenteroit pas beaucoup en ne s'en abstenant point. Pour nous qui sommes trèspersuadés que la métempsycose est une pure réverie, nous traitons de même la défense de tuer les animaux.
Nous voyons que Dieu, en créant l'univers, a destiné toutes les créatures à l'utilité de l’homme. H a placé dans le ciel le soleil, la lune et les étoiles pour nous éclairer etnous donner le moyen de voir les objets. Il produit sur la terre une infinité de choses toutes à nos usages : les couleurs récréent notre vue , les sons divertissent nos oreilles , les goûts et les parfums flattent notre bouche et notre odorat. Combien de sortes de commodités pour notre corps ! combien d'espèces de remèdes contre nos maladies ! combien de divers moyens dè conserver notre vie et notre santé , et même de vivre content et dans une innocente joie ! c’est là ce qui doit exciter notre continuelle reconnoissance envers Dieu, et nous engager à jouir de ses bienfaits avec d’éternelles actions de grâces.
Les animaux ont de la laine , du’ poil, des peaux dont l’homme se peut faire des vêtemens : ils ont des dents , des cornes , des écailles, qu’il peut employer à une infinité d'ouvrages. Ils contiennent en eux - mêmes, d’excellens remèdes contre les maux différens ; ils ont, dans la substance de leur chair , de quoi réparer nos forces et nous nourrir: pourquoi n’userions-nous pas de tous ces avantages ? Si Dieu ne permettoit point à l’homme de tuer les animaux,
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ne seroit-ce pas en vain qu'il auroit rendu les ani. maux si utiles à l’homme ? Ne seroit-ce pas donner occasion à l’homme d’enfreindre sa défense et de se souiller de crimes ? Depuis les anciens temps jusqu'aujourd’hui, dans tous les Pays du monde ï les sages et les gens de bien se sont nourris de-la Chair des animaux. Hs n’ont Jamais. cru rien faire en cela contre l’ordre » rien qui les accuse d'avoir été Prévaricateurs. Convient] de faire criminels tant de grands hommes Pour se réduire À Canoniser quelques partisans de la métempsycose | sans nom et sans vertus, que l’on place au plus haut des Cieux ? Ce ne peut être là l’idée que de peu de gens sans dis ternement,
Le L. I y a dans le monde quantité d'animaux inutiles À l’homme, etqui lui sont nuisibles : le tigre, le loup, le serpent, tant d'insectes venimeux, Comment dire que Dieu a créé toutes choses pour l’utilité de l’homme ?
Le D, Les avantages qu’on Peut tirer des créatures Sout de plus d’une sorte à qui sait bien y faire attention. Le vulgaire, incapable de Pénétrer le fond des choses et ne jugeant que sur les ‘PParences, regarde Cérlaines créatures comme nuisibles à l’Eomme : c'est qu'il n’en connoît pas bien lutilité. L'homme est un composé de matière et d'esprit, d'âme et de Corps : l'âme est sans doute la plus noble parue. Le ügre, le loup, les animaux venimeux , Peuvent nuire au Corps; mais s'ils sont utiles À l'âme, ne doit-on as dire qu’ils sont créés pour l'utilité de l’homme? Tout ce qui est capable de blesser et de détruire nos Corps, tout ce que le vulgaire appelle choses nuisibles » Choses
auvaises, nous apprend À redouter la colère du Souverain maître, Instruits que Dieu peut se servir du ciel, de l'eau, du feu, des animaux pour Punir le Coupable, nous sommes obligés à toujours vivre dans
sa crainte, à implorer sans -Cesse son secours, et à T, XIP, 11
162 LETTRES mettre en lui toute notre confiance; n'est-ce pas là un grand avantage pour l’homme ?
Dieu, plein de miséricorde envers les gens du siècle, qu'il voit tout occupés de la terre, uniquement attentifs aux choses de ce monde, sans jamais lever les yeux vers le ciel ni penser à la vie future, leur présente ces objets affreux pour leur donner occasion de rentrer en eux-mêmes, et de se tirer de Vétat funeste où ils sont. Au commencement des temps, les choses étoient autrement réglées. Tout dans l'univers étoit soumis à l’homme , tout servoit à son corps même , rien ne lui étoit contraire; l’homme s’est révolté contre Dieu, aussitôt les créatures se sont révoltées contre l’homme. Tel n'étoit point le premier dessein de Dieu, c'est l’homme qui s’est luimême causé son malheur.
Le L. Dieu, en faisant naître les animaux, veut
wils vivent, et non pas qu'ils meurent: ainsi défendre de les tuer, c’est entrer dans le dessein de Dieu même.
Le D. Les arbres et les plantes ont aussi reçu de Dieu une âme végétative, on les compte parmi les choses vivantes ; cependant chaque jour vous détruisez leur vie en mangeant des herbages, en faisant couper du bois pour être brülé. Vous dites qu'il n’y a rien en cela contre l'ordre, parce que Dieu fait croître le bois et les herbages pour le service de l'homme : je dis de même que Dieu fait naître les animaux pour mon usage , et que de m'en servir, de les tuer pour me nourrir, ce n’est rien faire de ré-
réhensible. La règle de la charité, selon Kong-tré, est celle-ci: Ce que je ne voudrois pas qui me füt fait, je ne voudrois pas le faire à un autre homme. Kong-tzé ne dit point : Je ne dois pas le faire à une bte ; aussi les lois des empires , en proscrivant l'homicide, ne défendent pas de tuer les animaux. Les
arbres et les plantes sont dans le rang des biens tem-
as là
1S du quemails ture , Tr OCer de it des Tout voit à )mme e sont pes t lui-
, veut si dé in de
çu de mi les étruifaisant il n'y a fait ice de tre les ir, de le ré- B-U2É 3 ne Jûë JIMINE « à une t l’hox. Les is teim-
ÉDIFIANTES ET CURIEUSESs.
Porels; on ne doit en
faire qu’un usage raisonnable et modéré. C'est de Jà que Kong-
princes, leur dit qu’il ne faut poi filets trop serrés, et qu'on doit
‘4 aucun lieu à la 4 Le D. Dire que les arbres et les e sang, c’est Uriqüeinent savoir
plantes n'ont point qu'il ÿ a du sang Uque la couleur
l Corps.et qui les
sang? qu’est-il besoin combien d'animaux
aquatiques qui s fotistes ne leg qui ont la litistes les mangent. D'où
seroit un Coup mortel, arée à cette longue suite de tra=
de dis plus, la défense de tuer leg
Tics
animaux, leur seroit très-nuisible. L'homme ayant la liberté de se nourrir de leur chair , en prend soin, les élève, et par-là les animaux sé multiplient; si l'on Ôte à l’homme cet avantage, pourquoi en prendroit-il soin ? Un prince casse ses officiers, quand ils ne lui sont plus nécessaires; un maitre renvoie des domestiques devenus inutiles : que fera-t-on à l'égard des bêtes, si l’on ne peut plus en tirer les services ordinaires ? Il y a dans l'Occident un certain peuple qui s'est fait une loi de ne point manger la chair de pourceau ; aussi ne voit-on aucun pourceau dans leur pays. Si le monde entier vouloit imiter cette nation, en faudroit-il davantage pour détruire absolument cette sorte d'animal? Ainsi cette ridicule bienveillance pour les bêtes, n’aboutit qu à une haine réelle ; au lieu que d'en tuer quelques-unes, c’est loccasion de propager toutes les espèces. Concluons donc que la défense de, tuer aucun animal, est la chose la plus nuisible qu’on puisse faire à tous les animaux.
Le L. Si cela est, à quoi bon garder le jeûne et l'abstinence ?
Le D. S'abstenir et jeûner simplement pour ne pas vouloir tuer les animaux , c’est un trait de compassion fort mal entendue. Il ne manque pas de bons motifs pour jeñner, et qui jeûne par ces motifs, fait une action utile et digne d’éloge. La véritable innocence est une chose bien rare. Où ést l’homme qui ne péche point, et qui n'ait jamais péché? Dieu a gravé la raison dans l’âme de tous les mortels, Les sages, par,son ordre, ont.publié dans leurs écrits les loisgu’elle impose : tous ceux qui violent ces lois péchent, contre Dieu même, et plus celui qu'ils offensent est grand.et respectable, plus leur crime est énorme, C’est pourquoi le pénitent, tout revenu qu'il est de ses égaremens passés, n’est pas toujours tranquille sur ses anciens désordres; il sait qu'il a
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 165 péché, il ignore si ses péchés sont pardonnés. Dans
cette incertitude , ses fautes lui sont toujours pré-
sentes à l'esprit; il a sans cesse ln honte sur le vi-
sage et le repentir dans le cœur. Dans le bien qu'il
fait, il croit n’en jamais faire assez; l’œil toujours ouvert sur ses défauts, il l’a toujours fermé ‘sur ses vertus. Dans les retours qu'il fait sur lui-même , quel détail, quelle exactitade! il trouve dans ses meilleures actions » de quoi se faire des reproches amers ; on a beau lui vanter ses perfections , il n'en reconnoît aucune en lui; il se croit fort imparfait; il n’en est que plus confus ,' plus circonspect, plus fervent. Se contentera-t-i] d'une humilité en paroles ? en est-ce assez pour lui d’une pénitence seulement intérieure? Il s’accable de honte et de confusion ; il ne se donne pas le moindre relâche; ainsi portant la morüfication Jusque sur la nourrilure qu'il prend, il la réduit au pur nécessaire : point de délicatesse , point d’assaisonnemens , point de choses substantielles ; l'insipide , le grossier, le moins bon le nourrissent; il ne donne à son corps que ce qu'il ne ‘peut absolument lui refuser. Sans cesse en 1egrets, en pénitence pour réparer ses fautes an ciennes et nouvelles, jour et nuit attentif et tremblant aux pieds de la Majesté divine , il n’omet rien
Pour toucher sa miséricorde silse baigne de ses larmes
pour laver ses péchés. Bien éloigné de s’ériger en Saint, de se donner Pour un homme parfait, de se permettre tout au risque d’essuyer un Juste et sévère jugement, il se mortifie et afllige son corps, il ne se pardonne rien, dans la vue de fléchir la colère du Ciel et de se dérober à ses véngeances : voilà un bon mouf de jeûner.
La pratique des vertns devroit faire l'occupation de tous les hommes. On emend le vertueux s’écrier sans cesse qu'il vit dans la Paix : tous ses désirs ne VOnt qu'à avancer dans les voies. dé la justice. Mais
quels ravages ne causent pas les passions humaines ? Elles s’érigent en tyrans du cœur, et ne prétendent rien moins que le dominer en maître absoln, Le cumbat est vif et continuel, la victoire difficile, Aussi Le commun des mortels n’est-il qu'une troupe de vils esclaves : dans toute leur conduite ce n’est plus la raison qui les dirige, c’est la passion qui commande. À voir leur extérieur, on les prend encore pour des hommes; mais à suivre leurs actions, ne les prendroit-on pas pour des bêtes? La passion est l’ennemie de la raison ; elle offusque toutes ses lumières et bouche tous ses jours, plus d'entrée à la vertu; nulle peste n’est plus terrible que celle-là ; les autres maladies ne nuisent qu'au corps, le venin des passions pénètre jusqu’à la moelle de l'âme , elle atteint même lès principes naturels. Qu’une passion se soit une fois emparée d'un cœur, il ne reste plus de lieu à la raison; la vertu est tout à fait bannie. Hélas! pour un plaisir d’un moment, se condamner à des regrets éternels! pour un plaisir vil et méprisable , s’attirer des maux infinis, quelle folie!
La passion se fortifie suivant les forces du corps, elle se prévaut de son embonpoint ; ainsi ce n’est souvent qu'en affoiblissant le corps qu’on peut détruire la passion, Un novice dans la vertu, qui, désirant de réprimer ses passions , traite délicatement son corps, est semblable à un insensé, qui voulant éteindre le feu, y jetteroit incessamment du bois. Le sage ne pense à manger que pour entretenir sa vie; l'homme animal ne veut vivre que pour jouir du plaisir de manger. Le véritable vertueux ne regarde son corps que comme son ennemi; ce n’est que par nécessité qu'il en prend soin : on voit assez la raison de ceue nécessité. Quoique nous ne vivions pas principalement pour notre corps, cependant sans ce corpsnous ne pouvons pas vivre : ainsi les alimens que nous lui fournissons, sont des remèdes que nous employons