‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 54 sur 106 · RASE · texte numérisé non relu

RASE

Le L. Vous n'avez Jamais vu ni le Paradis ni l'enfer ; comment Pouvoir assurer qu'ils existent ? Le D, Et vous > Monsieur » VOUS n'avez jamais vu qu'il n’y ait ni paradis ni enfer, Comment Pouvoir assurer qu'il n’y en a point ? Avez-vous donc oublié ce que j'ai dit ci-devant ? L'homme instruit et qui raisonne , ne se règle point sur ses sens pour croire là vérité des choses, Ce que la raison lui présente , a bien plus de force Sr Son esprit, que ce qu’il voit é ses yeux. Nos sens sont loujours sujets à errer. La raison est un guide sûr, Le L. Je souhaiterois, Monsieur expliquer cet article plus en détail.

€ D. En premier lieu » Tout ce qui est, a une fin où il tend. Lorsqu'une chose est parvenue à sa

fin, elle s'y arrête et ne Se porte point au - delà, L'homme, comme les a :

>» VOUS entendre

les remplir : sa fin n'est donc

qu'une félicité parfaite, La parfaite félicité , voilà Je paradis. Jusqu'à ce que nous soyons arrivés BR, nous souhaitons toujours, Le Souverain bonheur renferme en soi l'éternité. Notre vie > Quand même on voudroit donner Croÿance à tout ce qui se dit des trois “Mpereurs , le ciel, la terre et l'homme ; MEUxX Zao-pong, du royaume Tchou, de tous ces anciens mortels qu'on appelle dunom de cette espèce ‘arbre qui dure mille ans ; notre vie, dis-je, n’est CE que nous possédons » est

€: Ence M0nde , point de Ocnheur Parfait. Il y à donc

quelque chose de plus désirable, Dans le ciel on ne

ésire rien, tous les VŒUX Sont remplis , l’homme st entièrement satisfait. |

En second lieu , les désirs de l’homme vont jusqu’à connoître une vérité sans bornes, et à aimer un bien infini. Le bien, le vrai ici-bas , tout est fini, tont est borné. Ce n’est donc point ici-bas que nos désirs peuvent être accomplis. Les inclinations naturelles, c'est Dieu qui les donne; seroit-ce en vain qu'il auroit donné celles-là à l'homme? non sans doute. Il veut les satisfaire , et c’est dans le ciel qu'il les satisfera.

En troisième lieu , la vertu n’a point en ce monde de récompense digne d'elle, L'univers entier ne peut pas en être le prix. S'il n’y a point de paradis , le vertueux restera sans être dignement récompensé. Le péché est un outrage fait au Chang -ti ; sa griéveté estextrême. Tous les supplices de ce monde rassemblés , ne répondent point à sa malice, S'il n'y a point d'enfer , le pécheur restera donc sans être justement puni. Dieu tient entre ses mains tous les mortels , il est parfaitement instruit de toutes leurs actions ; et 1] ne sauroit pas punir le vice et récompenser la vertu comme il convient? qui peut le penser ? | RER

En quatrième lieu , Dieu est impartial dans ses jugemens : il récompense sûrement la vertu; le vice sera sûrement puni. Cependant on voit dans ce monde le vicieux dans l'abondance , au milieu des plaisirs. On voit le vertueux languir dans la misère et dans les souffrances. Le juste juge attend donc après la mort. Alors il comblera de bonheur l’homme de bien dans le ciel ; 1l accablera de maux le méchant dans les enfers. Si cela n’étoit pas , comment feroit-il connoître son équité ?

Le L. On voit souvent dès cette vie la vertu récompensée et le vice puni.

Le D. Si Dieu réservoit absolument toutes les punitions et toutes les récompenses pour la vie future, l’homme grossier, peu instruit de cette: vie

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