‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 56 sur 106 · LEE · texte numérisé non relu

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dépend-il de l’Etre suprême? Ilest dit dans nos saintes Ecritures: Soyez sur vos gardes: ils viendront à vous sous la peau de brebis, et au-dedans ce sont des loups ravisseurs : vous les connoîttrez à leurs œuvres. Tn bon arbre porte de bons fruits, un méchant en porte de mauvais (Mau. VIL ). Ces paroles dénotent les fotistes.

Tout livre où il se trouve la. moindre fausseté, n’est point un livre divin. Dieu ne trompe point les

hommes en leur enseignant le mensonge. Or, les .

livres de Fo ne sont pleins que de rêveries ; ils ne sont donc pas divins. On y lit, par exemple, que le soleil durant la nuit demeure caché derrière la montagne Sz-7n1 ; que la terre est divisée en quatre morceaux qui sans cesse flottent au milieu des mers, et dont une moitié paroît au-dessus des eaux, et l’autre est submergée ; que quand le soleil et la lune sont échipsés, c’est Ho-kie qui de sa main droite ou de sa main gauche couvre ces deux astres. Tout cela regarde l’astronomie et la géographie. Fo, non plus que sescompatriotes, n’entendoientrienà cessciences. Nos Européens rient üe ces ridicules imaginations, et ne daignent pas les réfuter.

Il est surtout important de vous faire voir combien ces pauvres ignorans errentsur ce qui regarde l'homme lurmême, Dans trois ou quatre articles seulement, on voit un si grand nombre d’absurdités, qu'il n’est pas possible de les dire toutes. Que ne disent-ils pas des quatre sortes de générations , des six espèces de voies , de la métempsycose ? ils avancent que , quiconque tue un animal est à * mais exclu du paradis ; qu'une âme autrefois entrée dans le paradis, peut en être chassée et renvoyée vivre parmi les mortels; que quand les enfers sont remplis, les âmes peuvent en sortir et venir recommencer une nouvelle vie; qu'un corbeau où un âne qui entend prêcher la loi de Fo, peut étre transformé en Fo lui-même: ne

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSKS. 221

sont-ce pas là autant d’absurdes rêveries que j'ai clairement réfutées dans noire quatrième et cinquième entretien ? Ne prétendent-ils pas que le mariage est illicite ? Il n’est donc plus vrai que Dieu créa au commencement un homme et une femme pour être nos premiers ancêtres, Mais si jamais il n'y avoit eu de mariages, comment Fo seroit-il né? Défendre aux hommes de se marier » et de tuer les bêtes, qu'est-ce autre chose que détruire le genre humain, et abandonner l’univers aux animaux irraisonnables ? I y a dans la secte de Fo un certain livre intitulé : Le grand et le merveilleux art d’être métempsycosé en fleur de nénuphar (c’est-à-dire en Fo ). A la fin de ce livre, on lit ces mots: Quiconque récitera toute celle prière, est assuré de monter au ciel pour y être toujours heureux. Raisonnons là-dessus ; est-ce donc qu’un homme chargé de crimes, qui aura de l'argent pour acheter ce livre » et de là force pour réciter cette prière, est assuré de monter au ciel, tandis que l’homme de bien, manquant d'argent pour l'acheter, ou de force pour la réciter, sera précipité dans les enfers ? Dans l’idée de ces infidèles , dire un certain nombre de fois Nz-m0 O-mi To-fo , c'en est assez pour effacer tous les péchés, pour n'avoir pas la moindre chose à craindre après la mort, et pour mériter toutes sortes de récompenses. Quelle facilité de fermer l'enfer, et d'ouvrir le paradis! Comment une telle doctrine peut-elle être ile à la vertu? N'estelle pas au contraire capable d'engager les gens du siècle À tous les vices? Un scélérat qui en est imbu , ne se livrera-t-il pas à toutes ses passions? Ne se Souillera-t-il pas de mille crimes? Ne méprisera-t-il pas Dieu? N’abandonnera-t-il pas tous ses devoirs, dans la pensée qu'en invoquant à la mort vingt où trente fois le nom de Fo, il se; transformé en immortel, en Fo lui-même ?

Le vrai Dieu ne récompense et ne châtie point

ainsi sans justice et sans équité. Qu’y a-t-il donc de si merveilleux dans ces paroles: Na-mo O-mi To-fo, que pour cela seul on puisse éviter toutes sortes de châtimens , et mériter les plus grandes récompenses ? Comment peut-on pratiquer la vertu, et par où pourroit-on acquérir des mérites dans une secte où l’on ne parle point de louer Dieu, de demander son secours, de garder ses commandemens, de détester le péché? On se garde bien dans le monde de se fier à un homme surpris une ou deux fois en mensonge. Les livres de Fo et de Lao ne sont que des tissus de faussetés, et on leur donne toute croyance!

Le L. Quelle est l’origine des idoles ?

Le D. Dans les anciens temps, les hommes étoient fort ignorans. Ils n’avoient que bien peu d'idée du vrai Dieu. Ainsi, leur respect pour certains hommes d'autorité, leur amour pour leurs parens, les portoit à leur élever des statues après leur mort, et à leur bâtir des temples. Dans la suite, ils leur ont offert de l’encens et des monnaies de papier; ils leur ont demandé du bonheur et leur assistance. D'autre part, le monde a vu paroître des scélérats, qui par leurs enchantemens se faisoient admirer. Ces impies en pratiquant leur art magique, se donnoient le nom de Fo, d’immortels. Ils ont établi une doctrine à leur mode ; ils ont promis une félicité imaginaire : ils ont ainsi séduit la populace grossière , et lui ont fait adorer des statues de bois et d'argile: voilà l’origine de l’idolâtrie.

Le L. Puisque ce ne sont là que de fausses divimités, pourquoi le vrai Dieu les souffre-t-il? Pourquoi me les détruit-il pas? Mais enfin, si ceux qui brülent des parfums , qui font des prières devant ces stames , obtiennem ce qu'ils demandent...

Le D. Parmi ces sortes de supplians, il y en a qui ont du bonheur ; il y en a qui n’en ont pas: d’où l’on peut aisément juger que l'idole n’est point la source

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de ce bonheur. L'homme est naturell:ment éclairé, et lorsqu'il fait quelque chose contre la raison , il en à aussitôt le remords dans l'âme. Il se fait à soi-même intérieurement des reproches, sans qu'il soit nécessaire pour cela que sa faute éclate. Si malgré ses Connoissances , 1l s’abandonne au vice, Dieu l’abandonne lui-même , et lui refuse son secours. Alors le démon, soux la figure des idoles, a toute liberté d'éblouir l’homme, et de l’envelopper dans d’épaisses ténèbres. L'homme se livrant à un culte diabolique ,

sera sans doute après la mort la proie de celui aura servi durant la démon.

Cependant les hommes ne s’instruisent point, leur aveuglement ne fait que croître ; ils prennent de ridicules idoles d'argile et de bois, et ils les placent sur des autels d’or; ils se Prosternent devant elles, ils leur font des sacrifices > quoi de plus déplorable ? Autrefois en Chine, on distinguoit trois sortes de religions toutes séparées. On les à réunies, je ne sais Pourquoi , et l’on n’en fait qu'un seul monstre À trois têtes, que l’on appelle Za réunion des trois lois ;. monstre que le Seuple devrcit détester avec horreur, que les savans devroïent (uinbattre avec force ; monstre néanmoins que l’on révère, et auquel on se dévoue. N'est-ce pas là pervertir entièrement !: 2eeur de l’homme ?

Le L. J'ai déjà ouï faire ce reproche, minis nos lettrés se défendent là-dessus : je voudrois ‘0 r ciairement le mal qui revient de là.

Le D. Voici quatre ou cinq raisons qui sont démonstratives sur ce sujet.

En premier lieu, parmi ces trois lois, ou chacune en particulier est vraie » Ou elle est fausse, ou bien il y en a deux de fausses, et une de vraie, Si chacune est vraie, il suffit d’en suivre une ; qu’est-1l besoin des deux autres? Si chacune est fausse , il faut les

vie, et voilà tout ce que veut le

224 LETTRES rejeter toutes ; pourquoi s'enfoncer tout à la fois dans trois bousbieri? Un homme livré à une fausse religion

est dans une erreur pitoyable ; que doit-on penser de celui qui en professe tout ensemble trois également fausses? Que s'il n’y en a qu'une de vraie , et que les deux autres soient fausses, pourquoi s tembavenssor des fausses? C’est assez de suivre la vraie.

En second lieu, c’est un axiome que, pour avoir le nom de bon , il faut l'être tout à fait, et qu un seul mauvais endroit donne le nom de mauvais. Une femme , quelque belle qu’elle soit d’ailleurs, si elle est sans nez, personne n'en veut. J’ai prouvé plus haut que les sectes de Fo et de Lao étoient défectueuses : si des deux, on s’avise de n’en faire qu'une, c'est réunir les défauts, et par-là les multiplier.

En troisième lieu, dans la véritable religion, on ne recommande rien tant aux néophytes, que d’avoir une foi entière, et de ne point partager leurs cœurs à deux cultes différens. Mais un homme qui professe tout à la fois trois espèces de religions, comment peut-il n’avoir pas le cœur divisé? Sa foi n’est entière ni d’un côté ni d’un autre.

En quatrième lieu , les trois lois ônt trois législateurs, Kong-tzé ne s’en est pas tenu à Lao; il a établi Ja loi des lettrés. Les fotistes ne se sont point contentés de ce qu’avoient fait et Lao, et Kong-tzé ; ils ont établi le fotisme en Chine. Les auteurs de ces trois divers systèmes de religion ont posé des principes tous différens ; et deux mille ans après, on examine , on pèse, on raisonne , on veut à toute force les faire accorder : quel dédie imaginaire !

En cinquième lieu, la religion de Fo est fondée sur le rien; celle de Lao sur le vide; et celle de Kongté sur le réel. Qu’y a-t-il dans l'univers de plus opposé que ces fondemens entr'eux? S'il est possible de réunir le réel avec le rien, le vide avec le solide,

il doit l’être aussi de mettre ensemble l’eau et le feu, le

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 225 le rond et le carré , l’orient et l'occident, le ciel et la têrre; et qu’y aura-t-il qui ne puisse se faire ? Que ne fait-on attention encore que ces diverses lois font des

ires : l’une défend de tuer aucun crifier les animaux. Le

malheureux homme qui est engagé dans ces deux lois,

en voulant observer un des Comn:::.demens, viole né- Cessairement l’autre, Comment se tirer de cet embar-ras? Ne vaudroit-il pas mieux pour lui qu'il n’eût aucune religion que d’en avoir trois ? S'il n'en avoit aucune, il Pourroit chercher la véritable ; en ayant trois , il croit en avoir de reste, et il n’a rien de bon :

i ne da Dieu du ciel, et il

1l n’étudie point la doctri suit en aveugle les réveries des hommes. La vérité rité, peut

St une ; toute doctrine appuyée sur la vé s'entendre et se soutenir : mais si la doctrine n’est Pas une, les principes n’en sont pas solides; les Principes n’étant pas solides, les Conséquences ne nces n'étant point sûres ,

sont pas sûres; les conséque ntière, Or, sans unité de

Ja foi n'est point ferme et e doctrine, sans solidité de Principes, sans intégrité

de foi, yfa-t-il de la religion ?

Le L. Hélas!

> Sont pour moi un coup de tonnerre ; j'en suis ému , et je sors de mon assOUpis—

sement. Mais cela ne suffit Pas; achevez, je vous en conjure, l'ouvrage commencé.

€ D. Vous sortez de Vous avez les yeux ouverts.

de vous adresser à Dieu, et lumières.

votre assoupissement , Voilà le vrai moment de lui demender ses

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VIIL ENTRETIEN.

Quelle est la conduite de l'Europe par rapport à la religion ? pour quelle raison les M issionnaires gardent-ils le célibat? par quel motif Dieu s'estil incarné ?

LE LETTRE CHINOIS

Punsque la religion chrétienne est depuis longtemps établie en Europe, les peuples y sont sans doute bien réglés : les mœurs et les coutumes ÿ sont parfaites. = serois cependant bien aise d'apprendre ce qu’il y a de singulier en ce point.

Le Doct. europ. Les Chrétiens ne mènent pas tous une vie uniforme , quoique tous professent une même loi. Un devoir commun , et une occupation générale en Europe, c’estl'étude de la religion. Chaque prince, dans ses états, prend soin de la conserver dans tout son entier. Il y a un chef digne de touté sorte de respects; c’est le souverain pontife, qui tient la place de Dieu dans l'ordre ::: 1: religion, qui instruit toutes les nations de leur: devoirs, et qui veille à ce qu'il ne s’introduise aucune erreur. Ce chef de toute l'Eglise possède un état en propre, il garde le célibat, il ne laisse point d’héritier, On choisit un sage pour remplir cette haute dignité: les grands du monde , les rois mêmes se regardent comme ses en-

Æans, et ils le respectent comme leur père. Vivant sans famille particulière , il doit s'appliquer entièrement au bien public: étant sans postérité, tous les peuples sont ses enfans; son unique soin est de faire

fleurir partout la religion et les vertus.

Il est secondé dans un si bel emploi, par un grand nombre de vertueux et savans hommes, qui, dans

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Tous consacrent sent alors tout travail; san

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tous les royaumes, sont les Pasieurs des âmes, les peuples chrétiens, chaque semaine, un jour à Dieu: ils ces exception de sexe et d ét à du Seigneur pour lui faire

Se Prières, assister au sac ce, et éntendre expliquer sl les livres saints, I y à de plus divers Corps de re- " ligieux , dont les membres : répandent dans toutes les parties du monde Pour prêcher la foi, et pour exhorter à bien vivre. Le Corps où je suis entré san pelle la Compagnie de Jésus : il n’est établi que di ng- puis peu de temps, Mais quelques-uns des prem: sans Jésuites ont mis leur Compagnie en réputatio: sont dans beauconp d’endroits, on les demande pou ndre cher et pour instruire la jeunesse,

Le L. Elire uu sage pour chef, placer partout des tous docteu Pour instruire , cette méthode est fort belle ; ême la ver!i doit y gagner et. fleurir,

‘rale L oui dire que le. lisieux de votre Compagnie nce, ne possédoient rien e1: Propre, mais qu’entr'eux tous tout its Liens étoient communs; qu'ils se dépouilloient e de même de leur liberté, et qu'ils se soumettoient en ace tout à l’ordre d’un Supérieur; qu'ils passoient leur utes jeunesse à se perfectionner dans la vertu et les sciences 5 qu'il et que, dans un âge mûr, devenus savans et vertueux, oute ils s’appliquoient à l'instruction du public, soit pour céli- les sciences, soit Pour les bonnes mœurs. Nos présage dicateurs de Chine auroient peine à suivre ce modèle. s du Mais il y a un troisième article dont je ne vois pas s en- bien la raison; vous ne vous mariez point : quoi de ivant ‘plus naturel que d’avoir une postérité ? Il doit être ière- difficile de garder le célibat, Le Dieu du ciel se plaît s les à créer, à produire; tous nos ancètres, de siècle en faire siècle, se sont mariés : Pourquoi changer aujourd’hui celte coutume?

Le Le D. Il est sans doute dificile à l’homme de gar— ans

der le célibat ; aussi Dieu ne luien fait-il point un com-

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