‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 57 sur 106 · TER A ENS · texte numérisé non relu

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mandement : il laisse cela à sa liberté. Dans les choses difficiles à la nature, la vertu est souvent mise à l'épreuve , et comment alors seroit-il aisé d’être toujours parfaitement exact? Mais lorsqu'un homme s'éngage dans le chemin de la perfection, il prend son paru, 1l ne recule point. Le sage s’arrête-t-il pour des difficultés? Un grand courage surmonte tout avec la grâce de Dieu. Que si l’on regarde conume mauvais tout ce qui est difficile, il ne doit plus être permis de pratiquer la vertu. La vie nous vient de Dieu, mais d’où nous vient la mort? N'est-ce pas lui qui nous fait naître, et qui a déterminé le temps où nous devons cesser de vivre? Avant tous les siècles, Dieu ne créant rien, en quoi paroissoit sa complaisance à créer et à produire? L'esprit humain est foible et limité : il ne lui appartient pas de pénétrer dans les desseins de Dieu, beaucoup moius de les désapprouver.

Que l'on compare tous les hommes du monde à un seul corps; ce corps tout entier n’a qu'une fin, mais chaque membre a sa fonction particulière. Un corps qui seroit tout tête ou tout ventre, comment marcheroit-1l? Raisonnons sur cei exemple. Convient-il que tous les sujets d’un empire fassent le même emploi? Que si quelqu'un dit: Mariez-vous, prenez aussi le soin de ce qui regarde la religion , offrez à Dieu des sacrifices, faites-lui des prières, tout est alors dans l'ordre; je lui réponds que , malgré les difficultés, il n’y a qu'à vivre dans une parfaite continence : c’est une nécessité que les ministres du Seigneur soient purs et sans tache; s'ils se tronvoient en même temps chargés de tant de soins, le service divin en soufriroit sans doute. Ceux qui servent les princes de la terre sont assujettis à mille gênes : conviént-il donc moins de se gêner en servant Dieu ?

Dans les premiers temps, les hommes étoient en

exho:

Le plus } beauc Vais y

hoses ÉDIFIANTES ET CURIEUSES,

ise à Petit nombre, et d’une vertu éclatante, Un saint a tou- triarche pouvoit être prêtre du Seigneur, Le mal mme d'aujourd'hui n’est Pas que la terre soit dépeuplée, rend | la multitude des ho li: mais e-t-il la vertu est rare; grand nombre nonte Ë d’enfans, et on ne Est-ce R progarde

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postérité, et il ense uniquement à ( P PE q it hu- ; récher la religion. Son but est de retirer les-mor- P S

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glorieux et important dessein ?

La prétendue obligation de se nde à Pour les deux sex

es. Cependant e fin, mise en mariage . Un prenne la résoluti ment Connt le vous, 3; té 1, of- un homme qui n’a jamais été son mari, l'engage à , tout ne se point marier , et cela lui attire de magnifiques ré les éloges. Nous, que nous renoncions au mariage dns con- la vue de servir Dieu ; que, pour avoir n Sei- berté de parcourir 1a terre et de convertir Joïent rassions des soirs d’une » ser— nous blâme : cela est-il raisonnable ? qui 4 Le L. Est-ce donc qu’étant marié, On ne peut pas mille 5 exhorter au bien » et précher la religion !

\ser- Le D. On le Peut; mais le célibat est un état bien ‘À plus propre à se sancüfier soi-même, et où l’on a

eaucoup plus de moyens de sanctifier les autres. Je Val$ Vous rapporter quelques-uns des avantages de

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cet état, je vous prie d'y faire attention, et vous jugerez vous-même si la règle établie sur ce point dans notre religion est sage ou non,

En premier lieu, on se marie pour avoir des enfans et pour établir une famille : un homme qui a des enfans doit les nourrir, et pour les nourrir, il faut des moyens. Tout père de famille est obligé de: penser à l’économie, d'entretenir ses biens , et même de les accroître. Aujourd’hui les pères de famille sont en grand nombre, ceux qui veulent amasser sont en grand nombre aussi; mais où tant de gens cherchent à gagner, il est difficile que tous réussissent, Quand on s'engage dans les affaires et dans les embarras du monde, peut-on bien se défendre de s’en léfsser dominer? en sort-on toujours sans tache ? ne succombe-t-on jamais aux tentations d’injustice, de mauvaise foi? Or un tel homme est-il bien propre à retirer les autres du vice , à les exciter à la vertu ? Le sage a pour maxime de ne faire aucun cas de tous les biens de la terre ; mais, si nous les estimons, si nous les recherchons, comment pourrions-nous en prècher aux gens du siècle le détachement et le mépris ?

En second lieu, tout ce qui regarde la perfection chrétienne est d’un rang élevé, d’un genre sublime, et l'homme est sujet à bien du trouble, à beaucoup de ténèbres; l'amour de la volupté émousse en quelque manière son esprit; si son cœur s’abandonne à cet amour, la raison n’est plus en lui que comme une foible lumière dans un fanal épais et grossier : comment pouvoir découvrir toutes les beautés de la vertu? La continence, au contraire, épure les connoissances de l’âme; elle fait briller en elle un merveilleux éclat, et la rend capable d'atteindre à ce qu'il y a de plus haut et de plus pur dans la perfection.

En troisième lieu , les grands désordres du monde

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viennent de deux pässions : l'intérêt et le plaisir ; or ceux qui travaillent au salut des âmes ne doivent rien avoir de plus à cœur que de détruire ces deux passions. Les contraires se guérissent par les contraires ; une fièvre chaude veut des remèdes froids, et une maladie venue du froid.demande des remèdes chauds. Embrasser la pauvreté par la crainte des richesses , par l'horreur du plaisir, et vivre dans le célibat; c'ést le plus sûr moyen d’écarter l'injustice, et de bannir la volupté: voilà ce que nous tâchons de faire dans notre état, Nous abandonnons nos propres biens pour apprendre aux gens du siècle à ne pas du

moins ravir le bien. d’autru: ; NOUS renonÇons au Mma-

riage légitime, pour les empêcher ; par cet exémple , de se livrer aux plaisirs défendus.

En quatrième lieu, l’homme le plus habile , s’il s'applique à trop.de choses , ne fait rien de parfait. U est plus difficile de se vaincre soi-même que de vaincre l'univers, L'histoire de: tous les siècles nous représente un grand nombre de Conquérans qui se soni rendus-maîtres du monde ; mais combien peu d'hommes nous représente-t-elle qui se soient rendus maîtres d'eux-mêmes? Un homme qui forme la résolution de porter la foi par tot: : ia terre, n’a pas seulement sa propre personne à :anctifier » ilentreprend encore de sanctifier toutes les nations. Quel ouvrage , quel: dessein ! Pourra-t-il bien en: venir à bout? Mais que seroit-ce donc , s’il se trouvoit encore embarrassé d'une femme et. d’une troupe d’enfans ? Li |

En cinquième lieu , parmi les animaux ; Ceux.que l'on trouve les plus propres à des usages importans,

” sont urés de la troupe, et élevés à part. Pourquoi ne

feroit-on pas, ‘pour la religion , quelque chose de semblable à l'égard de certains hommes vertueux , zélés, et capables de porter par tout l’univers le flambeau de l’évangile, de détruire l'idoltrie, de ren-

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