CORRE ARR EYE, LS
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 24r Le L, À considérer cette espèce de désordre , : conviens qu’il est extrême. Les philosophes du tem présent ne parlent que de régler l'extérieur ; ils négligent entièrement l'intérieur , et par là, intérieur et extérieur , tout est déréglé. A-t-on jamais vu qu'un méchant homme au-dedans ne fit pas bientôt paroître sa méchanceté au-dehors? J'ai oui dire que certains lettrés de Chine, se livrant à leurs idées particulières , s’associoient aux fotistes et raisonnoïent à la manière de ces sectaires sur la vie future, semblables à des gueux qui vont mendier les restes d'autrui. Ils ont ainsi ent:
ièrement corrompu la saine doctrine. Les docteurs d Europe tiennent
une conduite plus sage , ils vont droit au grand principe ; cette vérité une fois connue, un homme est éclairé. Anrès tout, on n'a qu’à faire attention à ce bel univers et à ut ce qu’il renferme, on juge bientôt que toutes les créatures ont un Créateur, et que ce Créateur est infiniment au-dessus de toutes les créatures, Kong-tré, Fo, ei les autres qu'on révère, étoient tous des hommes » fils d’autres hommes : au Cun d'eux n’est donc le créateur de toutes choses ü aucun d'eux n’est donc le véritable seigneur de l'univers. Comment ont-ils eu l'autorité d'établir des religions, et de donner des lois au monde? Dès qu’un homme est parvenu à la connoissance du grand principe, les règles de sa conduite lui sont tracées : s’il ne s'applique pas à servir Dieu > à quoi s’appliquetil de digne de Ini? Dans un même Corps, chaque membre veut se Conserver ; mais, si la tête est attaquée, la main , le pied ia défendent : dussent-ils euxmêmes être blessés > 1ls ne l’abandonnent point. Vous êtes, Monsieur, parfaitement instruit, et véritablement persuadé que Dieu est le grand maître : ainsi, tout ce que vous voyez, tout ce que vous entendez de mauvais ; de contraire à la raison , d’opposé à la
religion, vous le regardez comme une injure faite T, XIV, 16
à Dieu, et vous vous empressez aussitôt de l’arrêter sét et d'y remédier. Votre zèle vous porte à renoncer l À | au mariage et à toutes les fortunes de ce monde ; \ es vous prodiguez votre santé et votre vie : c’est bien nié là n’avoir en vue que le souverain Seigneur , et le le ] référer à tout. Pour nous, hélas ! cœurs durs, es- des prits inflexibles, nous n’avons qu'une ombre d'es- | s'és pérance et de charité, notre foi est foible et lan- H ré guissante : comment serions-nous capables de ces * Hi grandes vertus? Nous avons peine à faire un pas vers Ë I Dieu, et dans la pratique du bien, une bagatelle | se nous arrête. ‘ ire Mais enfin vous m'avez appris que Dieu connoît be tout, que Dieu peut tout. Puisqu'il est le père com- ou: mun de tous les mortels, comment nous a-t-il lës à laissé si long-temps croupir dans les ténèbres et mal . marcher à l’aveugle, pour ainsi dire, sans savoir ni | l'hor notre origine , ni notre fin ? Si lui-même, descen- ; not dant sur la terre , avoit bien voulu instruire les à fie hommes, tous, à la vue de leur véritable maître à ae et de leur bon père, l’auroient écouté en enfans do- ; bi” : ciles , et lui auroient obéi en serviteurs fidèles. On : une: ne verroit point cette monstrueuse diversité de eulte Ÿ md et de religion, et le monde seroit en paix. j dé Le D. Je souhaiterois, Monsieur , que vous m’eus- qui v siez fait plutôt cette demande. Si les amateurs de la sécüt vertu, en Chine, vouloient être instruits sur cette IL. doctrine, on les satisferoit. Je vais vous expliquer bohté quelle est la vraie source des misères de l’homme ; lice d je vous prie de vouloir bien m’écouter. ‘ati Lorsque Dieu créa le monde , pensez - vous que vérin la nature humaine füt dans le désordre où nous la dé voyons ? Non, sans doute. Dieu est infiniment sage dans: et souverainement bon ; tirant du néant le ciel et la maïtre terre pour le service de l’homme , il n’a point fait ayant l’homme d’une nature si imparfaite et si désordonnée. la‘mu Au commencement des temps , l'homme n’étoit atles
rètér )ncer nde ; bien et le ; S+ d’eslanà ces vers telle
nnoît COM t-1l es et ir ni cen— e les aître s do- . On culte
\'eusde la cette iquer me ;
s que us la sage et la t fait nnée.
d: toit
sujet ni aux maladies ni à la mort; il étoit toujours
pleir de santé et de force, toujours paisible et con
lei: : tous les animaux lui étoient Soumis, aucun
n'esuit lui nuire; son unique devoir étoit de servir le Dieu du ciel et de lui obéir : il a manqué à ce
devoir, voilà la source de ses malheurs. L'homme s’est révolté contre Dieu > toutes les créatures se sont révoltées contre l'homme : ainsi, ses maux et ses misères ne viennent que de lui seul,
Le premier homme ayant blessé la nature humaine jusque dans sa racine » (ous ses enfans héritent de EE de leur père , et aucun ne reçoit cette nature dans son premier état d’'intégrité, En naissant,
NOUS portons tous une tache , et plus nous vivons les uns avec les autres, plus nous nous habitnons au mal : c'est là ce qui a fait douter si la vature de
‘homme étoit bonne en elle-même ; mais ce défaut
ne vient point du Créateur ; il ne suflit pas pour faire condamner la nature, On a de la peine à distinguer si l’homme est tel OU, par nature ou par habitude , parce que l'habitude peut être prise pour une seconde nature. Cependant la nature est en soimême bonne , et le bien qui est en elle ne peut être détruit totalement Par aucun mal, Ainsi, tout homine qui veut sincèrement se Corriger , le peut avec le secours de Dieu.
Il est vrai que, dans le commun des hommes, la bonté de la nature diminuant sans cesse > et la malice de l'habitude augmentant toujours, le penchant au vice est grand, et la difficulté de s'élever à la vertu est extrême. Ainsi Dieu, comme un père plein
de tendresse , dans tous les temps , a fait paroitre dans le monde des saints et des sages pour servir de maîtres et de modèles. Entin, peu à peu le désordre ayant prévalu, les sages ayant disparu de la terre , la multitude des méchans croi
et le nombre des bons se réd
ssant de jour en jour,
uisant à presque rien, 16,.
Dieu , déployant toute sa bonté et toute sa miséricorde , descendit en personne, et vint lui - même instruire et sauver le monde. Ce fut durant la dynastie de Han , sous l'empire de Ngai-ti , la seconde année de Yuen-cheou, dans le cycle appelé Ken-Arn, trois jours a; rès le solstice d’hiver , qu’il naquit d’une Vierge : il prit pour nom Jésus , c’est-à-dire, Sauveur. I a établi lui-même la divine loi; il y fit entrer l'Occident , et après avoir vécu trente - trois ans sur la terre , il remonta dans le ciel. Voilà, en abrégé , la véritable histoire du Dieu incarné.
Le L. Mais, Monsieur , comment prouve-t-on ce fait ? Les hommes de ce temps-là, par où se persuadèrent-ils que Jésus étoit Dieu, et non pas simplement un homme ? S’ils n’eurent d'autre témoignage que sa parole , ce témoignage étoit-il suffisant ?
Le D. Dans l'Occident, pour donner à un homme le nom de saint , on exige bien d’autres preuves que
vcelles qui sufliroient en Chine : que doit - ce done
‘être quand il s’agit de le regarder comme Dieu ? Qu'un peut prince de dix lieues de pays ait le talent de devenir le maître du monde , et qu’il en vienne R, s’il est possible, sans commettre la moindre injustice , sans faire souffrir un seul irnocent, il n’aura pas pour cela en Europe le nom de saint. Que le plus puissant monarque de l'univers renonce à la pompe et aux grandeurs , qu’il abandonne ses richesses et ses états pour se retirer dans une solitude , et vaquer uniquement à la piété, on dira que c’est un homme détaché du monde; mais, pour être appelé saint, il faut être consommé en vertu, se nourrir d’humiliations et de souffrances , parler et agir audessus de l'homme , être élevé à un état auquel toutes les forces humaines ne sauroient parvenir.
Le L. Qu’appelez-vous au-dessus de l’homme ?
Le D. Savoir parler de ce qui regarde l’homme, être instruit des choses passées et des choses pré-
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sentes, on le peut sans être saint ; le désir de la réputation suflit pour faire étudier ces sortes dé sciences. Mais sa les mystères divins, prédire les événemens futurs , convertir les peuples, et étendre partout la religion , cela est au-dessus de l’homme , il n’y a que Dieu qui le puisse, Guérir lés maladies en se servant de remèdes , les médecins le font; gouverner les empires, et tenir le monde en paix, soit.en punissant , soit en récompensant À propos , les grands génies en viennent à bout : l'homme est capable de tout cela, aussi tout cela ne suffit il point pour mériter le nom de saint. Maïs faire des miracles qui ne demandent pas une moindre puissance que celle de créer l’univers ; guérir , sans employer aucun remède, des maux incurables ; ressusciter les morts : ces sortes de merveilles sont au: dessus de l’homme , et Dieu seul peut en être l’auteur. Tel est le pouvoir que Dieu a communiqué à toùs ceux que nous regardons en Europe comme saints, S'il arrivoit qu'un scélérat, par lui-même où par ses émissaires , affectât la réputation de sainieté ; que , sans crainte et sans respect pour Dieu , il eût recours aux arts magiques et aux faux prestiges pour tromper les peuples, et que , s'abandonnant à sa superbe , il s’en prit à tout ce qu'il y a de sacré, bien’loin dé le traiter en saint , on le poursuivroit comme une peste publique. j Le Dieu incarné , tandis qu'il a été sur la terre, a opéré des prodiges sans nombre : sa vie est bien au-dessus de celle des grands saints. Les saints ne peuvent rien que par une puissance empruntée de Dieu ; Dieu n emprunte sa puissance d'aucun autre. Dans les anciens temps, l'Occident a vu des hommes d'une haute sainteté ; avant plusieurs milliers d’années , ils avoient annoncé la venue du Rédempteur ; ils avoient écrit en détail l’histoire prophétique de sa vie future ; ils en avoient marqué précisément le
temps: ce temps étant venu , les hommes, qui attendoient avec empressement leur libérateur , le virent paroître ; ils reconnurent que ses actions répondoient parfaitement à ce que les saints prophètes en avoient écrit, Ce divin Maître parcourut les villes et les provinces, instruisant les peuples , et multipliant partout les miracles : il rendoit l’ouie aux sourds, la vue aux aveugles, la parole aux muets ; il faisuit marcher les boîteux > Il ressuscitoit les morts, Les esprits célestes le révéroient , les puissances infernales le craignoient et l’adoroientz tout Jai obéissoit, Enfin , après avoir accompli toutes les
rophéties , perfectionné la loi ancienne , et publié ae » 1l annonça lui-même le jour auquel il monteroit au ciel à la vue d’un grand nombre de . ses disciples.
Quatre évangélistes écrivirent alors ce qu'a fait et ce qu'a dit le Sauveur : ils l'ont publié par tout l'univers, L'univers a reçu cette divine loi. Depuis ce temps-là, tous les royaumes de l'Europe ont changé de face , et la religion y fleurit partout. On trouve dans l’histoire de Chine, que l’empereur Ming-ti, de la dynastie des Han, ayant oui parler de ce grand ‘ changement, envoya dans les régions occidentales pour y chercher le saint évangile. Les envoyés firent à peine la moitié du chemin; s'étant arrêtés mal À Propos an royaume de CAing - tou , ils en Tapportèrent les livres de Fo, et les répandirent en Chine. La Chine est restée jusqu’à présent infectée de ce poison ; elle n'a point encore entendu parler de la véritable doctrine , et l'erreur y domine dans toutes les écoles. Cela est déplorable.
Le L. Les temps, en effet, se rapportent à ce que vous dites ; vous êtes parfaitement instruit, et la
doctrine que vous prêchez est sans doute la véritable. Je vois clairement que, hors la religion , en ce monde et en l'autre , point de vraie béatitude.
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J'ai dessein de retourner à ma maison pour me layer et me purifier, et de revenir sans délai y recevoir de votre main les divines Ecritures > Vous reconnoitre pour mon maître , et entrer enfin dans la sainte loi. Voudrez - vous bien , Monsieur , m’admettre au nombre de vos disciples ? | Le D. C’est dans la seule vue d’étendre ia religion que, mes compagnons et moi, nous avons quitté notre patrie , fait un long voyage avec de grandes fatigues , et que nous vivons sans regret dans uné terre étrangère. Ainsi, notre consolation et notre joie est de voir que l'on veuille sincèrement entrer
* dans notre sainte loi. Vous voulez, Monsieur , vous
laver ; par- là vous ne purifierez que votre corps : les souillures de l’âme, voilà ce que Dieu a en horreur. La porte de la religion chrétienne est le baptême ; celui qui veut y entrer doit auparavant concevoir un vif repentr de ses péchés passés , et former une ferme résolution de marcher dans le chemin de
la vertu , et ensuite se faire baptiser ; alors il recoit la grâce et l'amitié de Dieu : tout le reste est oublié, et il devient autant et plus pur qu’un enfant qui ne fait que de naître,
Au reste, nous ne prétendons point nous ériger
en maîtres ; touchés de voir les hommes s’égarer dans de fausses routes » nous tâchons de les remettre dans la bonne voie pour vivre tous ensemble en véritables frères , puisque nous sommes tous les enfans du père commun. Comment oserions-nous usurper ces titres d’honneur , et avilir le nom de maître en nous le donnant ? Quant aux divines Ecritures , le Style en est fort différent du style chinois; je ne les ai point encore traduites d’un bout à l'autre, j'ai seulement choisi ce qu'il ÿ a de plus important à savoir , et j'en ai rendu le vrai sens. Mais je voudrois , Monsieur > que de tout ce que je vous ai dit Jusqu'ici, vous vous en rappelassiez les points essen—
tiels, et que vous les méditassiez À loisir ; et lorsque Vous n'aurez plus aucun doute sur tout cela , vous Pourrez sans difficulté lire le saint évangile , l’étudier , recevoir le baptême , et entrer dans la loi, Le L. C'est Dieu qui m'a créé » et j'ai été si long-
temps sans connoître Dieu ! Quel bonheur pour moi, Monsieur, que vous ayez bien voulu venir de si loin avec tant de fatigues et de dangers , pour m'enseigner la véritable religion ! Vous n'ignorez rien ; vous avez eu la bonté de commencer à m’instruire , et je vois à découvert mes anciens égaremens. Vous m'avez fait connoître les volontés divines , et je m'y rends. A la vue de tant de faits , je ne puis
exprimer ni ma douleur sur le passé, ni ma joie sur le présent ; je vais retourner chez moï; je retracerai
ans ma mémoire toutes vos instructions ; je les meltrai par écrit pour ne les oublier jamais ; ensuite je pourrai mieux m'instruire À fond de la sainte doctrine. Je prie le Seigneur du ciel qu’il soutienne votre zèle , qu’il bénisse vos travaux , qu'il vous fasse voir la Chine entière chrétienne > tous les peuples arrachés aux ténèbres > €t marchant à la brillante lumière de l’évangile,
nes EXTRAIT De la lettre de M. Reydelet, évêque de Gabale,
cl vicaire apostolique du T. uUnquin, en date du 11 juillet 1774.
LÉ 5 août 1773, un père Dominicain espagnol fut appelé pour un malade; il y alla en plein jour, à pied et à découvert, parce qu'il n’y avoit que quelques pas à faire, Il fut aperçu par quelqu'un qui en porta la nouvelle au mandarin: lequel n'étoit pas éloigné
de là. Celui-ci prit le Missionnaire et ses effets, et le retint prisonnier. Ce mandarin eunuque est sousgouverneur de la province du Midi. Il crut avoir trouvé une bonne occasion pour extorquer des deniers. Îl exigea pour la rançon du Missionnaire mille piastres. Cette somme étant exorbitante , les Chrétiens ne se présentèrent point pour le racheter à un si haut prix, Le mandarin peu à peu baissa le prix, mais en vain; personne ne se présenta pour le racheter. [lentra en colère ; il fit construire une grande cage ; il mit le Missionnaire dans cette prison pottative, et l’exposa aux grandes ardeurs du soleil » pour le griller, et par-là exciter la compassion des Missionnaires et des Chrétiens, les obliger à se cotiser et à lui porter la somme qu'il exigeoit; mais toute réflexion faite, on ne jugea pas ce parti à propos, parce que c'eût été favoriser la cupidité du perséculeur, l'exciter à faire de nouvelles perquisitions dans toute . la province, et le mettre dans le cas de prendre d’autres Missionnaires.
. Le mandarin envoya de nouveau des soldats à la découverte, déguisés en simples particuliers. Le premier dimanche d’octobre, jour & saint Rosaire, ils prirent le père Vincent Liène, dominicain tunquinois, le conduisirent au mandarin qui le mit aussi dans une cage, et le retint ainsi prisonnier.
Ce persécuteur frustré de ses espérances, et ne pouvant obtenir les deniers qu'il se promettoit des Chrétiens, fut porter ses plaintes immédiatement au Roi; lui représenta les Missionnaires comme autant de chefs de rebelles, et les Chrétiens comme autant de rebelles dans le royaume; qu'ils avoient des armes ; qu'ils formoient et méditoient une rebellion générale
ans tout le royaume, etc.
Le Roi, fort soupçonneux , encore jeune , qui s’est formé un conseil de jeunes gens comme lui, entra en colère, donna ordre de lui amener les deux chefs
où
des rebelles, et augmenta le nombre des soldats Pour les escorter en chemin , de crainte qu’on ne les enlevât de force. Les deux Missionnaires , doux comme des agneaux, furent conduits chacun dans leur cage, à la ville royale, sous le nom de chefs de rebelles. Le Roi, la mère du Roi et quelques mandarins eunuques, favoris du monarque » aveuglés par la passion, étoient furieux par la cblèré, Ne pouvant plus se contenir ni suivre aucune des formalités ordinaires, le Roi porta lui-même la sentence de mort, l'écrivit de sa propre main, l’envoya à son conseil à signer, avec énite de la faire exécuter au plus vite. Trois des grands mandarins, dont deux sont Chrétiens de nom > €t le troisième infidèle, refusèrent de signer , disant que ce n’étoit pas là des rebelles , que c'étoit une pure calomnie ; demandèrént qu'on en apportât des preuves, qu’on produisit leurs armes, etc. La chose discutée pendant trois jours, il resta prouvé qu’ils n’étoient ni chefs de rebelles, ni rebelles en aucune manière, mais bien Missionnaires et prêtres de la religion. Les deux Missionnaires confessoient eux-mêmes qu'ils étoient prêtres et ministres de Ja religion.
On conduisit les deux Missionnaires dans une prison destinée pour les criminels condamnés à mort. Des soldats faisoient sentinelle nuit et jour. On tenoit lès deux captifs éloignés l’un de l’autre, sans permeltre qu'ils pussent ni se voir ni se parler, On alla chercher le père Jean Hicu, un de nos prêtres tunquinois, pour leur administrer le sacrement de pénitence. Il donna quelques deniers pour obtenir la permissicn d'entrer, Il n’eut le temps d'entendre que la confession de l'Européen, ensuite on le pressa de sortir. Il risqua d’être découvert et pris. Il fallut donner de nouveau des deniers aux sentinelles pour
ils permissent de rapprocher les deux cages l’une de l'autre, et l'Européen confessa le prêtre tunqui-
ET etat
)Idats ne les doux dans chefs ques nglés ouliés e de son r au leux , redes \an— pro— dant hefs )ien Aislent
nois, son confrère. C’est ainsi que nos deux confesseurs de la foi, se préparoient au martyre. Îls prêéchoient la religion à tous ceux qui alloient les voir. Ils disoient des prières continuelles ; 1ls étoient gais, résignés, et attendoient dans une grande tranquillité d'âme le moment de consommer leur sacrifice.
Le 7 novembre, le mandarin, ses officiers et les soldats les armes nues en main , ét une foule innombrable de monde tant Chrétiens qu'infidèles, se rendent à la prison. On prend les deux cages, on se met en marche, on se/rend à une grande place hors de la ville. Rendu à l'endroit , le mandarin sur son siége élevé (il étoit monté sur un éléphant) paroît environné de ses gardes ; les soldats se rangent en cercle, contiennent la foule, On fait sortir les deux Mission. naires de leurs cages, on les fait asseoir à terre, on leur lie les genoux à des piquets plantés en terre, on les fait se tenir la tête et les épaules droites, on les déshabille jusqu'à la ceinture , on leur coupe les cheveux, on lit la sentence de mort, Les bourreaux de bout, le sabre levé, les yeux attentifs sur le mandarin, attendent le signal, Le signal donné, ils portent le coup; les deux têtes tombent Aterre devant leurs genoux, et les deux martyrs finissent glorieusement leur carrière,
Aussitôt les Chrétiens perdent toute crainte, on devient hardi, la joie éclate , la foule rompt les barrières, on se dispute à qui ramassera les deux têtes. On met du papier et du linge au bout de perches fendues par le bout. On les trempe dans le sang, les Chrétiens par dévotion et par respect, les infidèles, pour faire des sortiléges. Les Chrétiens ramassent les corps, les arrosent de leurs larmes -etles transportent ailleurs. Parmi ces fidèles , il ÿ en avoit de riches, il y en avoit de constitués en dignité dans le royaume ; :l se trouvoit des soldats du Roi ) ét trois de ses porte-parasols,