LETTRES ——————— LETTRE
De M. Condé, natif d Auvay en Bretagne, et missionnaïre à Siam, à M. de Coëtcanton » grandvicaire du diocèse de Vannes.
Siam, 19 juin 1770.
MONSIEUR
Vous m'enjoignez de vous mander le détail de ce que nous avons eu à souffrir pour la religion ; pour votre satisfaction , pour mon humiliation, pour la gloire de M. de Mérellopolis (M. le Bon) et de mon confrère (M. Gurnault), Je vais vous contenter, en Vous rapportant le tout en détail.
C'est une coutume très-ancienne dans le royaume de Siam , et que l'on regarde comme une loi fondamentale du royaume, de faire serment de fidélité au Roi, Cela n’est pas contraire à notre sainte religion, mais voici la manière de le faire parmi les gentils, Le jour marqué, tous les mandarins, officiers en charge dans le royaume, reçoivent ordre du Roi de se rendre à une pagode pleine d'idoles. Là se rendent les talapoins, prêtres des faux dieux. Ceux-ci prennent de l'eau naturelle qu'ils préparent par des prières et des cérémonies sacriléges ; ensuite on y trempe le sabre et les armes du Roi. Cela fait, les mandarins Prennent à témoin l’idole et leurs 1: dieux, boivent un peu de cette eau qui, devenue efficace par la prière des talapoins, a la vertu, à ce qu'ils disent, de faire mourir ceux qui seroient traîtres au Roi. Parmi les Chrétiens, nous avons plusieurs mandarins qui, comme tous les autres, reçoivent l’ordre
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du Roi, pour se rendre à cette pagode, et y faire le serment de fidélité à la manière des gentils. La crainte du Roi, qui est terrible quand on s'oppose à ses vo lontés, les avoit engagés à se joindre aux autres : cependant, sans boire de cette eau superstitieuse , ils passoient pour l'avoir fait: on écrivoit leur nom et tout étoit fini; mais notre religion n’admet point les dissimulations , et nous ne cessions de leur répéter, que passer pour y avoir été, suflisoit pour qu'ilsfussent coupables devant Dieu. En septembre 1775, nos mandarins fidèles résolurent de nous écouter, et di sacrifier leur vie plutôt que de manquer à leur devoir de Chrétiens. Le temps marqué arriva , qui étoit cette année le 21 septembre. Ils ne furent point à l’eau de serment ; le 22 ils furent accusés au tribunal comme n'ayant pas voulu prêter le serment de fidélité : ils persistèrent à dire qu'ils ne pouvoient le faire à la manière des Gentils ; que cela étoit contraire à notre religion, et qu’ils l’avoient prêté à la manière des Chrétiens, ce qui étoit vrai. L'affaire fut portée au Roi d’une manière bien envenimée. Il célébroit alors une fête de sa religion qui devoit durer trois jours. I donna ordre d'examiner l'affaire, et que si les mandarins chrétiens étoient traîtres, on les mît à mort. Aussitôt on les jeta tous trois en prison ,-des chaînes aux pieds, au cou, une cangue au cou (instrument de supplice usité dans l’Inde ), et des ceps de bois aux pieds etaux mains. Nous ne manquâmes pas, comme leurs pasteurs, de les visiter, de les consoler, de les fortifier dans leur prison. On nous laissoit entrer , et nous avions la consolation de les voir fermes, contens et disposés à recevoir la mort.
Le 25 septembre , jour auquel l'affaire devoit être rapportée au Roi , le chef du tribunal nous envoya chercher , M. l'Evêque , mon confrère et moi : nous nous attendions bien à avoir part aux souffrances de no$ Chrétiens, Nous nous rendimes à la salle, et
aussitôt on nous mena devant le Roi qui nous atten+ doit. On nous conduisit devant lui comme des criminels, et non comme nous avions coutume d’aller à l’audience dans d’autres occasions. Le Roi étoit fort en colère : nos trois mandarins parurent aussitôt les chaînes aux pieds et au cou, bonheur que nous n’avions pas encore. Le Roi nous fit plusieurs questions auxquelles nous répondimes; mais la disposition où il étoit, l'empêchoit de comprendre. Nous lui répétions avec assurance que nous n’empéchions point nos Chrétiens de lui prêter serment de fidélité, qu'ils l’avoient fait en notre présence; mais que notre sainte religion défendoit à ses enfans de participer aux supersttions des païens; que nos Chrétiens ne rendoient aucun culte à l’idole ; qu'ils n’avoient en lui aucune confiance ; qu'ils ne craignoient point les faux dieux, et ne pouvoient conséquemment jurer par eux. Nous voulions parler plus au long; mais le Roi ne put attendre. Il donna ordre de nous saisir, de nous dépouiller à nu, de nous amarrer pour nous donner du rotin. L'ordre donné, les fouetteurs du Roi nous trainèrent en nous arrachant la soutane et la chemise. Je ne puis vous dire ce qui se passoit dans mon cœur en ce moment. Nous reçûmes la bénédiction du Prélat, mon confrère et moi. À peine eut-il le temps de nous la donner, on se jeta sur lui, et on le renversa sur le dos pour le traîner hors de la présence du Roi; c’est tout ce que je vis. Qn nous conduisit chacun à notre colonne; cela se fit sur le bord de la rivière , en présence de tout le public et de toute Ja cour. Grâces au Seigneur, je n’éprouvai aucune crainte intérieure : j'avois mon crucifix à la main , et je n’aperçus rien autre chose pendant tout le temps que je fus amarré. Vici la manière dont nons étions liés. Nous étions assis à terre, une cangue longue: de dix à douze pieds au cou, dont les bouts étoient
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attachés à une colonne de bois : rous avions les deux pieds liés par une corde qu’on amarre ensuite à la colonne que nous avions aux pieds ; une autre corde nous prenoit par le ventre , et étoit attachée avec force à une colonne qui étoit derrière nous ; nos mains étoient liées à la cangue que nous avions au cou , de manière que nous ne pouvions bouger. Nos trois Chrétiens étoient dans la même situation. Le Roi donna ordre de leur donner à chacun cinquante coups de rotin ; ce qui fut exécuté dans le moment. Nous les entendions crier à côté de nous, sans savoir Ce qui nous arriveroil; car on ne nous frappoit pas : je ne sais à quoi attribuer cela. Tout le monde fut surpris : on dit dans le public que l'endroit où étoit le Roi trembla, et lui fit craindre, mais cela n’est pas bien vérifié. On nous démarra tous les six , avec la différence que nous n'avions pas été jugés dignes de souffrir avec nos chers Chrétiens dont le sang couloit sous nos yeux. Nous enviions leur bonheur , sans savoir quels étoient les ordres du Roi. Nous consolâmes nos chers confesseurs , lorsqu'on leur pansoit leurs plaies ; car on nous conduisit avec eux dans une salle : un moment après , nous vimes apporter des fers et des chaînes ; et cela pour nous. Je vous avoue avec candeur que je les vis avec bien de la joie : je les baisai tendrement et me glorifiai du bonheur de porter des
* chaînes dans un royaume où je ne croyois tronver
que douceur et tranquillité. J’ai béni mille fois le Seigneur de m'avoir conduit à Siam contre mon inclination et ma volonté , pour me faire une si grande faveur six mois après mon arrivée. Après nous avoir mis les fers à tous les trois, on nous conduisit à la salle du Zarcalon , plantée sur le bord de la rivière (le barcalon est le mandarin chargé des affaires étrangères , tout ce qui regarde les étrangers se traite à son tribunal ) ; Là on nous mit
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la cangue au cou et les ceps aux pieds et aux mains. Dans cet état, nous passâmes la nuit du 25 au 26 accompagnés de gardiens. On nous interrogea toute la nuit, et on ne vouloit pas nous écouter. Le lendemain matin, le Roi sortit pour donner audience ;on lui parla de cette même affaire et surtout de notre fermeté à soutenir qu’il n’étoit pas permis aux Chrétiens de faire un tel serment , et de participer aux cérémonies des païens. De notre côté, nous nous préparions à accomplir la volonté du Seigneur : nous ne savions ce qu’on feroit de nous. Sur les sept heures du matin, on nous traîna au palais , et un moment après, le Roi donna ordre de nous faire paroître devant lui. Il nous fit les mêmes questions que la veille, et nous lui répondimes avec la même assurance. Îl se fâcha , et dit qu’il nous feroit mettre à mort ; il nous fit saisir ; on nous dépouilla comme la veille ; on nous amarra de la même manière , cela nous parut moins extraordinaire ; on nous avoit exercés la veille , et on nous appliqua à chacun sur le dos à nu cent coups de rotin. On comptoit tout haut, et le Roi étoit présent. Je sentis du premier coup le sang couler : j'attendois le moment où je rendrois le dernier soupir. Mon crucifix que j'avois le bonheur d'avoir sous les yeux, étoit mon soutien, Nous gardions tous trois le silence : on ne nous entendoit ni crier, ni nous plaindre ; le Seigneur nous donnoit des forces pour convaincre tout le monde de notre innocence. Les gens les plus forts du pays tombent ordinairement en défaillance ; je me sentis bien des forces. Le Roi étoit surpris , les bourreaux frappoient de toutes leurs forces , craignant que le Roi ne les accusât de nous ménager. Enfin, la scène finit, nous nous retirâmes le corps tout déchiré et trempé de sang. Plaise au Seigneur que ce soit pour sa gloire que le palais du Roi ait été arrosé de notre sang ! On nous con-
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duisit en prison où nous trouvâmes grand nombre de nos Chrétiens qui nous donnèrent tous leurs soir:«. Quatre ou cinq jours après, on nous conduisit en dedans du palais où se gardent de plus près les prisonniers coupables de grandes fautes contre le Roi.
Plusieurs fois on nous répétoit que le Roi nous
feroit mourir. Nous étions résignés à la volonté de: Dieu , mais nous reconnoissions notre indignité. Le marlyre , quelle faveur ! Une pareille couronne n’est destinée que pour des Apôtres, et non pour un pécheur comme moi, Nous sommes demeurés dans les chaînes jusqu’au 2 du mois de septembre 1 776» près d’un an. Tous les jours, on nous disoit que le Roi nous pardonneroit dans peu , et ce jour n’arrivoit pas. C’étoit pour la cause du Seigneur que nous étions prisonniers ; le Seigneur vouloit nous faire sortir d’une manitre propre à prouver notre innocence et sa providence. Plusieurs mandarins s'intéressoient pour nous. Le Roi plusieurs fois avoit promis de nous relâcher , et le moment ne venoit point, Quelque temps après notre prison, les Barmans vinrent avec une forte armée , saccagèrent deux ou trois provinces de Siam » et assiéoèrent une des plus fortes villes du royaume. Le Roi envoya des troupes qui ne purent résister. Il parut lui-même avec des soldats chrétiens. Sa présence , autrefois si propre à animer ses troupes, ne fit rien. Lorsqu'on apprit le traitement qu'il nous avoit fait, les plus grands mandarins disoient que c’en étoit fait du royaume. Les Siamois paiens murmuroient hau— tement de nous voir en prison pour rien, et attribuoient à cette injustice le mauvais suécès de la guerre. La ville fut prise et saccagée ; le Roi Inimême sembloit perdre courage. Jusqu'à cette guerre, il avoit toujours été victorieux ; on l’entendoit se plaindre de son malheur ; il disoit hautement qu'il n’avoit fait de mal À personne , et qu’il faisoit du Es ALP, 17
bien aux différentes nations qui étoient à Siam, sens parler des Chrétiens. Enfin , 1l dit un jour aux soldats chrétiens de n'être point chagrins au sujet de leur évêque et de leurs pères ; qu'à son retour il nous mettroit en liberté. Pendant tout ce temps, on nous traitoit avec ménagement en prison , sans cependant nous ôter les fers, ni la chaine par laquelle nous étions liés à une colonne. Nous étions toujours assis ou debout, sans pouvoir marcher. D'ailleurs nous étions tous trois ensemble ; personne ne nous tracassoit : on nous témoignoit de l'estime , voyant la joie avec laquelle nous souffrions.. J'ai souvent regretté cet heureux temps. Deux choses faisoient notre peine : nous n’avions pas la consolation de dire la sainte messe , et nos brebis étoient abandonnées et sans secours.
Le Roi, à son retour de l’armée, parut fort confus et triste. On craignoit que les ennemis ne vinssent jusqu’à la capitale ; c'en étoit fait de tout Siam; mais la Providence ne l’a pas permis. Nos protecteurs et les mandarins qui nous favorisoient, cherchoient une occasion favorable pour parler au Roi de nous : elle ne se présentoit pas. Lorsqu'ils demeuroient tranquilles, le Roi lui-même parloit; mais on ne savoit comment s’y prendre. Il falloit demander pardon au Roi, reconnoïtre sa faute : on n'attendoit que cela de notre part; mais nous persistions à dire que nous n’étions coupables en rien, etque nous ne pouvions manquer à notre sainte religion. On n’osoit point nous présenter au Roi, et ce prince lui-même ne vouloit point se mettre en compromis avec nous. Îl auroit eu le dessous; car avec la grâce du Seigneur, nous eussions été fermes. Enfin, le 14 août, veille de l’Assomption, le Roi, qui fit paroître devant lui tous les autres prisonniers pour leur pardonner ou les punir, donna commission aux plus grands mandarins de nous examiner, et de nous renvoyer à nos
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Chrétiens, On nous vint délivrer; tout le monde nous témoignoit sa joie. On nous conduisit cependant en chemise, les fers aux pieds et une chaîne au cou, dans la salle hors du palais, devant les mandarins. Ils nous dirent que le Roi nous pardonnoit; mais qu'il falloit faire un écrit par lequel nous reconnoissions notre faute, et une promegée de ne plus y retomber. Nous avions toujours craint cette clause : nous refusâmes et dimes clairement que, si le Roi nous renvoyoit, nous enseignerions notre religion, comme nous l’avions fait avant notre emprisonnement; que nous n'étions que les ministres du vrai Dieu, et que nous ne pouvions changer notre religion comme les païens. S7 vous n'étes pas coupables, dit le mandarin, pourquoi avez-vous été un an en prison et avez-vous reçu cent coups de rotin ? nous lui répondimes : Pour rien. Que ne le disiez-vous, reprit-1l? — Personne ne vouloit nous entendre, et le Roi étoit en colère. Que voulez-vous que je fasse, dit-il? Nous répondimes : On peut nous remettre en Prison , nous chasser du royaume, ou nous mettre à mort; mais nous ne changerons pas. I étoit déjà bien nuit, et rien ne se déterminoit. Le mandarin donna ordre à nos gardes de nous reconduire en prison, mais cépendant hors du palais du Roi. Nous entrâmes dans cette nouvelle salle, sans savoir comment les choses tourneroient, Nous étions cependant plus à l'aise, et nous nous préparämes à célébrer la fête de la Sainte-Vierge. Le lendemain matin on vint nous rer les fers des pieds et les chaînes; mais, comme on n’avoit pas encore parlé au Roi, on nous garda dans cette salle, et nous n’eûmes pas la consolation de dire la sainte Messe; mais nous regar— dûmes comme une faveur signalée de la Sainte- Vierge, notre délivrance en ce jour. Tout le monde nous assuroit que le lendemain 16 août, nous retournerions à notre église. Nous attendions ce moment ;
mais ce fut le contraire: nous vimes le 16 au matin rapporter nos fers ét nos chaînes, avec ordre de nous les remettre , et de nous reconduire en prison
dans le palais. On nous dit cependant que nous
ne tarderions pas à être délivrés; que le Roi s’étoit fûché de ce que les grands mandarins du royaume n'étant pas Bñicore de retour de l’armée, quatre ou cinq mandarins avoient pris sur eux de nous élargir. Il falloit de la patience ; le Seigneur vouloit nous éprouver, et faire éclater notre innocence dans tous les différens tribunaux.
Le 30 août, tous les mandarins, grands et petits, se trouvèrent réunis. Ils avoient plusieurs affaires à examiner; mais dès le jour même, le plus grand de tous, qui aime les Chrétiens et estime notre religlon, commença par décider qu’il falloit nous élargir au plutôt. Tout le monde en passa par- ; on n 0Sa pas cependant en parler encore , craignant que le Roi n’accusât le jugement de partialité. Le Roi lui-même , le premier septembre, s’informa de cette aîlaire ; on lui répondit qu’on l’examinoit, et le lendemain on dit au Roi que tous étoient d'avis de nous élargir. Le Roi donna ordre de le faire, et se retira aussitôt, sans vouloir parler d'aucune autre affaire, On vint nous en donner la nouvelle; nous remerciâmes le Seigneur, et nous nous rendimes à notre église, pour le bénir d’une manière plus solennelle. Il ne fut plus question de promesse à faire, on n’exigea rien de nous; seulement on obligea tous lés Chrétiens à répondre que nous ne sortirions point du royaume; de manière qu'après avoir été plusieurs fois sur le point d’être renvoyés ou chassés, nous nous y trouvämes plus attachés que jamais.
Trois semaines après notre élargissement, le Roi nous fit prier d'aller à l'audience : M. l'Evêque étoit malade, il ne put y aller. Nous y fûmes mon confière et moi. Le Roi nous fit toutes sortes d'amitiés,
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et nous témoigna bien de l'affection. Il se plaça au dessous de nous, nous fit présenter du thé (ce qu'il ne fait pas même ses plus grands mandarins), et nous invita, par des prières réftérées, à en boire. I parut en ce jour vouloir réparer la manière avec laquelle 11 nous avoit traités pendant un an.
Depuis ce temps, nous avons paru plusieurs fois à son audience; il nous a témoigné de la bonté ; mais comme notre sainte religion ne s'accorde pas avec la sienne, nous sommes toujours obligés de le contrarier. Il continue à dire qu’il peut voler dans les airs. Nous lui avons répété si souvent que cela lui étoit impossible, qu'il s'en est ennuyé, et depuis plus d’un an, il ne nous a pas fait appeler. N'allaut plus à la cour, nous nous répandons parmile peuple, autant que nous le pouvons. Toutes les nations se rendent à Siam : Cochinchinois, Laotiens (peuples de Laos, royaume d'Asie limitrophe de celui de Siam ), Chinois, etc. Nous ne manquous point de moisson ; 1l ne nous manque que des ouvriers, mais des ouvriers apostoliques , pleins de zèle, et qui ne craignent point les tourmens el la mort. Nous sommes continuellement à la veille de subir l’un et l’autre, nous faisons ce qu'il faut pour les mériter; mais le Seigneur a pitié de notre foiblesse. Celte année , nous avons eu la consolation de voir plusieurs adultes recevoir Île baptême. Si nous avions été plus d’ouvriers, nous eussions pu procurer la même grâce à bien d’autres adultes Laotiens qui sont morts cette année dans le pays. Près de quatre-vingts ont reçu le baptème avant de mourir, et j'en ai vu plusieurs qui recevoient avec bien de la joie la parole du Seigneur au milieu de leur peine et de leur misère. J'avois parmi les Laotiens un grand nombre d'hommes qui écoutoient avec docilité la parole de vie, et me prioient de les enseigner; mais le démon jaloux à troublé ces commencemens heureux. Fous ces chers
262 LETTRES catéchumènes sont actuellement dispersés. J'ai de la peine à les rencontrer : nes autres occupations ne
aller ef venir à mon gré, a volonté du Seigneur soit bénie ; le tout tournera
et ces pauvres sens dispersés , P $ per:
rendent justice à la sainteté de notre religion. Leurs talapoins perdent un peu de leur crédit; à quoi cela aboutira-t-il? Le Seigneur le sait. Nous avons bien esoin que l’on Prie pour nous, Le nombre des enans mourans baptisés cette année neuf cents; c’est autant Voilà, Monsieur led
je suis vos ordres à la lettre demander au Seigneur ma s
Sner aux autres ce que je ne Pratique pas moi-même assez bien, et de me trou-
ver si froid en excitant les autres à la ferveur. Je Compte, Monsieur, sur le Secours de vos Prières, etc.
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