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marques de vénération et de reconnoiïssance des of. ficiers d’un régiment qu’il avoit vu en Canada,
On voit dans plusieurs lettres des ministres les témoignages rendus à son zèle et à ses succès. Elles lui fênt d'autant plus d'honneur , qu’on y voit les inquiétudes de la cour sur les obstacles qu’il y avoit à surmonter, et sur l’ancienne inimitié de ces nations avec lesquelles nous avions été presque toujours en guerre; mais leurs liaisons avec les Anglais avoient fait place à leur attachement pour la France, don! le ministère eut des preuves par la conduite que ces nations ont tenue pendant le reste de la guerre et long-temps après. On voit dans l'ouvrage de G."! Raÿnal (7°. LIL, p. 295) que les Sauvages avoient une pré‘ ilectiur, marquée pour les Français; que les Mission aaires ex étoient la principale cause; mais ce
w'il dit À ce sijet est principalement applicable à l'abbé Pici set.
Pour donner créance à ce que j'ai dit de ses services, il me suffira de transcrire le témoignage que lui rendoit en 1764 le gouverneur - général , après son retour en France et la perte du Canada. | «Nous, marquis du Quesne, commandeur de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, chef d’escadre des armées navales, ancien lieutenant-général, commandant la Nouvelle - France et les gouvérnemens de Louis-Bourg et. de la Louisiane ,
» Certifions que sur les témoighages avantageux
ui nous ont été rendus en Canada , des services de l'abbé Picquet, missionnaire du Roi parmi les naüons sauvages, de la confiance que lui avoient donnée nos prédécesseurs dans cette colonie, et de la grande réputaüon qu'il s’y étoit acquise par les beaux établisseméns qu'il y avoit formés pour le Roi, les conversions nombreuses et surprenantes des infidèles qu’il n’attachoit pas foins à l’état qu’à la réligion par son zèle, son désintéressement , ses
talens et son activité pour le bien du service de Sa Majesté ; que nous l'avons employé à différens objets duimême service pendant tout le temps de noire gouvernement général, et qu'il a toujours réussi à notre Satisfaction , même au-delà de nos espérances, Il a ainsi servi la religion et l’état, avec un succès incroyable , pendant près de trente années. Il avoit d'abord rendu le Roi maître absolu des assemblées nationales des quatre nations qui composoient sa première mission du lac des Deüx-Montagnes , avec la liberté de nommer tous leurs chefs à sa volonté : ila fait prêter serment de fidélité à Sa Majesté entre nos mains par tous les chefs des nations qui composoïent sa dernière mission de la Présentation où il a fait des établissemens admirables : en un mot, il s’est rendu d’autant plus digne de notre reconnoissance, qu'il a mieux aimé retourner au Canada; et continuer ses services, que de vivre dans sa patrie, et recueil'ir l'héritage de ses parens qui l'ont déshérité , comme nous l’avons appris , pour n’avoir pas voulu rester en France , il y a dix ans, lorsqu'il ÿY vint accompagné de trois Sauvages. Nous pourrions de vive voix détailler les services importans que cet abbé a rendus, si Sa Majesté ou ses ministres l’exigeoïent , et lui rendre la Justice qui lui est due, pour lui obtenir du Roi les marques de satisfaction qu’il a lieu d'espérer ; en foi pre quoi nous avons signé le présent certificat, et scellé de nos armes, »
Signé , LE MARQUIS DU QUESNE.
M. de Vaudreuil, gouverneur et lieutenant général pour le Roi dans toute la Nouvelle- France , certifioit de même en 1 765, que M. Picquet avoit servi pendant près de trente ans: dans cette colonie, ayec tout le zèle et la distinction possible ; tant par rapport aux intérêts de l’état » que
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relativement à ceux de la religion ; que ses talens pour gagner l'esprit des Sauvages , ses ressources dans les momens critiques, et son activité , lui avoient mérité constamment les éloges et la confiance des gouverneurs et des évêques ; qu’on avoit surtout éprouvé l'utilité de ses services dans la dernière guerre, par différentes négociations auprès des Iroquois et des nations domiciliées ; par les éta-
blissemens qu'il avoit formés et qui avoient été
d'un grand secours; par les soins infatigables et continuels qu'il s’étoit donnés pour maintenir et fortifier les Sauvages dans leur attachement à la
France, en même temps qu'il les affermissoit dans
le christianisme.
M. de Bougainville , devenu célèbre par ses expéditions maritimes , et qui fit ses premières armes dans la guerre du Canada , certifioit en 1760, que M. Picquet, missionnaire du Roi, connu par les établissemens utiles qu’il a faits dans ce pays-là pour le bien de la religion et de l’état, dans toutes les campagnes où il s’étoit trouvé avec lui, avoit contribué par son zèle, son activité et ses talens, au bien du service du Roi et à la gloire de ses armes; que son crédit auprès des nations sauvages et ses ressources personnelles , avoient été de la plus grande utilité pour les affaires tant militaires que politiques.
Tous ceux qui étoient revenus du Canada s’empressoient à faire valoir des services aussi longs et aussi constans , rendus aux Français pendant près de trente ans ; à faire connoître le mérite d’un citoyen qui s’étoit expatrié pour remplir les intentions de la cour ; qui avoit sacrifié sa jeunesse, son héritage, des espérances dont on le flattoit en France ; qui avoit exposé mille et mille fois sa vie , sauvé souvent les sujets du Roi et la gloire de ses armes, et qui pouvoit même dire qu’il n’y avoit point eu d'actions
glorieuses à la France, pendant son séjour en Canada, auxquelles il n’eût eu grande part. Sés ser vices n'eurent pas le même effet dans la dernière Buerr& pour la conservation du Canada; mais les actions brillantes et presque incroyables auxquelles il contribua , ont an moins conservé dans l'esprit des nations sauvages la haute idée qu’elles avoient de la valeur française , et peut-être que dans la suite ces mêmes dispositions pourront encore nous être utiles.
Je voudrois pouvoir rapporter toutes Îles lettres des miaistres, gouverneurs-généraux et particuliers, des évêques , des intendans et autres personnes en place , et l’on y verroit avec étonnement les projets , les négociations , les opérations dont ce Missionnaire fut chargé , les félicitations quil recevoit sur des succès aussi prompts qu'inespérés , sur ses ressourcés , sur les expédiens que lui suggérotent Son zèle et son expérience dans les occasions critiques , et que son activité mettoit toujours en exécutiôn. Je lui ai souvent demandé d’en faire l’histoire : elle seroit curieuse et honorable à la France ; on trouve une partie de ces lciires dans ses papiers : jai vu entrautres celles de M. de Montcalm qui l'appelle mon cher et très-respectable patriarche des cing nations.
M. le marquis de Levis désiroit surtout de faire valoir lés travaux et les succès de M. Picquet , dont il avoit été témoin et qu'il avoit admirés , ainsi que son désintéréssement tant À l'égard de la France que vis-à-vis des Anglais, après la conquête du Canada; et j'ai été témoin des sollicitations que M. de Levis lui faisoit pour exciter son ambition, ou diriger vers quels place importante un zèle qu'il savoit ètre
igne de l’épiscopat.
Le témoignage des supérieurs ecclésiastiques ne pouvoit être qu'également favorable au zèle de notre
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Missionnaire, L'évêque de Québec, en 1760 , partant pour l’Europe , après s’être transporté dans la ñouvelle mission que M. Picquet avoit établie parmi les Iroquois , et y avoir baptisé plus de cent adultes, enjoignoit à tous les prêtres de son diocèse de l'aider autant qu’ils le pourroient ; lui donnoit tous ses pouvoirs, mème ceux d'approuver les autres prêtres, et d'absoudre des censures réservées au Souverain Pontife.
M. Picquet de retour en France , passa quelques années à Paris; mais uné partie de son temps fut employée à éxercer le ministèré dans tous les endroits où M. l’Archevéque de Paris jugea qu'il pourroit être utile. Son activité pour lé travail, lé fixa assez long-temps au mont Valérién où il fit reconstruire un clocher.
Il avoit été obligé, pour faire son voyage , dé vendre les livrés dont le Roi lui avoit fait présent en 1754: on lui avoit retiré le traitement qui lui avoit été fait au Canada; et ugiqu il fût réduit à un très-petit patrimoine , il n.… ; voit se résoudre à employer son activité pout obtenir les récompenses qu’il avoit si bien méritées.
Cependan. l’ässembléé générale du clergé dé 1765, lui offrit une gratification de douze cents livres, en chargeant M. l’Archévêque de Rheims et M. l’Archévèque d’Aries de sollicitér urie récompense du Roi. L'assemblée suivanté en 1770 lui donna encore une gratification semblable ; mais son départ dé Paris empécha le succès dès espérances qué ses amis avéient conçues dés récompenses dé là cour.
En 1772, il voulut se rétirer en Bresse où une famille nombreuse le désiroit, et le réçut avec un extrême empressement. Il alla d’abord à Verjon où il fit bâtir une maison dans l'intention d’ÿ faire un établissement d'éducation pour de jéunes filles. Il préchoit , il catéchisoit, il confessoit ; et son zèle
n'avoit jamais assez de quoi s'exercer. Le chapitre de Bourg lui décerna le titre de chanoine honoraire. Les dames de la Visitation le demandèrent pour directeur : on l’attira ainsi dans la capitale de la province.
En 1777, il fit un voyage à Rome où sa réputation l’avoit devancé , et où le Saint - Père le reçut comme un Missionnaire qui devoit être cher à l'Eglise, et lui donna une gratification de cinq mille livres pour son voyage. On fit des efforts inutiles pour l'y fixer ; 1l revint en Bresse , et il y apporta des reliques , qu’il exposa à la vénération des fidèles dans l'église collégiale de Bourg.
La réputation de l’abbaye de Cluny et l'amitié que M. Picquet avoit pour un de ses neveux établi à Cluny, le portèrent vers cette habitation célèbre dans le christianisme. I] acquit même dans les environs en 1779, une maison et un terrain qu'il vouloit faire valoir; mais en 1 781, étant revenu chez sa sœur à Verjon pour ses affaires , il fut attaqué successivement d’un rhume opiniâtre , d’une hémorragie qui l'affoiblit beaucoup, et d’une espèce d’hydropisie; enfin, une hernie qu'il avoit depuis longtemps , ayant empiré, lui causa la mort le 15 juillet 1781. À
M. Picquet étoit d’une taille fort avantageuse et imposante ; il avoit une physionomie ouverte et engageante ; 11 étoit d’une humeur gaie et amusante. Malgré l’austérité de ses mœurs, il ne respiroit que la gaité ; il faisoit des conversions au son des instrumens ; 11 étoit théologien , orateur, poète; il chantoit et composoit des cantiques soit en français, soit en iroquois, avec lesquels il récréoit et intéressoit les Sauvages. Il étoit enfant avec les uns, héros avec les autres. Son industrie même en mécanique le faisoit quelquefois admirer des Sauvages. Enfin , il sa- Yoit employer tous les moyens propres à attirer des
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prosélytes et à se Les attacher : aussi, eut-il tout le succès qu’on pouvoit attendre de son industrie, de ses talens et de son zèle. C'est poyr cela que j'ai cru devoir faire connoître un compatriote et un ami digne d’être offert pour exemple à ceux qu'enflammeroit le zèle de la religion et de la patrie.