‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 8 sur 106 · XXV) PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXV) PRÉFACE

Empereur qu’en l’année 1636, deux voleurs s'étant soulevés dans deux différens endroits de la Chine, l’un d’eux devint assez puissant pour déclarer la guerre au prince. Îl alla l'assiéger dans Pekin, et en peu de jours, il le réduisit à se donner la mort lui-même pour ne pas tomber entre ses mains. Pour venger cet attentat et repousser ces brigands, Usanguey, qui commandoit sur la frontière, appela les T'artares à son secours. Ils y volèrent, défirent le brigand, reprirent Pekin, mais gardèrent poureux-mémes l’Empire qu'ils étoient venussecourir. Zunté, leur roi, en commença la conquête, et Chun-chi, son fils, l’acheva. Pendant toutes ces révolutions, le père Adam Schall demeura à Pekin; le vainqueur voulut le voir , et 1l le combla de témoignages d’amitié. Lorsque tout fut apaisé, et le prince tartare solidement établi sur le trône chinois, il obligea le père Adam Schall d'accepter la charge de président du tribunal des mathématiques; c'est l'unique occasion où ce père se soit jamais trouvé en danger de perdre les bonnes grâces du monarque. Les résistances du Missionnaire déplurent au prince:

il le lui marqua; mais dans toutes les autres rencontres, Chun-chi lui parut toujours plein

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PRÉFACE. XxVij de condescendance et de bonté. Il n’avoit besoin ni d'étudier, ni de ménager son humeur, et tout ce qui lui venoit du Missionnaire, les plus fortes même et très-fréquentes remontrances étoient très-bien reçues. Nonseulement il lui donna l'entrée libre dans son palais, mais il alloit souvent lui rendré visite dans sa maison, et passoit plusieurs heures avec lui.

Les entretiens qu'ils avoient ensemble, étolent ou de mathématiques , ou de morale, ou de religion; car le père Adam Schall eut l'adresse de faire passer peu à peu le prince des discours agréables aux discours utiles, et autant qu'il put, aux sujets propres à lui ouvrir les yeux sur les vérités du salut. Par de semblables conférences, le Missionnaire inspira du moins au conquérant une telle estime pour la religion chrétienne, qu'il la favorisa toujours, et laissa à ceux qui la préchoient une pleine liberté de l’étendre. Aussi fit-elle des progrès considérables sous son règne. |

Si Adam Schall et ses confrères n’avoient agi que par des vues politiques ; s'ils avoient eu l'ambition, comme on les en a accusés,

XxXvii) PRÉFACE.

de prêcher et de gouverner seuls l'Eglise de la Chine, ils n’auroient point fait part à tonte l'Europe des progrès de la religion; ils n’auroient point demandé des coopérateurs d’une autre profession que la leur; ils n’auroient favorisé ni leur entrée dans cet Empire, ni les établissemens qu'ils y formoient. Rien ne leur étoit plus facile que de s’y opposer, et rien n'est plus constant que leur zèle à encourager , à soutenir et à défendre tous les Missionnaires qui s’y sont présentés, sans aucune acception de personne.

Chun-chi mourut à quatre-vingts ans. Son successeur fut le célèbre Cang-hi : il n’avoit alors que huit ans, et les commencemens de son règne n’annoncèrent pas la protection éclatante qu'il accorda par la suite aux Missionnaires européens. Îls furent presque tous chargés de chaînes et exilés'à Canton. Adam Schall déchu de sa faveur, privé de ses dignités, accablé d’opprobres et de calomnies, souffrit la prison et les fers, et fut enfin condamné à mort pour avoir. préché Jésus-Christ. Il témoigna par sa constance qu'il s’estimoit encore plus heureux de confesser le nom de Dieu dans un cachot, que

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