‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 9 sur 106 · A EE SALE · texte numérisé non relu

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PRÉFACE. XxiX

de l’avoir annoncé avec honneur dans le palais d’un grand monarque. La sentence portée contre lui ne fut pas exécutée; mais l'âge et les souffrances firent bientôt ce que les bourreaux n’avoient pas fait. Peu de temps après qu'il fut sorti de prison, Dieu acheva sa délivrance, en rompant les liens de son corps, pour faire jouir son âme de la liberté des enfans de Dieu.

La persécution fut vive pendant la minorité de l'Empereur; mais elle cessa dès qu'il fut majeur et qu'il gouverna par lui-même, Dieu ayant réservé à ce prince si juste, si plein de raison et d'esprit, la gloire de rétablir son culte à la Chine. Voici quelle en fut l’occasion. |

C’est une coutume parmi les Chinois de faire faire tous les ans le calendrier, à peu près comme on fait ici les almanachs; mais le calu:drier dans ce pays-là est regardé comme une affaire de grande importance dans l’état. Il se fait par autorité publique, et le prince ne dédaigne pas de s’en méler.

Depuis qu’on avoit ôté ce soin au père Adam Schall, avec sa charge de président du tribunal des mathématiques, l'ignorance de

xxx PRÉFACE.

celui qui avoit été mis à sa place, y avoit laissé glisser tant de fautes, que le prince voulut qu'on travaillât à le réformer. Comme on ne craignoit plus à la cour de donner de bons conseils à l'Empereur, il se trouva des gens équitables et courageux qui lui représentèrent que les mathématiciens d'Europe exilés ou emprisonnés pendant sa minorité , et dont il étoit resté trois à Pekin, étoient d’une habileté si connue à la Chine, qu'on ne pouvoit faire plus prudemment que de les consulter sur ce sujet. L'Empereur trouva cet avis fort bon , et envoya chercher sur Le champ les trois Européens. Îls furent très-bien reçus, et dès cette première audience ils eurent tout sujet d’en attendre quelque grâce plus importante que l'intendance du calendrier qui étoit déjà dressé pour l'année suivante. On le donna à examiner au père Ferdinand Verbiest, qui y trouva plus de vingt fautes considérables, et quelques-unes même si grossières, que tout Je monde en fut surpris. Îl en fit son rapport à l'Empereur , qui dès-lors conçut pour le Missionnaire une estime très-singulière.

Le père Verbiest profita de cette iueur

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PREFACE.,. XXX) de faveur, pour demander la permission de prêcher la religion chrétienne. Le prince reçut sa requête avec bonté; mais ne vou- Jant point se dispenser des formes, il la donna à examiner à un tribunal qui la rejeta. Le Missionnaire ne perdit point courage, et pria l'Empereur de lui nommer d’autres juges moins prévenus contre notre sainte loi. L'Empereur, par une condescendance que toute la cour admira, renvoya l'affaire à un autre tribunal qui porte le titre d'Etats de l'Empire, lequel l'ayant examinée avec beaucoup d'attention, décida que la religion chrétienne avoit été mal à propos condamnée; qu'elle étoit bonne , et qu’elle ne contenoit rien de contraire au bien de l’état; qu'ainsi la mémoire du père Adam Schall, qui avoit été flétrie pour lavoir préchée, devoit être réliabilitée ; les grands dépourvus de leurs charges pour l'avoir suivie, rétablis ; les prêtres européens rappelés, etc.

Ce jugement fut d’un grand poids, pour assurer le jeune prince contre les remontrances importunes des ennemis de la -religion. Dès la première année que les Missionnaires retournèrent dans leurs églises ,

XXxi) PRÉFACE.

qui fut l'an 1671, plusieurs Chinois embrassèrent la foi, sans que personne s’y opposit. L'année suivante, un oncle maternel de l'Empereur et un des huits généraux per-

pétuels qui commandent la milice tartare ,

reçurent le baptême. Depuis ce temps-là, l’évangile a fait dans la Chine de très-grands progrès.

Le père Verbiest, digne successeur des pères Ricci et Adam Schall, a été l’âme de tous ces succès, et la colonne de cette Eglise pendant qu'il a vécu. Ses entretiens fréquens avec l'Empereur, les leçons de mathématiques qu'il lui donnoit, furent pour lui une occasion de lui expliquer la loi de Dieu. Il lui inspira pour elle une grande estime, un grand respêct, sans cependant avoir le bonheur de lui persuader de l’embrasser.

C'est au père Ferdinand Verbiest que les Français sont redevables d’avoir été appelés à partager ses travaux; c'est lui qui les fit venir à Pekin, et qui disposa l'Empereur à les recevoir et à les traiter avec distinction. Il mourut au moment qu'ils y arrivèrent, et fut privé de la consolation de les présenter lui-même à la cour.

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PRÉFACE. xxxii] Sa mort fut sainte comme l’avoit été sa vie; il s'ÿ étoit préparé nar l'exercice continuel des vertus apostoliques et religieuses, et pratiquoit le premier ce qu'il recommandoit aux autres Missionnaires. Il pensoit pour lui ainsi que pour les autres, que , pour faire le bien, surtout à la Chine , il falloit des hommes d’un Courage que rien ne rebute, d’une activité que rien n'arrête, d'une constance que rien ne lasse , d'un zèle prudent sans respect humain, circonspect sans timidité, entreprenant sans ambition ; patient sans indifférence , d'une application au salut d'autrui, qui ne diminue rien ‘de celle qu’on doit avoir au sien propre, d’un désintéressement en vertu duquel on puisse dire avec Jésus-Christ : Je ne cherche pas ma gloire, mais la gloire de celui qui m'a envoyé, (Jean vu, v. 5o. )

Nous avons tiré ce que nous rapportons ici d’une vie du père Ricci, faite par le père d'Orléans, ét imprimée à Paris en 1693. Il Nous a paru utile de donner une connoissance un peu étendue des talens, du zèle et des vertus des trois Missionnaires qu'on regarde comme les fondateurs de la mission

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xxx iv PRÉFACE.

de Chine, et de présenter un abrégé de ce qu'ils ont fait de. bien depuis leur entrée jusqu'a l’arrivée des Missionnaires français qui, par leurs relations, ont tant contribué à nous faire connoître ce vaste Empire.

On trouvera dans ce volume un mémoire de M. de la Lande, de l’Académie des Sciences, sur la vie et les travaux de M. l'abbé Piquet, missionnaire de Saint- Sulpice, dans l'Amérique septentrionale.

Nous nous faisons un devoir et un plaisir de faire connoître tous ceux qui se sont distingués dans la carrière apostolique , et de rendre justice à leurs talens et à leurs vertus. On verra ensuite une histoire de l’ancienne astronomie chinoise; ouvrage savant, peutétre utile, mais peu agréable pour ceux qui ne sont pas initiés dans ce genre de connoissances; un mémoire curieux sur le voyage et le séjour du cardinal de Tournon à la Chine, et plusieurs lettres vraiment édifiantes , tant des Missionnaires qui restent à Pekin, que de ceux du séminaire des Missions étrangères, qui travaillent dans les provinces. |

Avant que de terminer cette préface, nous.

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PRÉFACE. XXXY

nous permettrons quelques observations sur ce qu'on lit de la Chine dans le F oYage de M. de Sonnerat, qui vient de paroitre, Nous ne refusons à l’auteur ni de l'esprit, ni des talens; mais il nous paroit qu'il se trompe quelquefois, ou qu'il s'est laissé tromper ; qu'il décide, qu'il tranche assez légèrement , et qu'il veut détruire sans preuves ce que nous avions déjà appris de la Chine par les relations et les voyages imprimés , des Anglais, des F rançais, des Italiens, de tous les auteurs enfin qui ont écrit sur les mœurs, les arts et le

des Chinois.

gou vernement

Nous n'insisterons point sur l’idée peu avantageuse que cet auteur veut nous donner des Missionnaires. 11 insinue, il paroît même persuadé qu'il n’y a dans cette classe d'Enropéens que des ignorans fanatiques, ou des imposteurs pleins d'adresse et de vanité; les uns sont des gens inquiets, qui bornent

toujours leurs connoissances à des subtilités .

Scolastiques ; ies autres, des politiques méchans, profonds, et cependant assez aimables, qui n'agissoient, qui ne respiroient que pour donner des fers à l'univers.

CS

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