‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]Chapitre 10 sur 107 · DR UE · texte numérisé non relu

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“noissoit le caractère du Roi; il se crut perdu; prit î C . conseil de son déses oir, assembla une armée consi- À ET dérable , et résolut L vendre au moins chè:ement sa | ; dr liberté et sa vie, La révolte dura peu; Schiras fut in- Le il vesti, on prit en peu de temps la ville et le rebelle. Là pe 11 fut conduit à Ispahan avec toute sa famille ; on le Li co fit eunuque , on lui arracha un œil, et on ne lui Fi va

laissa l’autre que pour qu'il eût la douleur de voir Fa bu déshonorer ses femmes et égorger ses enfans. On le

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ÉDITIANTES ET CURIEUSES, 43

conduisit ensuite au Roi, qui lui demanda pourquoi il s'étoit révolté, et qui lui avoit fourni de l'argent pour lever et entretenir tant de troupes : Prince, lui répondit ce malheureux qui n'avoit plus d'autre espoir que la mort, la cause de ma révolte est dans les ordres donnés pour m’arrêter ; pour la soutenir, j'ai enlevé par force aux marchands et aux Personnes riches l'argent qui m'étoit nécessaire : ét je ne Fai fait qu’à votre exemple. Le Roi fut frappé de la ré ponse ; il affecta de n’en paroître mt offensé ; et pour le consoler en uelque sorte des rigueurs exer. cées contre lui, il l'envoya en qualité de vice-roi dans cette partie des Indes que l’empereur du Mogol lui avoit cédée, Une autre révolte succéda bientôt à celle-ci, Les mécontens de la province de Chirvan s’unirent aux rincipaux chefs ds Lesghis; ils écrivirent au Grande ASE » et le prièrent de leur envoyer un jeune homme appelé Sem-Mirza » Qui s’étoit retiré à Constantinople pendant les derniers troubles de Perse. Il se disoit fils de Schah-Hussein, et en cette qualité, légitime héritier du royaume, Le Grand - Seigneur l'accorda : il arriva en Perse > eSCorté d’un corps de Wroupes ottomanes qui se joignirent à celles des re. belles. Toute la Perse étoit aftent: ; et, dans l'es. pérance d’une révolution » elle voyoit avec plaisir un prise du sang de ses rois opposé à l’usurpateur de eur trône, Thamas-Koulikan £t marcher contre Ini Charok-Mirza » Son petit-fils, avec ses lus habiles généraux. Les deux armées se rencontrérent : celle du prétendant fut défaite après un sanglant combat ; il tomba lui-même entre les mains du vainqueur qui, par l'ordre de son grand-père, lui fit arracher un œil, Couper le nez et les oreilles, et dans cet état le ren- Voya sur les terres des Turcs, Sa vengeance se tourna bientôt contre eux.

Nous décampämes de Goguetséhay au mois de

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septembre 17443 l’armée s’approcha des frontières

de Turquie; de gros détachemens furent envoyés

jusqu’à Bagdad et à Mossul. Cette dernière ville fut

assiégée. Je n’étois point à l’armée pendant cette campagne ; j'ai appris par les nouvelles publiques que Thamas-Koulikan gagna une grande bataille, la quatrième et la dernière qu’il ‘ait livrée aux Turcs. Tant de victoires avoient rendu son nom redoutable en Turquie ; et à Constantinople le peuple ne lappeloit que le Tapouskan , c’est-à-dire, /e Prince à massue. Mais s'il étoit craint des étrangers, il n’étoit pas moins détesté par ses sujets. Les contributions exorbitantes qu'il exigeoit, et surtout la rigueur barbare avec laquelle il les faisoit lever , avoient réduit les peuples à la dernière misère. Ses officiers augmentoient le malheur public par leurs exactions particulières.

Cependant, vainqueur des Turcs et des rebelles, il vint passer une partie de l'hiver à Ispahan. Il en partit ensuite pour aller visiter son Kalat, et y déposer de nouvelles sommes. De là il se réndit à Maschet, où il séjourna jusqu’au printemps. Il alla passer cette saison et une partie de l'été dans les environs de Zangan , Sultania et Sakhou-Boulak, où les pâturages sont abondans ; puis au commencement de décembre, il prit la route de Kachan, et revint à Ispahan. Il y resta quarante-cinq jours , pendant lesquels tout ce qu’on peut imaginer d’injustices et de cruautés fut commis par ses ordres, ou sans aucune punition de sa part. Son armée , répandue dans la ville et dans les campagnes voisines, porta le désastre partout. On voyait les soldats furieux courir dans les chemins et dans les rues, conduisant par pelotons et à grands coups, tantôt vingt, tantôt trente malheureux qui n’avoient pu satisfaire leur avidité ; on n'entendoit partout que des cris aigus et perçans qui exprimoient la consternation ou le désespoir, Si

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quelqu’un fuyoit de sa maison » celle du voisin étoit pillée ; si un village désertoit, on faisoit payer la ville dont il dépendoit; tout étoit dans la confusion et dans les alarmes : une ville prise d’assaut et abandonnée à la fureur du soldat vainqueur, ne voit pas de scènes plus horribles que celles dont Ispahan fut le théâtre pendant le séjour de l'usurpateur, Ses inquiétudes augmentoient avec ses cruautés ; chaque jour étoit le dernier de quelque famille ; je ne. sortois point du palais que je ne. trouvasse vingt-cin ou trente cadavres d'hommes étranglés par son ordre ou assommés par ses soldats.

Il voulut , avant son départ , se faire rendre.un compte exact de tous les meubles précieux de: son palais. Un tapis qui servoit d'ornement au trône , avoit disparu depuis environ trois ans ; le soupçon tomba d’abord sur le gardien des joyaux de la couronne, L’accusé nia le fait, et après une rude bastonnade il déclara que son prédécesseur avoit vendu le tapis : et à qui, reprit Thamas ? qui seroit assez bardi pour acheter les meubles de mon palais? L’ac- Eusé CR du temps pour faire ses perquisitions ; Al revint peu de jours après , et dénonça comme ‘acheteurs huit marchands, dont deux étoient Indiens, deux Arméniens » et quatre Juifs, Ils furent arrêtés, et après quelques interrogations , on leur arracha un œil : ils furent ensuite attachés tous les huit par

le cou à une même chaîne. Le lendemain matin on alluma , par ordre de Thamas > Un grand feu, où

ils furent jetés tous ensemble et enchaînés comme

ils étoient, Tous les Spectateurs et les bourreaux

eux-mêmes étoient effrayés de cette barbare exé- Cuütion ; c’est la première de cette nature qu'il eût ordonnée, Malgré toutes ses recherches et tous les tourmens qu'il employa, l’auteur du volresta inconnu,

C’est dans ce temps-là , c’est-à-dire , à la fin de

4746, que je fus élevé À la diguité de son premier

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médecin ; cé que je marqué non poùr méler le récit

de mes aventures à celui des siennes , mais pour vous faire voir ue je suis ‘en état de vous rendre un compte fidèle de ses dernières actions , po

qualité de premier médecin, j'étois obligé de le

suivre partout, et que quand ü fut massacré , ma

tente étoit voisine de la siénne.

Thamas-Koulikan , déjà plus que sexagénaire , avoit depuis deux ans une santé fort altérée. I étoit d’un tempérament fort etrobuste; mais les fatigues continuelles de tant de campagnes et de tant de marches pénibles , l’avôient beaucoup affoibli. Il se trouvoit plus mal à certains temps, et il appréhendoit quelque maladie sérieuse. Les médecins persans n’avoient point sa confiance , et je puis bien dire qu’ils ne la méritoient pas. Comme il avoit souvent entendu yanter la science des médecins européens, il chargéa M. Pierson , résident de la compagnie du commerce d'Angleterre , de lui en faire venir un ou deux , à qui il assuroiït de grands avantages. Le rési-

dent promit, quoique la chose lui parût difficile; mais

Thamas vouloit la voir exécutée, et il en demandoit sans cesse des nouvelles à M. Pierson. J’étois alors à Ispahan, Depuis mon arrivée en Perse , je m’étois mêlé de médecine ; j'en avois étudié les principes , et j'étois assez en état de suivre une maladie ordinaire. Dieu bénissoit mes soins et mes remèdes. J’eus le bonheur de réussir. Quelques cures un peu singulières m’avoient acquis de la réputation , et des seigneurs que j'avois guéris vouloient , il a quatre ans , que je me misse sur les rangs pour êtré médecin du Roi. Je le refusai constamment.

M. le résident, assez embarrassé de la parole qu'il avoit donnée , jeta les yeux sur moi. Il fit valoir an père supérieur les avantages que la mission pourroit retirer de cet événement, et la facilité que me donneroi cet emploi , de servir utilement la religion dans

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un pays où elle est sans cesse exposée à des insultes et à des persécutions. L'affaire se conclut comme il le souhaitoit ; et je fus présenté an Roi. Ce prince “me fit beaucoup de questions : il parut content de mes réponses ; nous Convinmes que Je le verrois le lendemain en particulier. Il voulut que je demeurasse dans son palais, tant pour examiner à fond sa maladie, que pour en consulter avec les médecins persans. commanda qu’on me donnût cinquanté tomans cheval , deux mulets de son écurie » et quel domestiques ; le toman vaut 6o liv. de notre monnaie.

La maladie de Thamas-Koulikan étoit une hydro-

pisie commencée : il avoit des vomissemens fréquens : et une heure après ses repas, il rendoit tout ce qui avoit pris. Ces accidens étoient accompagnés de beaucoup d’autres : grande Constipation , opilation du foie , sécheresse de bouche » etc. Dès que je connns son mal, il vouloit que j'entreprisse sa guérison ; mais l'affaire étoit délicate ; j'avois besoin de temps pour préparer les r.… .:-les ; nous étions dans le fort de l’hiver : je lui Gemandai deux mois de délai que je croyois nécessaires » €t à lafin desquels nous nous trouverions dans une saison plus douce, Il m’accorda vingt-cinq ou trente jours.

Dans cet intervalle , il sortit d'Ispahan , ét marcha droit à Fars. Pendant toute sa route , il exerça des cruautés inouies. Il savoit que le fameux Schah-Abas, un de ses prédécesseurs , fort adroit à la chasse , avoit autrefois fait transporter dans quelques villes les têtes des animaux qu'il avoit tués, et qu'il en avoit fait des espèces de pyramides ; il voulnt faire à son tour un monument pareil , non pas de têtés d'animaux , mais de têtes d'hommes : il en marqua lui-même la hauteur : elle étoit de trente pieds dans la ville de Kerman. C’est dans cette ville , qu'après le délai qui m’avoit été accordé > je vins joindre la Cour. Je fus présenté au Roi par un de ses ministres;

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1l me reçut avec bonté, donna ordre qu'on dressât deux pavillons , un pour moi , et l’autre pour les domestiques qu’il m’avoit destinés, et régla que ma tente seroit toujours placée auprès de son haram ; privilége qui n’étoit accordé qu'au médecin intime. Dès que je fus logé, je me disposai à faire usage des remèdes que j'avois préparés. Un des anciens médecins me déclara que, selon la coutume et les intentions du Roi, il falloit que je prisse moi-même, avant le prince , et sous ses yeux , la dose de la médecine que je lui présenterois. Je me soumis à l'essai, et je promis d’en prendre le premier quelques gouttes; mais je représentai que n'étant ni malade, ni d’un tempérament aussi robuste que ce prince , j’exposerois mal--propos ma santé À un risque inutile pour la sienne : le prince goûta mes raisons , et suivit, pendant vingt-quatre ou vingt-cinq jours , le régime que je lui prescrivis : il se trouva Jort soulagé et presque guéri. J'étois étranger, mes soins avoient du succès , le Roi m’honoroit de sa confiance ; la jalousie excita la haine des quatre médecins. Une indiscrétion que fit le prince, leur fournit une occasion de me desservir auprès de lui. Un jour je lui avois donné un purgatif qui lui étoit nécessaire ; le temps étoit dur , un vent froid soufloit avec violence, et la neige , qui tomboit en quantité , Couvroit partout la terre ; je le priai de rester dans sa tente; mais il ne crut pas devoir aux décisions de la faculté , la soumission qu'il exigeoit pour ses ordres. Il monta à cheval , et fit une longue course bien avant que la médecine eût pu avoir son effet ; le mouvement du cheval, la rigueur du temps, l'excès de la fatigue lui causèrent une espèce de révolution; il rendit un peu de sang hémorroïdal. Ilen fut épouvanté : ses médecins m’accusèrent de lui avoir donné quelques drogues corrosives qui lui brüloient les intestins, Mais enfin, quel remède , leur dit le Roi? Ils n’osèrent

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n'osèrent pas le risquer, mais ils lui répondirent que celui qui avoit Composé le poison , Pouvoit seul en Connoitre l’antidote, Il me fit appeler, et me régardant avec des yeux enflammés de colère > Me repro= cha son mal : et cependant me l’expliqua. Je lui remontrai le tort qu’il avoit eu de s'exposer au grand air , mais en même temps, je lui préparai un lénitif qui calma l'irritation des entrailles, Le succès me rendit sa faveur. I] me fit Présent d’un cheval de grand Prix , qu’il avoit souvent monté. Sa santé se rétablit parfaitement ; quelque temps après il me fit compter trois cents tomans > C'est-à-dire > Environ dix-huit mille francs de notre monnaie ; il me dit en même temps qu'il comptoit me marque par des dons plus dignes de lui.

décampa vers ja rendre à Maschet, Nous des déserts affreux, Sables brûlans ; on et malgré les précautions q creusant des puits, en cher transportant de l’eau d Partie des hommes »>d périrent de faim et de De ce danger, nou arrivés à Dgimpi

n VOYageurs. Cette terre trer croute épaisse qui, les Pas des chevaux ses gardes, Pour ne pas enfonce ment dans des abimes. J Chevaux et les cavaliers cet inconvénient

autour de moi les Pour parer À , des matelas,

rmir les pieds des chevaux.

Our Surcroît de malheur » l'ordinaire d’un cheval T, IIL,

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