‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]Chapitre 12 sur 107 · FIRMES · texte numérisé non relu

FIRMES

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 5i

Complois , et la désertion d’une partie de son armée ne lui permit pas de se les dissimuler,

I avoit envoyé Ali-Kan, son neveu ; dans le Sistan , avec quarante mille hommes de bonnes troupes , pour réduire cette province qui s'étoit ré voltée, Il craignit que ce Jeune prince lui:méme ne se mit à là tête des rebelles ; il voulut le rappeler auprès de sa personne sous des Prétextes honora-

les , mais en effet, pour éclairer ses démarches , et s'assurer de lui. Ali-Kan, qui savoit comment on étoit traité sur le moindre soupçon, fit espérer son prochain retour, mais l'éloignoit de plus en plus , sous des raisons spéciéuses , et traîna les choses en longueur jusqu’à ce qu'il se fût attaché l'armée qu’il commandoit, et que , sûr d’être soutenu , il püt se déclarer avec avantage et sans péril, Thamas employa toutes les voies de douceur pour l’attirer : promesses séduisantes, distinctions honorables, assu. rances des faveurs les plus distinguées, rien ne fut omis ; tout fut inutile, Toute la Perse avoit les yeux attachés sur ce jeune prince , et attendoit l'issue de cette mésintelligence publique entre l'oncle et le

neveu, Le Roi n’entendoit autour de lui que des bruits de sédition : on arrétoit les courriers , ses ordres étoient intercentés » Chaque jour lui annons çoit un orage , tout augmentoit , rien ne calmoit ses alarmes ; on prenoit plaisir à lui grossir les objets, et l’on jouisoit de son inquiétude, I envoya sa famille et ce qu'il avoit de richesses dans la fameuse forteresse de Kalat: et quand il crut tout en sûreté, il fit semblant d'ignorer , ou il alfocta d’excuser la désobéissance de son neveu, Il se disposa à marcher avec quinze ouseize mille hommescontrela nation des

Curdes, qui venoient de se révolter. Pour cette expé-

dition , il fit fondre les grosses pièces de canon , et

il en fit de petites plus aisées à transporter. Les

.Curdes, À son approche, se retirèrent dans les mon-

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tagnes, et lui laissèrent la campagne libre. L'armée côtoyant toujours cette chaîne de rochers qui défendent l'accès de Kalat, vint camper le 19 juin à une demi-lieue de Cotchan. Il sembloit qu'il eût uelque pressentiment du malheur qui l’attendoit É oR ce lieu. Depuis plusieurs jours il faisoit temir dans son haram un cheval tout sellé et tout bridé. Il essaya de fuir dans son château de Kalat. Ses gardes le surprirent , lui représentèrent les malheurs que sa fuite alloit occasioner , lui protestèrent qu'ils étoient ses fidèles serviteurs, qu'ils combattroient avec lui contre tous ses ennemis , et qu'aucun d'eux ne l’abandonneroit. Il se laissa persuader et rentra.

Il s’apercevoit bien que depuis quelque temps il se tramoit quelques complots contre sa vie; mais il n’en connoissoit pas les auteurs. De tous les seigneurs de sa cour , Mahomet-Koulikan , son parent , et Sala-Kan étoient les plus mécontens et les plus animés. Le premier étoit chef de ses gardes; le second intendant de sa maison. Celui-ci lui faisoit moins d’ombrage , parce que sa charge ne lui donnoit aucune autorité sur les troupes; mais il craignoit l’autre , homme d’expédition , estimé pour sa valeur, et en crédit parmi les officiers. C'est sur lui que tombèrent les soupçons. Il résolut de le prévenir.

IL avoit dans son camp un corps de quatre mille Aghuans : ces troupes étrangères lui étoient entièrement dévouées , et étoient ennemies des Persans. La nuit du dix-neuf au vingt de juin , il fit appeler tous leurs chefs : Je suis mécontent de mes gardes , leur dit-il , vorre attachement et votre courage me sont connus. Je vous charge d'arrêter demain matin tous leurs officiers , et de les mettre aux fers. N'épargnez da vie d'aucun de ceux qui oseront vous résister. Il s’agit de la sûreté de ma personne, et je ne confie qu'à vous le soin de mes jours. Charmés de cette nouvelle marque d’estime et de confiance , les chefs

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