‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]Chapitre 13 sur 107 · LS · texte numérisé non relu

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dés Aghuans se retirèrent, et firent tre leurs soldats sous les armes.

L'ordre ne fut pas si secret qu’il ne transpirât, Les conjurés en furent instruits. Mahomet - Koulikan Qui avoit partout des espions , fit avertir Sala-Kan, Ces deux chefs s’engagèrent mutuellement > par écrit signé de leur main , à ne se point abandonner et à faire périr cette nuit-Ià même l'ennemi commun qui avoit marqué le jour suivant pour celui de leur mort. Get acte ne fut présenté qu’à soixante officiers qui leur étoient le plus affidés. Ils leur firent entendre que celte vengeance les intéressoit autant que ceux par qui elle étoit proposée ; que les Aghuans avoient ordre de les arrêter tous le lendemain, Tous signèrent l'écrit , et promirent de se trouver À l'heure marquée pour l'exécution ; c’étoit celle du coucher de la lune > environ la deuxième après minuit. L'impatience d'attendre, ou l’envie de se signaler altira au rendez-vous avant le temps quinze où seize des conjurés. Ils entrèrent dans l'enceinte du pavillon royal, rompant et brisant tout ce qui s’opposoit à leur passage. Hs pénétrèrent jusqu’au TU où dormoit ce prince infortuné ; le bruit qu'ils firent en entrant, le réveilla, Qui est-ce > S'écria-t-il d’une voix effrayante? où est mon sabre ? Qu'on me donne mes armes, À ces mots, les assassins furent épouvantés , et se retirèrent ; mais À peine avoient-ils fait quelques pas, que les deux chefs de la conjuration se Presentérent , et les ayant rassurés , les forcèrent à rentrer avec eux. Thamas n’étoit pas encore habillé : Mahomet - Koulikan courut le premier , et lui déchargea un grand coup de sabre qui le renversa : deux ou trois autres suivirent cet exemple, Ce malheu, Teux prince , nageant dans son sang, fit quelques FO pus M relever , mais Ja force Jui manqua : ; TYUOIME luez-vous , S'écria-t-il ? laissez-moi le ft ; CL lou ce que je possède est à vous. Il parloit

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encore lorsque Sala-Kan fondit sur lui le sabre à la main , et lui coupa la tête, qu'il remit entre les mains d’un soldat, pour la porter à Ali-Koulikan , qui étoit encore à Herat, Le soldat fut tué en chemin , et elle ne fut présentée au prince successeur , que trois semaines après cet événement.

Ainsi périt, à l’âge de 65 ou 66 ans , après treize années de règne , le prince le plus riche du monde, Ja térreur de l'empire ottoman , le conquérant des Indes , le maître de la Perse et de l'Asie , leameux Thamas-Koulikan , respecté de ses voisins, redouté de ses ennemis, à qui il n’a manqué que d’être aimé de ses sujets. Sa barbe, peinte en noir, contrastoit avec ses cheveux, qui étoient tout blancs. Il étoit d’un tempérament fort et robuste , d’une taille très haute , et d’une grosseur proportionnée ; il avoit le visage basané , moins arrondi qu’allongé , sans l'être

ourtant trop ; le nez aquilin, la bouche assez bien due , la lèvre inférieure un peu excédante, les yeux petits et perçans , le regard vif et pénétrant , la voix rude et forte , mais dont il savoit adoucir les sons, selon que le caprice ou l'intérêt le demandoit,

Seul artisan de sa fortune , il ne dut qu’à lui-même son élévation. Malgré la bassesse de son extraction, il sembloit né pour le trône. La nature lui avoit douné toutes les grandes qualités qui font les héros, ét une partie même de celles qui fones grands rois. On aura peine à trouver dans l’histoire un prince d'un génie plus vaste , d’un esprit plus pénétrant , d'un courage plus intrépide. Ses projets étoient grands , les moyens bien choisis , et l'exécution pré-

parée avant même que l’entreprise éclatät : ses

regards se portoient sur toutes les provinces de son royaume ; rien ne lui étoit inconnu , et il n’oublioit rien. Les travaux ne l’abattoient point; il ne s’effrayoit pas des dangers ; les obstacles mêmes et les diffi-

cultés entroient dans l’ordre de ses projets. Il n’avoit

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