‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]Chapitre 14 sur 107 · MONTS · texte numérisé non relu

MONTS

point de demeure fixe ; sa cour étoit son camp, une tente formoit son palais ; son trône étoit placé au milieu des armes, et ses plus chers confidens étoient ses plus braves guerriers. Les froids rigoureux de l’hiver, les chaleurs excessives de l'été , la neige et les pie , la faim et la soif, les travaux et les périls , irritoient son courage et n’étonnoient point sa fermeté, On l'a souvegt vu passer rapidement d’une frontière à l’autre , et dans le temps qu’on le croyoit cu dans une province , il remportoit une victoire dans celle qui en étoit plus éluignée, Intrépide dans les combats, il portoit la bravoure jusqu'à la témérité , et se trouvoit toujours au milieu du danger à la tête de ses braves tant que duroit l'action , et à leur suite quand il falloit se retirer, Le premier et le dernier sur le champ de bataille , il ne négligeoit aucun des moyens que la prudence suggère ; mais 11 dédaignoit les ressources qu'elle se ménage , et ne comptoit que sur son courage et sa fortune. C’est par-là que, dans les actions d'éclat et dans les batailles importantes , il décidoit la victoire en sa faveur. Voilà ses beaux endroits ; c'est par-là qu’il a mérité qu’un de nos écrivains (1) le comparât à Alexandre. Tant de brillantes qualités auroient fait oublier sa naissance , et à force d’admurer le monarque , on se seroit accoutumé peutêtre à excuser l’usurpateur, L’avarice sordide et les cruautés inouies qui fatiguèrent sa nation et occasionèrent sa perte , les excès et les horreurs où se porta ce caractère violent et barbare , firent couler bien des larmes et bien du sang dans la Perse : il en fut l'admiration , la terreur et l’exécration. Il seroit dificile de décider de quelle religion il étoit. Plusieurs de ceux qui croient l'avoir le mieux connu ;

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(1) M. de Bougainville, secrétaire-perpétuel de l'académie royale des Iascriptions et Belles-Lettres,

prétendent qu’il n’en avoit aucune. Il disoit quelquefois assez publiquement qu'il s’estimoit autant que Mahomet et Ali ; qu’ils n’étoient si grands, que

arce qu’ils étoient bons guerriers ; et qu après tout, al croydit avoir atteint le degré de gloire qu'ils avoient acquise par les armes. "

Je n’ai jamais entendu parler de la facon dont il | en avoit usé avec son père. Il le quitta de très- | bonne heure; peut-être le perdit-il dans le temps | de ses premiers exploits. Pour sa mère , il l’aimoit avec tendresse ; il en pleura la mort, sa douleur parut sincère ; et pour laisser à la postérité un monument éternel de son attachement et de ses regrets, à son retour des Indes , il fit bâtir une belle mosquée sur son tombeau, |

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P, 8, Dans le détail des événemens principaux 24 de la vie du célèbre Nadir-Schah » Jaioublié, mon | xévérend père , quelques traits qui achèveront de

vous donner une idée complète de la dureté de | son caractère , et des trésors immenses qu'il avoit accumulés, Ayant entendu parler de la marine des Européens , il forma aussitôt le projet d’avoir une , flotte sur l'Océan , et une sur la mer Caspienne. Il acheta quelques vaisseaux des Anglais. Il voulut en faire construire d’autres à Render-Abassy ; et comme il n’y a point de bois dans cette contrée , ilen fit couper dans une autre province. Sessujets furent con- ’ traints d'apporter à leurs frais ces pièces énormes ; pendant l’espace de trois cents lieues , €t au travers ;

de déserts affreux. Cette entreprise inutile fit périr des milliers d'hommes. Il réussit mieux sur la mer Caspienne , où il mit quelques vaisseaux ; trois autres étoient commencés quand il mourut. Il fit une autre entreprise aussi meurtrière pour ses sujets. Il les forca de lui apporter de Tauris à Maschet et à Kalat, de grands blocs de marbre blanc; le trajet est de

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Rien n’égale les richesses qu'il avoit entassées À Kalat. Après sa mort, on apporta une partie de.ses trésors à Maschet. Chaque chameau ne pouvoit porter que deux coffres d'argent monnoyé, Je les vis dans la place de Maschet. La magnificence de ses tentes étoit supérieure à tout ce qu’on nous raconte du luxe des anciens rois de l'Asie, 11 y en avoit une entr'autres brodée à fleurs sur un fond d’or, et surchargée de perles et de pierreries. Elle étoit d’une hauteur et d’une longueur considérables... Ses trônes étoient magnifiques : celui qu’il avoit apporté des Indes est le plus riche que je crois que l’on puisse voir, Il a six pieds en carré sur dix @e harteur. On y voit huit colonnes toutes l'ade te diamans et de perles. L’impériale , en dedans et en dehors, est chargée de rubis et d’émeraudes, surm. {€ de deux paons, qui ont, à chaque bout des plumes de la queue , une grande émeraude et des pierrerics sans nombre, ajustées à peu près sur les couleurs différentes de cet oiseau, Ses cinq autres trônes étoient très-riches. Il en fit faire un qui n’étoit qu’une grande plaque d'or émaillée en pierreries, et d’un fort bel ouvrage, Je vous envoie le plan de son camp. Le nouvean sophi Soliman, le troisième qui, depuis Thamas-Koulikan, soit monté sur le trône, exige que je me rende à sa cour pour y être aussi son médecin. Si j'y vais, je m'instruirai de toute la suite de cette révolution , et je vous en enverrai le détail.

À Bender-Abassy, le à février 1751.

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