‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]Chapitre 24 sur 107 · FR BE · texte numérisé non relu

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 111 il étoit enjoint à tons ceux qui s’étoient fait catholiques depuis quinze ans, de revenir à l’arménisme. H prit mal son temps. Le père étoit alors à la cour. Averti par ses amis des démarches du patriarche, ül ne se contenta pas de les traverser, il fit donner un ordre décisif en faveur des catholiques.

Tout autre que le patriarche auroitquitté la partie; mais toujours acharné à la perte de la religion , il ne se rebuta point, et voulut faire un dernier effort : il n'avoit point réussi par les prières, il voulut en imposer par l'éclat. Il parut à l'audience du Roi avec un air de grandeur et de magnificence, peu convenable à un sujet. Le prince en fut frappé. Il lui demanda quels revenus il avoit pour trancher ains du grand seigneur, et du petit souverain. I répondit qu'il n’avoit que ce qui étoitsuflisant pour l'entretien de son monastite d'Edchmiadzin; mais le Roi étoit instruit. Îl le condamna à lui céder cinq villages, et à lui payer deux mille cinq cents tomans; il le renvoya escorté d’un moisil qui devoit rapporter cette somme, et la remettre au trésor royal. Ce dernier coup l’accabla, et ses poursuites cessèrent enfin.

Cette punition du patriarche, la faveur du père Damien , et la protection dont nous honorent les Anglais, qui sont de retour à Ispahan : tout nous annonce, du moins pendant le reste de ce règne , un calme heurenx et une tranquillité constante,

Nous avons vu, dans ces temps orageux , des prodiges de valeur et de générosité chrétienne; des fidèles résister en face aux prêtres schismatiques et aux vertabiets qui vouloient les conduire malgré eux à l'église des Arméniens; un père se faire l’apôtre de sa maison, qui s’étoit pervertie pendant son absence, et la rendre catholique; une veuve convertir sa famille entière et l’'aitirer à la vraie foi, par ses discours, par sa piété, par son exemple;

nous avons vu un enfant de dix à douze ans, se

mettre dans le risque de mourir, et mourir en effet victime de sa fermeté. Il étoit fils d’un paysan des environs de Julfa, et il commençoit à fréquenter notre école. Son père qui étoit arménien , entreprit de lui faire abjurer sa foi: caresses, sollicitations , larmes, prières, tout fut employé. On eut recours aux menaces, le père employa les rigueurs; l'enfant les souffrit sans se plaindre, et sa résistance fut invincible. Les mauvais traitemens furent portés à une si grande violence, qu'il en tomba malade , et perdit la vie sans avoir rien perdu de sa constance et de sa foi.

Je finis cette lettre par quelques traits qui m'ont échappé jusqu'ici sur la religion des Arméniens, Ils anathématisent solennellement le concile de Calcédoine, saint Léon , et l'Eglise romaine quatre fois l’année; c’est-à-dire le samedi aväht la Quinquagésime , la veille de la Transfiguration , la veille de l’'Assomption et la veille de Noël.

Ils ne croient ni le jugement particulier, ni le purgatoire ; et ils prétendent que les âmes de tous ceux qui meurent vont dans un même lieu, où elles attendent le jugement dernier , les unes dans la joie, les autres dans la tristesse : vous voyez qu’ils enchérissent sur l'erreur des millénaires. Quoiqu’ils ne croient point de purgatoire , ils font cependant des prières pour les morts. Nous regardons cela comme une inconséquence, mais l'esprit d'intérêt les empèche de l’'apercevoir.

A la messe, ils ne mettent point d’eau dans le calice , et ils nous traitent d’hérétiques parce que nous en mettons. Voici sur quoi ils se fondent: c’est, disent-ils, que lorsque Jésus-Christ consacra il ne se servit que de vin, et que la messe étant le renouvellement de la cène, on doit pratiquer de point en point ce que Jésus-Christ pratiqua.

Quand une personne malade n’a pu, par quelque accident,

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accident, recevoir la communion, ou quand elle est près de mourir sans avoir pu se confesser, ils lui mettent le corps de Jésus-Christ dans la beache lorsqu'elle rend le dernier soupir.

Ils sont étonnés de voir plusieurs autels dans nos églises, et de voir dire plusieurs messes sur chaque autel. Jésus-Christ, disent-ils, n’a consacré qu’une fois sur la même table, et par conséquent, on ne doit dire qu’une messe sur chaque autel. Dans le temps du jeûne , ils mangent à toute heure et ils ne s’en font aucun scrupule, pourvu qu'ils ne mangent point de mets défendus. Nos catholiques sont les seuls qui ne fassent qu’un repas par jour.

L’abstinence est beaucoup plus respectée; en ce genre , ils portent le scrupule jusqu’à l'excès. Si pour guérir d’une maladie il falloit ou manger gras , ou commettre un péché mortel ; dans la nécessité de choisir , il vaudroit mieux , selon eux , pécher mortellement que de rompre l’abstinence.

Quand les femmes sont en deuil , elles ne sortent qu'au bout de quarante jours ; quelques-unes même ne sortent qu’au bout de l'an , et pendant tout ce temps-là , elles n’entendent point la messe, C’est, disent-elles , la coutume du pays : coutume ou plutôt abus , qu'ont aboli les missionnaires parmi les catholiques.

Je finis, mon révérend père, et je compte vous marquer dans une autre lettre, quelles sont nos occupations au-dedans et au-dehors. Vous verrez que nous ne sommes pas désœuvrés , et qu'outre les langues qu'il faut apprendre, on a besoin ici plus qu ailleurs , de lumières , de science , de précautions, de modération , de patience, Qu'on ne nous reproche point que dans ce pays les conversions ne sont pas bien fréquentes ; songez que c’est de schismatiques opiniâtres que nous sommes environnés ; demandez à nos missionnaires de France s1 dans leurs excur-

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