‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]Chapitre 30 sur 107 · VOIS · texte numérisé non relu

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année , si elles étoient autant de fois ensemencées. Autrefois une seule récolte fournissoit à Rome > à Constantinople , aux provinces et aux royaumes voisins, toutes les provisions de blé nécessaires. doit paroître étonnant l'Egypte , qui n’a pas plus de deux cents lieues de longueur sur soixante de largeur , re.\de une si prodigieuse abondance de grains, et que du sein des mêmes terres sorte , sans aucun repos , une pareille quantité de toutes sortes de légumes , qui naissent les uns après les autres.

Mais ce qu'il y a de plus surprenant, c’est que , dans les temps où la stérilité et la famine se sont fait sentir partout ailleurs, l'Egypte seule a toujours joui d’une heureuse fécondité , et a été pour le reste du monde , comme au temps de Joseph, une ressource publique.

Ce furent les avantages d’une si heureuse situation qui déterminèrent Alexandre-le-Grand à rebâtir la ville d'Alexandrie sur une des branches du Nil ; je dis rebâtir, parce que, si l’on en croit quelques auteurs , les ruines d’une plus ancienne ville , dont on voit encore les colonnes et les obélisques , ont servi de fondement à {a nouvelle Alexandrie.

Les richesses de l'Egypte étant aussi grandes que je viens de le dire , il s'ensuit nécessairement que ce royaume est très-peuplé, comme il l'est en effet ; mais c'en est aussi une suite nécesssire que les peuples qui l’habitent soient lâches , pare seux et fainéans , comme àls le sont, Ils se fient si fort sur la bonté de leurs terres, qu'ils ne prennent presque pas la peine de les labourer. Sitôt que l’eau du Nil est retirée dans son lit, les paysans sèment leurs champs. La seule façon qu’ils ont à faire est de mêler du sable avec le limon que le Nil répand sur les terres ,en cas que ce limonles ait rendues trop grasses; et alors les terres ensemencées produisent avec usure une abondante moisson,

Les Egyptiens font leur boisson ordinaire de l'eau du Nil. Pour l'éclaircir > ils la mettent dans un vase ; dont on frotte l'ouverture intérieure d’un peu d'amandes pilées , et un quart-d'heure après , l’eau devient pure et claire comme eau de roche, Ils ont un autre secret pour la rafraichir, malgré le climat qui la tient toujours chaude. Ils la mettent dans des vases d’une terre subtile et transparente , et lorsque le vent du nord vient à souffler , ils pendent ces pots en l'air et les exposent aux rayons du soleil : l’eau ainsi exposée, contracte en peu de temps une fraicheur agréable; j'en ait faitl’expérience plusieurs fois.

Les grandes chaleurs se font sentir pendant les

mois de mars, avril, mai > €t la moitié de juin.

L'Egypte est gouvernée par un pacha; mais le Grand-Seigneur a soin de lui donner un successeur au bout de l'an, pour ne lui pas laisser le temps de devenir trop riche et de se rendre trop puissant, Outre le pacha qui gouverne l'Egypte , 1l y a plusieurs gouverneurs subalternes qui commandent dans différentes parties de l'Egypte , et elles sont autant de gouvernemens particuliers.

Le grand Caire est la ville capitale du royaume ; elle peut être aussi longue que Paris , mais beau- Coup moins large : elle pourroit cependant lui être comparée, si l’on confondoit l’ancien Caire avec le nouveau , quoique lun soit éloigné de l'autre d'une bonne demi-lieue, Le nouveau Caire, qui est la principale ville, est très - peuplé ; mais ce qtu le fait paroître plus peuplé qu’il ne l'est en effet, c’est que, pour donner de la fraîcheur à la ville, les rues sont très-étroites , et qu’on y est arrêté à tout moment par la foule de cenx qui vont et viennent, Les maisons sont bâties de brique , les étages sont fort bas. On en voit sortir des fourmillières d'hommes qui les habitent ; car la coutume n'est point ici d’avoir de longues enfilades d’appar-

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temens inhabités, qui ne servent que de parade, Une nombreuse famille qui aura grande quantité d’esclaves, n’occupera qu'une petite maison. Les hommes logent en bas, et les femmes ont le lieu le plus élevé.

On compte dans le seul Caire jusqu’à cinq cents mosquées , et vingt-quatre mille dans toute l'E ypte. La preuve qu'on en donn: + @st que le cadislesquère qui, de dix - huit mois en dix-huit mois, y vient de la part du Grand - Seigneur , et reçoit un sequin de chaque mosquée du royaume, retire vingtquatre mille sequins de ce seul droit,

Le Caire étoit autrefois environné de murs avec des tours de distance en distance , dont on ne voit plus que des ruines. Les portes qui subsistent sont couvertes de lames de fer, comme le sont celles d'Alexandrie , ce qui fait croire que leur fabrique est du même temps. On trouve aussi'au Caire quelques palais des anciens rois et des anciens seigneurs, avec des salles d’une grandeur et d’un exhaussement extrême , plafonnées de bois ouvragé, couvert d'or et d'azur. Ces plafonds ont une manière de dôme, ouvert exprès pour recevoir l’air de tous côtés. Les salles sont pavées de marbre avec des compar-

timens et des dessins bizarres. Les murs en sont

pareillement revêtus à la hauteur de dix à douze pieds. Au milieu de ces salles, une fontaine jaillissante Sort d'un bassin pavé de marbre. Il faut convenir que ces vasies lieux, qui ont l'élévation de nos églises et presque leur étendue, sont tout-à-fait convenables au chimat.

Ils ont des inventions pour introduire le vent dans ces salles et les rafraîchir. Ce sont des manitres de gorges de loup, qui répondent à des coulisses fort étroites , où l'air passe avec rapidité , et se mêle à la fraicheur des eaux. L'élévation de ces salles , le marbre , et les eaux y entretiennent une si grande

fraicheur, que dans les plus grandes chaleurs de

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l'été, il est difficile de s’y tenir long - lemps sans

pelisse, Les femmes distinguées ont auss: leurs salles

dans leurs “PPartemens , et l’on peut dire que c’est

à principalement que la magnificence des Turcs

éclate, Ces salles Sont toutes brillantes d’or et d’aur ;

mille peintures à Ja turque y diversifient les Lam! is et les murs : des tapis de Perse et des Coussins brocié d’or ét d'argent Parent leurs divans, Le pacha loge dans le château , qui est à une des extrémités du Caire, à mi- côte de la montagne. Ce château qui étoit autrefois la demeure des rois d'Egypte, tombe peu à peu en ruines. Le pacha ÿ ent son divan » Qui est précédé d’une assez elle place longue de trois cents pas , et d'environ cent de large, Ce que j'ai vu de plus curieux dans ce château , c’est le Puits qu'on appelle le Puits de Joseph. On ne peut disconvenir qu'il n’ait fallu un temps infini Pour le construire, $a profondeur est comme partagée en deux parues, Du sommet jusqu'à la moitié, on ÿ descend par un escalier » qui régne autour du puits , et qui St entaillé dans la Pierre. Cet escalier à été pratiqué pour y descendre des bœufs. On trouve au fond de cett première partie > une plats … forme répondant à l'ouverture Supérieure,

Les bœufs travailtent Sur cette plate-forme pour élever l’eau, par ie moyen d’une roue et de longues cordes où des pots de terre sont attachés,

S pots se remplissent et se vident en tour-1 ant avec la roue. L'eau se tire en deux temps différens par le moyen de deux roucs , l’une poste Sur l’autre, et à quelque distance l’une de l'autre. La plus profonde verse l’eau dans un premier ré servoir , à où la seconde l’enlève et la porte jusqu’au haut du puits. Quatre bœufs et souvent six sont OCCupés à ce. travail.

Cette eau , qui est un peu salée , ne sert que pour

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