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ÉDIFIANTES ET CURIEUSRS, 199
étoit couvert de barsim et de sainfoin. Des chevaux et d’autres bêtes de somme le broutoient.
Après cette belle campagne, j'entrai dans une autre entrecoupée de marais et d'étangs , qui mettent la patience d’un voyageur à l'épreuve, J'eus de l’eau quatre ou cinq fois jusqu'à mi-corps, etune fois jusqu'au cou. Après bien des fatigues , j'abordai à Deirout; je m'y embarquai sur un bateau après soupé ; et nous nous trouvämes à Rosette avant minuit de la fûte de Noël, Je n’osai mettre pied à terre que le jour ne parût; mais, dès le dénd matin , je me transportai à l'église des Français , où je célébrai mes trois messes , et assistai aux autres offices ; j’allai ensuite visiter le patriarche grec d'Alexandrie , nommé Samuel , qui y étoit venu pour changer d’air et rétablir sasanté. Les Maronites et les Coptes, qui surent mon arrivée, vinrent aussitôt me voir, et me demandèrent avec instance à se confesser, Je les préparai de mon mieux à faire leurs dévotions.
Le jour des Innocens je me rendis par terre à Alexandrie, où j'avois appris que tous les bâtimens français étoient arrivés. J’allai incontinent faire mission sur ces vaisseaux , et inviter les passagers et les hommes de l'équipage à s'approcher des sacremens pour la bonne fête. Je m’y trouvai très-à-propos pour plusieurs d’entr'eux, qui avoient grand besoin de se réconcilier avec Dieu. Ils suivirent mon conseil, se confessèrent, et reçurent le sacrement de l’'Eucharistié avec une piété très-exemplaire, Pendant mon séjour à Alexandrie , j'allai visiter l’église de Saint- Marc, respectable par son ancienneté, Elle est entre les mains des prêtres coptes, et par conséquent trèsinal-propre. Celle de Sainte-Catherine, qui est desservie par les Grecs, est très-ornée par leurs soins et leurs libéralités, M. de Montreuil , vice-consul, et M. Barthelemi Blanc me firent toutes sortes de bons traitemens, Ils me donnèrent leur table et
leur maison > €t n'oublièrent rien de mes fatigues passées, Je partis d’Ale jour des Rois, Pour repasser à Rosette, MM. Guis,
frères , de la Ciotat, dont l'aîné avoit été autrefois
Pour me remettre xandrie le
Mon condisciple en hilosophie me reCurent chez "ISCIP P: pnie , Ç
bonté possible, Ils me chargèrent de Provisions pour mon retour, Je
mm embarquai sur le Nil le 14 janvier. Le vent con-
traire ne nous Permit d'arriver à Boulacq que le »x à l'entrée de la nuit , et le lendemain dimanche , je vins célébrer la sainte messe au Caire.
Voilà, Monseigneur, un pelt récit de mon voyage dans les déserts et les Campagnes de la Basse-Esypte, à l'occident du Delta. Je Puis dire, en quelque manière , comme Je Patriarche Jacob » Qu’avecun simple
âlon j'ai osé traverser , non sans bien des périls et des fatigues , un Pays d’infidèles Pour y cherchera brebis égarée, Ce bâton, sur lequel je me suis appuyé, est le même que celui qui faisoit la force et fa con solation du Prophète - Roi 1); je veux dire la Providence divine, sur laquelle ;
à Visite m’a causé Jans le même es-
drit, et par les mêmes moufs, que j'ai entrepris un
Second voyage dans l'ile du Delta.
Je partis du Caire le 11 mai 17 un diacre > Sürien Catholique d'Al sage, trés-zélé, et trés-propre à ans Ma Course évangélique, Nous étant embarqués ensemble sur le Nil, le 14 au Soir, nous ne Pûmes arriver que le 13 au matin à Dagoué, petit bourg à une journée du C
aire, sur (1) Pirgatua et baculus tuus ;
PSa me consolata suns, Psalin.
14, ACCOMpagné ep > homme très.
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la rive droite du bras du Ni, quii descend à Damiette,' Nous restûmes même tout le jour à manœuvrer et à
voguer vis-à-vis Dagoué, notre bateau échouant à tout
moment sur le sable, parce que les eaux étoient fort
basses. Pendant cet embarras je mis pied à terre pour
aller visiter sept ou huit maisons de Chrétiens, qui
habitent ce bourg. Le temps me permit de leur faire
uue instruction. Le profit fut qu'ils me promirent de
se préparer pour se confesser à mon retour , n'ayant
pas eu occasion de le faire depuis plusieurs années.
L'expérience m'a appris que tous ces Coptes n’ont besoin que d’être instruits, pour embrasser la foi or-
thodoxe. Mais il faut les cultiver; car ils sont du
nombre de ceux dont parle saint Paul (1), qui se
laissent aisément emporter çà et Là et à tout vent en
fut de doctrine, n’ayant pas assez de lumières pour
discerner Le bon grain, du mauvais que les ennemis
de l'Eglise leur présentent. :
Je retournai le soir à mon bateau, et nous démarrâmes, dès ce soir même, de Dagoué, Ce petit bourg , qui n’a rien de considérable par lui-même, est fameux par la demeure d’un insigne voleur nommé Habib, Cet homme , qui s’est rendu redoutable par tout le pays , pille et ravage impunément , par terre & par eau, tout ce qu'il trouve en son chemin, Chaque bâtiment qui descend à Damiette » OU qui monte au Caire, lui paye un tribut. Outre cela, il choisit tout ce qu’il y a de meilleur parmi les marchandises , et se l'approprie sans dire pourquei; qui que ce soit n’ose lui résister ; et ce qui est étonnant, c’est que le pacha, avec ses sept corps de milice, et vingt-quatre sangiacs du Caire , savent tout ce bri= gandage , et n’ont pas la hardiesse de s’y upposer. Nous avions sur notre bord deux ou trois janissaires, qui emmenoient avec eux une troupe d'esclaves
em (1) Ephes. IV. 14.
202 LETTRrs noirs , de l’un et de l’autre sexe.
arabe , qui est l’homme de confia ‘insigne volcur Habib , vint tout à main , visiter tous ces esclaves.
qu'il trouva 4 son gré , et les co son maître, Nos jJanissaires se ç
der , et Le laissèrent faire.
Cet Habrh , dont je vien fois pêcheur ; de pêcheur
In grand fauriert nce et de main de seul, un bâton à Il emmena ceux nduisit au sérail de Ontentèrent de gron-
s de parler, étoit autre » Il s’est fait chef d’une
t les commande depuis ° Ft : , A vingt à trente ans. Il loge à Dagoué , dans une espèce
de palais assez Propre, sur le bord de la rivière. Il chevaux dans ses écuries , et
Plusieurs milliers d’Arabes lui niers publics , qu'on porte du Caire , sont très - souvent enlev une adresse admirable pour s?
attaqué par des forces Supérieures, ici, comment il se Peut faire que se joignent pas ensemble pour le st qu'il a un moyen sûr de se mainteni
tous Jes
in, aux principaux beys ou sangiacs du pays , et moÿennant ces libé ralités , ils le laissent maître de tout ce qu'il veut.
venger les querelles particulières qu'ils ont les uns contre les autres. I] n'y a que trois mois qu'il ravagea un grand village “PPpartenant à Ismain bey , et qu'il Y Massacra une centaine de Personnes , et cela à la sollicitation de Gaithas bey , ennemi d’Ismain bey. Le 16 mai, après être sortis de ce Coupe-corye , nous abordämes à Mansoura » Petite ville sur la droite du Nil, célèbre par la défaite et la prison de saint Louis, roi de France, Nous en partimes à dix heures u matin. Nous traversämes Ja rivière pour passer
AFRO it reed gb
rand vaurien t de main de > un bâton à mMmena ceux au sérail de ent de gron-
étoit antrechef d’une inde depuis une espèce à rivière, I] écuries , et rigandage, , et les de- 1 divan du gens. Il a and 1l est lemandera ssances ne e. Je réenir dans tous les rincipaux ces libéril veut.
prêt pour les uns l'ravagea
, et qu'il cela à la ain bey.
-gorge ,
a droite
de saint heures
* passer
RE
au Delta , et continuant notre route par terre, nous arrivâmes sur le midi à Démaie , village qui n’est habité que par des Mahométans. C’est en cé lieu que se fait le sel ammomac le plus estimé de toute l'Egypte. Ce sel se fabrique dans des fours , dont le dessus est fendu en long ; et en plusieurs endroits. On pose sur ces fentes vingt ou trente bouteilles de verre rondes , d'environ un pied et demi de diamètre , avec un cou d’un demi-pied. On ferme bien: ces bouteilles , on les remplit de suie avec un peu de sél marin, et d'urine de bestiaux. Ensuite on élève un plancher de terre grasse et de brique , qui couvre tout , excepté le haut du cou des bouteilles , qui est à l’air. Alors le feu se met dans le four , et y est entretenu continuellement pendant trois jours et trois nuits. Le flegme des matières contenues dans les bouteilles s’exhale , et les sels acides et alkalis se rencontrant et s’accrochant les uns aux autres proche du cou, forment une masse blanche et ronde. L'opération étant finie, on casse toutes les bouteilles | et on en tire ces masses qu’on nomme sel ammoniac. Il est à remarquer que la suie dont j'ai parlé, est produite par la fumée de ces mottes à brûler > qu'on : nomme ge/lée en arabe. Elles sont formées de la fiente des animaux. Toute autre fumée ne seroit pas propre à se condenser en sel ammoniac.
De Démaie , nous poursuivimes notre chemin jusqu'au village de Bolquas , et de à jusqu’à Sainte- Gemianne , où nous arrivâmes au soleil couchant, Depuis Bolquas, en tirant vers le nord jusqu'à la mer , c'est une plaine d’une ou:devx journées de long et large , couverte toute l’année de bufles à nulliers , de bœufs et de moutons. Des bouviers et des bergers les gardent. Les eaux du Nil l’inondent la moitié de l’année, et la fertilisent. Elle ne produit pourtant que des herbes de pâturage , et quelques broussailles. Au milieu de la plaine , s'élève
méme
Date
une ancienne éolise À vingt - deux dômes , dont ‘aspect est fort riant de près e
qu'on nomme t, mais son véritable nom
dans tous les
ette sainte étoit fille unique du
Souverneur de aTamia |, nommé Juste, Elle fut
> €t dans le même lieu où l’on voit encore son
SOn couvent, La mort de cette le 18 Janvier. Sa fête > et la dédi célèbrent le 18 mai, Jusque-là la tradition des Coptes ne Contient rien que de raison
Visions dont ils se repaisse
Îs SOuticnnent que plusieurs Martyrs, avecla sainte lCrge , reine des Martyrs, et sainte Gemianne, des-
cendent du ciel en plein jour dans l'église de cette
Sainte, et se font voir au peuple plusieurs fois l’année,
mais beaucoup plus Visiblement le Jour de la fête de
à Sante au mois de Mal, L'extravagance de cette
Opinion a pour fondement Certaines ombres formées
Par la réflexion des rayons du soleil, La catoptrique explique de quelle manière ces orment ; sans recowir à
tout le mystère, I] ÿ a joignant l'ég
Cent ceux qui y Viennent puiser de l’eau. Le soleil dont les rayons
lappeñt tout ce monde assemblé sur la plate-forme ;
réfléchit confusément leurs images sur la blancheur
des murs du dôme de l'Eglise , qui ne reçoit son jour que Par une petite fenêtre d’un pied où deux En cärré, Ce miracle est aussi commun > qu'il est naturel. Cependant les Coptes transportés de joie et l'admiration, s’écrient à la vue de ces images réflé-