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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 229 gêmes , et trouvent toujours des instans pour surprendre la vigilance de ces jeunes sentinelles. Comme je me disposois à faire le catéchisme , une troupe d'écrivains coptes m’abordèrent , pour me faire des questions sur nos coutumes, et sur notre créance différente de la leur. Les raisonnemens étant inutiles avec eux , je me contentai de leur ouvrir l’'évangile , et de leur opposer les textes contraires À leurs opinions ridicules et à leurs pratiques extravagantes. [ls me dirent entr’autres choses , qu'ils étoient fort scandalisés de ce que les Latins méprisoient le feu du ciel , qui en descend, disent-ils , Chaque année , le 0 , dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem , et qu'ils appellent Nour , c’est-à-dire : feu saint du sépulcre de Jésus-Christ, Voici l'histoire de ce prétendu feu saint, Foulcher de Chartres , aumônier de Baudouin I, second roi de Jérusalem ; raconte un miracle dont tout le peuple de Jérusalem étoit témoin de son temps, et dont il avoit été témoin lui-même. Il dit que le samedi-saint, veille de Pâques, Dieu voulant honorer le sépulcre de Jésus- Christ, et animer la foi des fidèles » faisoit descendre visiblement du ciel une flamme de feu dans le Saint-Sépulcre ; que cette flamme allumoit les lampes éteintes, selon la coutume de l'Eglise, dès le vendredi-saint; que voltigeant d’un côté et d’autre, elle allumoit très-souvent les autres lampes de l'église, Il ajoute que du vivant de son maître > Dieu voulant éprouver la foi des Chrétiens, ou punir peut-être leur relâchement , retarda de quelques heures l’événement de ce miracle, qui ne s'accomplit que le jour même de Pâques, et qu'après une procession solennelle au temple de Jérusalem, où le Roi assista à la tête de tous les Chrétiens, marchant tous nupieds, faisant des prières à haute voix , etavec larmes et gémissemens, Baronius et Sponde font mention de ce même
230 LETTRES miracle , comme d'un
mer les holocaustes | où pour punir les impies. Le ne Urbain IE, dans sa harangue prononcée dans € concile de Clermont > l'an 1095, excitoit par ce miracle les princes chrétiens à unir leurs armes pour recottvrer une terre que Dieu honoroit dun si grand prodige. Il ÿ à quelque apparence qu’il cessa un peu après les premiers rois de Jérusalem , le zèle des princes chrétiens s'étant ralenti , et les catholiques ayant dégénéré de la piété de leurs pères.
Les Catholiques avouent de bonne foi la cessation de ce fameux miracle ; mais les schismatiques ont trouvé un trés-grand intérêt à le perpétuer dans l'opinion des peuples. Les prêtres , les évêques et le patriarche grec, Sont les premiers À abuser de la crédulité populaire, et ils s'en trouvent bien; car k fausse espérance de voir Je jour du samedi-saint : dessendre ce prétendu feu du ciel > eXCite la curiosité de sept ou huit mille pélerins , qui accourent de toutes parts À Jérusalem Pour en être Spectateurs, et qui sont toujours une ressource assurée , laquelle produit à ces chefs des schismatiques des fonds suffisans Pour subsister , et Pour payer au Turc le tribut ordtnaire, Plusicurs de nos missionnaires ont été témoins de ce que je vais dire, Dès le vendredi - Saint on ouvre les portes de Péglise du Saint-Sépulcre, C'est À qui y entrera le Premier pour s’y préparer une place avec des nattes , qu'ils étendent POUr ÿ passer la nuit, Ea foule et la confusion augmentent le samedi matin ; car dès la pointe du jour une multitude de jeunes gens de
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métier , d'ouvriers et de villageois , ne sont pas plutôt entrés dans cette vaste église , qu’ils se mettent à courir , crier , chanter , danser autour du Saint-Sé-. pulcre. Les querelles se forment et s’échauffent; on se bat à grands coups de poings et de pieds. Le Turc survient pour mettre le holà , frappant d’un gros bâton à droite et à gauche. Le désordre cesse et renaît à l’instant , jusqu'à ce que la céremonie de la procession commence. L'heure étant venue , le clergé sort dans un grand ordre du chœur des Grecs. Plusieurs bannières cramoisies , assez semblables aux nôtres, ouvrent la procession. On voit paroître ensuite des cierges d’une grosseur et d’une hauteur extraordinaire, Les bannières et les cierges sont portés par des clercs , qui marchent doucement sur deux lignes. Ils sont tous revêtus de tuniques de différentes couleurs, trainantes jusqu’à terre, ce qui leur donne beaucoup €: grâce. Les diacres suivent les clercs, portant pu. lement la marque de leur dignité. Les prêtres marchent après les diacres, et les évêques et les archevêques après les prêtres, revêtus tous de magnifiques chapes de différens draps d’or, fer : mées par-devant , selon l’ancien usage des Eglises d'Orient.
Le clergé grec , comme le plus noble et le plus nombreux , a le pas et tient le premier rang. Le clergé arménien le suit dans le même ordre. Le surien , le copte, le géorgien, l’abissin , marchent après le clergé arménien. Le patriarche des Grecs férme la procession. Il est couvert d’une longue robe enrichie de fleurs d’or , et a par-dessus une trèsmagnifique chape relevée par-devant , et soutenue par deux évêques qui marchent à ses côtés. IL a la tiare en tête , moins haute que celie de nos souverains pontifes. Il a à la main gauche son bâton pastoral , et dans la droite une petite croix, dont il bénit continu ‘lement le peuple. Plusieurs évêques
et plusieurs diacres l'environnent et l'encensent sans cesse, La procession fait dans cet ordre trois fois le tour du saint Sépulcre ; les assistans chantant à haute voix, et répétant ces seuls mots » éleison , élerson. À Ja fin du troisième tour de la procession , le patriarche des Grecs et un archevêque arménien député par son patriarche, entrent seuls dans le Saint Sépulcre et ferment la porte après eux, Plusieurs janis.
saires sont gagés pour la garder , et pour en défendre l'entrée à
cre , excitent | chanter bien haut, Les clameurs ou plutôt les hurle. mens redoublent, Le patriarche des Grecs et l'arche. vêque arménien député, profitent de ce tumulte pour battre le fusil, sans être entendus au-dehors » et pour ürer d'un caillou le prétendu feu du ciel, dont ils allument promptement les lampes du Saint-Sépulcre, Alors s’ouvrent les portes. Le patriarche et l'arche vêque paroissent portant en main deux paquets de petts cierges allumés. Le Patriarche monte sur un autel près la porte du Sépulcre ; des diacres lui soutiennent les bras; chacun s'empresse de venir prendre de ce feu miraculeux. Une infinité de cierges en sont à l'instant allumés > Au bruit des acclama tions de joie, qui retentissent de toutes parts, Tous révérent et adorent ce feu miraculeusement des. cendu du ciel, A ce premier faux miracle , ils en joignent un second tout pareil. Ce feu , disent-ils, éclaire, maïs ne brûle point. On remarque cependant qu'ils ont grand soin de l'éloigner de leurs barbes ; mais malgré leur soin on les voit assez souvent flamber, Voilà l'histoire de ce fameux feu du ciel, que les schismatiques nous reprochent de ne point mettre parmi nos articles de foi, et dont les Turcs mêmes raillent les premiers, sans que tant de
ensent sans trois fois le ant à haute s Eleison.
ession , le énien dé- IS le Saint.
ieurs janis.
1 défendre et s’entre- It paroître, à porte du crier et À les hurle.
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ulte pour s El pour dont ils Sépulcre, : l’arche.
quéts de Onte sur acres lui de venir e cierges cclama ts. Tous nt des »siben ent-ils, cepenle leurs it assez eux feu it de ne ont les tant de
reuves d’une imposture si grossière et si visible, puissent désiller les yeux de ce peuple abusé.
Après cette digression que je n’ai faite que pour
faire plaisir aux ur - qu n'ont jamais entendu parler de ce miracle tel qu'il étoit dans son origine, et tel qu’il est aujourd'hui, je reprends le récit de mes courses évangéliques, et je reviens à Abnoud, à quatre lieues de Quena dont j’étois sorti. J'ai dit que jy fus d’abord saisi par une troupe d'écrivains coptes, qui se piquent d’en savoir beaucoup plus que leurs compatriotes. Pendant que je répondois à toutes les différentes questions qu’ils me firent , et que je leur exposois, en particulier , tout ce qui leur devoit faire découvrir l’évidente fausseté de leur prétendu feu céleste, les Chrétiens de l’un et de l’autre sexe , avertis de momarrivée, s’assemblèrent en grand nombre au lieu où j'étois. Je leur déclarai d'abord que j’étois venu les visiter pour apprendre par moi-même , s'ils avoient conservé la foi de leurs pères , et s'ils la mettoient en pratique. J'interrogeai les grands et les petits sur les principaux arücles du catéchisme ; et je leur fis ensuite mon instruction sur différens points de morale dont ils avoient besoin, en ayant été secrètement averti par les plus vertueux catholiques de ce bourg. Ils me témoignèrent combien ils m'étoient obligés de mon zèle pour eux , et entre autres le receveur général du chef cles Arabes, qui me fit toutes les instances possibles pour me retenir chez lui; mais je fus obligé de prendre mon congé pour continuer ma route. Nous aliämes passer la nuit à l'ancre proche Baroud , à une lieue d’Abnoud sur le même côté, c’est-à-dire , à lorient du Nil.
Le 1. octobre 1714, nous arrivämes à Nequadé sur le bord occidental du fleuve , à cent vingt-cin lieues du Caire. J’allai chez l'évêque de Nequadé , nommé Jean , qui est aussi évêque de Coptos, de
Quous et d'Ebrim, Coptos et Quous sont deux villes
anciennes à demi ruinées , à lorient du Nil. Elles
sont habitées par un grand nombre de Chrétiens. ?
du christianisme. J’avois des lettres de recommanation Pour l'évêque de Nequadé de la part de Mallem Georgios abou Mansour ( Maître George, père de Mansour ) , le plus accrédité des Coptes du aire, et fermier général du Souverneur de N equadé, SON Puissant patron.
OUS avions fait connoissance avec ce prélat dans Un voyage qu'il fit au Caire il ÿ à quinze ans, en com- Pagniede l’évêque Marc >SOn prédécesseur etson père, Pour assister à une assemblée d'évêques, où che devoit faire la Composition et bénédiction du saint chrême appelé Par les Arabes Merroum.
l’occasion de ces deux Prélats, pére et fils , j'observe que la coutume des Coptes est de n’admettre à l’épiscopat que des prêtres Qui aient été mariés , et qui soient demeurés veufs. Leur patriarche est le seul qui doive avoir toujours vécu dans le célibat et dans le cloître.
Pour revenir à l'évêque Jean, jJ'avois cru que mes fortes recommandations auprès de lui, jointes à l'amitié qu’il savoit que le feu évêque Marc son père avoit toujours eue pour nous, me procureroient un bon accueil. Je m’étois trompé ; j'en fus TeçU avec une politesse très - froide. Je ne fis pas semblant de m’en apercevoir. J'opposai à son froid une grande joie de le voir > Et de lui rendre mes respecis. Je lui offrismes services > €t Je le suppliai de me Permettre de faire À Nequadé les fonctions ordinaires des missionnaires. I] ne crut pas devoir me refuser , Sachant que les Chrétiens m'attendoient depuis long-
eux villes Nil. Elles hrétiens.
Opte tire et Quous ale de la un reste ommanpart de xe0rge , ptes du Pquadé,
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temps. Il en fut bientôt témoin lui-même ; car deux heures après mon arrivée , les Chrétiens ayant été avertis que j'étais chez l’évêque » Vinrent m'y trouver en foule, et entre autres plusieurs ecclésiastiques. Après nos salutations de part et d'autre , ils commencèrent à me proposer plusieurs difficultés sur la religion , et plusieurs cas de conscience, J’ouvris alors le livre de l’évangile , que nous tOrANS toujours dans nos missions. Vorci , leur dis-je , notre règle de foi ; consultons-la, elle est la vérité même, elle décidera toutes nos difficultés. J’allai chercher dans ce saint livre les passages qui contenoient la décision des points de controverse dont il s’agissoit dans leurs questions. Ils virent en saint Jean ( chapitre 3) la condamnation de l'usage où ils sont de se servir d'huile pour la matière du sacrement de baptême , contraire à l'institution de Jésus - Christ qui ordonne l'usage de l'eau. fls me promirent de s’y conformer. Je leur fis voir dans plusieurs autres textes de l’évangile les anathèmes que Dieu prononce contre les vices dominans dans Nequadé plus qu’ailleurs , et même dans les ecclésiastiques. Cette conférence se fit en présence de l'évêque, qui y avoit part, disoit-on ; et c'est la part qu'il y avoit, et que Jignorois , qui causa d'abord la réception peu gra: cieuse qu'il me fit.
Notre conférence finie , plusieurs prêtres me prièrent au nom de l’assemblée de leur continuer les mêmes conférences pendant mon séjour avec eux. J'employai dix jours à ma mission, faisant chaque jour le catéchisme et des instructions dans diflérentes maisons où j’étois invité , et où l’on invitoit les amis de la famille, J’avois souvent à combattre lavarice, l’ivrognerie, etlesautres vices qui marchent à la suite de ce dernier. Pour leur en inspirer de l’horreur , je profitai de plusieurs accidens qui arrivérent alors tout à coup. Des débordemens d’eau ayant
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ruiné peu à peu les fondemens de Plusieurs maisons, il ne se Passoit pas de Jour qu’il ne s’en écroulât quelqu’une. Plusieurs Personnes furent écrasées sous eurs ruines , et d’autres en furent dangereusement lessées, Un gros bateau chargé de moutons » de loutes sortes de grains , et de plusieurs autres denrées , que l'évêque Jean envoyoit au Caire pour Mallen Georgios, son Patron , et pourson Patriarche, fit naufrage à une journée de Nequadé : plusieurs Passagers périrent avec le vaisseau. Ces tristes évéhemens jetèrent la térreur dans toute Ja ville, Je m'en servis Pour faire Comprendre à tous mes auditeurs les dangers où nous sommes continuellement exposés, le malheur de s’y trouver en péché mortel, la nécessité de faire au plutôt pénitence à l'exemple es Ninivites, Pour apaiser la colère de Dieu. Je Passai dix jours entiers dans l'exercice des différentes fonctions de ma mission, Dieu en türera, s'il lui plait, sa gloire,
Ma mission étant finie » J'allai l'évêque , et ses ordres pour les de son diocèse, par où je dev à Assena » Qui devoit étre Je terme de ma Le prélat m'opposa plusieurs raisons | pour me dé tourner du dessein d'aller plus loin. L’inondation du Nil, les Courses des voleurs arabes, où j'allois m'exposer , furent les Principales; mais il Cachoit les véritables, que ses confidens me découvrirent : et entr'autres la crainte qu'il avoit que je n’allasse enlever, Par une science magique , les prétendus trésors enterrés SOus les ruines des vieilles églises, Les Coptes , et Particulièrement les ecclésiastiques, ont une inclination singulière Pour l'étude de la
science magique et de Ja chimie, Ce bon é Croyoit si habile dans cet art, Par son neveu, qui étoit prêtre , ER secret la manière de faire
Prendre congé de autres villes et bourgs
de lui apprendre de l'or. Je ln dis tout
Maisons, à écroulât asées sous eusement tons , de res denire pour triarche, plusieurs tes évéville. Je es audielement mortel, *xemple lieu, Je érentes s'il lui
ngé de bourgs arriver 18sion, Ld ne dé.
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j'allois achoit irent , illasse endus lises.
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ce que je pus, pour bien faire ent*udre à l'oncle et au neveu que je n’avois étudié que la science du salut , et que c’étoit la seule science nécessaire à un ecclésiastique. Ils ne furent pas trop contens de ma réponse , et si peu contens , que mes amis me conseillèrent dé ne pas m'exposer à leur ressentiment en demeurant plus long-temps dans le diocèse du préla. Je quittai donc, non sans peine , la pensée d'aller à Assena, qui est l’ancienne Siène , et aujourd’hui le terme d'un fameux pélerinage dans la Haute- Egypte. J'y aurois eu la consolation de voir les restes de plusieurs monumens sacrés, lesquels sont encore de nos jours, des témoins qui rappellent le souvenir de tant d’illustres confesseurs de la foi de Jésus- Christ, martyrisés sous l’empereur Dioclétion. Sainte Hélène leur fit bâtir une église et des tombeaux, qui se voient à une demi-lieue de la ville. Je renonçai pareillement à aller visiter trois anciens monastères, qui sont au pied de la montagne du Couchant, et qu'on nomme le monastère de la Croix, celui du Synode, et celui de Saint-Victor.
Sitôt que le prélat eut appris que mon intention étoit de prendre le chemin du Caire , dans la crainte qu'il eut que je n’y allasse porter à Mallem Georgios, son patron et mon ami particulier , des plaintes de sa conduite à mon égard , il vint m’embrasser , se plaignant de ce que je le quittois sitôt. I] n’y a pas de paroles gracieuses qu'il n’aflectât de me dire, pour me déguiser ses sentimens ; il voulut même faire un régal à plusieurs de ses ecclésiastiques en ma considération , disoit-il, Je demeurai encore un jour avec lui pour m'y trouver. Le festin se fit en nombreuse compagnie. Il y fut bu beaucoup d’eaude-vie , et il y parut dans les conviés , dont plusieurs trouvèrent fort mauvais que je préférasse l’eau du Nil à leur boisson , qui les brüloit.
Le lendemain j'allai rendre mes devoirs à l’évé-
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qué, et je pris congé de lui Pour aller visiter les Chrétiens de la ville de Quous, àunelieuede Nequadé, comme je l'ai déjà dit, Je leur donnai une journée entière, C’est en cette ville que je vis une grande quantité de vaisseaux et d'ustensiles de cuisine de toutes façons , faits de pierre de Baram : chaudrons, marmites , casserolles » plats. Cette Pierre , que les Coptes appellent 4aram (1), est en effet une espèce de pierre tendre > Qui se durcit au feu , et qui lui résiste, Les riches comme les pauvres , s’en servent dans leurs ménages ; car l'usage en est trèscommode , et le service très-propre, Après une journée passée À Quous , j'en partis
le lendemain matin 10 octobre , et je repassai le Nil, pour aller Joindre une barque qui descendoit ce fleuve , et qui venoit du fond de la Nubie. Elle étoit chargée d’alun, de séné » de dattes, de doums À de graines d’acacia appelées qguarad en arabe , de gomme arabique , de bois à brûler , et de charbon. L’alunse tire d’une Montagne à trois journées d'Ebrim, capitale de la Nubie au sud-est, Le séné qui vient de la Nubie , est de deux espèces ; l’un a les feuilles larges , et est moins bon ; l’autre les a courtes , et est aussi estimé que le séné d'Arabie. Le quarad , ou graine d’acacia , sert aux Corroyeurs et aux tanneurs, pour préparer les peaux. L'acacia > d’où viennent ces graines, se nomme santh. Ses fers sont sans aucune odeur, J’ai vu en Egypte et en Syrie une autre espèce d'accacia , nommé en Egypte setené , et en Syrie Saissaban ; dont les fleurs sont agréables , et trèsodoriférantes. On cueille la gomme arabique sur l'acacia de la première espèce,
(1) La carrière de cette pierre est au pied d’une montagne, entre Assena et Assouan, au levant du Nil, proche le tro. pique du Cancer, On en fait les ustensiles de cuisine, qu'ou apporte toutes les semaines au marché de Quous.
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visiter les Nequadé, e journée Le grande ulsine de audrons, » que les effet une u , et qui 's, s'en est très-
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Ebrim, ai vient feuilles tes , et ad , ou ineurs , ent ces aucune espèce Syrie t trèsue sur
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itagne, le tro.
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Je trouvai sur la barque où je fus reçu , un noir de la ville de Carné , capitale du royaume de Bornéo en Afrique , fort honnête homme , à cela près qu'il se mêloit de magie , et qu'il en étoit fort entêté, J'appris de lui que le fleuve Niger, qui traverse son pays , et qui donne le nom au pays des Nègres, ou qui prend son nom de ces peuples , s'appelle chez eux Bhar-el-Gazal, c’est-à-dire , rivière de la Gazelle, etqu'il y auncanal nommé Bhar-el-Azura (rivière bleue), qui communique du Niger au Nil, sur-tout au temps des inondations, Nous avions aussi sur notre bord plusieurs Nubiens , et entr’autres trois marchands qui st disoient chérifs , c’est-à-dire, descendans de Mähomet. Nous vivions avec eux en parfaite société, L'un d’eux avoit un livre de sortiléges, qu'il lisoit sans cesse avec une application étonnante, Il nous disoit que c’étoit le livre des livres, et je suis sûr qu'il n’y entendoit pas plus que moi, qui n’y entendois rien, Le second gardoit un ramadan perpétuel , c’est-à-dire , qu’il nemangeoit ni ne buvoit jamais pendant le jour ; mais il se dédommageoit pendant la nuit du jeûne du jour. Ainsi , il faisoit toute l'année ce que les Mahométans ne pratiquent que dans le mois du ramadan. Le troisième étoit un paysan , qui se railloit continuellement de la science magique de l’un , et des jeûnes de l’autre.
Malgré la belle humeur de ce paysan nubien , qui réjouissoit tous les passagers , nous ne laissions pas d'avoir de l'inquiétude de temps en temps , et le jour et la nuit. Notre barque qui étoit chargée , beaucoup plus qu’elle ne le devoit être, de ballots de toutes sortes de marchandises , entassés les uns sur les autres , ressembloit à une tour , sur laquelle une grande partie des voyageurs étoient montés. Au premier choc de notre bateau contre un banc de sable , aussi ordinaire dans le Nil que dans la Loire,
notre petit bâtiment penchoit tout-d-coup , et se
remplissoit d’eau ; il falloit alors le vider promptes ment, et déployer les voiles Pour s’aider du vent , et se remettre en grande eau et hors de danger, C’est Pour éviter ces accidens autant qu'il est possible , que l’on ne descend Jamais le Nil que de jour,
La nuit survenant > NOUS avions une autre inquiétude, Le Nil a ses voleurs aussi bien que les grands chemins par terre, Ce sont d'habiles plongeurs , filoux de leur métier » Qui sont toujours parfaitement bien inéiruits de la navigation des voyageurs. Ils étudient le temps où ils jettent l’ancre de leur bateau , et alors ils leur donnent de fréquentes alatines, Ces filoux sont Arabes , accoutumés À nagér'entre deux eaux comme des poissons, Ils ont une petite ontre attachée sous l'estomac, et un Couteau à la main pour couper les cordes, Dans cet équipage , ils épient le moment où tout le monde est endormi, Alors ils abordent le bâtiment tout doucement , et dans le silence de la nuit, ils coupent habilement les cordes qui lient les ballots les uns aux autres , et ils ont souvent l'adresse d'en tirer quelques-uns à eux; ils les font flotter sur l’eau » t les vont mettre incessam ment en sûreté, S'ils sont aperçus et découverts À la
faveur de la lueur de la lune et des étoiles » ilsen sont quittes pour faire le plongeon dans l’eau, On les voit disparoître avec leur butin , et alors on n’a que la consolation de les charger d’injures , et ils ont la joie, lorsqu'ils se sont éloignés de la portée des Coups , de montrer la tête sur la surface de l'eau , et de faire voir aux Passagers un visage riant et moqueur du coup qu'ils viennent de fire. Pour nous autres, bien instruits que nous étions de la trop bonne voionté de ces honnêtes gens , nous veillions tour-Àtour, etnous faisions sentinelle sur notre bord, Notre vigilance néanmoins n'empêcha pas qu'une belle fourrure d’un Turc > Mon voisin , ne lui fût enlevée
pendant
promptes
du vent, iger, C’est possible , jour,
re inquiées grands rs , filoux nent bien étudient > étalors es filoux CUX eaux ire atta— ain pour ‘pient le Alors ils dans le *s cordes ils ont eux; ils cessam= "erts à la » ilsen au, On , On n’a tils ont tée des l'eau , riant ef Ur NOUS ) bonne tour-à- . Notre > belle nlevée endant
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 241 pendant qu’il dormoit; réveillé qu'il fut , il cherchà sa fourrure , mais elle étoit déjà bien loin,
Le 16 octobre , après six jours d’une lente et ennuyeuse navigation , notre barque mouilla au port de Girgé, capitale de la Haute-Egypte, sous le gouver: nement d’un bey ou sangiac, nommé aujourd’hui Mahemet-el-Asser, J’allai ue avec mon com Pagnon , chez un prêtre nommé Paul , à qui j'étois très-recommandé par une lettre de ses aïhis » que je lui rendis. Il me reçut avec amitié et voulut me loger chez lui ; mais j'en sortis dès le lendemain : Car j'expérimentai la veille qu'il falloit lui tenir longue compagnie à table , et qu'il y buvoit plus que de raison , ce qui ne m’accommodoit pas.
Heureusement pour moi un curé cela ville, homme de bien , et plus éclairé que ie: conidres , ayant su mon arrivée , vint me chercie+ , et i'ayant trouvé, nous nous fimes beaucoup d’ho:: éictés l’un à l’autre, Après quelque entretien , je pris la liberté de Ii demander quel étoit l’état du christianisme et des Chrétiens Ke cette capitale, Æé/as ! mon père , ime dit-il en soupirant, /'Aérésie et La corruption des mœurs qui vont ordinairement ensemble ; Ont tout perdu : Dioscore et Sévère sont ici de grands saints ; et comme l'erreur va toujours en croissant, st Dieu ne la confond et ne la détruit , Va grossiè reté de nos peuples les a fait tomber dans d'anciennes et nouvelles erreurs, sur-tout à l'égard des sacremens ? et le malheur est que ceux qui devroient les éclaïrer , ou sont aveugles eux*méèmes , ou ont des intérêts particuliers de les laisser dans Les ténèbres de leur ignorance, :
Les hommes quittent leurs femmes, et croient pouvoir, en sureté de conscience ; en épouser d'autres, avec la seule bénédiction des prêtres et Le consentez ment de leurs prélats , qui y trouvent leur profit. Les
Barçons et les filles n'approchent des sacremens de
pénitence et d'eucharistie, que lorsqu'ils doivent étre mariés. Les gens mariés Passent pour l'ordinaire des années entières sans en approcher , et vivent cependant dans le désordre » dans l ivrognerte, dans des haïnes et avec le bien d'uutrus : dela vient quecette parole du Sauveur ne se vérifie ici que trop souvent : Vous me chercherez et vous ne me trouverez point, et vous mourrez dans votre péché. Voilà, mon père, ajouta-t-il , l'état malheureux de nos Coptes , dont on peut dire ce que le prophète Osée (1) disoit des pécheurs de son temps : « Ns ont péché par une » Corruption qui a gagné le fond du cœur, et qui les » a rendus insensibles à leurs malheurs. »
Ce bon curé, nommé Joseph , voyant que son discours m'afligeoit sensiblement > ajouta pour me consoler , qu’il y avoit dans la ville un petit nombre de gens de bien, qu'il avoit toujours cultivés, et qu'il me prioit de leur faire des instructions pendant que je serois à Girgé. J’acceptai volontiers la proposition qu’il me fit. Dès le lendemain il me vint prendre , et me conduisit dans une salle , où je trouvai trente ou quarante personnes qu’il y avoit assemblées, Ils me témoignèrent tous une grande joie de me voir et de m'entendre , m’assurant qu'ils attendoient depuis long-temps avec impatience des missionnaires. Ayant ensuite demandé qu'on fit un peu de silence , j'ouvris mon livre des évangiles , je leur en expliquai plusieurs endroits » Mm'étendant particulièrement sur les matières que le curé Joseph m'avoit dit être les plus nécessaires. On m'interrompoit de temps en temps pour m'interroger. Je tâchai
de satisfaire à toutes leurs questions. L’un d’eux me demanda la différence qu'il y avoit entre la foi divine et la foi humaine. Je lui répondis que croire un article sur la parole d’un homme ou de plusieurs , quelque
(1) Osée, chap, IX, v. 9.
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 243 doctes et parfaits qu’ils fussent » ce n’étoit à qu’une foi hunsaine ; et que croire un article sur la parole de Dieu ou de son Eglise , c’étoit une foi divine. J'en fis l'application sur la créance des différentes sectes de l'Asie et de l'Afrique. Je les exhortai de plus, dans mes instructions > à Conserver, au péril de leur vie, la foi de leurs pères, qui étoit celle de l'Eglise apostolique ; à se préserver des vices qu'on reprochoit à leurs concitoyens , et surtout 4 ne point abandonner l'usage fréquent des sacremens : qui les conserveroit dans la crainte de Dieu » ét qui entretiendroit la pureté de leurs mœurs, À ce sujet, ils me dirent qu'ils avoient été souvent interdits par leur évêque et par leur patriarche , pour avoir parlé ouvertement contre les désordres crians et impunis de leur nation. Je finissois mes exhortations, qui duroient depuisneuf heures du matin jusqu’à trois heures du soir, en les excitant à avoir recours à la prière pour la conversion de leurs compatriotes , par une pratique publique et constante des vertus chrétiennes. Je demeurai à Girgé jusqu’au 23 octobre, Dans une terre aussi sèche et aussi stérile que celle où j'étois, je ne lajssai pas, par la miséricorde de Dieu : de recueillir quelques fruits , et d'y jeter , avant que d’en sortir, de nouvelles semences de la parole de Dieu , dont j'ai vu de bons effets depuis mon retour au Caire; car quelques Coptes de Girgé étant venus en cette ville pour leurs affaires particulières , ils m'ont apporté des lettres signées de plusieurs familles que j'y avois vues. Leurs lettres m'assurent qu’elles conservent fidèlement le souvenir de mes instructions » qu'elles s’en entretiennent souvent, et qu'elles tâchent de les mettre en pratique. Je leur ai fait mes réponses sur plusieurs nouvelles questions qu’elles m’ont faites dans leurs lettres , et je leur ai envoyé une grande image de Notre-Dame pour être placée dans la salle de leur assemblée.
244 LETTRES Avant que de partir de Girgé, j’allai pour saluer le gouverneur ; je vis dans sa cour un jeune lion enchaïiné , des autruches , des oies > qu'on appelle de Pharaon , des pintades ou poules d'Afrique , des azelles et plusieurs autres animaux très-curieux et Pmiliers » dont elle étoit remplie. Je vis aussi à la porte de l'église de saint Michel , à demi-lieue de la ville , et au-delà du Nil, un arbre de mirobolan , l'unique de cette espèce qui soit dans toute l'Egypte. Je partis de Girgé le 23 octobre, Nous abordâmes le lendemain à Akmin. Nous ÿ restâmes deux jours, Je les employai à aller visiter nos Chrétiens. Ces deux jours étant passés , nous noüs embarquâmes pour Siouth , et à Sionth nous remontâmes dans notre barque pour descendre à Manfelouth. Cette ville est un des dix évêchés des Coptes , qui sont : Nequadé uni à C optos , Girgé, Aboutigé, Man- Jelouth ; Archemounain , Benessé » le Faïoum , Menouf dans la Menoufie, et Jérusalem. L'évêque de Jérusalem est le grand-vicaire né du patriarche, Sa juridiction s'étend sur les provinces de Charquie, Garbie et Beheire , et sur toutes les villes de Mehallé, Mansoura |, Damiette » Rosette | Demanehour et Alexandrie.
Les évêques de ces villes sont, à proprement par ler, d’honnètes fermiers du patriarche. Ils stipulent avec lui de lui donner chaque année une somme à forfait, et mettent ensuite à leur profit tout ce qu'ils exigent de leurs diocésains » au-delà de la somme qui doit revenir au patriarche, Par exemple, l’évêque de Jérusalem fait une pension au patriarche de douze mille medins ( neuf cents liv. ). Celui de Menouf paye six mille medins ( quatre cents liv. ); ainsi des autres.
Je ne fus pas plutôt à Manfelouth , que j'allai rendre mes: espects à l’évêque, et lui demandai ses pouvoirs, [1 me les donna volontiers , à condition