REMARQUES SUR LE NATRON
Lx natron ou nitre d'Egypte a été connu des an-
ciens ; il est produit dans deux lacs , dont Pline parle avec éloge (Hist. nat., L XXXE, c. 10). Strabon pose ces deux lacs nitreux dans la préfecture Nitriotique, proche les villes de Hermopolis et Momem:
phis, vers les canaux qui coulent dns la Maréote : toutes ces autorités se confirment par la situation présente des deux lacs de natron, L'un des deus lacs nitreux , nommé /e grand lac , occupe un terrain de quatre ou cinq lieues de long, sur une liens de large , dans le désert de Se/té ou de Nitrie; il n’est pas éloigné des monastères de Saint-Macaire , de Notre-Daise des Suriens et des Grecs , ét il n’est qu'à une grande journée à l’ouest du Nil, à deux
de Memphis vers le Caire, et autant de Naucrate vers Alexandrie et la mer.
L'autre lac, nommé en arabe Nechilé, a trois lieues de long sur une et demie de large ; il s'étend au pied de la montagne à l’ouest, et à douze ou quinze milles de l’ancienne Hermopolis parva, aujourd’hui Damanchour, capitale de la province Beheiré > AUtrefois Nitriotique , assez près de la Maréote, et à une journée d'Alexandrie,
Dans ces deux lacs » le natron est couvert d'un pied ou deux d’eau ; il s'enfonce en terre jusqu’à quatre ou cinq pieds de profondeur ; on le coupe avec de longues barres de fer pointues par le bas ; ce qu'on a coupé est remplacé l’année suivante, ou quelques années après, par un nouveau sel de nitre
ui sort du sein de la terre. Pour entretenir sa fécondité » les Arabes ont soin de remplir les places vides de matières étrangères, quelles qu’elles soient : sable, boue , ossemens » Cadavres d'animaux » Chamieaux, chevaux, ânes et autres, Toutes ces matières sont propres à se réduire, et se réduisent en effet en vrai nitre; de sorte que les travailleurs revenant un ou deux ans après dans les mêmes quartiers qu'ilsavoient épuisés, y trouvent nouvelle récolte à recueillir. Pline se trompe quand il assure dans le livre cité ci-dessus, que le Nil agit dans les salines du natron : comme la mer dans celles du sel » C'est-à-dire , que la production du natron dépend de l’eau douce qui inonde ces lacs. Point du tout; les deux lacs sont inaccessibles, par leur situation haute et supérieure, aux inondations du fleuve, Il est sûr pourtant que la pluie, la rosée, la bruine et les brouillards sont les véritables pères du n°iron » qu’ils en hâtent la formation dens le sein de: .a terre, qu'ils le multiplient et le rendent rouge: cette couleur est la meilleure de toutes ; on en voit aussi du blanc » du jaune et du noir.
Quand on a coupé et tiré le natron, on le charge
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tout d’un temps sur des chameaux ou autres bêtes de somme , sans aucune détersion , dépuration , lixiviation, ou autre sorte de préparation : le nitre sort de sa mine net et parfait. Celui du grand lac est voituré au bourg de Terrané sur le Nil, on le met en piles et à l'air jusqu'à ce qu'on le vende. Celui de Méhilé est transporté à Damanchour, où on le renferme dans des magasins. On sait assez l'usage du natron; il sert pour blanchir le cuivre, le fil, le linge ; 1l est employé par les teinturiers, les verriers et les orfèvres; les boulangers en enflent le pain en
le mélant avec la pâte; les rôtisseurs en attendrissent la viande.
Je dirai en passant que les paysans du district de Terrané sont obligés de transporter tous les ans du grand lac quarante mille quintaux de natron; cetle corvée leur tient lieu de la taille pour leurs terres ensemencées. Les paysans d’autour de Nehilé sont chargés pareillement d'en apporter de leur lac trentedeux mille quintaux par an, et à leurs frais, à Damanchour. Les deux lacs rendent chaque année au fils d'Ibrahim-Bey , qui en est seigneur, près de cent bourses , dont il est tenu d'en donner quarante, c'est-à-dire vingt mille écus au Grand-$eigneur. Ouire le natron, on recueille dans certains quartiers des deux lacs du sel ordinaire et fort blanc; on y trouve aussi du sel gemme, qui vient en petits morceaux d’une figure pyramidale , c’est-à-dire carrée par le bas, et finissant en pointe. Ce dernier sel
ne paroît qu'au printemps.