CHAPITRE IIL
Ses productions.
Luca donne en peu de mots une idée assez juste de la fécondité de l'Egypte :
Terra suis contenta bonis, non indiga mercis ,
Aut Jovis, in solo tanta est fiducia Nilo. ( Liv. PIII.)
En effet , la terre est aisée à cultiver ; elle n’a pas besoin de pluie, étant suffisamment humectée par les eaux du Nil ; elle est si féconde , qu’elle produit tout en abondance , presque sans autre soin que celui de l’ensemencer : de sorte que l'Egypte peut aisément se passer de faire aucun commerce avec tout autre peuple. La preuve en est sensible , puisque, des seules terres cultivées, le fisc tire tous les ans dix mille bourses qui font quinze millions, et deux cent quatre-vingt-seize mille sept cents charges, les deux tiers de blé, l’autre tiers d'orge, de lentilles , fèves et autres semblables légumes. Des dix milles bourses, douze cents sont envoyées au Grand - Seigneur , quatre cents à la Mecque , le reste est pour le payement des officiers et des troupes. On envoie aussi por an , à la Porte , douze cents quintaux de sucre , et sept cents charges de lentilles. Ce n’est là toutefois qu’une partie de ce que le Grand-Seigneur retire de l'Égypte. Les douanes d'Alexandrie, de Rosette , de Damiette , de Suez, du Caire , etc. produisent des sommes beaucoup plus considérables.
L'Egypte cependant n’est pas un pays extrêmement peuplé. Non-seulement il y a peu de grandes villes : car excepté le Caire , Alexandrie , Rosette, Damiette, Mehallé , Girgé , les autres sont peu con-
sidérables; mais l’on n’en compte dans toute l'Egypte
438 LETTRES que trois mille , tant bourgs que villages, Dans un cot
si petit nombre de villes et villages , il y a jusqu’à con douze mille mosquées , qui toutes ont une espèce de et c
clocher , mais dans lequel il n'y à point de cloche. ii mai
La fertilité du Pays paroît encore par la multi. inc tude d'animaux que l’on voit de tous côtés , et par gra cette quantité prodigieuse de plantes que la terre Les produit, dont plusieurs sont particulières
à l'Egypte. NO par
Entre les animaux , les crocodiles , les gazelles , à La
les bœufs sauvages, les bouquetins, les sangliers , F sort les loups , les renards » les ichneumons ( c'est-à- " gon dire , rats de Pharaon), les tigres, les hyènes , les : d'u: caméléons , les moutons les lèvres, et autres sem à ave blables, se trouvent en Egypte comme dans d’autres | mo pays. Il n’y a que les hippopotames qui lui soient tro particuliers. Le nombre des crocodiles est infini; celui ï élo: des hippopotames , au contraire » est très-petit. j et 1 La liste des oiseaux seroit infinie. I ÿ à surtout D M0 beaucoup de tourterelles » de cailles ,| de canards a que soit à tête verte soit à tête grise, de sarcelles, de ri soil SaqSaqs , que les Grecs appeloient /rochr/us » de ma- à La creuses, de plongeons, d’oies du Nil, de poules je qua de riz, de pluviers , de bechots » de chevaliers, de ï à quathas qui est une espèce de perdrix ( car de vé- a ritables perdrix , l'on n’en voit presque point autre 4 dan Part que dans le désert de Saint - Antoine }; de 1 ru courlis , de hérons, de pélicans , d'éperviers, de 1 Ve milans , de flamans, de Cormorans , de grues ( mais 4 y seulement dans la Taute-Epypte et pendant quelques di que mois: elles y viennent des pays du Nord ); d’aigles , ES que d'ibis, et de toutes sortes de petits oiseaux. La bé- F mo casse est très-rare, soit dans la Haute > Soit dans la # les Basse-Esypte. à 1 Il en est des plantes comme des animaux ; les É par unes sont de ces plantes que lon trouve dans presque ave tous les pays habités : grenadiers, orangers , limo- . [où
. Q 0 CE .. . Le : N mers , figuiers , Pomauers, poiriers , oliviers , abri. À à Le
Dans un jusqu’à spèce de cloche.
\ multi , el par la terre Égypte.
azelles , igliers , C'est-àes, les ss seml'autres Soient 1; celui tit, urtout anards es, de le ma— poules rs, de de véautre ); de s, de ( mais lques igles , à béins la
s les
esque limoabri-
cotiers , pêchers, mûriers, dattiers, melons , concombres , ainsi des autres. Fl n’y a que les noÿers et que les amandiers, de plantes communes, qui manquent à l'Egypte. Celle qui porte le séné y est inconnue , quoique les Égyptiens en fournissent une brande quantité à l’Europe; ils le tirent de la Nubie, Les autres sont des plantes particulières à l'Egypte , par exemple , le papyrus, qui est une espèce de jonc; le lotus , larum Ægyptiacum , \e meloukié, sorte de mercuriale ; lot. plante tithymale , gommeuse , épineuse ; le Lezné, dont le jus est d’un beau rouge ; laber , qui a quelque ressemblance avec le romarin. I y a quelques autres plantes qui ne sont pas particulières à PEgypte , mais qui ne croissent que dans quelques pays peu connus , éloignés, et qui sont dispersées, l’une dans un pays, et l'autre dans l’autre. T'elles sont la casse, le sycomore , le caterambas qui est une espèce de coloquinte , le mark. L’acacia, quelque commun qu'il soit à présent en Europe, y a été porté de l'Egypte. La quantité en est prodigieuse et l’on en compte de quatre sortes différentes.
Malgré cette fertilité de la terre , c’est Le Nil qui ést le nourricier de l'Egypte. La cherté ou l’abondance , surtout du blé et du riz, qui sont la nourriture ordinaire du peuple, dépendent du débordement de ce fleuve. Outre cela, les autres alimens à’y sont pas d’un goût exquis. Il n’y a que le bœuf que low puisse appeler excellent, Le mouton n’y est que médiocrement bon. Les ponlets le sont encore moins, apparemment à cause de la manière dont on les fait éclore.
On met des œufs dans des fours faits exprès, et par le moyen d’une chaleur concentrée et distribuée avec art, dans l’espace de vingt-un ou vingt-deux jours, on donne la vie à des milliers de poulets tout à La fois. Ces fours ont quelque chose de singulier ;
aussi bien que ceux dans nan
ls on fait le sel am rois ( moniac. La matière dont on e
compose est unique- M édific
ment de la suie de cheminée y Mais liuprégnée de sels M àlag nitreux , qu'on tire de la bouze de vache qu’on a À dout brûlée, l, faiso Pour ce qui est du poisson , généralement perlant, 4) qu ;
il a un goût désagréable , et ne sent que la vase, Le on muité seul quecher , autrefois Connu sous le nom de latos, ; sur en est exempt, M 1usq La boisson est ce qui manque le plus en Egypte, com L'on n’y fait point de vin. Il n'y a nulle part aucune DE du I vigne. Cette plante ÿ viendroit néanmoins bien set M fe le raisin y seroit excellent > Car celui qu’on cueille ee iqu aux treilles est d’un fort bon goût. Le vin que quel- Joue ques personnes boivent, vient de Chypre , de Candie, ‘4 de 1 d'Italie ou de France ; mais il est très-cher , et il n'y : L a que des gens riches qui en puissent faire la dépense, & Egy L'eau est donc Proprement la boisson du pays. Mais la p l'air dn Caire » Par exemple , est op chaud , pour la n que l'eau puisse y être bonne, Pour la rendre un peu per
tolérable et fraîche, on larenferme dans despotsd'une M pra
terre qui est très-poreuse > qu'on expose aux fené- à cha tres du côté du mistral (le nord) qui règne pendant ‘À on tout l'été, L'eau Par ce moyen se purifie , et perd H Là ce goût insipide qu’elle ne peut manquer d’avoir 4 Ale ans un climat qui est à 30 degrés moins 10 4 enc minutes de hd > €t où l’on ne voit jamais de } de glace. Mais cette incommodité est bien compensée L vill par la situation où se trouve l'Egypte. Il n’y a nul hi nat pays au monde qui en ait une lus con pour F la € Commerce. Placée entre l’A rique et l'Asie , vis 4 ex, à-vis de l’Europe, bornée d’un côté par la mer Ara- À VAE bique : ei de l’autre par la mer Méditerranée , elle D . Le doit être comme dépositaire de toutes les richesses DO” le de ces trois parties du monde, Aussi l’a-t-elle été : da pendant plusieurs siècles, L'histoire , tant sacrée que J de profane, ne nous parle que de la magnificence des qu
sel am ‘unique e de sels qu'on à
perlant, vase, Le e latos,
Egypte, aucune ien , et cueille le quel- Sie til n'y épense.
s. Mais > Pour in peu sd’une fené— endant t perd l'avoir 1S 10 ais de ensée a nul pour , VIS— Ara- , elle lesses e été è que e des
rois d'Egypte , de leurs trésors immenses , de leurs édifices superbes, et de tout ce qui peut contribuer à la grandeur euà l’opr.lence d’un état. L'on ne peut douter que ce ne fût là l’eflet du commerce que faisoient alors les Egyptiens , qui étoit si florissant , qu’ils étoient les seuls qui trafiquoient jusqu’à l’extrémité des Indes, étant les seuls qui, par leur situation sur la mer Arabique , pouvoient aisément pénétrer jusque-là , et y commercer. Ce fut pour faciliter ce commerce , qu'ils creusèrent ce fameux canal , qui du Nil alloit jusqu’à Suez, et qui étoit comme une ‘onction de la mer Méditerranée avec la mer Arabique ; entreprise que l'antiquité n’a pu se lasser de louer , et qu’elle a mis au-dessus de tous les ouvrages de la main des hommes.
Le commerce n’est plus sur le même pied en Egypte. Rien n’a tant contribué à le diminuer , que la perfection où presque toutes les nations ont porté la navigation. Il y en a cependant encore. Il vient par lamer Rouge plusieurs marchandises, entr’autres grande quantité de café. Lorsqu'il est à Suez, on le charge sur des chameaux jusqu’au Caire. Au Caire, on le met sur le Nil jusqu'à Rosette ou à Damiette. Là on l’embarque sur mer pour le transporter à Alexandrie. Il faut même que le commerce soit encore très-considérable : car il ÿ aun grand nombre de commerçans établis au Caire et dans d'autres villes. 11 y a plus de Français que de toute autre nation. Ils sont en grand nombre au Caire , qui est la demeure de leur consul général. Mais à Rosette et à Alexandrie, et dans chacune de ces villes , il y a un vice-consul. ls n’ont pu s'établir à Damiette. Les habitans ne peuvent souffrir aucun Français dans leur ville et dans leur port, se ressouvenant que dans le x siècle les Francs s’étoient rendus maitres de leur ville. Tout leur commerce , qui est un des meilleurs de l'Egypte , est entre Îes mains des mar-
chands ou turcs ou grecs. Les Anglais ont aussi des établissemens au Caire et à Alexandrie , avec un consul et un vice-consul. Dans les mêmes villes >On
trouve quelques marchands Italiens > Mais en petit nombre , et sans consul.
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