‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]Chapitre 94 sur 107 · CHAPITRE Iv · texte numérisé non relu

CHAPITRE Iv

Le Nil,

7 source du Nilest dans l'Ethiopie. Quoiqu'il gros sisse de quelques rivières qu'il reçoit dès le commen cement de son cours , Cependant sa crue annuelle, par laquelle il inonde et fertilise l'Egypte, dépend uniquement des pluies qui tombent régulièrement en Ethiopie depuis le solstice d'été jusqu'à l’équinoxe d'automne, Le Nil déborde plus ou moins selon'que ces pluies sont plus ou moins abondantes. Son cours n'a qu'un seul canal depuis sa source jusqu’à cinq lieues au-dessous du Caire. Il descend de l’Abissinie, il traverse les royaumes de Fangi, autrement Sennar,

et de Dongola , toute la Nubie et l'Egypte. Mais au-

dessous du Caire > il se divise en deux branches ; lune va à Damiette, et l'autre à Rosette ; et par-là forme l'ile du Den > Qui est aujourd’hui moins grande qu’elle n’étoit autrefois.

Les autres grands fleuves grossissent dans leur Cours par les nouvelles eaux qu'ils reçoivent continucllement dans leur lit. Le Nil au contraire , dans la seule Egypte , se répand par plus de quatrevingts grands canaux et par plusieurs petits, qui Presque tous aboutissent à la mer Méditerranée. L'on en Compte quarante dans le Saïd , treize dans le Charquié et autres provinces du Levant, onze dans la Dehetré et Vinst-huit dans le Delta. \

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le Nil est haut , tous ces canaux sont pleins d’eau. Quand il baisse, la plupart diminuent peu à peu ;, et enfin sont à sec. Il n’y a que le canal de Joseph et les canaux d'Abon-Homar , d'Abon-Meneggé , le Seguir, le Dhar , le Serpentin , le Lebaini, qui ne tarissent jamais , à cause de la multitude de sources dont ils sont remplis , et qui sont si abondantes , que quelques-uns de ces canaux sont comparables À des rivières , telles que sont la Marne et l'Oise. C’est ce qui fait que les terres circonvoisines ne sont point brûlantes comme les autres du Delta , et que leurs habitans ont pour eux et pour leurs bestiaux de l'eau plus qu’il ne leur en faut. Ceux qui sont le long des canaux qui viennent à sec, font auiour de leurs hameaux de vastes et profonds fossés que lon prendroit pour des lacs. Lorsqu'ils sont remplis par le débordement du Nil, l'eau “ayant point d’issue , s'y conserve jusqu’à la nouv..le croissance de ce fleuve , et sert de boisson aux hommes et aux bestiaux. Outre ces profonds fossés , ils creusent des puits, qui se remplissent également des eaux du Nil; mais en très-peu de temps Veau y contracte une salure insupyortxble, que le nitre de la terre lui imprime ; de sorte qu'elle ne sert ordinairement qu’à arroser leurs prés et leurs légumes. Ils ont des machines et des roues pour tirer l'eau de ces puits, et pour la répandre de tous côtés. Ainsi , par le moyen de ces puits, et par les inondations du Nil qui ont précédé , l'Egypte sous un climat brülant, sous un ciel sans nuages et sans pluie , est ferule et a des herbages :

Arida nec pluvio supplicat herba Jovi.

(L'ibul. L 1, eleg. 7.)

Pour procurer l’abondance en Egypte, il faut que le Nil s'élève au-dessus du niveau de son lit, et croisse de vingt à vingt-quatre pieds à la cataracte

d'Assoüan , c’est-à-dire , à l'entrée de l'Egypte ; de vingt à vingt-quatre palmes (1) au Caire et aux euvirons , et seulement de quatre à cinq palmes à Damiette et à Rosette,

es eaux du Nil commencent à se troubler et à

grossir vers le 22 de Juin , et elles diminuent après le 22 de septembre ; c'est-à-dire, qu’elles sont trois mois à croître, et trois mois à diminuer, Au Caire j Pendant que le Nil croit > 1l y a des crieurs gagés , qui, jour par jour , annoncent au peuple combien il a cru. Mais leur SUpputation est fausse ou mystérieuse ; car ils nomment pied , et même pied et demi, ce qui n’est qu’un palme , et à proportion ; doigt , ce qui n’est que la vingt-quatrième ou la vingt-huitième division du palme, Entre les fables que les Egyptiens débitent par rapport au Nil, il y en a une des plus grossières , dont il n’est pas aisé de les détromper, Ils prétendent que le 17 de juin il tombe une goutte de pluie , qui annonce je débordement de ce fleuve, Rien n’est moins sensé qu'une pareille imagination.

L'on peut dire la même chose de ce Solin , Hérodote ont avancé (2);

ne voit jamais ni Vapeurs , ni brou Nil. Du moins dans ce rience du contraire, Le débordement annuel du Nil, et son accroissement périodique ne sont pas l'unique chose qui ait

rendu ce fleuve fameux. Sa source , ses cataractes ” Surtout ses embouchures > Ont paru à toute l’antiquité dignes de remarque , et il n’est point d'auteur ; qui, en parlant de l'Egypte , n’en ait fait mention 3 mais il est étonnant que ces auteurs aient affecté de parler de sa source , puisqu'ils ne pouvoient ignorer TUE personne n’avoit pu encore la découvrir, et nn ae ons (1) Le palme à huit Pouces six lignes ct demie. (2) Liv, 5, chap. 9; chap. 55, Liv. 2.

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qu'eux-mêmes étoient partagés sur ce point-là, Quelques-uns la mettoient dans la Mauritanie-T'ingitane , vers l'Océan occidental , les autres dansles Indes (1). Cette découverte étoit r's 1 ’ée à ceux qui auroient la facilité de pénétrer dar. Afrique intérieure , et le temps de faire d’exactes cbservations jusqu’au lac de Dembea et au-delà, et d'être les témoins oculaires de ces pluies, qui y tombent régulièrement l’espace de trois mois. Les anciens n’ont eu ni l’un ni l’autre de ces avantages ; ainsi la source du Nil, et la cause de ses débordemens annuels leur devoient être inconnues. Il n’en est pas de même des cataractes. De tout temps les Egyptiens les ont eues devant les yeux, sur-tout la dernière qui sépare la Nubie de l'Egypte. Chaque cataracte est un amas de hauts rochers , au travers desquels coule le Nil en forme de cascade. Il y auroit de la témérité à tenter d’y faire passer une barque. Le cours du Nil n’est praticable que lorsqu'il est dans l'Egypte ; car il y a sept de ces cataractes en remontant d'Egypte à la source du Nil. L'on ne peut pas douter que le Nil ne se jetât dans la mer Méditerranée par sept embouchures. Les anciens les nommoient: Pelus'acum, Taniticum, Mendesium , Pathmeticum, Sebenniticum , Bolbi- #éinum , Canopicum. Voilà d’où vient que Virgile parlant du Nil , lui donne l'épithète de septemgeminus : ,

Et septemgemini turhant trepida ostia Nili.

Et Ovide celle de septemfluus :

Perque papyriferi septemflua flumina Nili.

Ptolomée, il est vrai, en met deux autres, qu'il appelle, l’une Pineptimi, et l'autre Diolcos. Pline en met quatre sans les nommer. Strabon et Diodore disent en général qu’il y en avoit plusieurs, Tous ces

(1) Pline, liv. 5, chap. 8. - Arian. chap. 9.

auteurs ne se contredisent point pour cela, Ils parlent des embouchures que l’on avoit ajoutées aux sept qui étoient naturelles au Nil. Piolomée s’en explique netiement, puisqu'il les appelle faussesembouchures ” et qu'il les distingue des véritables embouchures, Ces sept véritables embouchures subsistent encore; mais elles ont changé de nom, e* dans quelques-unes, l’eau n’en sort plus contiuuellement et avec la même abondance qu’autrefois.

Le Pelusiacum Ostium est aujourd’hui celle de Thiné, au bout du lac Mantalé. Il n'en faudroit point d'autre preuve que les termes mêmes. En ellet, Pelousion en grec , et Thiné en arabe » Signifient Jun et l'autre de la boue. Mais il ÿ en à une qui paroît démonstrative. Selon Diodore et Strabon , il y avoit mille trois cents stades » C'est-à-dire, à peu près 54 lieues depuis l’Ostium Pelusiacum » Jusqu'à lOstium Canopicum. Or, Thiné est précisément à 54 lieues de Madié, qui est le Canopicum Ostium des anciens. Thiné est donc l'embouchure Pélusiaque.

L'Ostium Tanicum , ou Taniticum , ainsi nommé à cause de la ville de Tanis > Cst l’embouchure Eumm-Messarrége , près de San, qui est l’ancienne ville de Tanis.

La ville de Mendès avoit aussi donné son nom à l’Ostium Mendosium. Mendès étoit dans la province, dont Thémuis, aujourd’hui Théméi, étoit la capitale. Par conséquent, l'embouchure de Dibé » que quelques peuples de la Méditerranée appellent Pesquière, est le Mendosium des anciens » Car cette embouchure n’est pas éloignée de Théméi.

Il n’y a nulle difculté pour l’Ostium Pathmeticum ; Où Phamiticum , qu'Hérodote appelle Bucolicum. Tout le monde convient que c’est l’embouchure de Damiette , étant indubitable que le Bogas,

dans lequel est Damiette , était la Pathmétique des anciens.

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L'on peut dire la même chose des deux embouchures , savoir de la Sebennytique et de la Bolbiuue. L'une est l'embouchure de Brullos. Au sorur du lac de Brullos il y a un canal qui aboutit à la mer. Les anciens l’appeloient Ostium Sebennyticum ; à cause de la ville Sebennytus, aujourd'hui Samarinoud. L'autre est l'embouchure de Rosette , c'està-dire , de l’ancienne ville Bolbitina. Strabon (lib. XVII) a marqué si distinctement la distance qu il y avoit du phare d'Alexandrie al Ostium C anopicum , qu'il paroît qu'elle ne convient qu à l'embouchure qu'on nomme à présent la Madié. Selon cet auteur il y avoit de l’un à l’autre cent cinquante stades , autrement six lieues et deux tiers de lieue ; C’est la distance que mettent encore aujourd” hui les Egyptiens de Madié au phare d'Alexandrie. Outre cela l'Ostium Canopicum avoit pris son nom de la ville de Canopé parce qu'il n’en étoit pas éloigné. Or la ville d’Abouquirest l’ancienne ville Canopus , et l'embouchure la plus proche d’Abouquir est assurément la Madié. | Cette connoiïssance des sept anciennes embouchures du Nil sert beaucoup à expliquer le passage de Ptolomée, où cet auteur met neuf embouchures du Nil. I parle là des embouchures d’Aschtom-Jamassé, entre Brullos et Damiette, et de celle qui étoit à l’ouest d’Aschtom , mais qui està présent entièrement ensablée.

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