‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 141 sur 317 · Du 14. Novembre 1666 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 14. Novembre 1666 (Robinet

Avoyent , en belle Compagnie , Fait la même Cérémonie ,

145 Le dix aussi du mois susdit , Nonobstant quelque contredit D'autres bons Patres, leurs émules, Plus faschez que des fièvres mules De n'avoir pas rompu , comm'eux ,

150 Les Fers de pareils Mal-heureux , Si bien que toute leur Querelle N'étoit que l'effet d'un saint zélé.

C'est par un même zélé aussi Que je veux déclamer ici

»35 Contre nos maudits Nouvellistes , Plus méchans que des AtheÏstes , Haïs des Hommes & de Dieu.

Las ! ils vont semans en tout Lieu Par leurs Manuscrites Gazettes ,

160 Des francs Badauts les amuzettes , Cent Mensonges malicieux Pour leurrer ces beaux Curieux :

Témoin ce que, dans leur dernière , Pour suppléer à la matière ,

165 Ils ont mis , d'un esprit malin , [Vin Qu'on prend cinq sols sur Muid de Pour r HÔPITAL , ce grand Auberge Où tant de Pauvres l'on éberge , Et qu'on en tire tous les Ans ,

170 Du moins, soixante mille Francs , Afin d'empêcher les Aumônes Que de charitables Persones Donnent à ladite Maison.

Jugez si je n'ay pas raison

175 D'estre de Colère tout rouge

Contre ces mauvais Fils de Gouge.

Le Comte de Brienne est mort , Mais, hélas ! qu'heureux est son Sort!

Car pour l'èpitapher, en somme ,

180 Comme il estoit tres-honneste Hom- Et qu'il avoit en tout Employ [me Servi Dieu toujours & le Roy, L'un l'aura receu dans sa Gloire (Il le faut pieusement croire ),

«85 Et l'autre , c'est la vérité , Comme sa Cour, l'a regrété.

D'Icelle il faut qu'un mot je die Ce mot est que la Comédie , Le Bal & les Concerts charmans

190 Sont ses chers Divertissemens , Sans parler de la bonne Chère Qui pour Elle est chose ordinaire Après quoi , voici le Dessert Qu'à la fin la Muze vous sert.

LE NIAIS DENIAISE

193 Un petit Scholares de Troye , Cent mille fois plus sot qu'une Oye, Apportant Ici cent Ecus , En sa Ceinture bien cousus , Que sa Mère pour une Rente

200 Envoyoit , dit-on , à sa Tante , Lors qu'il fut proche du Fau-bourg, Justement au dèclein du Jour, S'égara , comme un mal-habile , Du Messager d'icelle Ville

205 Qu'il suivoit de loin, lentement , Sur sa poulinière Jument.

Or, de sa Tante , à la mal-heure, Ignorant encor la Demeure , Où ce Messager l'eût mené ,

210 Bien camus & bien étonné , Il s'en alla de rue en rue , Demandant , d'une ame ingénue , Dont à merveille il fut gabbé , Sa Tante , qu'il nommoit Bobé ,

215 Et contant , en son franc langage , Tout le sujet de son Voyage.

Mais, tandis que maint& maintril De ce que cet Innocent dit , Deux vrais Dénicheurs de Fauvettes,

220 Arrivez sur les Entre-faites, Offrent , pour finir son ennuy, De mener son Cheval & luy f Deux Bestes , l'une portant l'autre ) Chez sa Tante ; mais c'est la vôtre.

223 Ils le conduisent en un Lieu Où prèsidoit le Petit Dieu.

L'un va devant l'Hôtesse instruire De ce qu'au Troyen il faut dire , Et chez la gaillarde Vénus

2 îo Dessus tout sont les bien-venus Ses CENT Ecus & sa Monture , Jugez d'assez bonne Capture.

La Dame , jouant bien son jeu , Le reçoit comme son Neveu ,

233 Et luy, la chose est très constante . N'ayant jamais conu sa Tante , Prend le tout pour argent comptant

Page 1