‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 251 sur 317 · MO · texte numérisé non relu

MO

A l'égard de la grand'CiTÉ , Qu'il croyoit tenir dans sa manche (Vray comme il est demain Diman- Aussi-tôt qu'il ariva-là , [che)

250 Au lieu, pourtant, que le voila Encor rêveur sur sa Gonqueste , Qui n'est pas pour luy viande preste.

Le bruit trôte plus que jamais Qu'à Breda l'on a fait la Paix.

333 Que cela soit, à la bonne-heure !

Ravy j'en suis , ou que je meure , Car toujours parler de Combats Et de Prises , ô quel tracas !

Si l'EsPAGNE m'en vouloit croire, 260 L'on verroit dedans mon Histqire , Bien-tôt , son Acomodement.

Elle n'a sinon , promtement , Qu'à «donner à nôtre grand Sire Ce qu'avec droit d'Elle il désire.

263 Hé quoy ! faut-il tant de façons ! Mais sus , vîtement finissons.

Du 16. Juillet 1667 (Robinet).

Jouant l'autre-semaine aux cartes, Je sceus que le fameux Descartes , Dont le nom propre étoit René Et que l'on voit , de fait , renay En maint Sectateur & maint Livre , Qui le font sans-cesse revivre , Avoit été pompeusement Mis en son nouveau Monument , Dans cet éminent Monastère Où maint grand Miracle s'opère , En vertu du glorieux Nom De la Bergère de renom Que Geneviève l'on appelé.

L'Assemblée en ce Lieu fut belle Et toute plaine de Sçavans Des plus célèbres de ce temps , Qui , je pense , par Syllogismes Et , peut-être , par Aphorismes , En Latin & Grec mémement , Prièrent pour luy doctement.

Je pourois , si bien je suppute , Ajouter : avèque dispute , Et c'est comme , selon mon gré , Tout Docte doit-être enterré.

Adieu , Clion , fais ta retraite :

Voila ma Missive complète.

Le seize de Juillet icelle je finis , Disant pour ce Défunt un franc De Profundis.

A Paris, Che^ Ch. Chenault , Imp. & Lib., rue de la Hucheite, aux Armes du Roy. Avec Priv. de S. M.

(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine, 296 A3.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.]

Du 23. Juillet 1667.

D'où me vient ce brusque réveil , Et qui trouble en mes yeux le cher Dieu du Sommeil

Au point qu'il est plus agréable , Et qu'enfin , retirant ses Pavots si pesans ,

Dans une extase délectable ,

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Il laisse le matin résusciter nos Sens ,

Si bien que de la Mort il n'est plus lors le Frère ,

Mais de mille douceurs le délicieux Père !

Ah ! c'est toy, ma noble Clion , 10 Et des grâces je dois t'en rendre un milion ;

C'est toy, di-je , qui me réveilles , Et qui , par un charmant & tres-digne souci , Dés que l'on voit du Jour les naissantes merveilles , Le Samedy, me dit ainsi :

15 Sus , debout , & reprens une nouvelle Flâme !

Sçais-tu pas qu'aujourd'huy tes soins sont à Madame ?

Oui , je le sçais , & ce beau Nom , Sur qui de plus en plus s'établit mon Renom , M'entousiasme & me transporte.

20 Ça donc , viste , prenons encre , plume & papier,

Et rimons de si bonne sorte Que nous puissions remplir nôtre petit Cahier, Sans y rien recevoir qui ne soit digne d'Elle Et d'aller passer Montre en sa belle Ruelle.

25 Le pénultième Samedy,

Gomme l'Astre du Jour, fort loin de son Midy, Etaloit au Couchant beaucoup plus d'écarlate Qu'il n'en faudroit vraiment à tous les Cardinaux Pour en couvrir leur omoplate 30 Et pour se faire des Chapeaux ,

Le brillant Phœnix des Monarques , Louis , qui montre à mille marques Qu'il est le Fils chéry des Dieux , Vinst voir le beau Philipe & l'illustre Henriette , 35 Comme aussi l'Héroïne , en Appas si complette ,

Qu'ont produite leurs nobles Feux.

Leur Palais , dedans ce moment , Fit voir tous les Plaisirs dont il est l'élément , Afin d'avoir l'honneur de charmer ce Grand Sire 40 Et de ravir son cœur au Démon des Combats ,

Qui l'a rangé sous son Empire Et luy parêt seul plein d'appas.

Le beau Dieu des Cœurs & les Grâces Semèrent par-tout sur ses traces 45 Leurs enchantemens plus puissans ;

Mais la Gloire , à ses yeux alors toujours présente , Luy paroissoit , hélas ! si belle & si plaisante Qu'à peine èfleuroyent-ils ses sens.

Dés le lendemain , le Héros , ^o Avec cette Déesse aux belliqueux Travaux ,

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Partit de cet Eden , malgré tous ses doux charmes Pour aller entasser Lauriers dessus Lauriers , A la Tête de ses Gens-d'armes , Dont il fait de si grands Guerriers , 55 Et Philipe , trois jours en suite ,

De ce même lieu prit la fuite , En forçant d'invincibles Nœuds , Des Nœuds les plus charmans qu'ait formé l'Hyménée . Pour suivre de Louis l'illustre Destinée 60 Et pour prendre encor part à ses Explois fameux.

Ce Potentat , qu'il faut qu'on aime ou que l'on craigne , A fait grand accueil , dans Compiégne , A I'Abbé Rospigliosi , Qui sera Cardinal , sans doute , à bonne enseigne , 65 Etant digne Neveu de ce grand Pape cy,

Prédit par Malachie & non par Nostradame , Ainsi que je le mis ailleurs , en fausse Game.

Au Cours le Roy le conduisit , Dans le Carefour des huit Routes , 70 Où le Cerf poursuivy n'a , ma foy, pas les goûtes ,

Et la Collation royalement s'y fit , Au son des Instrumens dont les fines merveilles Cependant chatouilloyent l'Ame par les oreilles.

Nôtre excellente Reyne êtoit au même Lieu , Avec son Dauphin admirable , Plus beau que l'Enfant adorable Qui fait crier les cœurs au feu ; Et je ne sçay combien de Belles , Qui trouvent peu d'Ames rebelles , 80 Escortoyent ses rares appas.

Ainsi le Neveu du Pontife Conut qu'on pouvoit dire , & sans être apocrife , Que la Cour des François sa pareille n'a pas.

Il est maintenant à Paris , 85 Chez nôtre Grand Prieur de France :

Dieu sçait si ce Seigneur à si belle dépense Le peut traiter à juste prix !

Non , non , comme il se pique D'être un vray Magnifique , 90 II le régale , en bonne foy,

Comme chez-luy feroit le Roy.

Au reste , il voit comme l'on aime Son Oncle , couronné du Triple Diadème ; Il voit comme par-tout on fait pour luy des feux , 95 Et qu'avec une joye extrême

Nos cris s'en vont , jusques aux Cieux ,

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Dire que 1' Esprit S. a remply tous nos vœux En donnant à I'Eglise un Chef si glorieux.

Jamais on n'avoit vu , dedans les Villes nôtres, 100 Pour aucun Successeur du Prince des Apôtres ,

Ny de semblables Feux , ny de pareils transports ; Toutes nos bonnes gens , jusques dessus les Ports , Y dansèrent autour, aux chansons , tant que terre, Ainsi qu'à la S. Jean , ou comme à la S. Pierre ; 105 Et mêmes quelques-uns , dessus un air tout neuf,

En chantoient en l'honneur de ce grand Clément neuf

Mais revenons à nôtre Auguste , A ce cher Dieu-donné , Fils de Louis le Juste. Avant que retourner en son Camp glorieux , 110 II est allé mener dans les Places conquises,

Pour en être deux fois ainsi Victorieux , Un Objet souverain sur toutes les Franchises

Et qui le rendit de son cœur, Cy-devant , malgré Mars , le tout puissant Vainqueur. 115 Vous entendez sans nule peine

Que je veux dire nôtre Reine.

Après , il ira , que je croy, Apprendre aux Gens opiniâtres Et qui voudroient, comme à Courtray, lao Faire encor les acariâtres ,

Qu'à ses yeux cela n'est pas bon :

Que l'on peut bien , en son absence , Faire un peu plus de résistance , Mais , pour en sa présence , non.

125 Après cent bizarres Nouvelles , >'

Qui partageoient maintes cervelles ,

On a sceu qu'enfin, pour le vray,

Nous avions réduit ce Courtray

Et sa Citadelle si bonne ,

Citadelle à la Gassionne ,

Où sept cent Scarabonbardos , /

Prenans nos Gens pour des Bados , I

Entreprenoient de se défendre ,

Quand la Ville eut daigné se rendre. ,

Mais nôtre Maréchal d'AuMONT, /

Sur ce Procédé rodomont , Faisant , de son canon , sortir Boulets & fiâmes

Et les menaçant mêmement %

De faire , en ce moment , ,^0 Exposer Mesdames leurs Femmes

A l'endroit qu'ils tiroient sur nous ,

Aussi-tôt ils filèrent doux

Et dirent , changeans de langage

Et de leur félon procédé :

<r Tenez , nous vous cédons le Dé ,

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» Sans le disputer davantage. »

Or le DÉ , sans rien commenter,

Etoit ladite Citadelle ; Donc, comme de la Ville , on fut se saisir d'elle , 150 Et c'est ainsi qu'on vient de me le raconter.

En deux jours , tout au plus , on termina l'Afaire , Et je blâmois à tort ces Espagnols rendus

D'avoir trop fait les entendus;

Vrayment , ils ne pouvoient moins faire.

155 Quant au grand Duc de Roanez ,

Qui fait tant parler de ses Fais , Il n'est pas encor mort une fois en sa vie , Quoy que déjà deux fois , ce disoit un faux On , Par une pure calomnie , 160 II eut été tué d'un Boulet de canon.

Car, ainsi qu'à Courtray, vous sçavez bien qu'à Furne Cet On vouloit encor qu'on préparât une Urne Pour les Cendres de ce Héros.

Hé ! demeurez donc en repos , 165 Belle & digne Moitié de ce grand Capitaine ,

Car il s'immortalise à tel point par ses Fais Que c'est une chose certaine Qu'il ne peut mourir désormais.

Au reste , nos chers Volontaires , 170 • Frians des hazards militaires

Plus que des douceurs de la Cour, Les vont rechercher chaque jour.

Le Duc d'Enguyen , Guerrier de Tyge , Et brave au dernier point , vous di-je , 175 Comme aussi le Duc de Bouillon ,

Dont le sang boult à gros bouillon Quand il faut faire un Exploit d'Armes , Lequel a pour luy mille charmes , Ayant appris , auprès du Roy, 180 Qu'on avoit de chacun commandé la Brigade ,

Ils parurent en désarroy Et, par une noble boutade , Ils l'allérent (je vous dy vray) Rejoindre , sans aucun délay.

185 D'Armagnac , de son Père ayant toujours l'idée ,

Quoy que la sienne alors ne fut pas commandée Partit , avec célérité Aussi , d'auprès sa Majesté , Et ces ardans d'aller, ces Braves pleins de zelle 190 L'évitèrent, bonne-foy, belle.

Ils pensèrent , dit-on , être pris au colet Par de certains Bateurs d'estrade , Lesquels auroient pu , sans bravade

162 prépara

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Se vanter d'avoir fait un beau coup de filet.

195 L'Empereur faisoit des Levées

Pour envoyer aux PaÏs-Bas ;

Mais il ne prétend plus qu'elles soient achevées ,

Quoy qu'à Dom-Rodrigo cela ne plaise pas.

Il ne veut , ce dit-il , songer cette Campagne 200 Qu'à divertir des mieux son illustre compagne

Et s'ébaudir luy-même avec ses doux Appas.

Or moy, Charles Petit , & non pas Gharlemagne ,

Je luy sçay fort bon gré de prendre ses ébas ,

Sans se vouloir mêler de nos petits débats : 205 II trouvera bien plus son compte à l'un qu'à l'autre ,

Et c'est-là , du moins , l'avis nôtre.

Cependant , Messieurs les Ibères , Se voyans sur les Bras un bon nombre d'Afaires

(Car on dit que les Portugais a 10 Prétendent, dessus nouveaux frais ,

Leur venir faire encore niche) ,

Ont enfin au Conseil d'Etat

Fait revenir Dom Juan d'AuTRicHE ,

Avec honneur & grand éclat ; 215 Même , après cette belle Scène ,

Le Sieur Marquis de Caracéne

De Madrid vite a détalé

Et devers sa débile Armée ,

Par ces Portugais allarmée , aao Vaille-que vaille , il est allé.

Mais c'est assez parler de Guerre ; Parlons de la Paix d'Angleterre .,

Avec Nous & les Holandois. i

Grâces au Ciel , elle est signée , 225 Et c'en est fait à cette fois.

Adieu , guerrière Destinée , Adieu , tous belliqueux Explois :

Nôtre Discorde est terminée.

Je m'en vay finir promptement Par un funeste Evénement , Dont je dois faire en mon Epitre , Depuis fort long-temps , un chapitre.

Les Crimes de la Jalousie & de l'Amour.

Une Dame du Languedoc , ^^deSgef

A qui maints Appas êtoient hoc , 235 Etoit, par maie Destinée,

L'Epouse trop infortunée

233 Le nom de la marquise de Grange a été ajouté en marge, par une rnaiH du temps, sur l'exemplaire de la Bibliothèque nationale.

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