Du i5. Aoust 1666 (Robinet
Et , pour opérer des Merveilles Qui doivent être sans pareilles , Dedans peu de jours il attend Un autre Prophète Nathan ,
1 13 Et de plus un nouvel Hélie.
Que dirons-nous de sa folie Et de la lourdise des Juifs , Qui mieux aiment d'être Séduits , Et , courans après des Fantômes
120 Qui n'ont aucuns bons Axiomes , Attendre, jusqu'au Jugement, Un Messie inutilement , Que d'en suivre un dont I'Evangile Dure après six cens Ans & mille ?
123 O qu'il est Sot ! ô qu'ils sont Foux ! Messieurs , avouons-le entre-nous.
Lors que , dans la Cité Romaine , Cité Sainte & non plus mondaine , Nôtre Duc en public entra ,
130 Tout son grand Peuple l'admira, Tant il étoit en bonne Couche ; Car, sans qu'ici du tout je bronche , Il étoit dans un Char brillant Et d'Atelage équipolent,
1 33 Que de Chigi , rare Eminence , Ayant grand instinc pour la France, Lui voulut envoyer exprès , Pour l'honorer à plus grands frais , Beaucoup plus loin que d'ordinaire
140 II n'avait coutume de faire.
Dans ce beau Carrosse vitré Et superbement décoré , Les Seigneurs Cardinaux Antoine , Aux magnificences idoines ,
143 Retz , Ursini , Maldachini , Et mêmes aussi Mancini , Tous d'un admirable Génie , Lui faizoyent digne Compagnie.
Outre beau nombre d'Estafiers ,
130 De leur Equipage tous fiers , On voyoit vingt & quatre Pages Par politique à lors bien sages ; Et six Carrosses , contenans Gentils-hommes & d'autres Gens ,
133 Tous lestes tout du long de l'Aune , Suivoyent ledit Seigneur de Chaune, Que chacun montroit à ses Yeux , Voir d'un cœur contant & joyeux.
Après , sans un seul en rabatre ,
160 II en rouloit cent trente-quatre , Dont Cardinaux, Princes, Seigneurs
iSg. — Du i5. Aoust 1666 (Robinet).
Voulurent croître les honneurs ,
Par un Cortège , de la sorte ,
Le plus nombreux qui par la Porte
165 (Sçavoir celle del Popolo) Soit entré, j'en jure Apollo.
S'étant dans le Palais Farneze Rafraîchi , des plus à son aise , Le même Antoine , Cardinal ,
170 Le conduisit au Quirinal , Où , sans blesser son caractère , Il baisa les Pieds du Saint Père , Et , dans une heure d'entretien , En fut traité certes très-bien.
175 De là sortant , il fut en suite A ses Parens rendre visite , Et , comme , entre nous , le Passé Est heureusement éfacé , Par de réciproques tendresses ,
180 On se fit là mille caresses.
Etant au Palais de retour, De leur part il fut tour à tour Régalé d'une manière ample Ou, pour mieux dire, sans exemple,
185 De Gibier, de Fruits , de Liqueurs , Et, bref, de mille autres Douceurs.
Au reste, telle étoit la Joye , Qui lors par tout se faisoit voye , De revoir , en si noble arroy,
190 Un nouveau Ministre du Roy, Que , par des transports authentiques , On ferma même les Boutiques , On épancha du Vin par tout , Et , de l'un jusqu'à l'autre bout ,
195 Ce ne fut que bruit d'Escopettes Et de fanfares de Trompettes , Qui marquoyent bien , mon cher
[Lecteur, Que tout cela partoit du cœur.
Les deux Flotes se sont revues 200 Et , derechef , un peu batues ; Mais ce qu'on en sçait, cette fois , Est que Celle des Holandois , Ayant vent au Front, non en Poupe, Fut contrainte avecque sa Troupe 205 De combatre en se retirant.
Le Bruit commun est mon Garent De ce qu'ici je vous avance , Et plus loin ne va ma Science.
Quand davantage j'en sçauray, 210 N'en doutez point , je l'écriray.
Mais il ne faut pas que j'oublie
Ce que le beau Renom publie D'un jeune & noble Chevalier , Qu'on ne sçauroit assez louer.
213 Ce Chevalier , dit de Lorraine , ^ Plus charmant que la belle Héleine, Ayant vu venir un Brûlot Qui s'en alloit faire Capot Le grand Amiral de Holande ,
220 Comme il a l'ame toute grande , En Chaloupe au devant alla , Et , l'enflamant , fit qu'il brûla , Sans qu'il pût son effet produire , Id est, audit Amiral nuire.
225 Le Sieur Chevalier de Cavois , Friand de semblables Explois , Fut aussi de cette Partie , Que chacun juge bien hardie :
Et , bref, le Baron de Busca
230 Avec ces Messieurs s'embarqua, Ce qui pourra (je le désire) Adoucir vers Lui le grand Sire.
Par charité , je donne Avis (Dont je croi qu'ils seront ravis)
233 A nos chers & dévoyez Frères Qu'aux Barnabites , l'un des Péres Et leur Prieur , Homme scavant , » Doit faire , d'ores-en-avant , du c
Chaque Feste , la Controverse ,
240 Où depuis long-temps il s'exerce.
Mais s'ils y vont , qu'en dira-t'on ? Adieu Presche de Charenton.
Les Théatins , autres bons Péres , Dont les Maximes sont sévères ,
243 De leur Fondateur Bien-Heureux Ç^| Ont fait la Feste Ici , chez eux , Avecque leur zèle ordinaire Et sur tout un beau Luminaire.
DoM CÔME , ce Grand Général
230 Et Panégyriste Bannal ,
En fit l'Eloge avecque gloire , Mais devant petit Auditoire , Pour la petitesse du Lieu , Qui s'accroîtra , s'il plaît à Dieu.
233 Le quinze Août, malgré ma Mi-
[graine , Je fis cette Lettre assez pleine.