Du 10. Avril 1666 (Robinet
350 Attendant qu'un Maître Pinceau En fasse le digne Tableau , Madamo Est l'illustre & jeuue Lorraine * Ludw p^^j. q^ jç g3 ^^^Yer ma Veine ,
Mais un peu moins abondamment 355 Que je ne fais présentement ,
Lors qu'auprès de la Grande Altesse A qui mes Epttres j'addresse
Elle vint estre du beau CHCBim
Que forment ses FîllêM d'HomtEim.
260 Mais, comme en une ou deux Visites
Qu'ont receu de nous ses Mérites • J'aj pu la lorgner à loisir.
Je crayonne avecque plaisir
Ici les charmantes Idées 365 Que mon Esprit en a gardées.
Princesse du beau Sang des Dieux , Je ne puis finir mon Epttre • Ce me semble , par un Chai>itre Lequel vous puisse plaire mieux ; 370 Ainsi , jusqu'au revoir je vous fais mes Adieux.
Le Dixième d'Avril & le sept de la Lune Je fis l'Ecrit présent fort loin de Pampelune.
A Parti , Oui ^' Muguet , rue ds la Harpe , aux trois Rins. Avec Privilège dm Riey.
(BibUoth. mt.. Le*, sa. lie.- Biblioth. de rAncnil , B. L. iita).
LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS
[ Par la GRAVETTB oi MAYOLAS. ]
Du 18. Avril 1666.
Enfin voicy Pasques fleuries ; Peu de personnes sont maries , Grande Princesse de Nemours , Que le Carême ait fait son cours ,
5 Car cette sainte Quarantaine Péze des jours une centaine Et certes n'acommode pas Les corps mal-sains ou délicats , Mais on voit par expérience Qu'avec un peu de patience Le Temps nous fait venir à bout De bien des chozes ou de tout.
Le mauvais avec peine passe , Et le bon après prend sa place ;
1 5 Ce grand Maître, aussi bon que vieux,
Nous va bien tôt rendre joyeux.
Adieu harangs , adieu merlodie.
Propre à des estomacs d'Aûtrucbe ; Adieu les botes d'êpinarts , Qu'on épluchoit de toutes parts,
20 Topinambours & bêteraves, Un peu moins firians que les raies; Adieu grand & petit poisson , Adieu la loche & le goujon , Adieu moule , hutdr^é-récaille ,
25 De la Mer petite raadlle ; Adieu brochets , adieu saumons, Marsoins , esturions 9L tons,
25 Adieu moitlci , huflm i Técrflg'
to9
lia. — Du 18. Avril 1666 (Mayolas).
Ecrmiiet, aoles & Vives ,
jo Moitié mortes & moitié vives , Merlans , limandes & carlets I Vous avez joué vos roUets , Anguilles Si. carpes & tanches , Raye, aloxe • fraîches & blanches ,
35 Maoreuzes , truites , escargots ; Laisses-nous ronger quelques-os.
Pois , lentilles & féverolés , Pommes cuites & poires moles , Quatre mendiens & pruneaux ,
40 Vous serez banis des Cadeaux , Puis-que dézormais la viande , Et plus solide & plus friande , Nous va donner d'autres ragoûts.
Adieu , bon-jour, retirez-vous ,
45 Et ne nous taites plus de peine Après la prochaine semaine.
N6tre grand & brave Amiral , Qui va de canal en canal.
Que dia-je ? sur la Mer profonde
30 Court, se promène & fait la ronde Comme il feroit en son Hôtel Ou bien à quelque Carozel ; Ce Prince a soixante Navires , Qui certes ne sont i>oint des pires ,
55 Puisque tous ces puissans Vaisseaux . Sont des meilleurs & des plus beaux, Et dans leur armement fertille Ils portent des canons dix mille , Que le vaillant Duc de Beaufort
60 Tient tous prêts au Toulonois Port Pour aller par mer & par terre , Au gré du Koy , faire la guerre.
Le vigilant Duc Mazarin , Poussant toujours son beau chemin
65 Le long des Côtes de Bretagne , A l'œil & l'esprit en campagne , Et diligente mlement , Par ses soins & grand Armement , Que de ce côté, sans rien feindre ,
70 A prézent on n'a rien à craindre.
Opulens & pauvres Pierreux , Vous ne serez plus mal-heureux , Car la grande ou petite Pierre Qui dans les reins souvent s'enserre, 75 Et décend en un autre endroit ,
Par le secret d'un Homme adroit ,
Vous sera promptement ôtée
Et sans nul danger emportée.
• Le fameux Hiérome Collot , 80 Estimé du sçavant Vallot , SS^
Des intelligens & des sages , da Roy
Et de nos plus grands Personnages,
Ce dign^ Opérateur du Roy,
Entend bien cela , sur ma fov , 85 Et je croy que dans cette Ville
Il en a tiré plus de mille.
D'un bon Conseiller Tolozain , àîSS?'
Depuis peu , son experte main , sSinSir
Qui coupe , qui rongne & qui tailledeOttens 90 Des Personnes de toute taille ,
En a tiré deux tout d'un coup ,
Sans les faire soufrir beaucoup.
Papes , Empereurs , Rois & Prin-
Les Républiques, les Provinces, [ces, 95 Peuvent avoir besoin de luy ,
Et l'on le recherche aujourd'huy ,
Puisque sa science fameuze
Fait mainte cure merveilleuze.
Il n'est jpas de ces Charlatans, 100 De qui les discours éclatans
Ne sont que pure tromperie "
Etfrauduleuzepiperie; ^<^^
CoLLor en fait plus qu il n en dit Raoux
Et mieux que je ne l'ay décrit.
105 Courez-donc , en pareille afoire ,
A cet illustre Lapidaire ,
Et vous aurez assurément
Un prompt & grand soulagement.
Dans le beau Palais de Versailles,
1 10 Où ne sont point vieilles ferrailles , Puisqu'on m^assure de nouveau Que tout est neuf dans ce Chftteau , Nôtre Grand Porte-Diadéme , Avec la Reine qui bien l'aime
1 15 Et le Daufin pareillemant ,
Qui de plus en plus est charmant , Avec Monsieur, avec Madame, De qui les deux corps n'ont qu'une Et les Princes & Courtizans , [ftme ,
110 Ayant pris-là le passetemps Que cette Royale demeure Pouvoit leur ofrir à toute-heure , Pendant des jours quatre fois trois , Tantôt au pré , tantôt au bois ,
135 Faizans souvent des promenades Auprès des nouvelles cascades ,
8ii
iti. — Du i8. Avril 1666 (Mayolas).
De qui les orgueilleux jets d'eau Rendent ce lim tout-à-tait beau , Tantôt à la Ménagerie
130 Pour voir voler Yoyxéltnt ; . Tous , fort satisfiûts de cela , Avant-hier partirent do-là Pour retourner d'une humeur gaje Jusques à Saint Germain en Laye ,
135 Dont la belle & grande Maison Est aimable en toute saizon.
La Vicomtesse de Tureinb »
Charlotte Cavmoht » trés-humaine , En son Hôtel & dans son lit ,
i4oMardy dernier, rendit l'esprit.
^ôé^' Son Époux illustre & fideUe , descaomaDe qui la valeur immortelle ^d^Sloy I^^uis les sièges , dans les combats , Jamais ne craignit le trépas ,
145 Ce Prince tréfr-vaillant & sage , Malgré sa force & son courage , A témoigné dans celuy-cy Beaucoup de crainte & de soucj ; Aussi de sa perte présente
150 Toute la Cour est fort dolente , Et Leurs Majestez aujourd'huv L'ont fait complimenter chez^luy Sur la mort de cette Princesse , Qu'un chacun regréte sans cesse ,
155 Dont les brillantes qualités Ont éclaté de tous côtes.
Nôtre magnifique Monarque , Pour donner une belle marque D'estime au Cardinal Urstns ,
160 Luy fit présenter à ces fins ,
Avant qu'il s'en retourne à Rome , Séjour coûtumier du Saint-HoMiŒ , Une Croix de fins Diamants Vallant soixante mille francs ,
165 Dequoy cette illustre Eminence A beaucoup de reconoissance , Et partira dans quelque-jour Fort satisfait de cette Cour.
L'illustre Princesse d'OiuNGB , i7oDifine de gloire & de louange , A rait sçavoir aux Holandois , Ainsi qu'aux États Zélandois , Qu'en peu de jours elle marie Sa Fille , Princesse Màiib ,
175 Au puissant Doc de Snmimnr, Qui souhaite fort oét Hjrmea, Dont la Feste extraordinaire A Clévbs bien-lôt se doit fttre.
Lesdits Etats, dans le momcae.
180 Donnèrent leur consentement , Témoignans beaucoup d'allégni Du beau choix de cette PrincesM Pour moy , je m'en r^ouia bini Et , sefon le sentiment ntiîen ,
185 Ce ne seroit pas être sage .
D'être ennemy do Mariage , Sur-tout, quand VEpofaz€ & VEf Sont illustres , charmans & don
A propos, j'ay scco oo'àSanee
190 L'Amour faisant trés*^ace goc A deux véritables Amans De deux Objets asses charmans , A deux incomparables Frères , De l'Hymen ndelles confiréres ,
195 Qui vouloîent épouser deux Son Pour en avoir plus de douceurs, Dont l'une étoit fort bdle, aima Et l'autre ttoit asaes passable.
Par l'aveu de tous les Parens ,
200 Des Amis, des indiférens, [chati Ces deux germains, pris dans U Epousèrent les deux Germaines.
Après le Serment saint & beau , On alla dans un grand château
205 Faire la Feste Nuptialle
Dans une longue ât large salle; Après le festin somptueux , Après avoir fait miÛe jeux , Après les danses plus galantes ,
210 Branles , sarabantes , coiu'antes , La nuit commençant d'aprocher U falut enfin se coucher.
Les parentes les plus fidelles Prirent le soin des deux Pucelles
215 Et les menèrent sûrement Chacune en son apartement.
On les déshabille , on les couche Elncor qu'une fit la farouche, Puis on en va donner avis
220 Aux deux impatiens Maris; Ausquels du bout du doigt sans do A chacun on montre leur route, Et l'on les laisse jusqu'au jour Avec rObjet de leur amour.
203 anii.
ti3
1 ta. — Du t8. Avril 1666 (Mayolas).
as5 Dés qu'on vit la clarté parêtrc Et qu'on eut ouvert la fenêtre Au ffrand & ffénéral flambeau Et du lit tiré Te rideau , La surprize alors fut extrême ,
9^ Lors qu'ils virent , à l'heure même , Que» par bon-heur & par mal*beur, Ou par un tour drâle & trompeur.
Us n'ûrent point , la nuit passée , Celle qu'ik avaient épouzée ,
SJ5 Et , de chambre s'êtans mépris , L'une pour l'autre ils avoient pris.
Ne sçachant pas trop bien les êtres Du noble logis des ancêtres De leurs Femmes , dans ce moment
14» On put se méprendre aizément.
Ccluj^ui vouloit la plus beUe Songe d'abord à la querelle ,
Et soudain a recours aux Gens Qui vuident tous ses diférens ,
t45 Mais , sa plainte étant raportée , Elle se trouve re jetée , Et fort justement on lu^ dit Que chacun reprendroit son lit - Avec la femme blonde ou brune
t5oQue leur donnoit Dame Fortune, Et le Proverbe les instruit Que tous les chats sont gris-de-nuit.
Princesse , d'un très-haut mérite, Heureusement m*en voila quite.
•55 J'ay PAIT cesVers, ou laids ou beaux, La veille &U jour des Rameaux.
^ Pmis, CU^ C. ChitumU, Iwtp, à Ub,, Aux Armes dm Ro^, rtu de U thuketU, Avec PriviUge $SmM
(Biblioth. Mt., U^. ai. Rét. — Biblioth. d«rAreenal, B. L. iiSoo. — Biblioth. de M. le baron James de Riithschild. — Ce dernier eiempliire perte li date da ai avril et lea adreaiet auhMuitet : A Paris , Cke^ C. CkmsmUi , /«^. dr iJè., Aum Atmm dm Mv • rwe de U Hwckemn Avec PrMUge de U M- Bi è i^ , Cke^ Omrhf Mëtkevet, kUareh^ Uà„ nu Mercière, d S. Thoméu d^Acqmm,)
LETTRE EN VERS A MADAME
[pAt Cnarlbs robinet.]
Du 17. Avril 1666.
Le digne Objet de mon Souci , La belle & brillante Minerve A qui ysLj consacré ma Verve , Vient quelques jours fixer ses grands Appas Ici.
Muse , d'un Temps si prédeux Montrei^-vous bonne Ménagère , Et reprenez flflme & Lumi^ Dans les vives Clartez qu'épanchent ses beaux Yeux.
Ainsi que Celles du Soleil , Ces belles Clartez sans secondes Sont en doux Miracles fecondes , Et rien à leurs Effets ne se trouve pareil.
ao
as
ii3. — Du 17. Avril 1666 (Robinet).
Elles produisent les Appas .
Les Ris , les Amours & les Grâces , Qui marchent sur toutes ses Traces . Et ne font pas enfin sans Elle un petit pas.
Par Elles ApoUon m'apprit A faire de passables Carmes , Car ces Clartez pleines de Charmes Inspirent un désir & de Gloire & d'Esprit.
Dés que par un Sort bien-heureux On peut voir l'illustre Henriette , On sent que le Cœur s'inc^uiéte Et qu'on veut pour lut plaire avou* un peu des deux.
Voyons donc si de quelque Esprit Nos Rimes seront animées , Afin qu'elles soyent estimées Et que la Gloire ainsi couronne nôtre Ecrit.
Las I en ouvrant mon Ecritoire ,
30 Je vois d'abord en ma mémoire Le Coup qu'un Espous assassin Poussa n'aguére dans le sein De sa Moitié belle & charmante , Par une rage violente.
35 Estans, malgré les Saints Liens, Séparez de Corps & de Biens Pour des raisons de part & d'autre Hors de la connessance nôtre , L'Epouse , craignant de l'Epous
40 Ce grand'Transport de son courrous, Alloit , comme une belle Etoile , Toujours sous le Masque & le Voile Cachant ses aimables Appas , Afin qu'il ne la connût pas ,
45 Et souvent, à beau pied, sans lance, Encor que Dame d'importance , Alloit seule se promener Au lieu de se taire traîner Dans sa Calèche ou son Carrosse ,
50 Où l'on ne voyoit point de Rosse.
Mais quoy 1 par l'ordre du Destin , Enfin un Jour, soir ou matin , S'étant par hazard démasquée , La Pauvrette en fut attaquée ,
55 Et ce trop barbare Mari , Qui peut-être en est bien marri , Sans pitié lui fit de sa Dague Jusques à trois fois zague zague , Au mUieu du sein , dont les L]r8
60 Furent soudain ensevelis Dans une Onde rouge & bouiUa De tous les cotez ruisselante , Par ces trois maudits coups four Par qui les Esi>rits ^brez
65 Et mêmes aussi la pauvre Ame Laissèrent Iç Corps de la Dame Entre les Griffes de la Mort O le triste & funeste Sort 1 O queb Désespoirs! quelles Rag
70 O quels malheureux Mariages I Il vaudroit bien mieux , tout de 1 Estre toujours Fille & Garçon Que de tomber dans ces Desastr Mais on est forcé par les
75 Suivant ce que Ton nous écrit En franc Espagnol de Madrit, Si véritable est la nouvelle , On l'alloit donner encor belle A nôtre Amoureux EMPBmBUK
80 (Ah 1 qu'il eust pesté de bon osa C'est que d'Illec quelques Minin Par leurs Conseils un peu sinist Opinoyent opinifttrement Que de ses Vœux i'OlMet charnu
85 Ne partist que devers rAutomoi (La Pièce étoit-elle pu bonne ?] .
Ou bien même ea soixante A se Mais par la même Lettre on sçii
ii3. — Du 17. Avril 1666 (Robinet).
rQue U Rbvhb Rboente & Méhe , WLasse de voir languir son Frère, pA résolu qu'au rrois de May.
LOont il aura l'esprit bien gay.
r L'Infante , sa belle Compagne , f Se mettra sans faute en Campagne
Le jeune Prince Portugais
PAussî . pour remplir ses souhais ,
Attend une illustre Mignonne
■ Qui vaut bien certe sa Couronne .
£' Et quand il verra ses Appas ,
■•lU ne se repentira pas
D'avoir jette son chois sur Elle.
Elle est spirituelle & belle , Et . certainement du vrai Bois Dont on fait les Femmes de Rovi.
La Parqce , oui les dents nous
s la MÉRK dudit Prince [grince,
FDeputs peu dedans le Cercueil ,
■Qui des plus grands Rovs est i'Ecueil
"omme des plus minces Personnes
r qui s'étendent leurs Couronnes,
AitNB, qu'on pleure incessamment, Prove cela suffisamment , Et ce Don CÔME , si célèbre .
Qui lit son Oraison funèbre
1 1} Qu'on débite présentement Et qu'avec tant d'empressement Chez mon Imprimeur on va prendre, Le fait A merveille comprendre, Exposant cette Majesté .
I» Qu'on traitoit de Divinité .
Dans les Desordres de la Tombe Où tout Monei à la fin tombe.
^^ Oc TuixB l'excellent Prélat ^■IL foit avec beaucoup d'éclat ^MDn Service pour la Princesse , ^Be Souvenant encor sans cesse 0bes Bien-faits qu'il en a receus , Et . dans des Termes bien tissus , Une s^avante & belle Langue ■ 30 Y fit la funèbre Harangue
'C'est . pour vous tirer de suspens , ^Ue Provincul des Feuillaks;.
Ces DoKs , d'humeur candide & [franche , Vestus de fine laine blanche ,
15 Ont . en la Ville de Bordeaux Et dans leur Temple des plus beaux.
Fait pour ladite Reyne Mère , Vrai comme le Jour nous éclaire.
Un Service aussi tres-pompeux ,
io Et plus éclatant que les Cieux jles Lors qu'au travers des sombres Toî- Ils montrent toutes leurs Etoiles.
Mais . qui plus est, leur Général , DoH fort poli , docte & moral ,
,5 Y fit l'Eloge en conscience .
Avec une telle éloquence Qu'il eut autant d'Admirateurs Qu'il eut d'illustres Auditeurs.
En cette Ville , six vingts Dames .
150 Très- pieuses & bonnes Ames .
Qui forment par dévotion
La Belle Congrégation
Du Tiers & tout-à-fait Saint Ordre,
Où l'on ne trouve rien à mordre .
155 Du Séraphique Saint François ,
Ont . le troisième de ce mois . 'n i^E|11m
Fait aussi faire un beau Service , CdpaâsKi
Afin que le Ciel soit propice
A l'auguste Mère des Lvs , 160 Dont le Corps est à Saint Denys .
Ayans appris qu'elle ètoit morte
En montrant une Ame si forte ,
Dans I'Habit rempli de Vertus
Du susdit Sanctus Franciscus.
165 La Vicohtesse de Tiirenne
(Ah ! faut-il que je vous l'apprenne I),
Princesse de cette Maison
Si renommée avec raison
Des célèbres Ducs de la Force , 170A de Cloton subi la force.
Malgré ses rares Qualitez ,
Sa Piété . ses Chantez .
Qui la rendoyent par tout aimable .
Considérable & vénérable.
17; L'illustre Prince . son Epoiis .
Dessous ce plus rude des Coups .
Hélas 1 sent son Ame abatue .
Encor qu'elle soit revestue
Des nobles Vertus des Héros , iSo Et que par de charmans propos
ii3. <-- Du 17. Avril 1666 (Robinbt).
On l'ait consolé dans sa peine De par le Roy, de par la Reyme.
Son EimtBMCE des Uksins , Pour retourner chez les RoMAms ,
185 A pris congé de la Cour nôtre , Dans laquelle plusqu'en toute autre Elle a renconm l'Elément De tout ce qu'on Toid de charmant , De galant & de magnifique ,
190 Dont autre part moins l'on se pique, Et YÛ de plus le Potentat Qui régit le mieux un Estât, Et dont en vérité la Gloire Efface tout ce que THistmre
195 Nous chante des plus grands Héros Qui prés de Lui sont des Zéros.
Ce Roy plein de magnificence A régalé cette Eicm ercb D'une Croix jettant mille feux 200 Par ses Diamans précieux.
Ah 1 que tres-volontiers l'on porte Une Croix faite de la sorte !
Ursimi la yeid de bon œil , introdoo- Et ce fut MoNsncuR de BoifIfEtL Amb!J^. Qui de cette Croix bien aimable dean Fut le porteur tres-agréable.
Depuis Jeudy, les Majestbz Ont quitté les félicitez De leur Paradis de Versaille , 210 Oti je n'ay pas vaillant la Maille, Et sont en un mot de retour s-Germain En Icur Ordinaire Séjour.
en Laye ^^^gjjjuj^ I'UnIQUE & digne FrÉRE
Et son Epousb illustre & chère 215 Vinrent le même Jour ici , Et puis sont retournez aussi Vers la Reyne & vers nôtre Sire , A qui tout Bon-heur je désire.
Mais le cas , dit-on , est certain 220 Qu'ils reviendront Jeudy prochain Passer en ce Lieunri la Peste Pour qui tout bon Chrétien s'ap-
[preste.
Comme il est écheu pour beau Lot Au fameux Hiér6iib Collot,
225 Par expériance foncière »
De sçavoir vuider la CarmI Qui , pour les Pochez des I Souvent se forme dans les Ou , pour mieux dire , en 1
250 Et leur fait détester la Vie , Un Conseiller, Homme d' Et de Glatens même Seigi Très bien informé de la Cl Est Ici venu de Tolosb
255 Pour se foire décalculer.
C'est à dire par lui tûller.
Or, depuis environ huitain Ledit Collot a fait sans pel Cette grande Opération,
240 Mais avec l'admiration De trois Disciples d'Hypoc Dont le Renom par tout éc L'ayans vu fort adrétement Et même fort diligemment
245 Extraire deux Pierres tres-< Qui causoyent d'étranges 1 Sans se servir d'un Instrum Qui fait crier enragement , Causant des Maux de Purgi
250 Et qu'on nomme Dilatatoi
' C'est ainsi que sans cet Oui
Par un Art tout-à-fait subti
Il tire à présent chaque Piei
Que la Vessie humaine en»
255 Et que , faisant bien m(nns Il sçait beaucoup plutôt guc Le pauvre Patient qu'il taill C'est d'où vient que , sans < Il est d'une belle hauteur
260 Nommé l'ADRorr OinhuTXin Et qu'il est de nôtre Grand Pour ce bel Art ou Ton l'idi Et qu'enfin de Grands & Pe Il est couru de tous Pays
265 Pour s'en faire tirer la Piew Qui fait renier comme un Sa] Mais on fiiit un certain Rao Digne de haine & de coorro Qui par des tours de Gibeô
270 Aux yeux jettant de la poufl Fait voir une Opération Qui n'est rien qu'une lUosk Et , quand de trop prés on I Dit qu'il ne trouve point de
275 Ainsi le Fourbe , l'Imposteo Et du Public grand Atfrontt Par sesdits tours de passe-pi
1 13. — Du 17. Avril 1666 (Robinst).
itenoit avec trop cf audace il inanaucMt matière à tûUer Mge ft brave Comsbillbii t [wl a bien vu le contraire ceUes qu'on lui vient d'extraire c un notrf)le aoulas ,
Si que deux Objets pleins d'appas , 285 En qui beaucoup de vertu bmle , Savoir son Efousb & sa Fille , En sentent d'extrêmes plaisirs Qui comblent leurs plus chers désirs.
Les ïniens sont , ô Grande Héroïne , Que ces Vers que je vous destine Vous divertissent un moment , Prenant conaé de vous respectueusement Pour l'entière & pleme QuinMÎne, Car un PoSte Chrétien dans la Sâdits Seiuinb Doit aller au Calvaire & non pas sur le Mont Où les Rimes se font.
Du mois d'Avril le dix*«eptîéme Je fis cette Lettre moy-même.
h, CkêM F. Mwguttf me de la Harpe , aux trois Rois, Avec
(BiUieth. Mt., Le*, ai. Rét. —
BiUioth. liauriM, S96. AS. —
BiUioth. dt TArMiO, B. L. 11B02.}
LETTRE EN VÇRS >N ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS
[ Pak LA GRAVETTE de MAYOLAS. ]
Du 24. Avril 1666.
}raiide Pbincxssb de Nemours , XMt-il possiUe en huit jours e je ne prisse pas une heure tf vous écrire en ma demeure ?
n , je la tiens , et je fiais voir
ém de vôtre pouvoir.
Ds la juste ardeur qui m'anime , ormnarois de commétre un crime
laanquant une seule fois rous rendre ce que je dois , vous privant une semaine
firak coûtumier de ma Veine.
iss<e pat^tre bon Crêtien
De ne manquer jamais à rien 15 De ce qu'on peut ft qu'on sçait faire Pour tout le monde satisfaire?
Est-il rien de phis innocent Que ce travail divertissant • Et ne peut-on pas fisire pire 30 Que de récrire ou de le lire ?
L'esprit le plus religieux Peut hardiment jeter les yeux Sur nôtre modeste écriture Et continuer la lecture.
35 Mais plus d'un moment il y a Que j oy chanter ALLELinrA ;
1 14- — Du 24. Avril 1666 (MAYOLàs).
Ce mot signifie allégresse , Et l'Eglize mesme confesse Que dés qu'EIle Ta fiait ouir 30 Nous pouvons tous nous réjouir.
Puis que cette Feste Pascale Permet la joye & le régale , Ce seroit être bien chagrin D'aréter en si beau chemin.
35 A rhonneur des Troupes de France Je ne puis taire la vaillance Des Mousquetaires courageux Que Monsieur Colbèrt, sage &
[preux , Conduit justement & commande
40 Pour le secours de la Holande.
De Nanti-Taony , le premier En cette Troupe Brigadier, Avec ses onze Camarades , Alla dresser des ambuscades
45 Dans un bois de Co8feld prochain »
Ayans bayonettes en main , Encore que ladite Ville En Gens de guerre soit fertille Et la plus forte après Munster ,
30 Où Ton bat bien souvent le fer.
Ils cherchent le lieu le plus sombre, Prudemment se métent à l'ombre , ' Et, durant le cours de la nuit, Ne font aucunement de bruit.
55 Envelopez d'écorce d'arbre .
Par im temps plus froid aue le mar- Ils se font des manteaux divers [bre.
De feuillages épais & vers ; Us se couchent-là sur la dure
60 Sans matelats ny couverture , Sans craindre ny le vent ny l'eau , Comme une êpée en son foureau.
Tous ont l'oreille & l'œil alerte Pour faire quelque découverte ,
65 Dans le moment qu'un Payzan , Qui peut-être est un artizan , Fort vite dans ledit bois entre , Leur passe presque sur le ventre Et , se voyant loin de ces corps
70 Qu'il ne croyoit pas des corps morts, En son jargon il crie : «Aux armes, » Compatriottes & Gensd'armes 1 »
Un d'iceux , entendant sa voix , Et sçachant parler Holandois ,
75 Expliqua d'aoord ce langage A ces Guerriers plains de courage ,
Qui n'ozérent sur luy tirer , De crainte de se déclarer ; .
Mais , prévoyant que la temi
80 Pouroit s'aprocher de leur te Ils se lèvent tout doucement Et gaignent au pied prompte Vers lïosTEN , très lointain r Où cette troupe brave & sajgji
85 Sans perdre ny cœur n}r ram S'enferme dans une maison , Ou plutôt dans une chaumié Aussi fir£le que la poussière »
Qu'un bon vent pouroit méû
^ Ou luy causer bien du fracas Deux cents Maistres & Vok»
Suivans de prés ces Mousqui Très surveiUans & rézolus « Mirent là-devant le blocus «
95 Et lesdits Commandans ou lii Enfonçans d'abord les fente Du seul bout de leur mousqi Font trembler toute la maiza Parmy ces fâcheuzes alarmes
100 Nos assiégez avec leurs arme Tant mousquetons que pista Persent & brûlent les coieti , Et , dans cette petite guerre , En métent quelques-uns par
105 Les assiégeans , voyans cela.
Députent & mandent vers-là Pour les sommer de se tôt re Ou qu'on les réduiroit en cei Mais nos Guerriers, remplis c
1 10 Et fort jaloux de leur honnei Ces Députez point n'écoutén Et ces harangueurs renvoyer Rézolus de mourir cent foii Plutôt que de subir leurs loii
115 Par une deuxième semonce.
N'en oyans point d'autre rép< La plupart de ces ennemis Métent le feu à ce logis (Par une fureur indiscrette),
120 Qui brûloit comme une aluni Alors ces braves généreux , Aimans mieux périr par lo 6 De cette cohorte animée Que d'une maizon enflamée.
135 Rézolurent tous d'en sortir.
Et dudit lieu vtte partir Avec une telle assurance , Adresse , vitesse & vaillance, Qu'ils passèrent au milieu d'e