‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 272 sur 317 · Du 2. May 1666 (Robikbt · texte numérisé non relu

Du 2. May 1666 (Robikbt

Un excellent Misbrbrb Du sieur Lulu , nommé Baptiste , 60 De qui souvent Maint est Copiste.

L'absolu Jeudy , nôtre Roy Lava les pieds , en bel arroy , A. douze minces Créatures , Puis leur servit maigres Pâtures

65 A chacune en deux fois six Plats , Tous beaucoup plus profonds que

[plats.

Le cher Dauphin , que Dieu bénie , Avec une grâce infinie , Comme un Ange ou comme un

70 Qui ravissoit toute la Cour, [Amour Portoit le premier Plat sur Table , Cette MasÎchale admirable Qui conduit tous ses jeunes pas L'assbtant dans cet embarras.

75 Monsieur, le charmant Frère unique, Qui fort de Charité se pique , Comme ayant de divins attrais , Portoit le second Plat après ; Puis, en son rang. Monsieur le Prin-

80 Sage Gouverneur de Province , [ce , Monsieur le Duc , son digne Fils , Comme Luy zélé pour les Lys , Et des Seigneurs quantité d'atttres A ces douze Petits Apôtres

85 Portoyent de suite & sagement Les autres Mets séparément.

Au reste , à la fin de la Cène , Chacun eut une Bourse pleine De Monoye , ou d'or ou d'argent ,

90 Qui donne joye à l'Indigent.

Mais il faut qu'encor je remarque

B- Que d'Acs TÊpiscopus de marque ,

b] Qui l'est à présent de Mascon, EvBSCKÉ sans doute aussi bon ,

95 Fit un Sermon assez passable , Et c'est comme dire admirable.

La Reyne , si digne d'amour, Fit aussi la Cène, à son tour, Et dé ses deux Mains des plus belles, A douze jeunettes Pucelles Lava les pieds avec ferveur, Afin d'imiter le Sauveur.

En suite , avec magnificence Elle leur servit leur Pitance , 05 A chacune de douze Plats ,

Cartgnui •tde Bade

Portez par des Doigts délicats.

Nôtre incomparable Madame ,

Si brillante & de Corps & d'Ame

Dans cet Employ de Charité , 110 En portoit l'un in capitb ,

Et cette Altesse des Altesses

Sur ses pas avoit deux Princesses *^£^

Dont le mérite est singulier ; ^

Item la Grande Montauzier , 1 15 La Marâchale de la Motte ,

Qui vaut bien certes qu'on la cotte ,

Sa Fille , cet Objet mignon

Et déjà de si grand renom ,

Mademoiselle de Fosseuse , 120 Et bref une Troupe nombreuse

D'autres ravissantes Beautez

Qui des Coeurs sont les Déitez.

Le Vbndredy Saint, le Grand Soie, Dont la Piété l'on admire ,

125 Avecque la Reyne entendit Ce que I'Abbé Bossuet dit Sur le Spectacle du Calvaire , Lors l'entretien de chaque Chaire , Et cet aimable Souverain

130 Toucha, dit-on, le lendemain Huit cents Malades d'Ecrouelles , Qui vainement font les Rebelles Alors qu'avec ses maîtres Doigts Il les congédie une fois.

135 J ay sceu d'un nommé Monsieur

(Jacques Que, le jour suivant. Jour de Pasques, Les deux Majestez & leur Cour Firent ce qu'on dit son Bon-jour , Et que rOrateur ordinaire ,

140 Dont le mérite on ne peut taire.

Leur fit encor un beau Sermon Dessus la Résurrection.

Mais je trouve sur ma Tablette Et que Phiuppe & qu' Henriette ,

145 Plus charmans qu'Amour & Cypris, Estans arrivez à Paris , Jeudy de la Semaine Sainte, De leur Piété non succinte Y donnèrent , les jours suivans ,

150 Des Témoignages assez grands , Et qui mêmes en divers Temples

11 6. — Du 3. May i666 (Robinst).

Servirent de très-beaux Exemples.

Le Vait-de-Giuce & les Fsuillams , Qui vraiment sont des plus brillans,

1 55 Veirent ce Princb tout lUustrç Répandre che^ Eux u^ beau lustre , Et , le Jour de la Passjoq , Il Ait avec dévotion Dés le matin à Saint Sulpice ,

i6oOù TûD fait très biea le âen^ice , Ouir le P^rb Nf ascarp^ , Eloquent comme un Ciceron , Et dont la Langue bien ^ç^sée Lui fit harangue bien trouve.

165 Dés le matin , Maiums if^iifsi .

A Chaliot, proche d'Ici , Fut trouver la Rbyne sa Mé^ , Enfermée en un Monastère Pour vaquer à la Piété

170 Avec plus de tranquilité , S- 1^»- Et , l^ DUni^pçhe , à levw Paroisse , L'une des grandes qu'on conpisse , La belle Héroïne & Monsieur , Qui la fait régner sur son Coeur,

175 Furent consommer leur saint ^le Et ^rvir d'illqstre Modelle , Faisans leurs l^asques dignement , Et mêq()e oyant finalement

viredïS ^® ^^^ Sern^on d'un docte Père Gon- ' Qu'on estime fort dans la Chaire , dMRUfl». Ayans avec Eux en ce Jour ^^ Leur nombreuse & brillante Cour , Qu'on pouvoit (je le dis sans feinte) Appeller pour lors la Cour Sainte.

185 Mais ma Missive jusqu'ici, Pst une Sainte Lettre aussi ; Passons donc à quelques Nouvelles Pour les curieuses Cervelles.

Enfi^n l'EvESQUE de Munster , 190 Sans davantage contester, A baisé les mains à la Guerre , Et , rengainant le Cimeterre , Fait la Paix avec les Estats , De quoi nous sçaurons tous les Cas, 195 L'un des jours prochains , pour les

[mettre Distinctement dans nôtre Lettre.

On dit que le Vénitien , Grand Détenseur du Nom Chrétien, Par une heureuse Destinée ,

aoo S'est emparé de la Can^e.

Mais, hélas I un autre bruit e< Que le Chevauer d'HooQiniiGCMi Dont l'Ame a paru si hardie , A fait naufrage vers Candie ,

305 Par la rencontre d'un Ecueil Qui lui fit trouver le Cercueil ^esc^ue à l'endroit où la Vicny Venoit de le couvrir de Gloire.

Ah ! qu'injurieux est le Sort

310 Et ^u en ce rencontre il a tort I Mais peut-être que la Nouvelle Ne sera qu'une bagatelle »

Qu'on aura pris à son égard , Que sait-on r Martre pour Rem

315 Dieu le veuille , car c est domin Qu'on perde un si prew^ PtrsQiui

CARRQcao • Comte pnideot Et , pour son mérite évidant • Ambassadeur de la Savote , 320 En reprendra bien-tât la voje.

Ayant , pour cela • l'autre Jour, Pris congé de toute la Cour.

Nôtre illustre Clergé de Fiui Ayant terminé sa Séance

235 Le dix-sept du mois expiré , Et , ce m a-t'on dit , fort au gré De nôtre Porte-Diadême , A pris aussi de ce Roy même Son Congé bien civilement

230 Et voire tres-éloquemment, Par un Discours plein de prudei Que fit TEvesque de Valance , Lequel en fut en vérité Applaudi par sa Majesté

235 Et par toute la Compagnie , Admirant son rare Cxénie.

Jusqu'aux Muets ont du caqu( Pour prôner le fameux Banquet Que Mademoiselle de Guise

340 A fait d'une si belle guise , Ainsi qu'on me l'a raconté , A TAngucane Majesté , A Madame & Monsieur, son GeDi Qui de si beaux Enfans engendn

245 On lie peut rien voir plus galani Plus superbe & plus opulant .

Il 6. — Du 2. May i666 (Robinet).

Soit pour les Mets, presque innom-

[brables Et certes des plus manducables , Soit pour Tordre ou pour le BufFet ,

250 Et pour la Scène où tout fiit fait , Son beau Palais des Tuileries , Qui maintenant sont si fleuries , Palais que l'on prendroit vraiment Pour un Palais d'enchantement ;

355 Si bien que (le Seigneur la garde !] Cette sa^e Altesse Guisarde S'entend, à ce qu'on void, des mieux A traiter les Enfans des Dieux.

Nôtre MoAarque & nôtre Reyne , »6o En la décadante Semaine ,

Sont tous deux venus en ces Lieux Faire des Complimens d'adieux A cette Retnb BarrANiQUE , Si pieuse & si pacifique • 365 Laquelle va bien-tôt aux Eaux Ou l'on trouve de plusieurs maux La guérison entière & pleine.

Puisise-t'eUe en revenir saine Encor pour un bon nombre d'ans !

370 Nous en seront tous bien contans.

L'un des plus sages Ducs de France, Mondear Avec une magnificence Gr^ont

Qu'on ne sçauroit presqu'égaler.

Eut lors l'honneur de régaler

275 En son Hôtel ledit beau Sire , Plus qu'aucun digne de I'Empire , Et Monsieur & Madame aussi , De la Muse le cher Souci , Avecaue leur nombreuse Suite

380 Qui ae la Cour étoit l'élite.

On servit , & tout à la fois , Sur des Tables jusques à trois , Une infinité de Viandes , Toutes exquises & firiandes ,

385 Des Marcassins & des Phaisans , Qui sont des Mets assez plaisans , Des Levrauts , Lapreaux & Cailles , Et d'autres telles Victuailles Qu'on sert aux somptueux Festins

290 A nosseigneurs les Intestins ,

Lesquels s'en donnent au cœur joye, Car, hélas I ils aiment la Proye , Et c'est à remplir leurs désirs

Que consistent souvent nos plus parfais

[plaisirs.

Mais je suis à la fin de la troisième page ; Datons donc promptement sans jaser davantage , De crainte d'ennuyer nôtre Divinité , Par excès de prolixité.

Le Jqqr du Saint Patron de l'Epous de Madame Je termine ces Vers qui sont en basse Game.

A Paris , Cke^ F, Muguet , rue de la Harpe , aux trois Rois. Avec Privilège du Roy.

(Biblîoth. nat., Le', 12. Ré». — Biblioth. Maiarinc, 296. As. — > Biblîoth. de l'Areciud, B. L. 1 iSoa.)

LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOUF

[Par la GRAVETTE de MAYOLAS.]

Du 9. May 1666.

Oa se prépare pour la guerre Qu'on fera par Mer ou par Terre , Et pour le service du Roy Chacun cherche & demande employ ;

5 On aime si fort ce grand IHuncb Qu'à la Cour, qu'à chaque Province, Les François généralement Soupirent pour un armement, Et cnacun a l'âme ravie D'expozer promptement sa vie Pour exécuter le dessein De nôtre Puissant Souverain.

Pendant que leur main , ocupée A tenir la dague ou l'épée ,

15 De beaux exploits par-tout fera Et nos Ennemis défera , Princesse , sans faute ma plume , Selon l'ordinaire coutume , Les écrira sincèrement Pour vôtre divertissement.

[Goillaci-

me Le Bonx]

[Michel Golbert]

[Claude Auvry]

Le Roy , conoissant le mérite De pluzieurs Personnes d'élite , Leur a donné maint Evêché , Dequoy je ne suis point fâché , Et, smvant moa meilleur mémoire, Je mets leurs noms dans mon His- Monsieur l'Evêque de Maçon [toire.

De Périgueux l'est , ce dit-on , Et Monsieur l'Abé de Roquette D'Autun , ainsi qu'on le souhaite.

Pour venir maintenant au trois , Audit Evêché Maconois , Monsieur l'Abé de Sawt-Poujinge En icelle place se range ; De Constances l'Evêque ancien Est remis aussi dans le sien.

Ayant nommé ce quatrième , Je m'en vay passer au cinquième :

Monsieur l'Abé de Bar, de d'Aqs; 40 Et voila nos nouveaux Prélatt Qui sont tous en vérité dignes De ces Dignitez trés-insignes , Et , le Roy les ayant choizis , On ne peut douter de leur prix.

45 II faut qu'à mon tour je prodaîi Que Mademobelle de GmzB , De qui la grande piété , Esprit & {^énérozité Font son juste panégirique ..

50 Traita la Reine Brttaniqub, Et Monsieur & Mabamb aussy.

Mieux que je ne puis dire icy , Avec une telle abondance Et pareille magnificence

55 Que ce Festin délicieux N'avoit rien que de précieux , Et cette Roysue Assemblée Ne put être mieux régalée.

Le Maréchal Duc de GiuJioirT, 60 Dont les rares qualitez ont [Prudence , esprit , zélé & vaillano Mérité de toute la France L'estime avec l'afection , Ainsi que l'admiration , 65 Traita le Roy, Monsieur, Madaxi Maint grand Seigneur & mainte Dt Avec un éclat solennel , [me

Dans son superbe & grand H6^.

Trois tables y furent dressées , 70 Et dessus icelles pozées Des viandes en quantité , Avec si grande propreté Et profuzion & justesse . Qu on admira sa gentillesse .

117* — Du 9. May 1666 (Mayolas).

ce Duc illustre & charmant lit rien que fort galammant.

idy , le Roy fit la revue a Maizon très bien pourvue , mz ses brillans êtendars e prenoit pour le Dieu Mars.

toicB chéry de Bellonne , ui l'esprit & la Personne lent l'adresse à i'agrémant 'ont rien qui ne soit charmant , ;ré de toute cette Armée » volontez animée , ronné de ses Soldats , >it pour le Dieu des combats.

zoit faire l'exercice n éclatante Milice ; air si juste & si galant i surpasse le plus vaillant :

[es-du-Corps & Mousquetaires, de luy ne s'écartent guéres , i-d'armes & Chevaux-légers , ne craignent point les oangers , Guerriers, que l'honneur cha-

[touille , -es de Montesson & d'Ouille ns rendus , très bien montez >rt galamment ajustez.

s cette Cavalerie egarda l'Infanterie ; rouva chaque Régiment -bien complet assurément , on vit chaque Compagnie out son monde bien fournie. Ieinb y parut à cheval i ceil aimable & martial , Amour acordoit ses charmes ; le trionfe des Armes.

- ne pas rien obmétre enfin , e superbe & beau Daufin , propre à faire une conqueste , t à cheval à la teste on illustre Régiment le saluoit humblement , devant les forces de l'âge , Père on voit en luy l'image.

siBUR êtoit-là , secondé aillant Prince de Condé , ite Altesse & mainte Excélance s plus grands Seigneurs de Fran- : nombre de spectateurs , [ce , urent les adinirateurs ,

135 Louans justement & sans cesse Du RoY la puissance & l'adresse, De qui le seul Nom & le prix , Fait trembler tous ses Ennemis.

On fit grande réjouissance 130 Le jour de l'heureuze naissance De la Princesse de Piémont > Autant sur Plaine que sur Mont.

La Capitale de Savoye Ordonna pluzieurs feux de joye ; 133 La Course de Bague & le Bal Suivirent le Festin Royal Que le Duc , qui l'estime & l'aime , Avec une allégresse extrême , A la Vennerib , en ce jour, 140 Donna devant toute sa Cour.

La Reine-Mère d'Angleterre Va vuider maint grand & beau verre Des salubres Eaux de Bourbon ; Ce remède étant doux & bon , 145 Je croy que cette Souveraine En reviendra tout-à-fait saine.

Il faut bien que je dize un mot Du pieux Convent de Chaliot.

Cette Reyne de grand mérite

1 50 Y fat OUyr d'un JéZUÎte le Pére Salgno

Un excélent & saint discours ; Mademoizelle de Nbmours , De mille vertus assortie , Etoit aussi de la partie.

1 53 A Saint-Clou, ce charmant séjour, Monsieur traita toute la Cour :

Nôtre Monarque incomparable Et nôtre Reine inestimable , Des Objets les plus ravissans ,

160 Tant de Dames que Courtizans.

Au retour de la promenade , Où nul ne se trouva malade , On leur porta , sans fiction , Une belle colation ,

165 Dont la grande magnificence Etoit digne d'un Fils de France.

Le généreux Comte Ranoon ,

150 oiijr un.

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