‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 75 sur 317 · Du 5. Juillet i665 (Robinbt · texte numérisé non relu

Du 5. Juillet i665 (Robinbt

,8o Plus sujet au courroux des Cieux ; Et la Chronique nous remarque , Non dans les Livres de Plutarque , Que trois semblables Accid^ms Y sont arrivez en dix ans.

,$5 Mab une brave Demoiselle De SoissoNS écrit pour nouvelle Que le Foudre , illec plus gaillard , Etant tombé dans Saint Médard , N'a rien là produit que pour rire ,

1^ Comme je vais vous le décrire.

A part alors toute fureur , En qualité de Découvreur , Il y fit voler des Ardoises Plus de quatre ou cinq bonnes toises,

195 Tantôt par haut, tantôt par bas, Et puis , lassé de ces ébas Des dévots Diseurs d*Antiphoines , Car c'est une Abbaye à Moines, Il visita tous les Tonneaux ,

200 Et, sans en rompre aucuns cerceaux. Les roula les uns sur les autres , Disant toujours ses Patenôtres ; Après , caracolant en haut , En faisant maint beau petit saut ,

205 Comme s'il eût bû chopinette , Il fit tourner la Girouette Ou bien le Coc de leur Clocher , Une heure, sans se relâcher; A leur Horloge il fut en suite ,

a 10 Et, dans sa folâtre conduite.

Il remonta les Contre-poids , Et le fit sonner quatre fois.

Enfin, bornant son badinage , Par un Acte chrétien & sage ,

215 Etant, sans faire aucune peur, Descendu doucement en Chœur , Il retourna dans la Muraille , Une grosse Pierre de taille , Et , sans rien lézer à l'entour ,

220 Fit voir une Ecriture au Jour , Qui parloit d'un Anniversaire Qu'on avoit oublié de faire , Faute d'avoir devant les yeux , Ces Caractères déjà vieux ,

225 Les Massons ayans par méprise , Lors qu'on bénit ladite EgUse , Placé cette Pierre à rebours.

Hé bien ! après ces petits tours , Plus subtils que de Gibecière ,

230 Philosophes pleins de lumière , Qu'en durons-nous, qu'en direz-vous?

Ma foy, cela nous passe tous.

L'une des Filles de la Rbynb , La noble Louise d'ARDBVNE ,

235 Nonobstant d'assez doux Attrais Qui perçoyent les Cœurs comme

[Trais Ainsi que le pourroyent bien dire Ceux qui brûloient sous son empin A fait au Monde son adieu

240 Pour se donner toute au bon Dieu Chez les dévotes Carméutes , Que l'on appelle les Petites , A cause qu'encor leur Maison N'est qu'une petite Cloison ,

245 Mais qu'on pourra voir bientôt

[Grand( Par les Bien-faits & les Offrandes De la Reynb Mère du Roy , Leur Fondatrice , que je croy.

Or ladite illustre Pucelle ,

250 Paressant, ce jour-là, plus belle.

Dans un riche Habit de brocart , Sans avoir que l'innocent fard D'une sainte & juste allégresse Qui sur son Front brilloit sans cessi

255 Quitta ce Vêtement soudain , Montrant au Monde son dédain , Et prit TAcôutrement de None , Avec lequel cette Mignonne Fut accordée à 1' Immortel

260 A la face du Saint Autel,

En attendant que , dans l'Année , Elle consomme I'Hyménée , Par un Destin tout à fait dous , Avecque ce Céleste Epous.

265 Un Evesque de grand Génie ^

Accomplit la Cérémonie. iH]

Et I'Abbé de Roquette y fit sJ

Un Sermon qui fort satisfit.

Bref, nôtre aimable Souveraini

270 Ayant volontiers pris la peine De venir exprés à Paris , De ses mains plus blanches que Ly Lui mit le Voile sur la Teste , Augmentant l'éclat de la Feste

275 Par un grand nombre de Beautez Qu'elle avoit lors à ses cotez , Et qui, sans excès de louanges, Pouvoyent représenter les AjfGBS • Aussi là descendus des Cieux ,

280 Mais qui se déroboient aux Yeux.

14* *— Du 5. Juillet i665 (Robinbt).

Je ne voi plus de place ou je puisse rien mettre ; Datons. Le cinq Juillet je rimay cette Lettre.

A Paris , Cke^ F. Muguet, rue de la Harpe , aux trois Rois. Avec privilège dm Roj^,

(Biblioth. nat., Lc^. 22 , Rét. — Biblioth.de rAraenal, B. L. 11802.)

LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS

[Par la GRAVETTE ob MAVOLAS.]

Du 11. Juillet i665.

Prompte & fidelle Messagère , Qui va d'une course légère DÎes Dames vanter les atraits Et des Grands Hommes les hauts

5 Prens des aîles plus agissantes [faits, Et des bouches plus éclatantes Pour aller chanter en tous lieux , Depuis la Terre jusqu'aux Cieux , Les qualitez de ma Princesse ,

10 Les doux charmes de Son Altesse , Et que ma Muze avec plaizir Luy consacre tout son loizir.

Illustre & belle Renommée , De mes sentimens animée ,

13 Avant ton vol & ton caquet I Porte luy ce petit Paquet , Où je luy rens un trés-bon compte Des nouvelles qu'on me raconte.

Les Espagnols , remplis de cœur 30 Et fort jaloux de leur honneur.

Sous le Marquîs de Caracéne , Vaillant & prudent Capitaine , Méprizans les plus grands hazards A couvert de ses Etendarts , 5 De se signaler entreprirent ; Pour cet éfet le siège mirent Devant Villa-Vicioza , Suivant l'avis qu'on propoza , Ville à*dissez haute importance , )o Etant un Palais de plaizance

De l'heureux Roy de Portugal , Qui ne se défend pas trop mal.

L'ouverture de la Campagne Paroît favorable à l'Espagne ,

35 Et je croy qu'ils achèveront Aussi bien qu'ils commenceront.

Ayant conduit l'Artillerie , Cavalerie, Infanterie, Ingénieurs, fâcines, bois,

40 Echelles plus de vingt-&-trois , Et toute choze nécessaire Pour venir à bout de l'afaire , Près de ce mur s'êtans logez Malgré le feu des assiégez ,

45 A leurs Loix ils l'auront soûmize , Et peut-être qu'ils l'auront prize , Si les Portugais surveillans , Pour s'opozer aux Castillans , Avéque leurs Troupes insignes

50 Ne les vont forcer dans leurs Lignes. Si par derrière & par devant , Et contre un espoir décevant , On vient les batre & les surprendre, Qui, Diantre, s'en poura défendre ?

55 Ainsi que je vous l'avois dit , Ou comme je l'avois prédit , La Reyne-Mére d'Angleterre Est maintenant sur nôtre Terre.

On rendra la civiUté

60 Qu'on doit à cette Majesté

-Du 11. Juillet i665 (Mavolxs).

dsii Puisqu'un Gentilhomme ordinaire '*°'' Luy mène le Train nécessaire,

Par les ordres de nôlre Rov .

Pour la conduire en bel-aroy ; âjEt. beaucoup moins triste que gaye,

Venant à Saint-Germain en Laye ,

Toute la Cour l'acueillera ,

Et chacun la régalera.

Dans le beau Château de Versailles,

7oEnceint de trés-bonncs murailles Et plain de maint riche Ornemant.

Le Roy, des Rois le plus charmant.

Au temps propre à la promenade Pour réjouir sain & malade .

75 Alla dans ce divin Séjour, Suivy de sa Royale Cour.

Madame, plus belle que Flore Et plus brillante que l'Aurore.

Prit la peine, sans y songer,

80 De son Fardeau se soulager, En acouchant d'une Princesse, Avant le temps de sa Grossesse , Dont le trépas précipité Borna toute la gayeté

85 Et l'extrême réjouyssance Que préparoit cette Naissance.

Monsieur . son trés-fideUe Epoux , Dans ce moment fit voir sur tous, Par son esprit & sa sagesse ,

90 Amour, vertu, joye & tristesse.

Apres le prompt événement

De cet heureux Enfantement,

Cette illustre & rare Personne ,

La plus proche de la Couronne,

95 N'ayant point d'incommocUté Qu! puisse altérer sa santé .

Semble réparer ce dommage.

Et dissiper tout le nuage.

Le RoY , par sa grande bonté 100 Et par sa libéralité,

A fait ordonner quatre Tables Pour les Gens plus considérables Qui viennent dans ce beau Manoir Rendre leurs vœux & leur devoir.

ro5 Le Ciel nôtre rep-et modère, Conservant le Père & la Mère.

Monsieur Portail, qui dignement Est Conseiller au Parlement, Tant par richesse & par naissance 110 Que par sçavoir & par prudence, El qui de plus a le bon-heur

De Chaton d'être le Seigneur, Prit pour Epouze légitime.

Dans la belle ardeur qui l'anime.

113 Mademoizclle Chëmeradt, Objel d'un mérite très-haut, Comtesse aussi belle qu'aimable. ^ D'esprit & d'humeur agréable.

Qui, pour ses divers agrémans.

[2o Pendant le Cours de plusieurs ans Fut Fille-d'Honneur de la Reike, D'Anne, prudente Souveraine. Elle l'aimoit bien tendrement; Le Roy l'estimoit justement.

135 Et cet invincible Nlonarque

En montre une obligeante marque, Ayant voulu, sans répugner.

Fort agréablement signer Au contract de son Mariage.

ijoEt donner, pour son avantage, En Louis-d'or, en Escus-blancs , Trois fois cinquante mille francs.

Qui fut une faveur insigne.

Mais cette Dame en est bien digne.

LJ5 Jouissez, nouveaux Mariez, Parfaitement apariez.

Des plus favorables journées Que produizent les hymenées, Et faites qu'au bout de neuf mois

140 On vous puisse compter pour trois, A vos deux Sœurs, si merveilleuies Si brillantes , si vertueuzes , Suivans ce glorieux chemin.

Je souhaite un pareil destin.

145 On dit que le Roy de Pologne Va bien tailler de la bézogne , Avec le Grand Sobiksky .

Au dessein de LcBOHittsKY .

Qui fait semblant d'être bydropiqiu

i;oEt, dans son humeur frénétique.

Ecrit Lettres de tous cotez.

Tant aux Villages qu'aux Citez , Afin que toute la Noblesse Pour le défendre s'intéresse,

ijs Et l'aille voir dans son Château Avant qu'il dccende au tombeau :

Mais, n'en déplaizeàsagrand'panse, De le suivre 1 on se dispance , Connoissant bien , en bonne-foy ,

160 Qu'il faut être fidelle au Roy.

Qui soûmétra par sa présence.

De ces Rébelles l'insolence.

fmpr. Si I

HrtueiMli^H

i5. «— Du it. Juillet i665 (Mayoias).

L'Ambassadeur des Otomans , Arivé chez les Alemans ,

165 A ^t à Vienne son Entrée, Capitale de la Contrée; De la Cour le Grand Maréchal , Monté sur un fort beau cheval , Suivy de maint Seigneur illustre ,

170 Qui mêle l'éclat à son lustre , Complimenta l'Ambassadeur De la part de son Empereur, Qu'il tut recevoir à deux mille De cette grande & belle Ville.

175 Deux Régimens de Cavaliers , Barons , Comtes & Chevaliers , Acompagnez d'Infanterie, Ainsi qu'une tapisserie , Paroient le chemin où passa

■«- Le fameux Méhémet Bassa.

Ma Les Spahis & les Janissaires , Gens assez extraordinaires , A l'ombre de quatre Drapeaux Des plus brillans & des plus beaux ,

185 Précédoient la Famille leste, Quoy qu'en habit assez modeste , De cet Ambassadeur susdit , Au devant duquel on ouit Tambours , cornemuzes , tymbales ,

i^Qui par leurs chansons inégalés , Mêloient de nouveaux agrémens A ceux de pluzieurs instrumens.

Dix chariots , sans raillerie , Par les Paiteans de Hongrie

195 Escortez, gardez & menez, Portoient les Prézens destinez.

Dans cette pompe merveilleuze , Avec sa Suite trés-nombreuze , Ce noble & glorieux Mortel

300 S'alla poster en son Hôtel.

Dix mille Ames s'êtans rendues Sur les portes & dans les rues , Tant aux fenêtres qu'aux balcons , Hommes, Femmes, Filles, Garçons,

205 Admiroient sa belle prestance Et toute sa magnificence.

Par un Billet j'aprens & vois Que la Marquise ae Cavois ?nx congé de la Compagnie , xoLundy, sa course étant finie.

La Mort , pour fiater son tourment, La dépêcha si promptement Que , dedans sa propre demeure , Elle mourut en moins d'une heure ,

215 Malgré le secours & les cris.

De ses Filles & de ses Fils.

Ses beaux atraits, dans son jeune âge, Et ses vertus , dans son veuvage , Avoient des plus Grands de la Cour

220 Mérité l'estime & l'amour ;

Mais , puisqu'au Ciel elle s'envole , Cela quelque peu nous console.

Au Pré-aux-Clercs, Lundy matin, Un Brave , vêtu de satin ,

225 Surprit une Veuve fort belle , Qui faizoit briller sa prunelle , Et , se promenant à grands j)as , Marmotoit ces mots assez bas :

« Lâche & paresseuze Ennemie ,

230 « Es-tu dans ton lit endormie ?

« Quoy ! de peur de sentir mes coups, « Tu ne viens-pas au rendez-vous? * Jugeant bien qu'elle avoit querelle , Doucement il s'éloigne d'elle , ,235 Et, toutefois, en l'observant.

Sur ces paroles va rêvant ; Mais , comme il avance & chemine , Il aperçoit une Blondine , Qui, d*un pas prompt & d'un air fier,

240 Venoit se rendre en ce quartier.

Ces deux Vaillantes s'aprochérent , Civilement se saluèrent.

Et , sans faire un long compliment , Etalèrent leur armement.

245 Alors le Cavalier y vole , De son bras & de sa parole Il uze de tous les ressorts , Mais elles bravent ses éforts.

Il crie , il presse , il porte , il pare ,

250 II s'entremêle & les sépare , Et , malgré leur feu véhément , Leur ayant fort adroitement De leurs mains araché les armes , Qu'il rendit après à leurs charmes ,

255 Par un doux & glorieux sort , Il mit ces deux Belles d'acord , Et , les acompagnant chez-elles , Acrût leurs amitiés nouvelles , Leur dizant qu'il seroit heureux

260 D'être Epoux de l'une des deux.

La Blonde , oyant ce beau langage Et qu'il s'ofroit en mariage , Luy donnant, sur le champ, la main, L'épouza dés le lendemain ,

265 Aussi cet acte de vaillance

258 Impr. leur amitié.

i5. — Du II. Juillet i665 (Mayolm)

Méritoit quelque récompance.

Puissante Dame de Nemoors.

Après avoir foit ces discours , Qu'en Rimes pour Vous je compoze,

270 Consentez que je me repoze.

Fait l'onze Juillet , à Paris ,

La veille de Monsieur Saint Prix.

A Pans, Ckê^ Charles CUmmlt , Imp, et Ub., AuboutduPontS.Mkhel^àrnUriedeiërmêdelê HucbetU , OMX Armes du Roy, Avec primlige de S, M.

(Bîblioth. de l'Araenal, B. L. 11800.)

[Par Charles ROBINET.]

Du 12. Juillet i665.

Muse , de mes Vers la Déesse , Avec un excez d'allégresse , Je t'appellois au Cabinet , Et je prenois Plume & Cornet , «

^ Pour publier une Nouvelle Qui , sans doute , auroit été belle Et charmé par tout bien des Gens , Tant des bas comme des hauts

[Rangs, Mais, lasl & mon cœur en soupire,

10 Voici ce qu'il nous faut écrire.

Jbudy, que nôtre aymable Cour Etoit pour le troisième jour Dans les Délices , à Versailles , Qui n'est pas un Lieu de Brossailles,

15 Mais un Lieu vraiment enchanté , Qui ne peut être trop chanté , Nôtre Héroïne • que je prône Et qui mérite bien un Trône , Madame , où l'on void tant d'appas ,

20 Au point du Jour , entre ses draps , Déclara de sa propre bouche [couche Que ce qu'on sent lors quon ac- L'avertissoit dans ce moment Qu'elle touchoit l'Enfantement.

25 Or, comme sa Royale Altesse N'avoit eu durant sa Grossesse Que des indices convainquans Qu'Elle portoit dedans ses flancs Un beau Fruit, de qui la Naissance

30 Réjouiroit toute la France , Chacun, pour remplir son désir, L'attendoit avec grand plaisir.

Aussi vint-il un petit Aj«ge (Ce m'a dit un Monsieur Archange),

)^ C'est à dire un Corps si bien fait Qu'il estoit certe assez complet Pour du moins faire une Angeuqub.

Et c'est ainsi que je m'explique; Mais, ô l'étrange Evénement !

40 Le Ciel de ce Corps si charmant Subitement retira I'Ame , Afin (qu'aucun donc ne l'en blâme] D'en former là-haut en effet Un Petit Ange tout parfait.

45 Au reste , l'illustre AccouaiéB , Ce qui rend la Cour moins ftchée.

Se porte à merveille en son Lit , Et , comme l'on l'y divertît , Essayons par d'autres Nouvelles,

50 Des plus fraîches & des plus belles, De l'en jouer pareillement , C'est pour nous gloire assurément.

On dit qu'en Pologne l'Armée Tout de nouveau s'est gendarmée 55 Ou qu'elle a fait Ligue autrement, Ce qui n'est bon aucunement.

On dit aussi que le Cosaque , Qui , sans cesse , tourne casaque.

N'ayant qu'un détestable but.

Page 1