‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 76 sur 317 · Du 13. Juillet i665 (Robimr · texte numérisé non relu

Du 13. Juillet i665 (Robimr

60 Au Sultan veut payer Tribut:

Ou dit • comme chose certaine , Que d'autres ont promis l'Ukraine Au beau Souverain de Moscou , A dessein de rompre le cou

65 Au Tratté d'entre la Pologne Et ce PaiNcàE à plaisante trogne.

On dit que le Luboiorski , Ce firanc. . . je n'ose dire Qui, Et que je ne sçaurois plus mettre

70 A l'avenir dans nôtre Lettre, Son nom paressant tout de bon Trop rude à maint Objet mignon , Suivant sa criminelle envie , S'est approché de Cracovie ,

75 Avec , entr'autres Garnemens , Ainsi qu'ON dit , des Allemans , Et des Hongrois & des Walaches , Qui le suivent comme des Lâches.

Or, lui-même , étant un Poltron ,

• 80 11 fait publier , ce dit-ON ,

Pour s'empêcher d'aller en Guerre , Craimans les coups de Cimeterre , Qu'il est Hydropique & gisant Dessus son Lit, agonisant.

85AhI pût-il avoir pour sa peine S ronde & si grosse bedaine , Qu'il en crevât soudainement ; Je n'en pleurerois nulement.

On dit, pour une autre nouvelle ,

90 Qui n'est pas une Bagatelle, Que le Turc MénéMBr Bassa , I>epuis fort peu de jours en ça Ambassadeur de sa Haittesse , A fait , avec grand allégresse ,

95 Son Entrée en cette Cité ,

■^ Dont voici le nom à côté.

On dit qu'elle fut tres-pimpante , Tres-superbe & tres-éclatante , Et qu'aussi-tôt qu'il fut entré ,

100 Paressant beaucoup éfaré , Il voulut avoir Audiance , Ce qui mit I'Empereur en trance , Craignant qu'il eût à proposer , Quelque point qui le pût lezer.

105 L'On dit & I'On ajoute ensuite Que, pour l'entretien de sa Suite De trois cent Raminagrobis , De qui le Teint est un peu bis , Il a des Florins trois centaines ,

1 10 Non pas vraiment pour des semaines ,

47 /fli^. Q}ii.

Mais pour chaque jour seulement.

On dit encor finalement

Qu'il reçoit aussi de l'avoine,

Avec autre Pâture idoine, 1 15 Pour nourrir deux cent, tant chevaux

Qu'Eléphans , Bufles & Chameaux ,

Du Bois autant qu'il en désire ,

Pour se chaufer ou faire cuire

Soit son Bouilli , soit son Rôti , 120 Et I'On m'a mêmes averti

Qu'Ignace , par magnificence ,

Fait les frais de cette Dépence ,

Mais , ma foy , je les ferois bien ,

Si j'avois sa Place & son Bien.

125 Touchant Leslé, qui se transportejfJ^JJJ^. En Ambassade vers la Porte , hêMéma

On dit aussi (^u'il a mandé , ^'^^

Qu'au Prône il est recommandé inv«^ Dans tous les Lieux de son Passage ,

130 Et qu'on y met tout en usage Pour luv rendre un entier honneur De par Monsieur le Grand Seioneur.

Pour r Angleterre & la Hollande, A peu près voici ce qu'ON mande :

133 Que chaque jour I'Un des Partis Donne à l'autre des démentis Sur leur prétérite Bataille , L'un soutenant , vaille que vaille , Qu'il n'a pas perdu sur les eaux

140 Tant d'Hommes, ny tant de Vais- Et l'autre disant le contraire, [seaux.

De sorte qu'on ne sçait qui craire.

Mais On dit que le gros Kuyter , Qui croit moins à Dieu qu'à Luther,

145 S'est fait batre dans les Barbades, Voulant porter coups d'estocades Aux Anglois dans un certain Fort Qui s'est trouvé pour luv trop fort , Ce qui n'est pas bonne Prébande Pour les Seigneurs de la Hollande;

150 Et, comme On dit, en vérité , Mal dessus Mal n'est pas Santé.

On m'a dit que le Frère Fucre ,DéSSLt4 Qui n'est ny Prestre ny Diacre ,

155 Mais un tres-bon Reugieux , A PorriERS certe a fait des mieux En la belle & sainte Neuvaine Faite illec pour l'auguste Reyne , J'entends Reyne Mère du Roy.

160 On dit aussi qu'en bonne foy,

i6. — Du 12. Juillet i665 (Robinet).

Aueusun Lc Reverendissûne Anselme ^^'"^^Que Dieu garde du feu S. EUne , A secondé ce bon Frater En illustre & brave Pater ,

165 Dégainant là plusieurs Harangues, Et mêmes en diverses langues , Pour complimenter tous les Corps Qui, par de louables accords , Sont venus avec d'autre monde

170 Au Tombeau Sainte Radeoonde, Où la Neuvaine se faisoit , Et que beaucoup on Ten prisoit.

On mande encor de cette Ville , {;Jj12J|J; Que le Duc de la Vieville , Et sa Moitié pareillement, S'y porta tres-dévotement ; Que les grands Pérès Jésurrss , Qui sont d'excellens Casuites , Y dirent des Messes tres>bien ,

180 Et qu'il ne s'est jamais vu rien , En pareille Cérémonie (Qu ainsi donc le Ciel la bénie),.

De plus auguste & de plus beau Que ce qui s'est fait au Tombeau.

185 On dit que Monsieur de la Frète, En voulant jouer de la Bréte Avec de certains Gripe-Chairs , Qu'on appelle autrement archers , Pour leur ôter une Capture ,

190 Fut par eux mis en Sépulture, L'un des deux derniers Mercredis :

Dites pour lui Deprofundis.

Ça, fermons la Lettre présente Par une Histoire assez plaisante.

195 Un Quidam, qui de son métier.

Est , dit On , glorieux Barbier , Ayant offensé quelques Belles Par des Paroles tres-cruelles Et contre l'Honneur des Maris ,

200 Ces chers Objets, beaucoup aigris , Et qui sont douze, ce me semble , Tinrent, un soir. Conseil ensemble, Afin de résoudre comment Ils s'en vengeroyent promptement.

205 A^ans donc agité l'Affaire , Ainsi qu'il étoit bon de faire , Et meurement délibéré , Il fut conclud, & fort au gré De toute la Troupe offensée ,

2 10 Qu'il auroit la Peau bien fessée Par leur propre & leur blanche main

Voila des Belles le dessein ; Or il ne tomba pas à Terre.

215 On dit que le Jour de Saint pibi Qui du Barbiste étoit le nom , Il s'en fit l'exécution Par une charmante douzaine De beaux Bouquets de Marjola

220 Mais Marjolaine qui pourtant Piquoit, ce dit -On, bien autant Que si l'on l'avoit travestie En Verges ou bien en Ortie , Et même On dit que les Bouau

225 De ces deux drogues étoyent tai

Quoy qu'il en soit, nos Etrillei

Que TÔn dit être un peu raillei

En ayans chacune un tres-bon ,

Se saisissent du Compagnon ,

230 Le susdit Jour, en pleine rue , Avant que la Nuit lUt venue , Et , luy mettant les chausses ba A force de mains & de bras , A sa Paroisse carillonnent ,

235 Vous le sanglent, vous le testono Et le vantousent d'un tel air , Qu'il en coula le sang tout claii Par où se veid , chose certaine , Que ce n'étoit point Marjolaine

240 Qui composoit lesdits Bouquets Mais de plus âpres affiquets.

Aussi s'est-il plaint à Justice (Afin qu'elle ajoutât l'Epice A son Mal assez épicé)

245 Que de Verges il fut fessé , Et , comme chante le Proverbe Qui n'est pas, je croy, de Malhe

EXPERTO CREOE ROBERTO.

Il me vient dans le mémento ,

250 Je vous asseure, tout de même Que le Haranc vient en Carêm< Et c'est comme si je disois , Pour vous l'expliquer en Franc

255 Qu'il faut croire à l'expériance De Robert, homme de créance.

De fait, à dire vérité.

Qui scaura mieux que le Fouetl Si ce mt Verge ou Marjolaine ,

260 Donti sans reprendre presque h Les Fesseuses ensemblement [h Le fessèrent si galamment?

Ce galamment soit dit pour 1 Car ce seroit beaucoup nueux c

265 Et bien plus vrai-semblablemen Si je disois fort sanglamment.

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