POUR TUER ES CACHETTE
« néanmoins le Recouvrer en la même manière, en donnant des « marques de grandeur et d'autorité, et s 1 acquérant par là «< l'estime des hommes. Et , en effet, n'est-il pas véritable » que celui qui a reçu un soufflet est réputé sans honneur, «jusqu'à ce qu'il ait tué son ennemi? » Cela me parut si horrible, que j'eus peine à me retenir; mais, pour sayoir le reste, je le laissai continuer ainsi. Et même , dit-il , on peut, pour prévenir un soufflet, tuer celui qui le veut donner, s'il n'y a que ce moyen de l'éviter. Cela est commun dans nos pères. Par exemple, Àzor, Inst. mor., part. 3, p. 105 (c'est encorel'un des vingt-quatre vieillards) : « Est- « il permis à un homme d'honneur de tuer celui qui lui « veut donner un soufflet, ou un coup de bâton? Les uns « disent que non , et leur raison est que la vie du prochain « est plus précieuse que notre honneur : outre qu'il y a « de la cruauté à tuer un homme pour éviter seulement un « soufflet. Mais les autres disent que cela est permis ; et « certainement je le trouve probable , quand on ne peut « l'éviter autrement; car sans cela l'honneur des inno~ « cents serait sans cesse exposé à la malice des insolents. » Notre grand Filiutius, de même, t. 2, tr. 29, c. 3, n. 50 ; et le père Héreau, dans ses écrits de l'Homicide ; Hurtado de Mendoza, in 2, disp. 170, sect. 16 , § 137 ; et fiécan , Som. , 1. 1 , q. 64 , de Homicid. ; et uos pères Flahaut et Lecourt, dans leurs écrits que l'université, dans sa troisième requête , a rapportés tout au long pour les décrier, mais elle n'y a pas réussi, et Escobar, au même lieu , n. 48, disent tous les mêmes choses. Enfin cela est si généralement soutenu , que Lessius le décide comme une chose qui n'est contestée d'aucun casuiste , 1. 2, c. 9 , n. 76. Car il en apporte un grand nombre qui sont de cette opinion , et aucun qui soit contraire; et même il allègue, n. 77,
Pierre Navarre, qui , parlant généralement des affronts, dont iln'y ena pointde plus sensible qu'un soufflet, déclare que , selon le consentement de tous les casuistes, ex sententia omnium licet contumeliosum occidere , si aliter ea injuria arceri nequit. En voulez-vous davantage?
Je L'en remerciai, car je n'en avais que trop entendu. Mais , pour voir jusqu'où irait une si damnable doctrine, je lui dis : Mais, mon père , ne sera-t-il point permis de tuer pour un peu moins? Ne saurait-on diriger son intention en sorte qu'on puisse tuer pour un démenti? Oui, dit le père; et, selon notre père Baldelle, 1. 3, disp. 24 , n. 24 , rapporté par Escobar au même lieu , n. 49 , « il est permis de tuer celui qui vous dit : Vous avez « menti , si on ne peut le réprimer autrement. » Et on peut tuer de la même sorte pour des médisances , selon nos pères; car Lessius, que le père Héreau entre autres suit mot à mot, dit, au lieu déjà cité : « Si vous tâcbez de « ruiner ma réputation par des calomnies devant des per- « sonnes d'honneur, et que je ne puisse l'éviter autrement • qu'en vous tuant, le puis-je faire? Oui, selon des au- « teurs modernes, et même encore que le crime que vous « publiez soit véritable , si toutefois il est secret , en sorte « que vous ne puissiez le découvrir selon les voies de la « justice; et en voici la preuve. Si vous me voulez ra\ùr « l'honneur en me donnant un soufflet , je puis l'empêcher « par la force des armes : donc la même défense est per- « mise quand vous me voulez faire la même injure avec « la langue. De plus , on peut empêcher les affronts : donc m on peut empêcher les médisances. Enfin, l'honneur est « plus cher que la vie. Or, on peut tuer pour défendre sa « vie : donc on peut tuer pour défendre son honneur. »
Voilà des arguments en forme. Ce n'est pas là discoo-