ERREURS DES CAS. DIGNES D'ÊTRE JOUÉES
d'une telle conséquence? Vous aurez la liberté de dire qu'un juge « peut en conscience retenir ee qu'il a reçu pour * faire une injustice , » sans qu'on ait la liberté de voua contredire? Vous imprimerez, avec privilège et approbation de vos docteurs, qu'on peut être « sauvé sans avoir ja- « mais aimé Dieu, » et vous fermerez la bouche & ceux qui défendront la vérité de la foi , en leur disant qu'ils blesseraient la charité de frères en vous attaquant, et la modestie de chrétiens en riant de vos maximes? Je doute, mes pères , qu'il y ait des personnes à qui vous ayez pu le •faire accroire : mais néanmoins, s'il s'en trouvait qui en fussent persuadés , et qui crussent que j'aurais blessé la charité que je vous dois en déeriant votre morale, je voudrais bien qu'ils examinassent avec attention d'où naît en eux ce sentiment Car, encore qu'ils s'imaginassent qull part de leur zèle, qui n'a pu souffrir sans scandale de voir accuser leur prochain, je les prierais de considérer qu'il n'est pas impossiblequ'il vienne d'ailleurs ; et qu'il estméme assez vraisemblable qu'il vient du déplaisir secret, et souvent caché à nous-mêmes , que le malheureux fonds qui est en nous ne manque jamais d'exciter contre ceux qui s'opposent au relâchement des mœurs. Et, pour leur donner une règle qui leur en fasse reconnaître le véritable principe , je leur demanderai si , en même temps qu'ils se plaignent de ce qu'on a traité de la sorte des religieux , ils se plaignent encore davantage de ce que des religieux ont traité la vérité de la sorte» Que s'ils sont irrités non-seulement contre les Lettres , mais encore plus contre les maximes qui y sont rapportées , j'avouerai qu'il se peut faire que leur ressentiment parte de quelque zèle , mais peu éclairé; et alors les passages qui sont ici suffiront pour les éclaircir. Mais s'ils s'emportent seulement contre les répré-
hensions , et non pas coutre les choses qu'on a reprises ; en vérité, mes pères , je ne m'empêcherai jamais de leur dire qu'ils sont grossièrement abusés et que, leur zèle est bien aveugle.
Étrange zèle qui s'irrite contre ceux qui accusent des fautes publiques , et non pas contre ceux qui les commettent! Quelle nouvelle charité qui s'offense de voir confondre des erreurs manifestes, et qui ne s'offense point de voir renverser la morale par ces erreurs I Si ces personnes étaient en danger d'être assassinées, s'offenseraient-elles de ce qu'on les avertirait de l'embûche qu'on leur dresse ; 4t , au lieu de se détourner de leur chemin pour l'éviter, s'amuseraient-elles à se plaindre du peu de charité qu'on aurait eu de découvrir le dessein criminel de ces assassins? S'irritent-ils lorsqu'on leur dit de ne manger pas d'une viande , parée qu'elle est empoisonnée ; ou de n'aller pas dans une ville, parce qu'il y a de la peste?
D'où vient donc qu'ils trouvent qu'on manque de charité quand on découvre des maximes nuisibles à la religion, et qu'ils croient au contraire qu'on manquerait de charité si on ne leur découvrait pas les choses nuisibles à leur santé et à leur vie, sinon parce que l'amour qu'ils ont pour la vie leur fait recevoir favorablement tout ce qui contribue à la conserver, et que l'indifférence qu'ils ont pour la vérité fait que non-seulement ils ne prennent aucune part à sa défense, mais qu'ils voient même avec peine qu'on s'efforce de détruire le mensonge ?
Qu'ils considèrent donc devant Dieu combien la morale que vos casuistes répandent de toutes parts est honteuse , et pernicieuse à l'Église ; combien la licence qu'ils introduisent dans les mœurs est scandaleuse et déme-