‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 52 sur 98 · ERREURS DES CAS. DIGNES D'ÊTRE JOUÉES · texte numérisé non relu

ERREURS DES CAS. DIGNES D'ÊTRE JOUÉES

mirée; combien la hardiesse avec laquelle vous les soutenez est opiniâtre et violente. Et s'ils ne jugent qu'il est temps de s'élever contre de tels désordres , leur aveugle-» ment sera aussi à plaindre que le vôtre , mes pères , puisque et vous et eux avez un pareil sujet de craindre cette parole de saint Augustin sur celtede Jésus-Christ dans l'Évangile : « Malheur aux aveugles qui conduisent I malheur « aux aveugles qui sont conduits! vœ cœcis ducentibus! « vœ eœeiê sequentibusf »

Mais, afin que vous n'ayez plus lieu de donner ces impressions aux autres, ni de les prendre vous-mêmes, je vous dirai , mes pères ( et je suis honteux de ce que vous m'engagez à vousdirece que je devrais apprendre de vato&)+ je vous dirai donc quelles marques les Pères de l'Église nous ont données pour juger si les répréhensions partent d'un esprit de piété et de charité , ou d'un esprit d'impiété et de haine.

La première de ces règles est que l'esprit de piété porte toujours à par 1er. avec vérité et sincérité ; au lieu que l'envie et la haine emploient le mensonge et la calomnie : SpiendenHaet vehementia, sed rébus verts, dit saint Augustin. Quiconque se sert du mensonge agit par l'esprit du diable. Il n'y a point de direction d'intention qui puisse rectifier la calomnie; et quand il s'agiraitde convertir toute la terre, il ne serait pas permis de noircir des person*» nés innocentes ; parce qu'on ne doit pas faire le moindre mal pour faire réussir le plus grand bien , et que « la vérité « de Dieu n'a pasbesoin de notre mensonge, «selon l'Écriture. * Il est du devoir des défenseurs de la vérité, dit saint « Hilaire, de n'avancer que des choses vraies» » Aussi» mes pères, je puis dire devant Dieu qu'il n'ya rien que je déteste davantage que de blesser tant soit peu la vérité ; et que j'ai

UA ONZIÈME LETTHE.

toujours pris un soin très-particulier nonnseuiement de ne pas falsifier, ce qui serait horrible, mais de ne pas altérer ou détourner le moins du monde le sens d'un passage. De sorte que si j'osais me servir, en cette reneontre,des paroles du même saint Bilaire, je pourrais bien vous dire avec bu : « Si nous disons des choses fausses , que nos dis- « cours soient tenus pour infâmes : mais si nous moo- « trous que celles que nous produisons sont publiques et « manifestes , ce n'est point sortir de la modestie et de la • liberté apostolique de les reprocher» »

Mais ce n'est pas assez» mes pères, de ue dire que des choses vraies, il faut encore ne pas dire toutes celles qui sont vraies ; parce qu'on ne doit rapporter que les choses qu'il est utile de découvrir , et non pas colles qui ne pour** raient que blesser, sans apporter aucun fruit. Et ainsi , comme la première règle est de parler avee vérité, la seconde est de parler avec discrétion. « Les méchants , dit « saint Augustin, persécutent les bons en suivant l'aveu- « glement de la passion qui les anime ; au lieu que les « bons persécutent les méchants avec une sage discrétion : « de même que leschimrgieas considèrent ce qu'ils cou- « pent , au lieu que les meurtriers ne regardent point où ils « frappent* » Vous savez bien , mes pères, que je n'ai pas rapporté des maximes de vos auteurs celles qui vous auraient été les plus sensibles , quoique j'eusse pu le faire, et même sans pécher contre la discrétion, non plus que de savants hommes et très-catholiques, mes pères , qui l'ont fait autrefois. Et tous ceux qui ont lu vos auteurs savent aussi bien que vous combien en cela je vous al épargnés : outre que je n'ai parié en aucune sorte contre ce qui vous regarde chacun en particulier; et je serais féehé d'avoir rien dit des fautes secrètes et personnelles , quelque

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