‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 53 sur 98 · ERREURS DG6 CAS. DIGNES D'ÊTRE JOUÉES · texte numérisé non relu

ERREURS DG6 CAS. DIGNES D'ÊTRE JOUÉES

preuve que j'en eusse. Car je sais que c'est le propre de la haine et de l'animosité, et qu'on ne doit jamais le faire, à moins qu'il n'y en ait une nécessité bien pressante pour te bien de l'Église. Jl est donc visible que je n'ai manqué en aucune sorte* la discrétion dans ce que j'ai été obligé de dire touchant les maximes de votre morale, et que vous avez plus de sujet de vous louer de ma retenue que de vous plaindre de mon indiscrétion.

La troisième règle, inespérés, est que, quand on est obligé d'user de quelques railleries, ffesprit de piété porte à ne les employer que contre les erreurs, et non pas contre les choses saintes; au lieu que l'esprit de bouffonnerie', d'impiété et d'hérésie, se rit de ce qu'il y £ de plus sacré; Je me suis déjà justifié sur ce point; et on est bien éloigné d'être exposé à ce vice , quand on n'a qu'à parler des opinion que j'ai rapportées de vos auteurs. .

Enfin * mes pères, pour abréger ees règles, je ne vous dirai plus que celle-ci •, qui est le principe $t la fat de toutes* les autres : c'est que l'esprit de charité porte à avoir dans le cœur le désir du salut de eeuxxoutre qui en parle , et à adresser ses prières à Dieu eu même temps qu'on adresse ses reproches aux hommes. «Ou doit teu* « jours, dit -saint Augustin , conserver la charité dans le « cœurjors même qu'on est obligé défaire au dehors, des « choses qui paraissent rudes aux hommes, et de les « frapper avec^me âpreté dure, mais bienfaisante; leur « utilité devant être préférée à leur satisfaction. » Je crois, mes pères, qu'il n'y a rien dans mes lettres qui témoigne que je n'aie pas eu ce désir pour vous ; et ainsi la charité vous oblige à croire que je l'ai eu en effet, lorsque vous it'y voyez rien de contraire. Il parait donc par là

fft8 ONZIÈME LETTRE, n

que vous ne pouvez montrer que j'aie péché contre cette régie, ni contre aucune de celles que la charité oblige de suivre ; et c'est pourquoi vous n'avez aucun droit de dire que je Taie blessée en ce que j'ai fait.

Mais si vous voulez, mes pères, avoir maintenant le plaisir de voir en peu de mots une conduite qui pèche contre chacune de ces règles , et qui porte véritablement le caractère de l'esprit de bouffonnerie, d'envie et de haine, je vous eu donnerai des exemples; et, afin qu'ils vous soient plus connus et plus familiers , je les prendrai de vos écrits mêmes*

Car, pour commencer par la manière indigne dont vos auteurs parlent des choses saintes , soit dans leurs railleries, soit dans leurs galanteries, soit dans leurs discours sérieux, trouvez-vous que tant de contes ridicules de votre père Binet, dans s& Consolation des malades , soient fort propres au dessein qu'il avait pris de consoler chrétiennement ceux que Dieu afflige? Direz- vous que la manière si profane et si coquette dont votre père le Moine a parlé de la piété , dans sa Dévotion aisée, soit plus propre à donner du respect que du mépris pour l'idée qu'il forme de la vertu chrétienne? Tout son livre des Peintures morales respire- 1- il autre ehose , et flans sa prose et dans ses vers, qu'un esprit plein de la vanité et des folies du monde ? Est-ce une pièce digne d'un prêtre que cette ode du VII e livre, intitulée. Éloge de lajmdeur, ou il est montré que toutes les belles choses sont rouges, ou sujettes à rougir? C'est ce qu'il fit pour consoler une dame , qu'il appelle Delphine , de ce qu'elle rougissait souvent- Il dit donc , à chaque stance, que quelques-unes des choses les plus estimées sont rou- - ges, comme les roses, les grenades, la bouche, la lan-

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