‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 59 sur 98 · LA RÉPONSE DES JÉSUITES A LA DOUZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

LA RÉPONSE DES JÉSUITES A LA DOUZIÈME LETTRE

Monsieur,

Qui que vous soyez , qui avez entrepris de défendre les jésuites contre les lettres qui découvrent si clairement le dérèglement de leur morale, il parait, par le soin que vous prenez de les secourir, que vous avez bien connu leur* faiblesse, et en cela on ne peut blâmer votre jugement. Mais si vous aviez, pensé de pouvoir les justifier en effet , vous ne seriez pas excusable. Aussi j'ai meilleure opinion de vous, et je m'assure que votre dessein est seulement de détourner l'auteur des Lettres par cette diversion artificieuse. Vous n'y avez pourtant pas réussi ; et j'ai bien de la joie de ce que la treizième vient de paraître, sans qu'il ait reparti à ce que vous avez fait sur la onzième et sur la . douzième, et sans avoir seulement pensé à vous. Gela me fait espérer qu'il négligera de même les autres. Vous ne devez pas douter, monsieur, qu'il ne lui eût été bien facile de. vous pousser. Vous voyez comment il mène la Société entière : qu'eût-ce donc été, s'il vous eût entrepris en particulier? Jugez-en par la manière dont je vas vous répon- , dre sur ce que vous avez écrit contre sa douzième Lettre. .

Je vous laisserai, monsieur, toutes vos injures. L'au-. teur des Lettres a promis d'y satisfaire ; et je crois qu'il le

fera de telle sorte qu'il ne vous restera que ia honte et le repentir. 11 ne lui sera pas difficile de couvrir de confusion de simples particuliers comme vous et vos jésuites , qui , par un attentat criminel , usurpent l'autorité de l'Église pour traiter d'hérétiques ceux qu'il leur plaît, lorsqu'ils se voient dans l'impuissance de se défendre éontre les justes reproches qu'on leur fait de leurs méchantes maximes. Mais , pour moi , je me resserrerai dans la réfutation des nouvelles impostures que vous employez pour la justification de ces casuistes. Commençons par le grand Vasquez* /

Vous ne répondez rien à tout ce que l'auteur des Lettres a rapporté-pour faire voir sa mauvaise doctrine touchant l'afimôjie; et vous l'accusez seulement en l'air de quatre faussetés, dont la première est qu'il a supprimé du passage de Vasquez, cité dans la sixième Lettre, ces paroles : Statum quem licite possunt acquirere; et qu'il a dissimulé le reproche qu'on lui en avait fait.

Je vois bien , monsieur, que vous avez cru , sur la foi des jésuites, vos chers amis, que ces paroles-là sont dans le passage qu'a cité l'auteur des Lettres; car si vous eussiez su qu'elles n'y sont pas , vous eussiez blâmé ces pères de lui avoir fait ce reproche, plutôt que de vous étonner de ce qu'il n'avait pas daigné répondre à une objection £i vaine. Mais né vous fiez pas tant à eux , vous y seriez souvent attrapé. Considérez vous-même dans Vasquez le passage que l'auteur en a rapporté. Vous le trouverez de Eleem. ,c. 4 , n. 14; mais vous n'y verrez aucune de ces paroles qu'on dit qu'il en a supprimées , et vous serez bien étonné de ne les trouver que quinze pages auparavant. Je ne doute point qu'après cela vous ne vous plaigniez de ces bons pères, et que vous ne jugiez bien que . pour

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accuser cet auteur d'avoir supprimé ces paroles de ce passage, il faudrait l'obliger de rapporter des passages de quinze pages in-folio dans une lettre de hait pages in-4* , où il a aceoutumé d'en rapporter trente ou quarante v ce qui ne serait pas raisonnable.

Ces paroles ne peuvent donc servir qu'à vous convaincre vous-même d'imposture , et elles ne servent pas aussi davantage pour justifier Vasquez. On a accusé ce jésuite d'avoir ruiné ce précepte de Jésus Christ , qui oblige les riches de faire l'aumône de leur superflu, en soutenant que « ce que les riches gardent pour relever leur condition , ou « celle de leurs parents, n'est pas superflu ; » et qu'ainsi « à « peine en trouvera-t-on chez les gens du monde, et non « pas même chez les rois* » C'est cette conséquence, qu'il n'y a presque « jamais de superflu dans les gens du « monde, »qui ruine l'obligation de donner l'aumône, puisqu'on en conclut, par nécessité, que, n'ayant point de superflu , ils ne sont pas obligés de le donner. Si c'était l'auteur des Lettres qui l'eût tirée , vous auriez quelque sujet de prétendre qu'elle n'est pas enfermée dans ce principe , que « ce que les riches gardent pour relever leur « condition, ou celle de leurs parents , n'est pas appelé su- « perflu. » Mais il l'a trouvée toute tirée dans Vasquez. Il y A a lu ces paroles, si éloignées de l'esprit de l'Evangile et de la modération chrétienne : « qu'à peine trouvèra-t- < on du superflu chez les gens du monde , et non pas « même chez les rois. » Il y a lu encore cette dernière conclusion rapportée dans la douzième. Lettre : « A peine « est-on obligé de donner l'aumône , quand on n'est * obligé à la donner que de son superflu : » et ce qui est remarquable , c'est qu'elle se voit au même lieu que ces paroles, Statum quem liciée possunt acquirere., par les-

quelles vous prétendez l'éluder. Vous chicanez donc inutilement sur le principe , lorsque vous êtes obligé de vous taire sur les conséquences qui sont formellement dans Vasquez, et qui suffisent pour anéantir le précepte de Jésus-Christ, comme on Ta accusé de Ta voir fait. Si Vasquez les avait mal tirées de son principe , il aurait joint une faute de jugement avec une erreur dans la morale; et il n'en serait pas plus innocent, ni le précepte de Jésus-Christ moins anéanti. Mais il paraîtra, par la réfutation de la seconde fausseté que vous reproches à l'auteur des Lettres, que ces mauvaises conséquences sont bien tirées du mauvais principe que Vasquez établit au même lieu ; et que ce jésuite n'a pas péché contre les règles du raisonnement , mais contre celles de l'Évangile.

Cette seconde fausseté, que vous dites qu'il a dissimulée après en avoir été convaincu, est qu'il a omis ces paroles par un dessein outrageux , pour corrompre la pensée de ce père, et en tirer cette conclusion scandaleuse , « qu'il ne « faut , selon Vasquez, qu'avoir beaucoup d'ambition «pour n'avoir point de superflu. «Sur cela, monsieur, je vous pourrais dire , en un mot , qu'il n'y eut jamais d'accusation moins raisonnable que celle-là. Les jésuites ne se sont jamais plaints de cette conséquence. Et cependant vous reprochez à l'auteur des Lettres de n'avoir pas répondu à une objection qu'on ne lui avait pas encore faite* Mais si vous croyez avoir été en cela plus clairvoyant que toute cette compagnie, il sera aisé de vous guérir de cette vanité, qui serait injurieuse à ce grand corps. Car comment pouvez- vous nier que de ce principe de Vasquez, « ce que l'on garde pour relever sa condition ou celle de « ses parents n'est pas appelé superflu, » on ne conclue nécessairement qu'il ne faut qu'avoir beaucoup d'ambition

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pour n'avoir point de superflu? Je tous permets de "bon cœur d'y ajouter encore la condition qu'il exprime en uii autre endroit, qui est que l'on ne veuille relever son état que par des voies légitimes : Slaium quem licite possunt acquirere. Gela n'empêchera pas la vérité de la conséquence que vous accusez de fausseté.

Il est vrai, monsieur, qu'il y a quelques riches qui peuvent relever leur condition par des voies légitimes. L'utilité publique en peut quelquefois justifier le désir, pourvu qu'ils ne considèrent pas tant leur propre honneur et leur propre intérêt que l'honneur de Dieu et l'intérêt du public; mais il est très-rare que l'esprit de Jésus-Christ, sans lequel il n'y a point d'intentions pures, inspire ces sortes de désirs aux riches du monde : il les porte bien plutôt à diminuer ce poids inutile qui les empêche de s'élever vers le ciel , et à craindre ces paroles de son Évangile : que celui qui s'élève sera abaissé. Ainsi ces désirs que l'on voit, dans la plupart des hommes du siècle; de monter toujours à une condition plus haute, et d'y faire monter leurs parents, quoique par des voies légitimes, ne sont, pour l'ordinaire, que des effets d'une cupidité terrestre et d'une véritable ambition. Car c'est., monsieur, une erreur grossière de croire qu'il n'y ait point d'ambition à désirer de relever sa condition que lorsqu'on se veut servir de moyens injustes ; et c'est cette erreur que saint Augustin condamne dans le livre de la Patience, ch. 3, lorsqu'il dit : « L'amour de l'argeut « et le désir de la gloire sont des folies que le monde croit « permises; et on s'imagine que l'avarice , l'ambition , le « luxe, les divertissements des spectacles, sont innocents, « lorsqu'ils ne nous font point tomber dans quelque crime « ou quelque désordre que les lois défendent. » L'ambi-

tion consiste à désirer relèvement pour relèvement, et l'honneur pour l'honneur , comme l'avarice à aimer les richesses pour les richesses. Si vous y joignez les moyens injustes, vous la rendez plus criminelle; mais, en substituant des moyens légitimes, vous ne la rendez pas innocente. Or Vasquez ne parie pas de ces occasions dans lesquelles quelques gens de bien désirent de changer de condition , et sont dans f attente probable de le faire , comme dit le cardinal Cajetan. S'il en parlait , il aurait été ridicule d'en conclure, comme il a fait, que Ton ne trouve - presque jamais de superflu dans les gens du monde; puisque des occasions très-rares, qui ne peuvent arriver qu'une ou deux fois dans la vie, et qui ne se rencontrent que dans un très-petit nombre de riches, à qui Dieu fait connaître qu'ils ne se nuiront pas à eux-mêmes en s'élevant pour servir les autres, ne peuvent pas empêcher que la plupart des riches n'aient beaucoup de superflu. Mais il parle d'un désir vague et indéterminé de s'agrandir, il parle d'un désir de s'élever sans aucunes bornes ; puisque , s'il était borné , les riches commenceraient d'avoir du superflu lorsqu'ils y seraient arrivés.

Et enfin il croit que ce désir est si généralement permis , qu'il empêche tous les riches d'avoir presque jamais du superflu.

C'est, monsieur, afin que vous l'entendiez, cette prétention de s'agrandir et de s'élever toujours dans le siècle à une condition plus haute , quoique par des moyens légitimes , ad statum quem licite possunt acquirere , que l'auteur des Lettres a appelée du nom d'ambition ; parce que c'est le nom que les Pères lui donnent, et qu'on lui donne même dans le monde. Il n'a pas été obligé d'imiter

108 RÉFUTATIONS DE LA RÉPONSE, tut.

une des plus ordinaires adresses de ces mauvais casuistes, |ui est de bannir les noms des vices , et de retenir les /ices mêmes sous d'autres noms. Quand donc ces paroles, Statum quem licite possunt acquirere , auraient été dans le passage qu'il a cité , il n'aurait pas eu besoin de les retrancher pour le rendre criminel. C'est en les y joignant qu'il a droit d'accuser Vasquez, que , selon lui , il ne faut qu'avoir de l'ambition pour n'avoir point de superflu. Il n'est pas le premier qui a tiré cette conséquence de cette doctrine. M. Duval l'avait fait avant lui en termes formels, en combattant cette mauvaise maxime , tom. 2 , q. 8, p. 576. « 11 s'ensuivrait , dit-il , que celui qui désire- « rait une plus haute dignité , c'est-à-dire qui aurait une « plus grande ambition , n'aurait point de superflu , quoi- « qu'il eût beaucoup plus qu'il ne lui faut selon sa condi? « tion présente : Sequebktuh eum qui hanc dignitatem « cuperet, seu qui majorï ambitions ducebbtub , ha~ « bendo plurima supra decentiam sui status , non ha* « biturum superflua. »

Vous avez donc fort mal réussi , monsieur, dans lés deux premières faussetés que vous reprochez à l'auteur des Lettres. Voyons si vous serez mieux fondé dans les deux autres que vous l'accusez d'avoir faites en se défendant. La première est qu'il assure que Vasquez n'oblige point les riches de donner de ce qui est nécessaire à leur condition. Il est bien aisé de vous répondre sur ce point : car il n'y a qu'à vous dire nettement que cela est faux , et qu'il a dit tout le contraire. Il n'en faut point d'autre preuve que le passage même que vous produisez trois lignes après , où il rapporte que « Vasquez oblige les ri- « ches de donner du nécessaire en certaines occasions. »

Votre dernière plainte n'est pas moins déraisonnable.

En voici (e sujet. L'auteur des Lettres a repris deux décisions dans la doctrine de Vasquez : lune, que « les ri- « ches ne sont point obligés , ni par justice ni par charité, « de donner de leur superflu , et encore moins du néces- « saire, dans tous les besoins ordinaires des pauvres; » l autre , qu'ils « ne sont obligés de donner du nécessaire qu'en « des rencontres si rares , qu'elles n'arrivent presque ja~ « mais. » Vous n'aviez rien à répondre sur la première de ces décisions , qui est la plus méchante. Que faites* vous là-dessus ? vous les joignez ensemble , et /apportant quelque mauvaise défaite sur la dernière , vous voulez faire croire que vous avez répondu sur toutes les deux. Ainsi , pour démêler ce que vous voulez embarrasser à dessein, je vous demande à vous-même s'il n'est pas vrai que Vasquez enseigne que les riches ne sont jamais obligés de donner ni du superflu , ni du nécessaire, ni par charité , ni par justice , dans les nécessités ordinaires des pauvres. L'auteur des Lettres ne t'a-t-il pas prouvé par ce passage formel de Vasquez? « Corduba enseigne que, lors» « qu'on a du superflu , on est obligé d'en donner à ceux « qui sont dans une nécessité ordinaire , au moins une « partie, afin d'accomplir le précepte en quelque chose. » ( Remarquez qu'il ne s'agit point en cet endroit si on y est obligé par justice, ou par charité, mais si on y est obligé absolument. ) Voyons donc quelle sera [a décision de votre Vasquez. « Mais cela ne me plaît pas, sed hoc « non pi*ac£,t ;car nous avons montré le contraire contre * Gajetan et Navarre. » Voilà à quoi vous ne répondez point, laissant ainsi vos jésuites convaincus d'une erreur si contraire à l'Évangile.

Et quant à la seconde décision de Vasquez , qui est que les riches ne sont obligés de donner du nécessaire à leur

200 RÉFUTATION DE LA REPONSE, etc.

condition qu'en des rencontres si rares "qu'elfes n'arrivent presque jamais, l'auteur des Lettres ne l'a pas moins clairement prouvé par l'assemblage des conditions que ce jésuite demande pour former cette obligation , savoir , « que « l'on sache que le pauvre qui est dans la nécessité ur- « gente ne sera assisté de personne que de nous ; et que « cette nécessité le menace de quelque accident mortel , « on de perdre sa réputation. » Il a demandé sur cela si ces rencontres étaient fort ordinaires dans Paris; et enfin il a pressé les jésuites par cet argument, que, Vasquez permettant aux pauvres de voler les riches dans les mêmes circonstances où il oblige les riches d'assister les pauvres, il faut qu'il ait cm, ou que ces occasions étaient fort rares, ou qu'il était ordinairement permis de voler. Qu'avezvous répondu à cela, monsieur? vous avez dissimulé toutes ces preuves, et vous vous êtes contenté de rapporter trois passages de Vasquez, où il dit , dans les deux premiers, que les riches sont obligés d'assister les pauvres dans les nécessités urgentes, ce que l'auteur des Lettres reconnaît expressément : mais vous vous êtes bien gardé d'ajouter qu'il y apporte des restrictions qui font que ces nécessités urgentes n'obligent presque jamais à donner l'aumône , qui est ce dont il s'agit.

Le troisième de vos passages dit simplement que les riches ne sont pas obligés de donner seulement l'aumône dans les nécessités extrêmes , c'est-à-dire quand un homme est près de mourir, parce qu'elles sont trop rares; d'où vous concluez qu'il est faux que les occasions où Vasquez oblige adonner l'aumône soient fort rares. Mais vous vous moquez, monsieur : vous n'en pouvezeonelure autre chose sinon que Vasquez ôte le nom de très-rares aux occasions de donner l'aumône, qu'il rend très-rares en effet par les

conditions qu'il y apporte : en quoi il n'a fait que suivre la conduite de sa compagnie. Ce jésuite avait à satisfaire tout ensemble les riches, qui veulent qu'on ne les oblige que très-rarement à donner l'aumône, et l'Église, qui y oblige très-souvent ceux qui ont du superflu. Il a donc voulu contenter tout le monde , selon la méthode de sa Société , et il y a fort bien réussi; car il exige , d'une part, des conditions si rares en effet , que les plus avares en doivent .être satisfaits; et il leur ôte, de l'autre, le nom de rares, pour satisfaire l'Eglise en apparence. Il n'est donc pas question de savoir si Vasquez adonné le nom de rares aux rencontres où il oblige de donner l'aumône. On. ne Ta jamais accusé de les avoir appelées rares. Il était trop habile jésuite pour appeler ainsi les mauvaises choses par leur nom. Mais il est question de savoir si elles sont rares en effet par les restrictions qu'il y apporte; et c'est ce que l'auteur. des Lettres a si bien montré , qu'il ne vous est resté sur cela que cette réponse générale , qui ne vous manque jamais , qui est la dissimulation et le silence.

Tout ce que vous ajoutez ensuite de la subtilité de l'esprit de Vasquez dans les divers sens qull donne aux mots de néccessaire et de superflu, est une pure illusion. Il ne lésa jamais pris qu'en deux sens, aussi bien que tous les autres théologiens. Il y a, selon lui , « nécessaire à lanature, « et nécessaire à la condition ; superflu à la nature , et su- « perflu à la condition. » Mais, afin qu'une chose soit superflue à la condition , il veut qu'elle le soit non-seulement à regard de la condition présente , mais aussi à .l'égard de celle que les riches peuvent acquérir, ou pour eux, ou pour leurs pareuts , par des moyens légitimes. Ainsi , selou Vasquez , tout ce que l'on garde pour relever sa condition est appelé simplement nécessaire à ta condition , et su-

tOÎ RÉFUTATION DE LA RÉPONSE, etc.

pcrflu seulement à la nature ; et on n'est obligé d'en faire l'aumône que dans les occasions que l'auteur des Lettres a fait voir être si rares, qu'elles n'arrivent presque jamais.

H n'est pas besoin de rien ajouter, touchant la comparaison de Vasquez et de Cajetan, à ce que l'auteur des Lettres en a dit. Je vous avertirai seulement en passant que vous imposez à ce cardinal , aussi bien que Vasquez , lorsque vous soutenez que , « contre ce qu'il avait dit dans « le traité de l' Aumône, il enseigne, en celui des Indui- « gences, que l'obligation de donner Je superflu ne passe < point le péché véniel. » Lisez-le , monsieur, et ne vous fiez pas tant aux jésuites, ni morts, ni vivants. Vous trou-» verez que Cajetan y enseigne formellement le contraire; et qu'après avoir dit qu'il n'y a que les nécessités extrêmes , sous lesquelles il comprend aussi la plupart de celles que Vasquez appelle urgentes, qui obligent à péché mortel , il y ajoute cette exception , « si ce n'est qu'on ait des • biens superflus, seclusa supebfluitate bonobum. »

Je passe donc avec vous à la doctrine de la simonie. L'auteur des Lettres n'a eu autre dessein que de montrer que la Société tient cette maxime , que ce n'est pas une simonie en conscience de donner un bien spirituel pour un temporel , pourvu que le temporel n'en soit que le motif même principal , et non pas le prix 5 et , pour le prouver, il a rapporté le passage de Valentia tout au long dans la douzième, qui le dit si clairement que vous n'avez rien à y répondre ; non plus que surEscobar, Érade Bille , et les autres, qui disent tous la même chose. 11 suffit que tous ces auteurs soient de cette opinion pour montrer que, selon toute la Compagnie, qui tient la doctrine de la probabilité , elle est sûre eu conscience , après tant d'auteurs graves qui Pont soutenue , et tant de provinciaux graves

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