‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 77 sur 98 · CALOMN. DES JÉS. CONTRE M. DE S.-CYRAN · texte numérisé non relu

CALOMN. DES JÉS. CONTRE M. DE S.-CYRAN

Voila ce que c'est , mes pères, d'avoir des jésuites par toute la terre ; voilà la pratique universelle que vous y avez introduite et que vous y voulez maintenir. 11 n'importe que les tables de Jésus-Christ soient remplies d'abominations, pourvu que vos églises soient pleines de monde. Rendez donc ceux qui s'y opposent hérétiques sur le saint Sacrement : il le faut, à quelque prix que ce soit. Mais comment le pourrez- vous faire, après tant de témoignages invincibles qu'ils ontdonnés de leur foi ? N'avez-vous point de peur que je rapporte les quatre grandes preuves que vous donnez de leur hérésie? Vous le devriez, mes pères , et je ne dois point vous en épargner la honte. Examinons donc la première.

« M. deSaint-Cyran, dit le père Meypier, en conso- « lant un de ses amis sur la mort de sa mère, t. l , lett. « 14, dit que le plus agréable sacrifice qu'on puisse offrir « à Dieu dans ces rencontres est celui de la patience : donc « il est calviniste. » Gela est bien subtil , mes pères , et je ne sais si personne en voit la raison. Apprenons-la donc de lui : « Parce, dit ce grand controversiste, qu'il ne croit « donc pas le sacrifice de la messe; car c'est celui-là qui « est le plus agréable à Dieu , de tous. » Que Ton dise maintenant que les jésuites ne savent pas raisonner» Ils le savent de telle sorte , qu'ils rendront hérétique tout ce qu'ils voudront, et même l'Écriture sainte ; car ne serait-ce pas une hérésie de dire, comme fait l'Ecclésiastique : « Il n'y a « rien de pireque d'aimer l'argent, nihil esliniquius quam « amare pecuniam ; • comme si les adultères , les homicides et l'idolâtrie n'étaient pas de plus grands crimes? Et à qui n arrive-t-il point de dire à toute heure des choses semblables; et que, par exemple, le sacrifice d'un cœur contrit et humilié est le plus agréable aux yeux de Dieu ;

parce qu'en ces discours on ne pense qu'à comparer quelques vertus intérieures les unes aux autres , et non pasnn sacrifice de la messe, qui est d'un ordre tout différent et infiniment plus relevé? N'êtes* vous donepas ridicules, mes pères? et faut-il, pour achever de vous confondre , que je vous représente les termes de cette même lettre où M. de Saint- Cyran parle du sacrifice de la messe comme du plus excellent de tous, en disant « qu'on offre à Dieu « tous les jours et en tous lieux le sacrifice du corps de « son Fils, qui n'a point trouvé de plus excbllent moyen « que celui-là pour honorer son père? » Et ensuite : « que « Jbsus-Chbist nous a obligés de prendre en mourant son « corps sacrifié , pour rendre plus agréable a Dieu le sacri- « fiée du nôtre, et pour se joindre à nous lorsque nous « mourons, afin de nous fortifier, en sanctifiant par sa pré- « sence le dernier sacrifice que. nous faisons à Dieu de « notre vie et de notre corps, » Dissimules tout cela, mes pères, et ne laissez pas de dire qu'il détournait de communier à la mort, comme vous faites , page 33 , et qu'il ne croyait pas le sacrifice de la messe ; car rien n'est trop hardi pour des calomniateurs de profession.

Votre seconde preuve en est un grand témoignage. Pour rendre calviniste feu M. de Saint-Cyran , à qui vous attribuez le Mvre de Petrus Aurelius, vous vous servez d'un passage où Aurelius explique , page 89, de quelle manière l'Église se conduit à l'égard des prêtres , jet même des évéques qu'elle veut déposer ou dégrader. « L'Eglise, « dit-il , ne pouvant pas leur ôter la puissance de l'ordre , « parce que le caractère est ineffaçable , elle fait ce qui est « en elle ; elle ôte de sa mémoire ce caractère qu'elle ne peut « ôter de l'âme de ceux qui l'ont reçu : elle les considère • comme s'ils n'étaient plus prêtres ou évéques ; de sorte

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