MLR.AT A CL^RFvK
Paris, 1 décembre 1809.
A monsieur le ministre de la Gueire de France.
Monsieur le comte, MM. les adjudants-commandants Ghavardès et Thomas ont de bons et anciens services qui leur donnent des droits aux bontés de l'Empereur; cependant ces officiers, privés du bonheur d'avoir servi directement sous les yeux de l'Empereur dans cette dernière guerre, n'en ont reçu aucune faveur; je viens donc solliciter pour eux le grade de général de brigade. Je vous prie d'être assez bon pour mettre ma demande sous les yeux de l'Empereur.
M. Goguet', colonel au 2'"" régiment d'infanterie légère, a fait toutes les campagnes d'Italie, d'Egypte et des Calabres ; cet officier supérieur a de très anciens services, je serais bien obligé si vous vouliez bien faire pour lui la même demande.
Archives du prince Alural. R. XIV, p. 431.
' Louis-.-lutoine-\ asI-Vite Goguet, né le 6 février 1764 à Ispenancourt (Somme), dragon au régiment de la Reine le 3 septembre 1T80, tlief de bataillon le 31 décembre 1792, colonel de la 22^ demi-brigade d'infanterie le 16 vendémiaire an V IIL envoyé à l'.Armée de Xaple.s en 1806, général de brigade le 0 août 1811, envoyé eu l'ispagne en 1812, puis en .Allemagne en 1813. Alort le 9 août 1821.
HOVAIMK Dl-: XAPLES. — 1809 119
4664. — MIRAT A CL^RKIO
Paris, ' décembre 1809.
A monsieur Je ministre de ht Guerre de France.
Monsieur le comte, deux mille cent conscrits sont en route de Naples pour mes régiments d'P^spagne qui ont tant souffert sous Girone par les effets de la guerre et des maladies; j'ai demandé il y a quelque temps à l'Empereur de les faire rentrer en France aGn de pouvoir s'y refaire, recevoir les conscrits que je leur envoie et se remettre en état de faire campagne avec succès au printemps prochain. Je vous serais bien reconnaissant si vous vouliez bien rappeler à S. M. cette demande, au succès de laquelle j'attache le plus grand prix.
Archives du prince Murât. R. XIV, p. 432.
4665. — AILRAT A XAPOLEOX
Paris, 10 décembre ISOD.
SlRE,
Votre .Majesté m'a ordonné par une lettre datée de Vienne d'organiser une belle division de troupes napolitaines et de la diriger sur la Haute-Italie, pour être à votre disposition. Sire, si la paix qui est survenue depuis cette époque n'a apporté aucun changement dans cette disposition de Votre Majesté, je la prie de me le faire connaître, car je puis composer cette division des deux premiers régiments de ligne qui sont en Espagne, du 3'"' qui est à Rome et du 4' qui est à Gaète, du 1" d'infanterie légère, en route de Trente sur Turin, de mon 2" régiment d'infanterie légère, de mes deux premiers régiments de chasseurs à cheval et de six ou douze pièces de canon parfaitement organisées ; alors cette division me donnera une force positive de 1 1 cà 12 000 hommes. Il ne me resterait qu'à lui donner un état-major général.
Je désirerais bien qu'il pût entrer aussi dans les intentions de Votre Majesté de me permettre d'envoyer en Espagne ou à vos armées d'.Vllemagne cinq ou six cents hommes de la cavalerie de ma garde. Ce serait un moyen bien sur de former ces jeunes mili-
taires. J'attendrai avec impatience les ordres qu'il plaira à Votre Majesté de me donner à cet égard.
Archives du prince Murât. D. 576. p. 33.
4666 — MIRAT A NAPOLKOX
Paris, 10 décembre 1809.
Sire,
Votre Majesté m'a fait riioiineur de me dire hier qu'elle avait le projet de supprimer l'état-major de sou armée de Xaplcs. J'ose assurer Votre Majesté qu'elle ne saurait faire d'économie plus à propos et plus utile pour son Trésor et pour celui de Xaples. Des colonels français suffiraient pour commander leurs régiments, et les généraux qui languissent à Naples trouveraient l'occasion de donner à Votre Majesté des preuves de leur dévouement et parviendraient à obtenir des récompenses qu'ils risquent de ne pas trouver de longtemps à Xaples, et Votre Majesté me procurerait l'inappréciable avantage de forcer mes sujets à s'instruire dans l'administration militaire, car, jusqu'à ce moment, elle est restée tout entière entre les mains des administrateurs de Votre Majesté.
Votre Majesté m'a aussi permis d'espérer quelle consentirait à laisser passer h mon service le régiment Suisse et les régiments d'Isembourg et de La Tour-d'Auvergne. Je prie Votre Majesté d'en donner l'ordre à son ministre de la Guerre. Je serai plus à même de faire surveiller l'administration de ces nouveaux corps, qui m'offriront d'ailleurs des ressources pour la formation des nouveaux régiments que je vais lever.
Je suis
Guerre et Archives du prince Murât. D. 576, p. 35.
4667. - MURAT A NAPOLEO.X
Paris, le 10 décembre 1809.
SlRE,
Votre Majesté a eu l'extrême bonté de m'annoncer qu'elle avait bien voulu m'accorder des licences pour l'exportation des huiles,
ROYAUME DE XAPLES. — 1809 121
si essentiellement nécessaire aux intérêts de mes sujets. Sire, j'en attends l'expédition avec bien de l'impatience et un courrier est prêt à partir depuis trois jours. Sire, soyez assez bon pour me mettre le plus tôt possible en possession de ces licences et vous aurez sauvé mon Royaume.
Je suis
Joachim Napoléon.
Archives nationales, AF'" 1714" (195).
4668. — MURAT A XAPOLEOX
Paris, 10 dpcembre 1809.
SiRK,
Votre Majesté, sur le compte que je lui ai rendu que les Russes étaient tous arrivés de Corfou et commençaient à devenir, par leur long séjour, à charjje à mes sujets, m'a autorisé à leur faire continuer leur route par la Haute-Italie. Je remercie Votre Majesté d'une telle faveur ; mais craignant quelque maladresse de la part de mon ministre de la Guerre dans l'exécution de cet ordre, je désirerais que Votre Majesté eût l'extrême bonté de me faire écrire à ce sujet par son ministre de la Guerre ou des Relations extérieures.
Je suis
Archives nationales, AFiv 1685, n" 210, et Archives du prince Murât. D. 576, p. 30.
4669. — MURAT A XAPOLEOX'
Anx Tuileries, le 10 décembre 1809.
Sire,
Votre Majesté a bien voulu me permettre de lui adresser quelques cbiffres qu'elle aurait la bonté de faire déchiffrer. Sire, je les adresse avec les autres extraits, parce que je n'ai pas voulu les confler à mon secrétaire. Je pense, j'ai tout lieu de penser que ces chiffres donneront quelques renseignements sur la contrebande ou sur des arrestations que j'avais fait faire à Naples avant mon départ. C'était des chefs de la police avec lesquels ces Messieurs étaient très liés. Je prie ^'otre Majesté d'avoir la bonté de me
faire renvoyer ces pièces avec les traductions, en ayant besoin pour surveiller ces individus, dont l'un est l'intendant de la Calabre ultra ' et l'autre un juj^e à la cassation, tous deux hommes de mérite, mais soupçonnés d'aimer un peu trop l'arjjent; ils sont l'un et l'autre des créatures de Saliceti et Votre Majesté verra qu'ils disent eux-mêmes qu'ils sont plus adroits que lui.
Je suis
Joachim Napoléon .
Archives nationales. AK" 1714^ ('^6).
Parii, 13 décembre 1809.
Au ministre des Fi na ne es.
Monsieur le ministre, je suis irrévocablement décidé à adopter le système monétaire de France. Envoyez-moi en conséquence votre rapport avec le projet de loi à ce sujet, que vous devez avoir terminé depuis longtemps. J'ai vu avec indignation la décision de mon Conseil d'État, qui n'est que le résultat d'une intrigue et des vues d'un intérêt mal entendu. Sans doute, il importerait essentiellement à la nation de pouvoir faire le commerce avec les Américains et les Anglais, mais il nuirait au système de l'Empereur, et, dès lors, mon Royaume aurait tout k craindre pour son indépendance; car si le royaume de Hollande vient à éprouver des changements, ils n'auront été amenés (jue parce que cette Puissance aura voulu enfreindre les lois de l'Empereur relativement au commerce des Anglais et faire la contrebande avec eux.
Le Gouvernement qui peut oublier un instant que la politique du plus faible est de se conformer à celle du plus fort, est toujours à la veille d'être anéanti. Au reste, je n'ai nulle raison particulière de me plaindre à cet égard de mes sujets, car ils ont supporté dans cette circonstance, avec un admirable courage, toute espèce de privation. Leur conduite est digne d'éloge et me donne la juste mesure de leur amour pour moi, aussi j'espère qu'ils sont au moment d'en recevoir la récompense, car l'Empereur me fait espérer qu'il me permettra des exportations, et l'achat des denrées
' Pictro Colletta.
ROYAUME DK XAPLES. — 1809 123
coloniales qui se trouvent dans mes ports. Je vous expédierai ces bonnes dispositions par un courrier extraordinaire, si toutefois l'Empereur persiste dans la promesse d'un tel bienfait.
Surveillez plus que jamais la gestion de nos receveurs qui perçoivent et qui ne versent pas et qui agiotent sur les fonds dont ils sont dépositaires. Ne vous laissez pas apitoyer et exigez que tout le monde paye.
J'espère pouvoir vous donner bientôt des ordres relativement aux Domaines, l'Empereur a paru consentir à ce qu'ils fussent acensés. Ce serait un grand bienfait de plus, car le nombre des propriétaires augmenterait. J'économiserais les frais de cette vaste administration et les vols qui s'y commettent; le capital payerait la dette, et la contribution foncière qu'ils payeraient me rendrait les mêmes revenus que je perçois aujourd'bui.
J'attends avec impatience les différents rapports que vous m'annoncez et le dernier travail du Conseil des ministres. J'ai appris avec peine que le ministre de la Police générale n'y avait pas assisté, et qu'il n'avait pas paru non plus au Conseil d'Etat avec le Grand Juge. Où le Duc de Cassano a t'il étudié et appris que le bâtiment américain était de mauvaise prise? Il faut être bien borné pour avoir motivé la décision sur ce que le décret dit : Bâtiments expédiés pour un port onrilais ou occupé par les Anglais, au lieu de dire port ennemi. \'est-il pas absurde de vouloir établir une différence entre port anglais et port ennemi / Aussi je déclare que tous les membres du Conseil d'Etat qui ont voté en faveur de la décision du Conseil des prises, sont déconsidérés à mes yeux. .Au reste, tout cela ne serait pas arrivé si j'avais présidé le Conseil.
J'espère que vous aurez soldé tous les crédits que j'ai ouverts, surtout ceux des dépenses de première mise pour les nouveaux régiments. Je serais extrêmement contrarié des obstacles qui s'y seraient opposés. La Nation crie de l'énorniité des impôts, elle a très grand tort de crier, car elle ne paye pas la moitié de ce que payent la France, l'Angleterre et le Royaume d'Italie.
Je suis décidé à adopter pour mon Royaume le système des sels et tabacs établi en France; cette détermination est nécessaire, surtout depuis la réunion des Etats romains à l'Empire français. Préparez un projet de loi à cet égard.
Il faut que mon (îouvernement s'étudie à se mettre et à marcber en barmonie avec celui de France, il faut surtout qu'il évite jusques aux apparences d'un reproclie de la part de l'Empereur.
La santé de l'Empereur est excellente, ainsi que la mienne et
12i JOACHIM MURAT
celle de la Reine. Sur ce, Monsieur le ministre, je prie Dieu qu'il
vous ait en sa sainte et dijfne garde
Joachim Napoléon.
Je vous renvoie signé le décret de nomination des régent et gouverneurs de la Banque.
.Archives du prince Murât. Papiers de Mosbourij.
4671. — MLR. AT A XAPOLEOX
Paris, 13 décembre 1809.
Sire,
•J'adresse à Votre .Majesté une lettre de mon ministre des Finances qui fera connaître à V. M. que les denrées coloniales, existant en ce moment dans nos ports ou dans nos douanes, se montent a 7 ou 800 000 ducats, et que les agioteurs, dans l'espoir que V. .M. terminera bientôt favorablement les affaires des Américains, chercbent à acheter à \il prix toutes ces denrées. Votre Majesté m'ayant dit verbalement que je pouvais les faire acheter et leur donner cours pour le compte du Gouvernement, je lui demande de nouveau ses ordres. Il vaudrait bien mieux que le Trésor de Naples se procurât par ce moyen des ressources qui le mettraient à même de payer promptement l'arriéré des troupes de V. M., de préférence à ces mêmes agioteurs qui ne cessent de crier qu'il est affreux qu'on laisse le peuple dans la disette de ces denrées, ou qu'on les lui fait payer très cher, taudis que le (iouvernement les tient sous le séquestre et que les Américains sont traités plus rigoureusement à \aples qu'en France.
J'adresse aussi à V. M. un rapport sur la Sicile et un autre qui m'est fait sur une décision rendue par le Conseil d'Etat, qui confirme un jugement du Conseil des Prises que je suis bien loin d'approuver moi-même. Je consulterai directement sur cette affaire le président du Conseil des Prises de Votre Majesté. Cependant, je prie V. M. de me faire connaître si on doit s'en tenir à la lettre de votre Décret, " qui déclare de bonne prise tout bâtiment expédié pour des ports anglais ou occupés par les Anglais >> , mais sans parler de ceux qui le seraient pour des ports ennemis non occupés par ces mêmes troupes, car mou Conseil a confirmé la
décision du Conseil des Prises, parce qu'il a voulu se conformer absolument aux expressions de votre Décret.
Archives nationales, AF'^ 1714» (197).
et Arcliives du prince Murât. D. 57(i, p. 37.
Paris, le 13 décembre 1809.
Au mi ni sire de la Guerre.
Monsieur le ministre, j'ai reçu vos différents rapports. Pourquoi le régiment Royal-Calabrais n'a-t-il encore que deux cents et quelques bomnies, tandis que vous m'avez rendu compte que le 4" convoi était sur le point de partir de Monteleone et que la conscription de ces deux Provinces serait terminée au plus tard à la fin de décembre? Pourquoi le recrutement de la garde nationale marche-t-il si lentement, serait-ce faute d'argent? Cependant je vous ai ouvert des crédits que le ministre des Finances m'annonce devoir être acquittés. Rencontrerait-on la même opposition que pour la gendarmerie? Je veux qu'elle disparaisse. Ainsi j'espère que vous m'apprendrez bientôt que ces deux nouveaux régiments sont au complet.
Vous ne m'avez pas encore parlé de la gendarmerie. J'ai appris avec peine la désertion qui s'est manifestée dans mon 3'""' régiment : elle ne fait pas l'éloge de la police de Rome qui aurait dû la prévenir ou l'empêcher. Au reste, vous retrouverez ces jeunes gens, puisqu'ils n'ont point passé à l'ennemi et qu'ils sont rentrés dans le Royaume.
Quant aux fusils dont nous manquons, je vais faire de nouvelles démarches auprès de l'Kmpereur, et je finirai par les faire payer, si je puis par Là lever tous les obstacles qui s'opposent à leur envoi à Naples.
Ne perdez pas de vue, je vous le répète encore, le travail des revues; sans elles, point de bonne administration.
J'ai demandé à l'Empereur de prendre à mon service le régiment Suisse el les régiments étrangers de la Tour d'Auvergne et d'Isembourg. Si l'Empereur persiste dans l'intention qu'il a manifestée de me les céder, ce sera une grande ressource pour la formation de mes nouveaux régiments, car j'ai le projet de lever quinze à dix-huit mille hommes dans le courant de 1810.
12f) JOACHIM JIL'RAT
\e vous laissez pas aller aux craintes manifestées par la police sur la dissolution des Armigeri ; leur heure dernière a sonné. Il faut qu'ils soient tous incorporés dans d'autres régiments ou qu'ils reçoivent tous leur traitement de réforme. Ce corps <lémoralisé et perdu de réputation ne peut plus rendre aucun service.
Portez votre attention sur la marine. J'espère que mes ordres relativement aux îles de Ponza et Vendotena sont déj<à exécutés; il me tarde, surtout, d'apprendre que la garnison de Vendotena est en votre pouvoir.
Le ministre de la Guerre de l'Empereur se jjlaint que vous ne lui avez point adressé l'itinéraire des deux mille conscrits qui sont en route pour l'Espagne.
Ou a porté des plaintes à l'Empereur sur l'enrôlement de quelques soldats d'Isembourjj et de la Tour d'.Auvergne dans mes troupes, et d'après ses ordres, son ministre de la Guerre a dû vous prescrire de les rendre, cependant n'ordonnez rien à cet égard qu'après que je vous aurai fait connaître si l'Empereur a définitivement consenti à me donner ces régiments. Il me paraît hors de doute que le comte d'Hunebourg a à Xaples des émissaires infidèles qui mettent beaucoup d'animosifé dans leurs rapports, n'est-il pas ridicule qu'on ait rendu compte qu'on avait arrêté et incorporé par force des détachements entiers? .^u reste, je crois avoir acquis ici la certitude que ces rapports viennent de M. Duhreuil, qui sous le prétexte d'être venu à Xaples pour y arrêter la comptabilité du régiment d'Isembourg, n'y a été réellement envoyé que pour faire des rapports au ministre, et j'oserais garantir que cette mission n'a nullement été ordonnée par l'Empereur, mais suggérée par un esprit ennemi; car T Empereur est certainement bien persuadé qu'il n'aura jamais de police plus fidèle et plus active que la mienne. Le major Cardaillac que j'ai signalé comme un fripon ou au moins comme un mauvais administrateur, n'est pas étranger à ces indigues délations.
\e perdez pas de vue l'approvisionnement de Corfou ; faites travailler sans relâche à la .Mongiana ; il faut annoncer des projets contre la Sicile pour le printemps, c'est le moyen d'arrêter les préparatifs des Anglais contre les îles Ioniennes.
L'Empereur m'a fait espérer la suppression de létat-major général de son Armée de Xaples et des administrations françaises. Ce sera un nouveau bienfait de sa part par la grande économie que nous donnera cette suppression.
ROYAUME DE \tAPLES. — J809 127
J'espère qu'on s'occupe toujours des travaux des îles d'Ischia et de Procida.
Surveillez constamment les commis de vos bureaux.
Arcliives du prince Murât. K. XVI, p. 197 et Aff. Etr. X'aples. 134,
4673. — MUR.AT A SALICETI
Paris, le 13 décembre 1809.
Au ministre Je la Police (jénéralc.
Monsieur le ministre, j'ai reçu vos différents rapports, je puis vous répéter et vous pouvez le redire avec certitude que mon Royaume ne subira aucun cbangement politique; faites surveiller le billard de Cavalieri que je ferai fermer, si ceux qui le fréquentent continuent à y tenir des propos faits pour altérer la conGance et le crédit du Gouvernement.
Je suis indiyné de la décision de mon Conseil d'Ktat, relativement au bâtiment américain capturé, cette prise est bonne et sera maintenue bonne; les intrigants se seront en vain agités et leur argent aura été vainement prodigué. Pour éclairer l'opinion de ceux de mes conseillers d'Ktat qui ont approuvé la décision du Conseil des Prises, je remettrai au Conseil les papiers saisis chez Mazzi qui prouvent jusqu'à l'évidence que les marchandises, saisies à bord de ce bâtiment, étaient anglaises et qu'on a dépensé de l'argent |)Our séduire quelques membres du Conseil des Prises. L'intrigue me forcera à dévoiler toutes ces turpitudes.
J'ai vu avec surprise la manière dont vous aviez annoncé à la Nation l'évacuation de Ponza. Canosa ne l'a abandonnée que parce qu'il s'est vu sérieusement menacé, il n'avait reçu aucun ordre de Palerme, et où a-t-on été rêver qu'elle avait eu lieu en vertu du traité de Vienne? 11 y a en cela de la maladresse, car les ennemis de la Police n'ont pas manqué de dire que c'est parce qu'elle n'avait pris aucune part aux préparatifs de cette expédition, qu'elle a motivé ainsi la fuite de Canosa.
Je suis loin de faire cas de ces propos absurdes et des on-dit que la malveillance répand à Xaples et dans le Koyaume, mais j'en ferai beaucoup de la conduite du petit nombre de personnes, qui loin de seconder le Gouvernement pendant mon absence, tiennent une conduite trop mesurée parce qu'elles veulent, à tout événe-
128 JOAGHIM MLRAT
ment, se trouver toujours en bonne position. C'est à la Police, surtout, à bien diriger l'opinion. L'expérience m'a convaincu qu'elle est la maîtresse de lui donner la direction qu'elle veut, et celui qui ose avancer tel ou tel événement dans le.s circonstances actuelles, est sur de se tromper. J'en donne pour preuve ceux qui disaient que le Koi de Saxe ne rentrerait |)lus dans ses Ktats et que je le remplacerais, .^u reste, j'espère que le compte-rendu par le ministre de l'Intérieur de S. M. mettra iin <à tous ces mauvais caquetages.
Monsieur le ministre Russe a eu très grand tort de ne pas paraître au bal, le Prince de Kourakin et tous les Russes qui se trouvent à Paris, ont assisté à toutes les fêtes qui se sont données à l'occasion de l'anniversaire du couronnement et de la bataille d'Austerlitz.
Je vois avec peine que le régiment de la garde-municipale de Naples s'organise si lentement. 11 est inouï qu'il n'ait pas reçu cinquante bommes depuis mon départ.
La santé de l'Empereur est toujours très bonne, ainsi (|ue la mienne et celle de la Reine. \ous habitons depuis hier soir mon ancien Palais, l'Elysée-XapoIéon, devenu vacant par le départ du Roi de Saxe. S. M. ne cesse de me combler de ses bontés : il est bon et admirable pour toute sa famille. On dit que le Roi de Bavière doit arriver un de ces jours et que le Roi de U urtemberg retournera sous peu dans ses Etats.
Je compte toujours beaucoup sur votre dévouement à ma personne; surtout n'oubliez jamais que mon système a toujours été et sera toujours de marcher dans celui de l'Empereur et que le moyen le plus sûr de le seconder : c'est de faire la guerre à outrance au commerce des .Anglais.
Lisez attentivement l'article de Xaples, au journal ci-joint, et réfléchissez-y bien.
Archives du prince Murât. R. XIV, p. 200.
4674. — MURAT A NAPOLEOY
Paris, 15 décembre 1809.
SiRK,
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté les rapports et les gazettes que je reçois des Calabres sur la Sicile. Il parait évident
HOYAUAIE DE MAPLES. — 1809 129
que le colonel Goguet fail ouvertement la contrebande. Je prie Votre Majesté de me donner des ordres sur la conduite que je dois tenir à l'égard de cet officier. Je ne suis plus étonné si les douanes de Calabre ne me rapportaient rien depuis dix mois. Je suis
Guerre et Archives du prince Murât I). 576, p 3X.
4675. — LA REIXE CAROLLVE A AGAR
Paris, le 16 décembre 1809.
Monsieur le ministre, j'ai été très sensible aux inquiétudes que vous m'avez exprimées. Notre voyage, quoique fait dans une bien mauvaise saison, n'a été accompagné d'aucun accident fâcheux et je suis arrivée à Paris en très bonne santé. Le Roi se porte également bien. L'Empereur a été parfait pour nous et il ne cesse pas de nous témoigner la plus tendre amitié. Il est très content de l'administration du Hoi et il a voulu que le rapport de son ministre de l'Intérieur en renfermât la preuve. Xotre séjour ici se prolongera peutêtre jusqu'à la fin du mois de janvier, mais je reverrai Maples et ses bons habitans avec un bien grand plaisir.
Je désire beaucoup que vous fassiez tout ce qui sera en vous pour faire effectuer en argent les payements que vous devez verser pour moi entre les mains de Maugras ' ; et si vous êtes obligé d'en donner une partie en polices, que ce soit au moins en polices d'argent. Les comptes que je l'avais chargé de régler ne peuvent l'être en polices de Rome. Je vous serai obligée de changer celles de cette nature qui lui restent, et de donner pour le reste le plus de numéraire qu'il vous sera possible. Je recommande cette affaire à tout votre zèle.
Lorsque l'Empereur sera un peu délivré des grands intérêts qui l'occupent en ce moment, je l'entretiendrai de vous et n'oublierai rien pour vous faire obtenir ce que vous désirez.
' Pierre Maugras avait été employé par Agar dans les Finances du Grand- Duché de Berg. Le 9 décembre 1808, il écrivait de Xaples à Aymé : « ... J'ai tout-à-fait quitté le service des Finances et me voilà métamorphosé en fabricant, je suis à la tète de quatre ou cinq manufactures royales qui ne me lai.ssent pas le temps de m'ennuyer. Ce genre d'occupation me plait assez, avec d'autant plus de raison que cette place n'est dans la dépendance de qui que ce soit et (jue je rends compte directement à S. M. la Reine, qui du reste me comble de boutés, r, (Archives nationales, F'. 6569-2692 bis 23.)
J'ai reçu la lettre de la Comtesse et j'ai vu avec plaisir l'expression de ses seutiments.
Sur ce, .Monsieur le ministre, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Cakoline.
Archives du prince Murât. Papiers de Mosbotirjj.
4676. — MLR.^T A SALICKTI
Paris, 16 décembre 180D.
Aît ministre de la Police générale.
Monsieur le minisire, je vous adresse ci-joint le rapport d'année du ministre de l'Intérieur de l'Empire : faites-le insérer dans tous les journaux napolitains et réimprimer particulièrement, et envoyez-le en grande profusion dans toutes les provinces ainsi qu'en Sicile. J'espère que cette flatteuse déclaration de l'Empereur' suffira pour faire taire tous les mauvais propos et que mes sujets y verront la récompense des sentiments qu'ils n'ont cessé de me montrer depuis mon avènement au Trône. J'ai recueilli moi-même la récompense la plus douce de tous les efforts que j'ai faits pour améliorer le sort de mes peuples.
LemariageentreS. M. l'Empereur et l'Impératriceaétéaujourd'hui déclaré dissous par un Sénatus-Consulte. Cet événement extraordinaire n'aura pas seulement des résultats heureux pour l'Empire, il en aura pour mon Royaume, je dirai même pour l'Europe entière. Que mes sujets soient sans inquiétudes! La haute bienveillance dont m'honore 1 Empereur garantit à jamais à la plus belle partie de l'Italie la plus belle destinée. L'Empereur vient de partir pour Trianon et l'Impératrice pour Alalmaison.
La santé de l'Empereur est très bonne ; je nie porte à merveille
' Dans la séance du Corps législatif du 12 décembre 1809, le comte Alontalivet, ministre de l'Intérieur, avait In V Exposé de la situation de l'Empire au \" déce7nbre 1809, dans lequel était inséré ce passage relatif au royaume de Xaples : » Le Royaume de X'aples, durant cette année, a pris une nouvelle consistance. l>e Roi a porté un soin particulier à l'organisation de ses Etats. Il a rétabli l'ordre dans toutes les parties de l'administration, il a réprimé le brigandage, et ses peuples, depuis la première jusqu'à la dernière classe, ont montré des sentiments qui font à la fois leur éloge et celui de leur Souverain. Le clergé de Xaples, composé comme celui de France d'hommes éclairés, a mérité l'estime de l'Empereur. »
ROYAUAIE DE NAPLES. — 1809 131
ainsi que la Reine. J'expédierai demain un officier qui rapportera le travail des ministres qui m'a été apporté par le général Strongoli. Répandez le bruit que des troupes françaises sont en marche de l'Italie pour les Calabres, que j'arriverai incessamment à Naples d'oii je continuerai ma marche pour Reggio.
Archives du prince Alurat. R. XVI, p. 203.
4677. — MIRAT A XAPOLEOiX
Paris, le 20 décembre 1809.
SlitE,
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté les différents rapports que je reçois sur la situation de la Sicile et des Iles Ioniennes.
Tout porte à croire que les Anglais évacuent ces dernières et qu'ils ne se croient pas en sûreté à Messine. Il paraît aussi que le pacha de Janina continue à favoriser ouvertement les Anglais. Je n'entre à cet égard dans aucun détail, parce que je sais que le ministre de Votre Majesté en est pleinement informé.
Je suis
Guerre et Archives du prince Murât. D. 576, p. 39,
4678. — ACHILLE MLRAT A NAPOliOX
Naples, ce 20 décembre 1809.
Sire,
L'année qui finit est la première que j'aie passée sans avoir le bonheur de voir Votre Majesté. J'ai senti vivement cette privation, mais chaque jour j'ai fait des vœux pour que Votre Majesté jouît toujours d'une bonne santé et qu'elle daignât me continuer des bontés qui sont l'objet de ma tendre reconnaissance.
On me dit souvent, Sire, que le meilleur moyen de les mériter est de m'appliquer à mes études, et c'est aussi par là que je cherche à m'en rendre digue.
Je supplie Votre Majesté d'agréer l'hommage du désir que j'ai de lui plaire et du profond respect avec lequel je suis. Sire, de Votre Majesté le très humble et très obéissant serviteur et soumis neveu.
Napoléon Achille.
Archives nitionales, AF'^' 1714* \^199).
132 JOACHIAI MLRAT