MURAT A SA FILLE LAETITIA
Paris, 26 janvier 1810.
Ma chère Laetitia, j'ai reçu votre lettre, j'éprouve toujours un nouveau plaisir lorsque je reçois des nouvelles de mes chers enfants que j'espère bientôt embrasser. Je partirai décidément le 30 ' et je serai à Naples vers le 10. Je suis bien fâché de l'indisposition de Lucien ; j'espère le trouver guéri. Adieu, ma belle Laetitia, soyez toujours bien sage, appliquez-vous toujours et votre papa vous aimera bien. Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur ainsi que Lucien et Louise.
Joachim Napoléox.
Bévue Xapnléonlenne, 6 juin 1008, p. 163.
' Le 27 janvier Murât alla visiter l'atelier du sculpteur Lemot, membre de l'Institut, et le 28, le Roi et la Reine de Aaples donnèrent à l'Elysée un bal d'une grande magniflcence.
4729. — LA KlCIXt; CAROLIXIC A AGAR
Paris. :50 jamier ISIO.
Le Roi veut actuellement marier sa nièce Clotilde', je crains qu'il ne fasse de trop fortes promesses à cette famille et qu'au moment de conclure, il ne veuille rien tenir, vous devriez lui conseiller d'attendre mon arrivée avant de rien terminer. L'Empereur est très satisfait du Roi et de la manière dont les affaires vont à \aples. Nous avons parlé de vous et il est très content de votre conduite et il est persuadé de votre attachement pour sa personne et pour celle du Roi. J'ai saisi cette occasion oij il s'agissait de vous, pour lui communiquer une idée comme si elle venait de moi, je lui ai dit que je croyais que vous seriez flatté s'il daiynait vous donner la permission de porter l'ordre, il a rejeté cette demande bien loin, disant « qu'il ne peut pas donner cette permission sans vous faire beaucoup de tort dans l'esprit du Roi, surtout s'il savait que vous ( us.Mez sollicité cette permission, qu'il vous avait permis d'être au service du Roi, que dans ce moment vous lui apparteniez doublement, ayant épousé une de ses parentes, que de plus il vous avait donné un comté à Berg, qu'il pouvait vous faire duc et vous donner en outre tous les ordres possibles puisqu'il était le maître " ; je n'ai point insisté, d'autant plus que cette conversation est l'équivalent d'une permission.
L'Empereur, quoique très content du Roi, est cependant f.iché contre lui sur un point. L'Empereur ayant stipulé par un traité que le Hoi .payerait tant de millions, il est choqué de le voir éluder l'article avec sa finesse ordinaire et répondre qu'il ignore l'article et qu'il s'en informera lors de son retour à Naples. L'Empereur insiste sur la dette, propose au Roi de reconnaître la devoir et ensuite de prendre un délai éloigné, mais il n'en tient compte. L'Empereur m'a grondée et m'a fait entendre que la mauvaise foi du -Roi lui ferait perdre la Sicile, qu'il garderait pour lui, et puisque le Roi ne veut point tenir ses engagements, qu'il se croyait aussi dégagé des siens. Vous savez que l'Empereur n'aime point à se désister de
' Clotilde-Jeaime Murat, fille d'.^ndré Murât, frère du Roi, née à La Bastide (Lot) le 31 août 1795, morte à La Bastide le 31 août 1831, mariée en premières noces le 18 juin 1812 au prince Alphonso Saluzzo duc de Corigliano, et en secondes noces à Jean-Agapit-Kugène Bonafous-Miirat, son cousin germain.
ROYAIME DE XAPLES. — 1810 165
l'argent sur lequel il compte. Or que gagnerous-nous à cette résistance? Au contraire, il faut déterniiner le Roi ci prendre des arrangements.
Aichiies du prince Mural. Papiers de Mosbourg.
Paris, 3 février 1810.
Mon chagrin est bien vif et je suis bien triste de ton départ. J'attends avec impatience de tes nouvelles et j'espère que tu m'en donneras bientôt ' . Je suis au Pavillon de Flore, mon déménagement m'a un peu fatiguée. L'Empereur me traite toujours avec beaucoup de bonté et m'a déjà demandé plusieurs fois si j'avais déjà de tes nouvelles. Donne-m'en bientôt, tu es bien heureux d'être auprès de mes enfants, je m'ennuie beaucoup et j'ai bien besoin de Mie rappeler que je suis auprès de l'Empereur pour ne pas pleurer de me trouver éloignée de mes enfants. Embrasse-les bien pour
' Le regretté Albert Vaxoal, auquel S. .A le Prince Murât avait été heureux de communicjuer les lettres écrites par la Reine Caroline à sou mari, de 1810 à 1812, a publié; en s'appuyant principalement sur ces documents, une étude remar([uable sur le Roi et la Reine de Xaples (Rente des Deux Mondes, i"-if> lévrier, 1"' mars 1910). Pour l'aire ressortir l'intérêt exceptionnel que présente cette série de lettres, nous ne pouvons mieux faire (|ue de rappeler ici l'appréciation de l'éminent historien, i Pendant leurs séparations, dit-il, les époux s'écrivaient ré'julièrement et plusieurs fois par semaine. Les lettres adressées par (Caroline à .Murât, de 1810 m 1812, ont été conservées saus interruption ni lacune, elles sont naturelles et simples, intimes, aisément écrites et par-dessus tout très féminines, avec leurs nuances àe pensée et d'arrière-pensée. Il n'est jjuère de document qui nous lasse pénétrer plus avant dans la familiarité des iVapoléon, dans le vil et l'instantané de leurs impressions, dans le courant de leur existence, dans le détail presque quotidien de leurs occupations, de leurs agitations et de leurs vicissitudes...
Pour correspondre, Caroline et \Iurat employaient la poste ou un service d'estafettes, mais tous deux savaient que ce mode de correspondance n'échappait nullement à l'universelle curiosité d'une police rien moins que scrupuleuse. .Aussi, en dehors des lettres a où l'on ne pouvait rien dire s, Caroline en «xpédiait d'autres par voie sûre, par personnes lui appartenant ou attachées à la Alaison de son mari. Ces lettres, mieux protéjfées, conservent toute leur saveur d'épancbement et de confidence, u [iSevue des Deux Mondes, i" lévrier 1910, p. 490.)
moi et pense qu'il y a quelquiin au Pavillon de Flore qui t'est bien attachée et qui pense souvent à toi.
Caroi.in'k.
Archives (lu Prince Murât D. 56(5. 1.
4731. — MURAT A XAPOLKOX'
Turin, 5 féirier 1810
SinE,
Je m'empresse d'annoncer à Votre Majesté mon arrivée à Turin, oii je profite de quehjues heures de repos pour la remercier de toutes les bontés qu'Elle a eues pour moi pendant mon séjour dans sa capitale et pour lui exprimer mes regrets de l'avoir quittée. Les nouvelles que j'ai reçues de \aples ' me donnant des inquiétudes, je vais continuer ma route, même sans passer par Milan.
J'adresse ces différents rapports à Votre Majesté, j'y joins ceux de Corfou et les gazettes de Messine. La manière dont elles sont rédigées font soupçonner qu'on travaille les esprits des Calabrais en alarmant leur conscience, et le ton avec lequel on parle du divorce démontre clairement qu'on veut tenter d'autres armes, celles de la religion ; ma présence déjouera leurs espérances et puisqu'on veut me déclarer et me faire une nouvelle guerre, je vais à mon tour leur opposer de nouveaux moyeift de résistance; je
' Murât avait reçu deux lettres d'.Agar, datées de Xaples 3 janvier et 1 1 janvier 1810. Dans la première, Agar dépeignait a le spectacle scandaleux que donnent dans la capitale les agents de la police; il n'est pas de manœuvre odieuse qu'ils n'emploient, il n'est pas d'horreurs dont ils ne s'accusent mutuellement pour se discréditer, pour se perdre pour se supplanter les uns les autres .. Le ministre de l'Intérieur (Zurlo' est venu ce malin s'affliger avec moi de tout ce désordre, porté réellement à son comble Ce soir, M. Poerio est venu m'en faire des plaintes amères, se disant affreusement calomnié avec AL Manzi, accusant M. .\Lagliella de leur avoir attribué à l'un et à l'autre des discours (ju'ils n'avaient jamais tenus, des faits qui n'avaient jamais existé. Ces discours, ces faits sont de telle nature que je n'ose les énoncer, il s'agit de trahisons, d'empoisonnements... rien ne saurait être plus hideux... Si V. .M. était présente, un mot ferait tout rentrer dans l'ordre, ou plutôt rieu n'aurait osé en sortir .. « (R. \XXlV, lettre 76. j
a Le brigandage, dans les provinces, semble se ranimer, des bandes nombreuses désolent la Capitanata et la Basilicata, le mal qu'elles font est grand... On parle d'expéditious préparées en Sicile; la malveillance, pour accroître l'agitation, répand que le Royaume doit se préparer à des changements... .Vous vous en conjurons, pressez votre retour... ^ (R. XXXIV, lettre 82.)
ROYAUME l)K VAPLKS. — 1810 l(i7
vais inonder la Sicile de pamphlets, je vais leur rendre guerre pour guerre; nous verrons s'ils seront plus heureux à ce jeu-là.
J'ai rencontré hier un hataillon de conscrits italiens, j'ai passé au milieu d'eux aux cris de .< Vive l'Empereur! >! je n'ai jamais vu meilleur esprit.
J'espère être le 8 à Rome, d'où j'aurai l'honneur d'écrire à Votre Majesté. Le Piémont me paraît fort tranquille.
Permettez-moi de renouveler à Votre Majesté l'assurance de tout mon dévouement.
Je suis.....
Joachim M^iPOLÉox.
Arcliites nationales. .\F'^' 171i".
4732. — LA IIELVK CAROLLXE A SOX MAHI
Paris, 5 février 1810.
Je suis bien impatiente de recevoir de tes nouvelles, il me semble que tu ne te hâtes pas de m'en donner. Le Roi de Bavière me disait hier que s'il avait le bonheur d'être à la place du Roi de Naples et d'être mon mari, il m'écrirait sans cesse soir et matin.
Je suis toujours bien triste de me trouver toute seule et j'envie bien ton bonheur d'être auprès de nos enfants. Embrasse-les bien tendrement pour moi.
L'Empereur est toujours bien bon pour moi, il me comble, il me parle souvent de toi et parait surpris que nous n'ayons pas encore de tes nouvelles. Écris-moi bien vite. Adieu. Donne-moi des nouvelles de ta ronte et de ta santé. Tu dois avoir passé Turin à présent. Pense souvent à moi et écris-moi.
Caroline.
Je numérote mes lettres, afin d'être sûre que tu les recevras toutes.
."irchiïes du prince Mnrat. D. 566. i.
47,33. - LA REIXE CAROLINE A SOX MARI
6 février 1810.
M' Rochambeau part et je vais lui remettre une petite lettre pour
toi, j'ai retardé son départ de quelques jours afin d'attendre les nouvelles pour te les donner. Mais comme elles n'arrivent point, je ne veux plus retenir Hochamheau. Ainsi ne le jjronde pas, s'il n'a pas suivi exactement tes ordres et si tu trouves (|u'i! est |)arti trop tard.
Je te prie de donner des ordres au Grand Maréchal, afin qu'il paye à Mauyras les 30 mille ducats qu'il lui doit, car s'il tarde un peu, la manufacture ne pourra plus aller et fera banqueroute, ainsi je te prie en grâce de donner les ordres les plus pressants à Lanusse, afin qu'il paje Mau<5ras de suite.
Je te recommande aussi .M. de Colbcrt que tu as promis de faire ton aide-de-camp, je te prie de ne pas l'oublier.
Il n'y a encore rien de nouveau pour le mariage. A la première nouvelle, je ferai partir un auditeur.
Je m'ennuie beaucoup, je suis bien triste. Je dîne tous les jours avec l'Empereur et il me traite très bien, il me parle souvent de toi.
Adieu, embrasse bien tendrement mes enfants pour moi et soigne bien ta santé. Je regrette bien de ne pas être auprès de vous. Je pleure de tristesse, tu ne sauras jamais combien je te suis attachée et tout le bonheur que je te souhaite. Si tu vas eu province, prends garde à ces méchants Calabrais.
Adieu encore, mon Dieu que je suis triste!