‹ Lettres et documents, 1767-1815Chapitre 46 sur 94 · V777. — LA RKIX'E CAROLINE A AGAR · texte numérisé non relu

V777. — LA RKIX'E CAROLINE A AGAR

•26 fcvrier 1810.

Monsieur le ministre des Finances, je proGte de cette occasion pour vous renouveler mes dernières recommandations ainsi que mes sentimens d'estime. J'ajouterai à ma dernière lettre un conseil que je vous exhorte de donner au ministre de la Justice; vous devriez lui parler, il se conduit fort mal envers les nobles du pays, l'Empereur est fort en colère contre lui et s'il ne change de conduite, l'Empereur lui iera quitter sa place; c'est une très mauvaise manière d'agir que de ruiner tout le monde, donner matière au mécontentement et soulever les esprits, ce n'est pas ainsi qu'on fait aimer un Souverain et que l'on gouverne ses intérêts. Vous, monsieur le ministre, qui savez si bien ce qui est convenable, raisonnez avec lui et persuadez-lui qu'il n'agit pas de manière à se faire approuver et à mériter la conûance. Je vous envoie, monsieur le ministre, un mémoire qui concerne le Prince d'Angri, je vous prie d'en prendre connaissance et de tâcher de faire ce qu'il demande, je suis sûre que vous ferez tout ce qui dépendra de vous.

J'espère que mon absence de Naples ne se prolongera pas encore beaucoup, et qu'après le mariage de l'Empereur, j'irai voir mes enfans et que je me retrouverai auprès de vous dont l'attachement m'est bien connu. Dites bien des choses pour moi h iVl™" Agar,

j'aurais grand plaisir à la revoir, j'espère que sa petite fille se porte toujours bien.

Croyez, monsieur le ministre, à toute la sincérité de mon attachement pour vous.

Archives du prince Murât. R. XIV, p. ibO.

V7T8. — MUR.AT A CLARKK

Naples. le 26 lévrier 1810.

A monsieur le duc de Fellre, miimlre de la Guerre en France.

On répond à ses lettres des 17 et 18 janvier par lesquelles il réclame plusieurs soldats français qu'il prétend avoir été incorporés dans les troupes de S. M.. On le prévient que des ordres ont été donnés pour que ces militaires, si l'on parvient à les découvrir, soient renvoyés de suite aux corps auxquels ils appartiennent.

S. M. lui adresse les demandes faites par l'adjudant-commaudant .Millet et le capitaine Legrand pour obtenir de l'Empereur l'autorisation de passer à son service.

Archives du prince Murât. R. XIV, p. 460.

4779. — XAPOLEOV A \ILR.AT'

Paris, le "26 février 1810.

Monsieur mon frère, l'Empereur d'.Autriche ayant accédé à la demande que je lui ai faite de la main de sa fille l'archiduchesse Marie-Louise dont j'avais reconnu tout le mérite et les brillantes qualités, j'ai résolu de fixer la célébration de mon mariage à Paris au 29 mars. J'ai envoyé le Prince de Xeufchatcl pour assister comme témoin au mariage qui se fera le 6 mars à Vienne par procuration, de manière que l'Impératrice pourra arriver le 23 h. Compiègne où je compte la recevoir.

Dans cette importante circonstance, j'ai ré.solu de réunir près de moi les princes et princesses de ma famille. Je vous en donne

' Lettre inédite.

ROYAUMI-: I)F'] XAPLKS. — 1810 199

avis par cette lettre, désirant qu'aucun empêchement légitime ne s'oppose à ce (|ue vous soyez k Paris pour le 20 mars. Sur ce...

Archires du prince Murât. 1). 480. 5.

Paris, '^7 février 1810.

Mon ami, je t'envoie Andral pour l'entretenir de tout ce qui peut nous intéresser et pour te donner des nouvelles. J'aurais voulu le garder encore quelques jours, mais il y a si peu d'occasions sures, et ce n'est point écrire que le faire par la poste et par l'estafette, puisque l'on ne peut rien dire.

Je t'avertis que l'on trouve mauvais dans Paris que tu donnes ton ordre à tout le monde, que beaucoup de personnes en font des plaisanteries, ce pauvre Brunet et d'autres qui le méritent, n'eu reçoivent pas, tandis que tu le donnes à ce Lostanges, qui dans le temps de mon mariage, se plaisait, comme étant de ton pays, à débiter une foule de choses désagréables et insultantes sur toi et sur ta famille. Passe encore pour la petite croix, mais à quel propos lui donner le grand cordon? Le secrétaire de Maret m'a dit aussi qu'il attend ton ordre; M. de Monaco me fait également demander la croix que tu lui as promise, et la Princesse Pauline m'a dit que tu en avais promis <à toute sa Maison et qu'elle les attendait. On ne voit j)lus que cela dans Paris et ton ordre court les rues.

L'Kmpereur désire que j)Our son mariage j'aie ici avec moi au moins quatre dames napolitaines, belles et de bonne tournure, et qu'elles soient choisies parmi les plus riches et les plus grauds noms, savoir M'"' de Gallo', M™' Civitella% la Duchesse d'Atri', la Princesse Belvédère et la Princesse Avellino*. J'en désigne cinq, car je crains que l'une d'elles ne puisse venir, soit par maladie, soit pour toute autre cause. Mais il faut choisir entre les cinq. S'il s'en trouve deux malades, lu enverras la Duchesse Calabrita. Je ne

' Aladdali'na .Mastrillo, marquise de (îallo. - Liiisa Cariguani, duchesse de Civitella. •* Giulia Colouna, duchesse d'Atri.

* p]u<jeaia Doria, princesse d'Aveliino.

200 JOACHIAI MURAT

veux point de M""' Caramanica^.s/cy , parce (niellc jouil ici d'une très mauvaise réputation pour le jeu. Celles ()ue je préférerais seraient M""' de Gallo, si elle n'est pas malade, la Duchesse Civitella, la Duchesse d'Atri, et la Princesse d'Avellino. Tu ne ferais venir les deux autres qu'au refus de deux de celles-ci. Tu leur foras donner 15 000 francs pour leur voyajje et une voiture de n)es écuries et elles s'arranjjeront pour leurs femmes de chambre. Je ne veux rien entendre de plus. Si tu ne veux pas faire cette dépense, je la payerai sur ma cassette, car TKmpereur veut que j'aie ici une belle Cour et des femmes portant un grand nom, il les désire de plus belles et riches. Tu jugeras sans doute que j'ai fait un bon choix dans les dames que je viens de te désigner. Engage aussi quelques dames à venir pour leur compte et fais-les partir de suite, car le mariage se fera <à la mi-carème. Je leur ferai préparer des appartements chez l'ambassadeur, ce qui nous fera économiser la dépense, ces dames feront leur service.

L'Empereur est très bien pour toi, et d'après ce qu'il dit, je vois qu'il n'aura jamais l'intention de réunir Naples. 11 dit que Naples est une grande villasse qui ne peut se soutenir que par une Cour, et qu'elle est trop près de Rome pour qu'il puisse lui en donner une. Il dit aussi que les Napolitains sont trop sujets à se révolter, et surtout les Calabrais, pour que l'on puisse les gouverner de si loin, et qu'il leur faut leur Souverain chez eux.

Je t'engage beaucoup à venir pour le mariage. Jérôme, le Vice- Roi, Elisa, toute la famille étant réunie, ton absence ferait un bien mauvais effet et fâcherait beaucoup l'Empereur. Tu sais que je serais bien aise de te voir, mais je t'assure que c'est ton intérêt seul qui me fait te presser de venir, parce que l'Empereur serait très mécontent.

Si cependant tu avais de fortes oppositions qui t'empêchassent de faire ce voyage, écris-les moi secrètement et si cela arrive, écris une lettre charmante à l'Empereur pour t'excuser. Mais je te le répète, je regarde ton arrivée pour le mariage comme une chose bien utile à nos intérêts.

L'Empereur est excessivement occupé de sa future, il en parle à chaque instant et il en est presque amoureux. Toutes les personnes qui étaient opposées au mariage sont maintenant dans la joie. Tu connais ma bonne et ma constante amitié pour toi ; écoule les conseils d'une amie qui ne désire que ton bonheur. Ne montre plus

' Teresa Lembo, princesse de CaramaDico.

ROVAUMK DK VAPLES. — 1810 201

une opposition qni tournerait à ton détriment; ton inclination pour l'alliance russe deviendrait suspecte aux yeux de l'Empereur qui veut qu'on pense comme lui. Il va se faire couronner à Rome, tu le sais puisque tu dois avoir lu le Sénatus-consulte. Il est de ton intérêt, de celui de nos enfants que tu ne t'aliènes pas le cœur de l'Empereur, fais-lui voir que la seule crainte qu'il ne fût pas heureux dans cette alliance a pu seule l'engager à avoir une autre opinion que la sienne, mais que puisqu'il y trouve son bonheur, le tien est de te conformer à ses volontés et te soumettre à ses désirs. Ainsi rends-toi à ses ordres. Crois-moi, avoir dans ce moment un autre sentiment ne signifierait qu'un entêtement déplacé. Toi ne venant pas au mariage, tes ennemis pourraient soupçonner que tu n'as agi que pour tes intérêts et le suggérer à l'Empereur. D'ailleurs la Russe est trop laide et trop jeune, et l'Empereur est enchanté d'épouser l'Autrichienne dont on dit généralement le plus grand bien.

Tu serais bien aimable de m'apporter toi-même ou de m'envoyer les marchandises anglaises dont tu m'avais parlé, de l'acier s'il y en a, des percales, des cachemires, des toiles, des mousselines des Indes. Tu ne m'enverras qu'une partie de ce que tu me destines et tu laisseras le reste à IVaplos.

Si Madame Colbert ou quelques dames françaises veulent venir pour le mariage, elles le peuvent, mais ne les envoie pas parce que l'Empereur ne veut pour mon service à sa Cour que des Napolitaines, des femmes riches et de grands noms, .^insi si elles venaient, elles ne pourraient faire leur service. Madame Exelmans ' même ne pourrait pas faire le sien. Parmi les Napolitaines que tu voudras amener avec toi, ne choisis que de grands noms, des personnes qui ont le grand cordon de France, M. de Cassano et d'autres les plus riches du pays. Si tu voulais envoyer six dames au lieu de quatre, ce serait encore mieux. Enfin fais ce que tu jugeras plus cà propos, pourvu (ju'elles partent de suite et qu'elles se trouvent ici pour le mariage

L'Empereur a nommé la Duchesse de Montebello, dame d'honneur. J'itnagine que cette nomination te fera grand plaisir. Tout le monde est enchanté de cela, car il est beau à l'Empereur de récompenser aussi dignement un homme mort k son service et d'honorer sa mémoire en donnant la première place de sa Cour à sa veuve.

Je suis chargée par l'Empereur de la formation de la Maison de

' Amélie-Joséphine de Ravignan, barouoe ExelmaQ.s.

la nouvelle Impératrice. Je travaille du matin au soir et mes appartements ne désemplissent pas de visites de solliciteurs. Je ne puis t'exprimer tous les chayrins que jai eus de la peur dètre nommée surintendante de la Maison de l'Impératrice, mais je n'ai pu m'y décider, parce qu'il m'aurait fallu rester pendant deux ans absente de Xaples et privée du plaisir de te voir ainsi que mes enfants. L'Empereur me faisait les plus belles et les plus aimables propositions et son intention était d'élever tellement cette place qu'elle n'aurait pas été au-dessous du titre de Reine. Il ne la créait que pour moi et elle n'aurait plus existé après moi. Son intention était d'en faire par un sénatus-consulte une charge de Grand Dignitaire, et en qualité de surinlcndante, j'aurais eu le pas sur les Reines d'Espagne et de Hollande. Tu vois que l'Empereur voulait faire une chose bien aimable |)our moi, mais l'éloignement où j'aurais été de ma famille me causait trop de peine, et sans offenser l'Empereur qui a toujours une bonté parfaite pour moi, je suis parvenue à le \oir oublier ce projet, parce qu il s'est aperçu que cela me faisait trop de peine. L'intention de l'Empereur en me fixant pendant deux ans auprès de la nouvelle Impératrice était de la faire diriger comme il le désire et d'empêcher une foule de personnes qui pensent mal de l'environner et de lui montrer leurs mauvais sentiments.

L'Empereur veut que j'aille jusqu'à Braunau à la rencontre de l'Impératrice. Ce sera un voyage un peu fatigant, mais l'Empereur met tant de grâces dans ses prières, il est si bon pour nous que je ne puis lui refuser ce qu'il regarde comme un grand service. Car parmi les personnes qui doivent aller à la rencontre de l'Impératrice, il ne peut être bien sûr que de moi et il désire surtout qu'elle n'éprouve aucune mauvaise impression. Le jour où mon départ sera décidé, je t'enverrai un courrier.

Les nominations connues de la Maison de la nouvelle Impératrice sont celle de AI. de Beauharnais, le mari de ma dame d'honneur, à la charge de chevalier d'honneur, et celle du Prince Aldobrandiui à la charge de premier écuyer. Je te ferai connaître par le courrier que je t'enverrai toutes les autres nominations.

J'ai accompagné dernièrement l'Empereur h Grignon où nous avons passé deux jours. Le maréchal Bessières m'a beaucoup parlé de M' Baudus et de sa famille. 11 m'a dit qu'il se présentait pour la fille de M' Baudus un excellent parti et jouissant d'une bonne existence, que ce parti ferait le bonheur de la demoiselle et celui de son père, car tu sais que M' Baudus serait heureux si sa fille était

ROYAUME Dl'] NAPLES. — 1810 203

bien mariée, et la personne qui se présente convient sous tous les rapports. Mais ce qui empêche le mariage, c'est que l'on demande une dot de cinquante mille francs et que M' Haudus, qui n'est pas riche, ne peut la fournir. Ne croirais-tu pas bien de l'attacher davantage à notre Maison en établissant sa fille et en lui donnant le moyen de la doter. Par ce que m'a dit le maréchal Bessières, je vois que tu assurerais complètement son bonheur en lui accordant un pareil bienfait, car il est tranquille sur tous ses onCants et n'i d'inquiétude que sur sa fille ainée qu'il aime, je crois, d'un amour de préférence. Tu vas être obligé de t'éloigner de Maples, c'est à lui que nous confions la santé et la surveillance de nos fils et tu jugeras peut-être qu'il est bon dans cette circonstance de fixer son dévouement à ton service par une faveur signalée. J'abandonne cette affaire-là à ta générosité.

Envoie donc la croix à d'Arlincourt, tu la lui as promise devant moi et tu ne la lui donnes |)as.

L'Empereur ne veut pas consentir au mariage de M"' La l^auguyon avec le Prince de Carignan. Il a adopte un système auquel il tient beaucoup et qui est contraire à ce mariage. 11 veut maintenant unir les anciennes maisons à la nouvelle noblesse et il dit qu'il ne sera jamais sûr des anciens nobles, tant qu'ils ne seront pas mêlés avec les nouveaux. 11 a le dessein de marier M"" La Vauguyon avec Ueille', son aide-de-camp, et il tient beaucoup à taire cette alliance. Mais la demoiselle s'y refuse et persiste dans son idée d'épouser Carignan. Tu devrais bien conseiller au général La Vauguyon d'écrire fortement à sa sœur pour la déterminer à faire ce que l'Empereur désire, car l'Empereur y tient et il sera mécontent si cela ne se fait pas.

M. Gueheneuc vient d'être nommé sénateur.

Le jour de mon départ n'est pas encore fixé, je t'en informerai.

J'ai cru de ma dignité de demander à voyager dans mes voitures et à être suivie de mon service napolitain et cela m'a été accordé. Je voyagerai seule avec ma Cour. Je reviendrai avec l'Imjiératrice et ma Cour suivra.

.^dieu, mon ami, je t'embrasse.

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